‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 170 sur 296 · Jus trium, quatuor, quinque. liberorum · texte numérisé non relu

Jus trium, quatuor, quinque. liberorum

crits que dans une catégorie sociale inférieure, comme ne représentant que le minimum de droits et d'intérêts; on réduisait, on confisquait môme les héritages et les legs leur revenant.

Une circonstance particulière montrera à quel point la protection des unions était devenue nécessaire : la loi Papia-Poppœa contre les célibataires fut portée par les consuls Papius et Poppœus qui n'étaient mariés ni l'un ni l'autre!

Lors des dénombrements, les censeurs questionnaient chaque citoyen sur la condition de sa famille1; et l'usage dans maints prétoires avant d'admettre un témoin au serment, était aussi de l'interroger, non seulement pour connaître son rang social, mais encore pour savoir s'il était marié; et selon la réponse, le témoignage apporté était pris en considération plus ou moins grande par le magistrat.

L'union n'était pas indissoluble : Romulus, rapporte Plutarque, permit au mari de répudier sa femme2 si elle se conduisait mal, — si elle se livrait à l'intempérance, — si elle avait tenté d'empoisonner sa famille, — si enfin elle avait substitué un enfant à un autre3.

Au sujet de l'indissolubilité, Denys d'Halicarnasse fait remarquer que, dans le principe, tout mariage contracté avec les cérémonies religieuses de la confarreatio, ne pouvait être rompu par la simple procédure ordinaire. Ce qui est certain, c'est que quand on voulait rompre cette union, il fallait au préalable annuler les cérémonies sacrées par une solennité spéciale, appelée diffareatio. La confarréation dans laquelle les époux partageaient un pain de froment, appelé farreum, avait lieu en présence du grand prêtre, assisté de dix témoins.

Néanmoins le caprice semblait être très ordinairement la seule loi du chef de famille romain.

Sans doute, plusieurs siècles s'écoulèrent sans divorce; du

1. Ex animi tui sententia uxorem liabes, liberum quxrendortim causa? Tu equuvi haies ?... tu uxorem habes ?

2. La formule de répudiation était : Tics tuas liabttol c'est-à-dire : Emporte ce qui t'appartient.

3. On a souvent traduit ce dernier cas de répudiation par « fabrication de fausses clefs )) en lisant dans le texte de Plutarque x^eiôwv au lieu de Traiôcov. Or il ne s'agit pas de substitution de clefs, mais de substitution d'héritier.

moins le premier dont fasse mention l'histoire, celui de Carvilius Ruga, date en effet de l'an 520 ; mais l'exemple fut vite suivi et se généralisa partout pour les prétextes les plus futiles : Sulpicius Gallus chassa sa femme parce qu'elle s'était montrée tète nue en public; Sempronius Sophus se sépara de la sienne parce qu'elle avait parlé à l'oreille d'une affranchie; Antistius Vêtus fit de même, sa femme ayant assisté à un spectacle sans en avertir son mari. D'ailleurs les plus illustres personnages autorisèrent, par leur propre exemple, le mépris du lien conjugal : témoin Caton qui céda Marcia à Hortensius; et Cicéron qui, raconte Plutarque, congédia Térentia sa femme après trente années de vie commune.

Sénèque accuse les dames romaines de n'abuser pas moins du divorce; et d'après lui, telles d'entre elles ne comptaient plus les années par les Consuls, mais « par le nombre de leurs maris; elles divorcent pour se remarier, et se remarient pour divorcer1 ».

Ju vénal cite le cas d'une femme qui s'était mariée huit fois en cinq ans. Saint Jérôme en signale une autre qui , après avoir eu vingt-trois maris, épousait un homme qui avait eu vingt-trois femmes.

Tels furent les désordres introduits dans la société conjugale par le paganisme, et tolérés par les législateurs.

La possibilité du divorce accordée d'abord au mari seulement, et admise ensuite au profit des deux époux, avait produit avec le temps la corruption dans les individus, le trouble dans les familles, la décadence dans les institutions sociales mêmes.

En proclamant l'indissolubilité du lien conjugal, le Christianisme, plus écouté que les philosophes, reconstitua enfin la dignité du foyer.

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