Ma douce dame, en qui j'ai fiance. )) (Couci
f( En Dieu il ot (eut) grant fiance jusqu'à la mort». (Joinville XIIIe siècle.)
fiance (confiance) est mère de despit (déception). )) (xvr siècle.) Les composés : défiance, méfiance, confiance, précisent bien le sens du mot.
Les fiançailles sont donc des promesses solennelles de mariage, échangées entre futurs époux ayant foi, « fiance » en un avenir de bonheur auquel plusieurs n'atteignent pas toujours, mais qu'on a peut-être plus de chances de saisir..., quand on s'y prend à deux1.
Rien de plus antique que cette coutume de se promettre, avant de se donner. De temps immémorial les fiançailles étaient pratiquées en Chine, chez les Hindous, chez les Patriarches, les Hébreux2 et les peuples du Latium.
Elles ont leur raison d'être, philosophiquement parlant. C'est un moyen judicieux de conjurer les inconvénients d'un mariage trop précipité ; c'est aussi l'effet d'une prévoyance familiale préparant pour une date plus ou moins éloignée une union souhaitée; enfin, c'est pour les futurs une manière d'éloigner les entreprises des rivaux.
Chez les Hébreux, les fiançailles consistaient à remettre une pièce de monnaie dans la main de la jeune fille en disant : « Devenez ainsi mon épouse. » Ces promesses pouvaient être conditionnelles ou contractées par procuration; mais si la jeune fille y avait consenti sous l'empire de la crainte ou de la menace, la nullité pouvait en être prononcée.
« Des scènes de fiançailles dans l'Hellade se rencontrent fréquemment sur des vases peints, dit l'auteur de la Femme dans l'antiquité grecque2, : le jeune homme donne en gage une fleur, une couronne, une fiole de parfums... Au milieu d'eux plane Éros. »
A l'appui de son dire et des dessins qu'il reproduit, l'auteur rappelle la fin tragique de la jeune fille promise à Léosthénès. Apprenant que son fiancé qui commandait les troupes athéniennes avait été tué dans une sortie contre les Macédoniens, elle se donna la mort en prononçant ces mots : « Quoique non mariée encore, je me considère pourtant comme veuve, et je n'appartiendrai pas à un autre. »
1. « Si mariage est bien façonné à deux, c'est douce société de vie, pleine de fiance et d'un nombre infini d'utiles services.» (Charron.) — Il est du moins constant que parmi les aliénés et les suicidés, on compte beaucoup plus de célibataires que d'hommes mariés.
2. Dans la Bible on voit que Jacob resta sept ans fiancé, pour obtenir Rachel.