‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 194 sur 296 · Histoire du Bas-Empire. — Improv., IV · texte numérisé non relu

Histoire du Bas-Empire. — Improv., IV

Là on apprend que dans les campagnes voisines venait d'avoir lieu une procession de J.200 habitants, munis de chaudrons, pincettes et cornets à bouquins, pour faire cortège ordinaire à un époux qui s'était laissé docilement corriger par sa femme.

Un Commandant général était choisi pour organiser la fête, et il rendait des arrêtés de Police, pour régler les conditions de la marche, aussi bien que les vivres et le vin dont les manifestants devaient se munir; ce qui donne à entendre que la promenade sur l'âne se prolongeait la journée entière. La ration de vin était d'une demi-bouteille; comme sanction aux arrêtés pris par l'organisateur général, on cassait la bouteille de celui qui se permettait d'enfreindre les règlements édictés.

Et le procès-verbal se termine par ces mots suggestifs : « Tout s'est passé au gré des maris ».

Quiconque sait lire entre les lignes, devinera sans peine que les femmes, par contre, devaient être l'objet de quelques représailles plus ou moins malicieuses, surtout « la batteuse du mari ».

Actuellement encore à Montluçon, l'époux qui se laisse corriger par sa femme est obligé parfois d'enfourcher un ânon à l'envers, et de se voir promener par la ville, la tête coiffée d'un bonnet de coton , une quenouille à la main, et sur le dos une pancarte portant ces mots : « Battu par ma femme, et content ».

Quand les circonstances ne permettaient pas d'imposer au mari battu la « chevauchée » sur le quadrupède aimé de Silène, on tournait la difficulté de la manière suivante, du moins en Saintonge : un joyeux compère du voisinage se grimait pour se donner la physionomie de celui qu'il s'agissait de bafouer, revêtait un costume du même genre; et, montant sens devant derrière sur un âne, passait et repassait devant la maison des époux, aux applaudissements et aux cris railleurs de la foule.

Dans les Charentes, ce genre de tapage porte le nom de charidane, mot qui semble n'être qu'une abréviation de « charivari d'âne ».

A tout prendre, les mystifications charivaresques étaient très généralement réservées aux mariages entre personnes d'âge disproportionné, pour lesquelles la question d'intérêt semblait avoir été la cause déterminante de l'union.

On en trouve la preuve dans un refrain qui se chantait encore en 1830, dans l'Anjou, quand un jeune garçon conduisait à l'autel une femme ayant plus d'écus que de jeunesse :

Charivari qui se marie

A vieille après soixante ans

Qui singe, hélas! la jeune fille,

Bien qu'elle n'ait bientôt plus de dents :

Mais elle a des écus en pile.

Son galant est le fin Renaud Aussi joli qu'une belle ourse, Tout le monde le croit nigaud ; Mais il ne l'est pas pour sa bourse.

Charivari pour tous les deux!

Charivari pour l'un et l'autre!

Le charivari menaçait aussi les nouveaux époux qui, le jour de leurs noces, se dispensaient de donner un bal à la jeunesse d'alentour.

Pour conjurer tout ennui, l'idée vint en divers endroits, notamment dans la région verdunoise, de payer un contre-charivari , sorte de compromis passé avec la jeunesse turbulente. On paye le tambour de ville (le tambournier) pour faire une promenade dans le village après le coucher du soleil. Frappant sur sa caisse à coups redoublés, il attire à sa suite danseurs et danseuses qui se livrent pendant la soirée aux farandoles les plus mouvementées, sous la direction d'un ménétrier toujours à l'affût d'une aubaine de ce genre.

Lepadillaccio ou vanghigliaccio est inévitable en Corse quand l'union a lieu avec un veuf ou une veuve. Dès qu'un semblable projet est connu, on ameute à son de trompe les gens de la localité. Chacun accourt porteur d'objets de quincaillerie pris dans les cuisines, et l'on se rend sous les fenêtres du veuf que l'on doit gratifier d'un épouvantable bacchanal, durant trois soirées consécutives. Le dernier soir, avant de se disperser, le public réclame les fiancés à tue-tête, afin de les obliger à se montrer à la fenêtre. A un moment, pour indiquer que le mariage n'a

pas été décidé à contre-cœur, les fiancés ouvrent la croisée, passent la tête, échangent rapidement un baiser sous les apostrophes et lazzis qui s'entre-croisent ; et un hourra général clôt enfin le charivari.

IV. Il est, dans X ancienne France, quantité d'usages populaires relatifs au mariage qui, à raison de leur variété même, échappent à toute classification logique. Nous ne pouvons donc que les relater au fur et à mesure de ce que nous révèle la lecture de nos anciennes Coutumes.

Parlons d'abord de la Bretagne.

Dans la Loire-Inférieure, à Paimbœuf, ce sont les frères et sœurs des époux qui vont, de maison en maison, convier les invités en leur disant : « Je viens, au nom de mon père et de ma mère, vous inviter au mariage de **\ En y venant, vous nous ferez honneur et plaisir. » Ce petit discours est scandé par un baiser donné à la suite de chaque phrase prononcée. Les garçons d'honneur vont au-devant des époux, avec un plat contenant du pain, de la viande et un seul verre.

Près de Bourbon- Vendée, le plus jeune frère ou cousin de la mariée cache un des souliers de celle-ci; et le marié est obligé de financer pour le ravoir. Le tarif minimum qui était jadis de 12 francs, est tombé à 3 francs. Le plus souvent les mariés donnent 6 francs pour racheter cette taquinerie.

Quelques proverbes bretons (ile de Batz) sont à rappeler; en voici la traduction : — La plus aimée est la plus belle; la plus belle n'est pas la plus aimée. — Qui a peine, mais a bonne femme, n'a que demi-peine. — Le chat se joue de la souris, et la femme de son mari. — Comme des crêpes sur la poêle, l'homme est tourné par femme. — Cœur de femme venue du ciel, comme lui change de couleur...

Les jeunes filles du Poitou qui désirent connaître leur futur s'imposent de se couper les ongles pendant neuf vendredis de suite ; après quoi elles doivent voir en rêve la figure de l'épouseur! Ou bien elles choisissent dans les champs quelques chardons, auxquels elles attribuent les noms des prétendants possibles,

et taillent avec des ciseaux la barbe de ces plantes : celle qui repoussera la première sera censée indiquer le nom du futur mari.

De 1830 à 1850, clans bien des mariages parisiens même de la bourgeoisie, le garçon d'honneur partageait entre les jeunes gens de la noce la jarretière de la mariée; et ceux-ci en épinglaient les morceaux à la boutonnière de leur habit. Aussi, avant de se mettre à table la mariée prenait-elle souvent la précaution d'enrouler des rubans à sa cheville, en vue de cette ridicule distribution. Pendant le bal, les garçons d'honneur semaient dans la salle des pois fulminants qui éclataient sous les pieds des danseurs.

Lorsque des parents conduisaient à l'autel leur dernière fille, voici ce qui se passait aux environs de Paris, à Orly, à Villeneuvele-Roi, ou encore à Athis-Mons. Une fois le banquet de noces terminé, les jeunes gens s'emparant de la chaise ou du fauteuil de l'épouse, promenaient celle-ci à travers les rues du pays, et venaient la placer sur une sorte de bûcher dans lequel des pétards étaient semés çà et là. Dès que la flamme s'élevait la mariée se sauvait, et les invités faisaient des rondes joyeuses autour du brasier jusqu'à ce que le siège fût entièrement consumé.

Dans l'Aube, chaque fois que l'un des conjoints est le dernier enfant de chez lui, la tradition veut que le garçon d'honneur, le lendemain de la noce, monte sur la crête du toit de la maison habitée durant son célibat par celui des époux qui motive la cérémonie; et que de là, il alterne, avec les invités restés au pied de la maison, les versets du Te Deum. Avant de redescendre il fixe à la cheminée un bouquet de laurier.

A Mailly, aussi en Champagne, au moment où le couple va quitter l'église, deux garçons coiffés d'un bonnet de femme et ayant un tablier blanc, s'installent au milieu de la rue devant une table couverte d'une nappe blanche, pour offrir au passage « la soupe de la mariée ».

Sur les bords de la Meuse, la veille d'un mariage, garçons et demoiselles d'honneur vont à domicile inviter à la messe et au repas, c'est-à-dire, selon le langage du pays « aux honneurs du lendemain». En faisant leur tournée, ils offrent des paquets d'é-

pingles, gros, moyens ou petits, selon qu'il s'agit de femmes mariées, de jeunes filles ou de fillettes.

Au Creusot, en revenant de l'église, la mère de l'épouse, ou à son défaut une proche parente, prend un sac de riz et en jette à pleines mains le contenu sur les mariés. Le sens de cette mise en scène est celui-ci : « Puisse votre postérité être innombrable comme ces grains! »

Quand un jeune couple picard quittait l'autel après la bénédiction nuptiale, il se voyait barrer le passage par des cordes tendues dans divers sens, l'empêchant de réintégrer la maison. Pour faire baisser la corde, il fallait payer une redevance à chaque nouvel obstacle suscité.

Au petit village d'Asco (Corse), l'usage veut qu'au moment où le prêtre va prononcer les paroles liturgiques, la fiancée soit coiffée d'un petit seau de bois qui fait partie du mobilier spécial de l'église. Et alors le célébrant s'exprime ainsi : « Mon enfant, le seau mis sur votre tête est l'emblème du travail, et aussi le fardeau du mariage qui, dès cette heure, commence à peser sur vous. Soyez honnête femme, bonne mère, épouse soumise; et que bonheur et richesses soient votre partage! »

La cérémonie terminée, les femmes du pays s'alignent, tenant un pot de miel et une cuiller; et c'est à qui aura l'honneur d'en faire goûter au jeune ménage.

Étant donnée l'influence des journaux qui, de nos jours, pénètrent dans les plus petits villages, et la facilité des communications de plus en plus rapides, on peut entrevoir l'abolition, à bref délai, de toutes les traditions locales dont il est encore possible de retrouver cà et là d'intéressants souvcniis.

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