LE MARIAGE DANS LES PEUPLES MODERNES, CIVILISÉS OU SAUVAGES
Particularités relatives au mariage en Belgique et en Angleterre. — Usages hollandais, norvégiens... — Lois danoises sur la femme battue. — Le futur époux en Finlande. — Condition de la femme d'origine germaine. — Formes du mariage chez les schismaliques grecs. — Rites nuptiaux en Pologne, Hongrie, Bosnie. — Cérémonial des noces musulmanes. — Comment on se marie au Japon, en Tartarie, en Chiue... — Explication du « deuil des fiancés ». — Beaux-parents en Chine : le don du canard. —Le matriarcat au Cambodge. — La société conjugale en Hindoustan, depuis les lois de Manou. — Coutumes nuptiales du Nouveau-Monde. — Les mariages en Océanie : l'iebaën en Nouvelle-Calédonie, et les mauvais époux. — L'extraordinaire couvade. — Parallèle entre les droits de la femme et la civilisation des peuples : où en est le mouvement féministe. — Le sort de l'épouse au continent africain : Gabon, Hottentotie, Bénin, Zanguebar. — Mariages par capture, par conquête, par achat : tarif des épouses chez les noncivilisés...
Insister sur les mœurs matrimoniales des pays qui, au point de vue religieux et légal, ont avec la France des origines communes, serait un travail aussi aride que fastidieux.
En ce qui concerne les principales contrées d'Europe, nous nous bornerons donc à signaler les particularités nuptiales qui diffèrent des nôtres.
Et en second lieu, nous décrirons les rites du mariage et la condition de la femme, chez les Japonais, les Chinois, les Cambodgiens, les Indiens, les Mexicains, les Congolais, les Hottentots et les Calédoniens.
Mais avant, nous croyons nécessaire pour l'intelligence complète de ce chapitre, de préciser en quelques lignes la distinction accentuée par les législations modernes, entre le mariage sacramentel, et Y acte civil, qualifié également « mariage » dans la plupart des Codes.
En Angleterre, le mariage peut être célébré au gré des parties, suivant le rituel de l'Église anglicane ou seulement par l'officier d'état civil, ainsi qu'on le verra bientôt.
Le mariage norvégien, comme d'ailleurs celui des Suédois, se
contracte en la forme religieuse et à l'église. Depuis 1845 les Norvégiens qui n'appartiennent pas à la religion luthérienne, peuvent s'unir devant un notaire.
Pour le Danemark, l'acte est une solennité religieuse entraînant des conséquences légales.
D'après la tradition russe, l'union est essentiellement « sacramentelle » pour tous les chrétiens, quelle que soit leur confession.
Comme le nôtre, le code des Pays-Bas veut que la bénédiction nuptiale ne soit donnée qu'après le mariage civil (art. 136).
Aujourd'hui en Allemagne, l'union n'est valable légalement qu'autant qu'elle est enregistrée par l'officier d'état civil, du domicile de l'un des conjoints.
Il en est de même en Autriche.
Pour l'Italie, le mariage est un acte civil; toutefois le code italien, à la différence du nôtre, n'impose pas au prêtre d'exiger la preuve préalable du mariage légal ; de sorte que les fiancés peuvent commencer par la cérémonie religieuse, si bon leur semble.
Quant à l'Espagne, elle admet concurremment les deux formes : le mariage canonique pour les catholiques; et pour les autres, l'enregistrement de l'union, selon la loi.
On peut en dire autant du Portugal.
Sur tout le territoire de la Confédération Suisse , le mariage civil, antérieur à toute cérémonie religieuse, est obligatoire (loi du 24 décembre 1874, art. 40).
Enfin, depuis le 2 novembre 1888 dans la République Argentine, et au Brésil depuis le 24 janvier 1890, le mariage a été laïcisé.
Complétons les généralités sur la question, en signalant l'âge auquel il est permis de se marier dans les principaux États d'Europe. Les chiffres donnés à cet égard étant très souvent inexacts, nous les puiserons dans les Codes mêmes :
Autriche : quatorze ans pour les deux sexes.
Allemagne : hommes, dix-huit ans; femmes, quatorze ans.
Belgique : hommes, dix-huit ans; femmes, quinze ans.
Espagne : hommes, quatorze ans; femmes, douze ans.
France : hommes, dix-huit ans; femmes, quinze ans.
Grèce : hommes, quatorze ans; femmes, douze ans.
Hongrie : catholiques et « orthodoxes » : hommes, quatorze ans; femmes, douze ans — protestants : hommes, dix-huit ans; femmes, quinze ans.
Ceci dit, commençons notre enquête par la Belgique.
Sous l'influence des idées corporatives, le fait par une jeune fille, de prendre un mari dans une commune voisine, est une sorte de préjudice causé à la « corporation des jeunes gens », qui, notamment dans la Belgique wallonne, sont groupés sous la présidence d'un Capitaine de Jeunesse ou Maitre jeune-homme, reconnaissante à son écharpe rouge frangée d'or quand il préside les divertissements publics, ducasses ou feux de joie.
M. Jules Lemoine a donné quelques détails sur cette cérémonie, appelée \epdté ou la « pièce ».
Dès que les bans sont publiés, le Capitaine adresse à la fiancée une lettre pour lui exposer que, par son fait, le groupe des garçons qu'il préside va perdre l'un de ses meilleurs sociétaires; et il fait appel à la générosité de la demoiselle pour obtenir une compensation pécuniaire.
Afin de se rédimer, la famille paye d'ordinaire de 50 à 100 fr., destinés, on le devine, à boire à la santé du ménage. Quand la somme accordée est au moins égale à 100 francs, les mariés ont droit « aux honneurs », c'est-à-dire à une escorte de fils de fermiers vêtus de costumes blancs, plus à une musique qui joue « l'air du Pâté » redit par toute la foule.
Au moment où la noce quitte le seuil de la porte, le Capitaine offre à la jeune femme un registre, un fouet, et le pâté ou gros gâteau surmonté d'un bouquet blanc. Le premier est l'emblème de l'ordre qui devra présider à la gestion du ménage. Quant au fouet, il sert à la mariée à cingler les cavaliers qui défilent devant elle, en s' efforçant de lui arracher des mains la lanière sifflante. Si l'un des « cavalcadeurs » est assez habile pour s'emparer du fouet en question, on met l'objet aux enchères; et le mari est dans la nécessité de le racheter parfois à un taux fort élevé. S'il y manquait, il risquerait d'être victime des plus méchants tours.
Sous l'empire du droit canonique antérieur au Concile de Trente, le mariage était régulièrement solennisé en Angleterre par le seul échange des volontés devant le prêtre, sans publications de bans ni concours des parents. Cette règle fut adoptée et confirmée par la loi commune. Les fiancés anglais se rendaient aux portes de l'église où se faisaient les promesses de mariage, pénétraient dans le sanctuaire, s'agenouillaient sur les marches de l'autel et « participaient à la sainte Cène ».
Ordinairement le prêtre bénissait les époux; mais aussi il pouvait n'être présent qu'en qualité d'invité1, et non comme célébrant nécessaire.
En 1753, une loi déclara nuls tous mariages contractés autrement que devant un ministre de l'Église anglicane, et suivant le cérémonial réglé par cette Église. Les juifs et les quakers jouissaient seuls du privilège de se marier à leur manière. Les autres Anglais qui se refusaient à recourir au ministère d'un pasteur anglican, étaient forcés de se marier clandestinement ou d'aller à l'étranger.
Depuis Yact de 1836, le mariage civil est établi à côté du mariage religieux, pour donner aux contractants le choix entre l'un ou l'autre mode2. Le fonctionnaire qui, assisté de deux témoins, enregistre l'union à défaut du ministre du culte, porte le nom de registrar.
Profitant de ce que la loi anglaise reconnaissait les mariages contractés selon les usages des pays où l'on se trouvait, des milliers de couples, désireux d'éviter la publicité, se rendirent devant le fameux forgeron de Gretna-green , sur la terre d'Ecosse où le Marriage act de 1853-54 n'était point applicable : on échappait ainsi aux formalités exigées par la nouvelle loi.
Là on se contentait du simple consentement des deux intéressés, sans bans ni autorisation d'ascendants : pour quelques