Au Zanyuebar anglais, par le R. P. Le Roy
le linge le plus fia ; aux pieds sont des anneaux de cuivre rouge ; aux poignets, des bracelets; au cou, des ornements de toutes sortes : colliers de perles fines, de coquillages, de monnaie ou de pendeloques.
« Les femmes se réunissent en un groupe compact, debout, les mains levées au-dessus de la tête, dansant en cadence et chantant, pendant que deux ou trois de leurs compagnes, accroupies, battent la mesure contre terre avec d'énormes calebasses vides. Au centre du groupe est placée la mariée.
« De leur côté, les hommes conduits par un chorège et se tenant l'un l'autre par un bout de leur pagne, la tête ornée de plumes ou de fleurs plantées dans les tresses de leurs cheveux, un long bâton à la main, décrivent un grand cercle, et passent en file l'un derrière l'autre devant les groupes de chanteuses, frappant du pied la terre avec une violence sauvage , renversant la tête, et s'appliquent à faire, sans perdre la mesure, les contorsions les plus extraordinaires.
« Un troisième groupe est là : c'est celui de la toute petite jeunesse et de l'extrême décrépitude. Ne pouvant pas encore, ou ne pouvant plus danser, ils regardent... Si la chorégraphie n'est pas l'unique cérémonial du mariage au Zanguebar, elle y joue vraiment un rôle principal. »
Le Mélanésien, le nègre australien, le Tasmanien, le Papou de la Nouvelle-Guinée, le Nouveau-Zélandais, se livrent, eux, à un simulacre de capture ou de chasse, à l'égard de la jeune fille dont ils veulent faire leur femme; et la lutte feinte est si bien rendue comme attaque et comme défense, que les étrangers croient assister à toutes les péripéties d'un enlèvement criminel.
En Nouvelle-Zélande , par exemple, l'homme devra entraîner la femme à la distance d'environ une centaine de mètres du lieu de l'attaque; si elle parvient à regagner malgré lui la maison paternelle et à s'y enfermer, elle échappera pour jamais au ravisseur. Aux îles Philippines, les Ahaïtas cachent la fille dans la forêt : on accorde au prétendant un certain temps pour la découvrir; s'il ne la trouve pas dans le délai qui lui est imparti, il est déchu du droit de la demander.
Chez les Kalmouks, l'entreprise a le caractère d'une chasse à la
fiancée. Quand le père est favorable au projet il répond : « Ma fille t'appartient; prends-la, soit! mais commence par la trouver. » Montée sur un cheval rapide, la Kalmouke, généralement habile écuyère, s'éloigne au galop, s'embusque derrière des obstacles prévus, ou encore les contourne de façon à rendre difficile sinon impossible la poursuite dont elle est l'objet.
Le Turcoman engage une lutte pour s'emparer d'un petit agneau ou d'un chevreau que tient la jeune fille : si elle se laisse ravir l'animal, c'est un signe qu'elle ne repousse pas le prétendant.
L'idée que c'est par la conquête que s'acquiert la femme, a suggéré à certaines peuplades de l'Inde de donner également aux accordailles l'apparence d'un combat.
Ainsi les Kroamis du Bengale se font avec du sang, des balafres sur le front et le visage, comme signe de fiançailles; et dans d'autres régions de l'Inde, se retrouve l'habitude de mettre du vermillon au lieu de sang sur le front de la fiancée : de cette manière la femme semble avoir été conquise dans une bataille.
Les Kacharis vont plus loin encore : ils organisent une lutte entre les amis des deux familles; et, comme les scènes de ce genre ne sont que des symboles, la petite armée de la jeune fille bat en retraite, dès que le père et le futur sont tombés d'accord sur le taux de l'indemnité à verser au chef de famille.
Non seulement le non-civilisé se procure une femme, tantôt en l'achetant, tantôt en s'en emparant; mais lorsqu'il n'a pas les moyens d'en fournir la valeur, il entre au service du père et s'acquitte envers lui par un travail journalier, à titre de serviteur ou plutôt d'esclave jusqu'à ce qu'il se soit libéré de la somme convenue; et alors il n'a droit à la femme qu'autant qu'il aura intégralement fourni la durée de servitude volontaire.
Ainsi, chez les Kenaï, le futur fait pendant une année la cuisine chez ses beaux-parents, cultive leurs champs, garde leurs troupeaux; son temps accompli, il est en droit de réclamer la jeune fille.
Au Yucatan, cette manière d'esclavage dure trois ou quatre ans; et cinq ou six années, chez les Mayas l.
1 . Ces habitudes éveillent le souvenir de Jacob, servant deux fois sept ans chez Laban, pour obtenir Rachel.
Mais c'est là l'exception, car chez les fétichistes, les plus rudes travaux sont réservés à la femme, dans la hutte comme aux champs : c'est elle qui laboure, ensemence et récolte; elle va chercher l'eau et le bois, recueille le riz, le tamarin, le caroube, le nobk; et quand il s'agit de faire des transports, on met sur son dos provisions et marchandises dans deux cabas (raykch), exactement comme on ferait sur des chameaux ou des mulets. Pendant ce temps, les hommes, quand ils ne font pas la guerre, tissent, filent ou fument simplement.
Cet état de choses est une des raisons pour lesquelles la pluralité des épouses est passée dans les mœurs de bien des peuples inférieurs, bien que la monogamie soit manifestement conforme aux lois de la nature1, puisqu'il y a autant d'hommes que de femmes sur la surface du globe-.
En effet, qu'on ne se méprenne pas sur la signification vraie de cette polygamie servile, dans laquelle l'homme et la femme trouvent un intérêt respectif à demeurer : d'un côté l'homme la désire pour augmenter le nombre de ses servantes; et la femme, d'autre part, loin de se trouver offensée de n'être point la seule dans sa hutte , est la première à désirer des compagnes de servage qui partageront avec elle les pénibles labeurs qui lui sont dévolus.
Cela est si vrai que chez les Zoulous, la première épouse achetée travaille avec ardeur et économise avec soin, pour constituer au plus tôt au mari un pécule qui lui permettra de se procurer d'autres femmes ou plutôt d'autres esclaves.
Avant tout il recherchera en elle la vigueur et la force , la délicatesse féminine étant à ses yeux une évidente manifestation d'infériorité et de faiblesse. En un mot, pour l'épouse destinée à supporter près de lui et pour lui les plus rudes labeurs, il rêve ces deux qualités que jadis, dans les marchés humains, l'acheteur pouvait lire sur l'écriteau appendu au cou de l'esclave : « agile et robuste ». Cela lui suffit.
Et cependant! malgré l'abjection et la honte de sa doulou-
1. Dans la proposition 67 du Syllabus, Pie IX rappelle, conformément à la doctrine du Concile de Trente (Sess. 24), que le mariage est un lien indissoluble jure natures.