Carrouble, fausse-clef
méconnaissable, taille de cheveux ou coupe de barbe, et reprenant son rôle avec d'autant plus d'audace, s'écriera : « En vérité, c'est un peu fort que vous ne me reconnaissiez point!... Mais je ne vous dirai pas mon nom : nous verrons combien de temps il vous faudra avant de le retrouver... » Et il l'entraînera dans une brasserie, un café, un hôtel où, avant la fin du jour, il trouvera le moyen de lui soutirer sa montre ou son portefeuille.
— Les « escarpes » ou « sableurs » sont de terribles voleurs qui assomment (escarpent) les gens, afin de n'avoir point à redouter leurs dénonciations à la justice. Dans le midi de la France, pour étourdir leurs victimes, ils s'arment d'une peau d'anguille remplie de sable, qui devient un véritable casse-tête entre leurs mains.
— Les (( francs-bourgeois » ou « drogueurs de la haute » sont d'insinuants coquins qui, vers midi, viennent frapper aux portes des maisons bourgeoises, quêtant pour une famille incendiée, pour un condamné objet d'une vengeance odieuse, ou pour une victime de la politique. Tout le monde ne peut se livrer à cette industrie : il faut un physique approprié, et aussi une facilité d'élocution particulière.
L'histoire de cet impudent personnage qui se serait acheté un bronze magnifique, une Vénus de Milo, en quêtant « pour une femme sans bras » est peut-être controuvée, mais elle restera comme un modèle du genre.
— Sous le nom de « solliciteurs de zif » on désigne de faux contrebandiers qui, dans le voisinage des frontières, apportent mystérieusement dans les maisons, des marchandises qu'ils sont censés avoir passées en fraude et vendre en cachette, à vil prix.
Ils montrent une pièce de soie magnifique, un rouleau de précieuse dentelle, une boite de tabac surfin, en découvrant seulement un coin du paquet en manière d'échantillon; puis, sous prétexte d'alerte ou de poursuite , se sauvent en toute hâte dès qu'on les a payés. Bientôt l'acheteur indélicat s'aperçoit que l'intérieur du petit ballot est bourré d'étoupes ou rempli de débris de carton, et qu'il est tout ensemble ici, encore, voleur et dupe lui-même.
Quant aux « balteurs de dig dig », ils procèdent ainsi : un com-
père se place dans le voisinage d'un bijoutier ou d'un joaillier, et fait semblant de se trouver mal ou de tomber d'épilepsie. On le fait entrer dans la boutique et chacun s'empresse charitablement de lui donner des soins. Quand « il se sent mieux » , c'est que l'ami qui opère de concert avec lui a pu s'emparer d'un bijou précieux, en profitant du trouble apporté par la présence du faux malade.
Le concours de femmes est nécessaire pour certaines opérations : ainsi les « détourneuses » s'approprient diverses marchandises dans les boutiques.
Elles portent le nom de « béquilleuses1 », quand elles dissimulent leurs larcins sous leurs amples jupons, dans des poches spéciales, ou quand elles font tomber habilement dans une chaussure large un petit objet qu'elles ont su faire glisser du comptoir sans être aperçu du vendeur.
Enfin, le plus coupable des vols commis par les femmes est peutêtre celui des « surfines » qui, sous prétexte de charité, entrent à l'improviste dans la mansarde du pauvre, et enlèvent ce que la misère a épargné : une vieille montre d'argent, ou même le bon de pain du visiteur charitable.
— Le vol « à la tire » consiste dans l'extraction adroite ef rapide du contenu des poches explorées dans les foules, au théâtre, à l'église, dans les gares, etc..
Ce procédé est choisi parles voleurs dont la tenue correcte, ne saurait en rien provoquer la défiance du public, c'est le pickpocket d'outre-Manche.
A un mariage, il a une fleur à la boutonnière et un aimable sourire aux lèvres ; à un enterrement, il est ganté de chevreau noir et exhibe au besoin avec une discrétion calculée un fin mouchoir ourlé d'un noir feston. Qui donc se défierait d'un Monsieur si distingué et si bien tourné, surtout s'il pousse l'habileté jusqu'à porter au doigt une chevalière armoriée ou un solitaire aux feux étincelants?
Un vrai pickpocket ne met pas de gant à la main droite; et afin de mieux masquer ses agissements, un léger pardessus est