‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 235 sur 296 · Béquille, en argot, veut dire jambe · texte numérisé non relu

Béquille, en argot, veut dire jambe

jeté sur son bras gauche : en voyage une couverture remplit le même office. Quelques-uns arrêtés en flagrant délit ont été trouvés porteurs d'un bras postiche, qui les laissait libres de se servir de leur vraie main pour palper dans la foule jupes, redingotes et paletots sans éveiller aucun soupçon.

Le fripon insère seulement deux doigts dans la poche, soulève délicatement le porte-monnaie qu'il laisse ainsi à moitié suspendu pendant quelques secondes pour que le propriétaire ne sente pas un allégement trop subit. A ce moment un compère cherche à détourner l'attention de la victime, afin que le voleur puisse retirer définitivement la bourse, et la prestidigitation est terminée.

Si le procédé des pickpockets flegmatiques est assez spécial aux voleurs d'outre-Manche, le genre de vol dit « à l'esbrouffe » est plutôt d'origine allemande : il consiste à bousculer les gens dans une foule et à profiter de leur dépit ou de leur ahurissement pour leur enlever bijoux, argent ou valise.

La personne offensée est trop irritée contre le voisin malappris qui l'a heurtée, pour songer à celui qui la dévalise. Ce vol n'est réalisable qu'au milieu d'une grande affluence.

— Les dévaliseurs « au narcotique » ou « anesthésieurs », sont ceux qui dans les grandes villes se mettent en quête — trouvaille facile ! — d'individus disposés à boire avec Le premier venu. Sous un prétexte quelconque, le buveur est attiré dans l'arrièresalle d'un cabaret ou dans la chambre d'un compère; et là on lui fait absorber un liquide soporifique, ou fumer un tabac mélangé d'opium. Garçons de banque et commis de recettes sont particulièrement victimes de ce stratagème.

Le chloroformiste , proprement dit, opère dans les hôtels et surtout dans les chemins de fer : c'est d'ordinaire un intelligent personnage ayant bonnes manières et parole soignée.

Le compagnon qu'il recherche s'appelle le « porte-feuille », dans la langue du métier : c'est aux abords des guichets de gare que le fripon tâche de découvrir un voyageur à bourse bien garnie .

« Il prend un billet semblable à celui de sa victime, la choisissant de préférence parmi ceux qui font un long trajet, car cela lui donnera plus de chance de réussir. Au cours du voyage,

quand il trouve l'occasion d'un tête-à-tête il engage la conversation, parle des ennuis du buffet, et finit par offrir à son voisin de partager son repas, son flacon de vin, ou encore d'accepter une cigarette. Peu à peu une étrange torpeur envahit le voyageur qui finit par s'assoupir.

Alors le chloroformiste lui passe une fiole de narcotique sous les narines, et lui applique même sur la bouche une feuille de parchemin en forme de masque appelée étouffoir, pour éviter les aspirations de l'air extérieur. Le dormeur devient ainsi presque un cadavre : en toute sécurité le voleur peut donc le détrousser; et dès que le train se ralentit aux abords de la première station, il saute lestement du compartiment et disparait1 ».

— Par le terme « coqueurs », on désigne les compères qui jouent le rôle de dénonciateurs : tous vagabonds, repris de justice, ou bohémiens vivant dans les bouges les plus infects, ils se trouvent par là même en contact avec la gent des malfaiteurs, qui ne sauraient les tenir en suspicion. Ils sont des plus utiles à la police à laquelle ils signalent leurs camarades moyennant certaines primes, du moins quand la capture est importante.

Ces êtres méprisables, plus pervers que ceux qu'ils livrent (et auxquels ils suggèrent au besoin les coups qu'ils n'ont pas l'audace de tenter eux-mêmes) trouvent moins dangereux le métier de traitre ou « mangeur2 ». L'occasion de dénoncer se fait-elle trop attendre? le coqueur n'hésitera pas à susciter, à imaginer un coup à faire pour lequel il prendra jour et heure avec ses complices; puis il prendra ses dispositions pour que les agents surprennent en flagrant délit les coupables.

La police accepte le concours de deux sortes de coqueurs : les uns libres et les autres détenus, ces derniers exerçant leur vil métier dans les prisons.

Le dénonciateur libre a souvent sous ses ordres des femmes qui, mieux que lui-même encore, peuvent, sans inspirer la défiance, obtenir des indications utiles. Quand il se déguise en mendiant pour espionner plus à l'aise, il s'appelle « tuneur » : tuner signifie mendier.

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