‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 272 sur 296 · Rapport du Commissaire Johnston à Sa Majesté Britannique · texte numérisé non relu

Rapport du Commissaire Johnston à Sa Majesté Britannique

un désastre, pour les « marchands de bois noir », ainsi qu'on appelle les exploiteurs de troupeaux humains sur les côtes africaines.

De tous les délits propres à l'esclavage, le principal et aussi le plus fréquent, était le « marronnage i ». Par ce mot on désignait, non seulement la fuite d'un esclave, mais aussi celle des animaux : c'est ainsi qu'il existe des Ordonnances réglementant la chasse « des cochons marrons », c'est-à-dire errants2.

Non seulement le nègre marron était une perte pour le maître, mais, en se réunissant à d'autres, il formait des bandes de pillards qui, à leur tour, exerçaient d'implacables représailles contre les grands propriétaires qui les avaient domestiqués : ils dévastaient les fermes, détroussaient la nuit les voyageurs sur les grands chemins, et ruinaient les établissements des blancs. En s'entendant entre elles, ces bandes, rendues entreprenantes par l'impunité et grossies chaque jour par de nouvelles recrues, auraient fini par devenir maîtresses du pays.

On imagina donc contre les « marrons » les plus cruelles répressions : un Arrêté3 du Conseil supérieur de la Martinique autorise le maître à « couper les nerfs du jarret » au nègre qui aurait l'habitude de déserter. Un autre Arrêté 4 autorise même à lui amputer les jambes, si la révolte a duré six mois au moins.

Enfin le Code noir (art. 38) prononce les peines suivantes : à la première fuite, les oreilles coupées et la marque sur une épaule; à la deuxième, les jarrets cotipés et la marque sur l'autre épaule; et la troisième fois, la mort.

L'esclave n'était dit marron qu'au bout d'un certain délai d'absence : un mois, d'après le Code noir.

Le 16 mars 1705, les autorités de Saint-Domingue avaient organisé une petite escouade de 36 soldats, les « chasseurs d'hommes », dont la fonction consistait à poursuivre les nègres réfractaires : ils jouissaient d'un monopole, et pouvaient perquisitionner dans les maisons particulières.

Page 1