‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 271 sur 296 · Loc. cit., XV · texte numérisé non relu

Loc. cit., XV

Tel a été le début de la traite.

Dans la suite, quand les Noirs sont devenus plus méfiants, les négriers ont eu recours aux chefs des tribus sauvages pour exercer en grand leur scandaleux commerce. Ils ont, par l'appât du gain, excité ces despotes à des guerres et à des razzias afin de profiter de la capture des prisonniers.

Dès le 4 février 1794, la Convention vota, sur la demande des députés de Saint-Domingue, l'abolition de l'esclavage dans toutes les possessions de la République ; toutefois le premier consul, croyant par là rendre les colonies plus prospères, rétablit la traite le 30 floréal an X; et c'est seulement par les décrets du 4 mars et du 27 avril 1848 que l'esclavage a été effacé définitivement de nos lois1. A ce moment un esclave valait environ 800 francs.

En dépit des lois et des congrès antiesclavagistes (Acte de Berlin, 1885, Congrès de Bruxelles, 1890), malgré les efforts des nations civilisées et le zèle des missionnaires pour supprimer l'odieux marché de « chair humaine », la traite reste pratiquée sur bien des points du globe.

Aujourd'hui encore elle s'exerce sur une vaste échelle. Ils sont un certain nombre de gens influents, riches, honorés, qui forment comme une puissance à part, avec ses relations extérieures, ses traités, ses sujets, ses trésors, ses armées. La saison venue, chacun équipe sa bande qui compte parfois jusqu'à 6.000 hommes.

D'ordinaire l'expédition dure plusieurs mois et, de distance en distance, les traitants élèvent un refuge ou « zéribas », sorte de pacage entouré d'une triple enceinte de palissades et d'épines, où ils renferment pour un temps leur gibier humain, avec leurs approvisionnements et leurs munitions.

Ce ne sont pas seulement des familles, mais des villages entiers qui sont razziés. Les bandes armées les pillent, les détruisent, et emmènent tous les hommes valides, après avoir assommé ceux

1. En Angleterre, la proposition présentée à la Chambre des Communes en 1790 a été votée définitivement le 2 janvier 1807. En Amérique, le décret d'émancipation générale date du 1er janvier 1863. Quant au Portugal, il n'a complètement supprimé l'esclavage dans ses colonies qu'en 1875; et c'est seulement, en 1880 que l'Espagne l'a aboli à Cuba.

RAZZIAS HUMAINES : NEGRIERS ET ESCL IVi'S. 443

qu'on ne croit pas susceptibles de supporter les longues étapes qu'ils doivent franchir.

« La dépopulation causée par les nombreuses razzias des Portugais noirs et des Arabes ou de leurs alliés nègres, dit M. Jolmston [, réduisit des parties considérables du pays à l'état de désert. »

Nous empruntons au docteur Virey les détails suivants : « On attache les captifs à une chaîne ; on leur saisit le cou dans une fourche dont la queue, longue et pesante, les empêche de fuir. Ces bandes, semblables à celles des galériens, sont conduites à deux ou trois cents lieues, à travers d'affreuses solitudes; elles portent l'eau, la farine, les grains ou racines nécessaires pour subsister. Si quelques femmes ou enfants ne peuvent suivre, on les abandonne au désert, et ceux qui parcourent ces régions trouveront un jour leurs cadavres desséchés, rongés par les bêtes sauvages.

« Arrivés sur la côte, les malheureux qui ont survécu sont massés dans les vaisseaux négriers, jetés à fond de cale, chacun sur des cadres si étroits qu'il leur est impossible de se retourner avec leurs ferrements. Ils n'occupent que l'espace qu'ils auraient dans un tombeau, et ne respirent d'air qu'autant qu'il en faut pour prolonger leur lamentable vie, car ils sont empilés jusqu'à 1.500 dans un même bâtiment! Qu'on juge des vapeurs méphitiques et de l'odeur infecte qui s'exhalent de tant de corps malades quand, pendant la nuit, on ferme les écoutilles de crainte d'évasion ! Beaucoup périssent faute d'air, de nourriture ou d'eau.

« Au milieu de ce croupissement de malpropreté, de cette putridité dégoûtante née de l'encombrement, la fièvre s'allume souvent, et une contagion dévorante moissonne comme la peste, en peu de jours , une multitude de nègres. Un pauvre moribond , gisant à côté de ses compagnons de misère, demandera en vain quelques gouttes d'eau pour se rafraîchir : il faut qu'il se lève avec sa chaîne, ou qu'il meure sur place. »

Et si, dans quelques endroits, ce mode épouvantable de transport fut un peu adouci, ce fut bien moins par humanité que par calcul, la mortalité des cargaisons d'esclaves devenant une ruine,

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