‹ Histoire des crustacés podophthalmaires fossilesChapitre 14 sur 19 · GENRES · texte numérisé non relu

GENRES

Front spaiuliforme et infléchi. Orbiles et pédoncules oculaires extrêmement longs et occupant presque toute la largeur de la carapace. Angles orbitaires externes se prolongeant beaucoup plus en dehors que la portion suivante du bord latéral, et suivis seulement dune petite epmo .... Podoputhaluc*.

Mmns robustes et

prismaliqucs.

I Pieds- mâchoires

, \ extérieurs n'arri-

( Dents latérales del Vant pas sous le

; la carapace, au] front Neptonus.

1 nombre de neui-' \ seulement. Corne Ma,ns 8rèles et Régions brandhisles de la on-) costale médiocre./ subcylindriques. , , j ; i Pieds -mâchoires

I rapace se prolongeant de. f . . ..

i ■.' „„.„ , extérieurs depas-

i chaque cote en une corne i l- . , * .

i .. i \ sant le Iront en

li'péews Carapace très élargie el armée de neuf denls latéro- 1 c( I \ avant Lcpa.

antérieures (y compris l'angle orbitaire externe) ] [ DenU |a(érales au nombre de ,Q<i de

ou davantage. Tigelle mob.lodes antennes ex ter-, . neuf. Cornes ,,osta|es énormes. . .. Knoplototus.

nés insérée sur un grand article basilaire el se

logeant dans l'hiatus interne de l'orbite. Suture JRé,,ions branchiales de la ' Carapace surbaissée. Epistome linéaire

médiane du sternum s'étendanl sur les lroisder-1 Carapace ne se prolongeant et incomplet. Mains allongées et pris-

niers anneaux du thorax. Mains très allongées f pas en forme de corne . |a < matiques Acbf.loos.

\ dernière dent latérale étant / Carapace bombée Epistome bien déve-

\ semblable aux précédentes • loppé. Mains trapues et renflées. . . . Scylla

•Carapace hexagonale ; son bord fronto-orbitaire n'occupant pas pins „ .... . , , . i / des deux tiers de sa largeur et formant un angle obtus avec les bords

mUMUTIENS . Carapace res élargie, mais armée seulenien le ialér0 arilériellrs . ceux* ; armés de sfx ou s60pt denls chaoun GoNIOSOlu.

sept, ou d un moindre nombre de dents. Sienium 1 ' r

et mains comme chez les Lupéens. Tige mobile ./Carapace presque quadrilatère et très large; bord frontal 1res grand des antennes externes exclue de l'orbite et nais- \ et occupant avec les orbites presque toute la largeur de la carasant sous le front, sur un article basilaire très/ pace; bords latéro-anlérieurs formant, avec le bord fronto-orbilaire, large. un angle presque droit, el armés chacun de quatre ou cinq dents

\ seulement Tbalajiita.

» »iu pii'.v» Carapace 1res élargie et armée de sept dents de chaque côté. Sternum et mains comme dans les sections précédentes. Antennes externes libres dès leur base (leur article basilaiie étant grêle et formant partie constitutive de la tigelle mobile). Caropa. ■ i l'ix il lu \s . Carapace médiocrement élargie; ses bords latéro-anlérieurs formant un angle très prononcé avec le bord fronto-orbitaire et armes chacun de cinq peliles denls spimformes. Article basilaire des antennes externes grêle, libre et entrant dans la

composition de leur tigelle mobile, laquelle se loge dans l'hiatus interne do l'orbite. Mains très allongées Liipocycliis.

**. . Pattes postérieures

L à palettes ovalai-

Régions de la cara- X res Portonus.

pace peu distinc- \ t tes entre elles 1 Pattesposteneures CARCINIENS. Carapace médiocrement élargie; ses bords latéro-. 'Bords latéro-antérieurs de la \ ' f à palettes lancéo-

antérieurs formant, avec le bord fronio-oibitaire, carapace armés chacun de 1 \ lées Carcinus.

une courbure régulière, el armée seulement de \ cinq denls. ' j „,„;„„. dn i, raranarP trP, distinctes

qualreou cinq dents. Suture médiane du sternum ) I Régions de la carapace très distinctes

.7 1 entre e es et séparées par des sillons

occupant seulement les deux derniers anneaux du 1 oint».»^. y

, r ~. ,, , . , .1 \ nrn nn( s I'outcnites.

thorax. Tigelle mobiledesantcunes externes nais- 1 - F'u,u,,uo

sant sur un gros article basilaire dans l'hiatus I Bords laléro-antérieurs de la carapace armés chacun de quatre dents

de l'orbite. Mains courtes. seulement Nectocarcincs

i isvh 1R< IM1 \s Carapace très étroite, arrondie latéralement et peu denticulée. Suture médiane du sternum et antennes externes comme

dans les Thalamitiens. Mains 1res courtes Lissocarcinus.

poi.vkii:\s Carapace snborbiculaire ou même beaucoup plus ; c . deDOU1.Vue do cor- ,' Panes de la pénultième paire natatoires

longue que large, el armée latéralement de cinq l ne/coslal J 8Wrmée seme. \ comme les autres Polydius.

denls bien développées (auxquelles s ajoute quel- 1 nlenl de cinq denls latérales i Pattes de la pénultième paire à doigts

que o,s une épine rudimentaire). Suture médiane 1 de cha ûl(-, styliformes .... 7. Pla^onyoeu..

du sternum comme chez les l.arciniens. Anlen-\ ^ »ju»ii™

nés externes comme chez les I.upocycliens ; hia- jCaranace armée latéralement d'une grande corne costale, horizontale,

tus de l'angle orbitaire interne 1res large. Mains f „u, p,lr(e près de sa pointe une pente épine supplémentaire Psauuocaucikus.

courtes. \ ^ r '

\| pflONSE Mil M EDV /'. I r , lent foutles.

PORTl'MENS FOSSILES. 99

des Portuniens normaux qui oui été rencontrés à Pélat fossile appartiennent au groupe naturel des Lupéens, et doivent prendre

plaee dans les genres Neptunas, Achetons, Scylla et Enoplonotus.

J'aurai à l'aire connaître une espèce fossile du genre Goniosoma, et la section des Carciniens a fourni deux représentants, le Portunites incerta de M. Th. Bell et le Porhmus Peruvianus de d'Orbigny.

Je rapporte à la section des Polybiens le Porhmus Hericarti de Desmarest, cspèee qui ne peut prendre plaee dans aucun des genres de l'époque actuelle, et qui constitue le type de la division des Psammocarcins.

Dans les éludes spécialement paléontologiques que je vais aborder maintenant, je n'aurai donc à m'oceuper que des huit genres dont je viens de citer les noms. 11 est aussi à noter que tous les Portuniens fossiles nettement caractérisés, découverts jusqu'ici, appartiennent aux formations tertiaires ou à des dépôts plus récents ; les plus anciens que je connaisse proviennent du terrain nummulitique.

Enfin je ferai remarquer également que ces Crustacés qui habitaient tons les mers tertiaires qui couvraient l'emplacement occupé aujourd'hui par la France et les pays voisins présentent des formes organiques très rares dans les mers actuelles des régions tempérées, mais qui abondent dans la zone torride.

AGÉLE DES PORTUNIENS NORMAUX.

Front horizontal et sans étranglement basilairc ; orbites et pédoncules oculaires de longueur ordinaire; angles militaires externes se prolongeant en dehors, beaucoup moins que la portion suivante du bord latéral de la carapace et suivis d'une série de dents, dont la dernière se prolonge à une distance plus, grande de la ligne médiane du corps que ne le font les autres.

100 \IIMIO\SI. «Il M. EDWAItDS

GROUPE DES LUPÉENS.

(Carapace très élargie et armée de neuf dents latéro-antérieures,

ou davantage (y compris l'angle ôrbitaire externe); tigelle mobile des antennes externes insérée sur un grand article basilaire et se logeant dans l'hiatus interne de l'orbite ; suture médiane du plastron sternal s'étcndant sur les trois derniers anneaux du thorax ; mains très allongées.

Genre NEPTUNUS.

Sj/n. : Cancer (pars). Linné, Sysl. nat.

Portunus, Fabricius, Entomol. System., suppl.

Li'PA (pars), Leach, Latreille, Milne Edwards.

Neptuhcs, Pontus et Ampbitrite (pars), De Hann, Fauna japonica.

— White, Liste of the spécimens of Cruslacea of the Brilish Muséum, 4 847.

Lupa et Amphitrite (pars), Dana, Explor. Exped., Crust.

Le genre Neptunus, délimité de la manière indiquée dans le chapitre précédent (1), se compose d'un nombre considérable de Portuniens remarquables par la forme générale de leur corps, ainsi que par plusieurs particularités de structure dans les antennes et leurs annexes, l'appareil buccal elles organes de la locomotion.

Pour définir brièvement ce groupe, il suffit de dire qu'il comprend tous les Brachyures platystomes à pattes natatoires, dont la carapace est arquée antérieurement et armée latéralement de huit dents médiocres suivies d'une grande corne costale. .

Mais, pour donner une idée complète de ces animaux et pour pouvoir y rapporter tous les débris fossiles qui y appartiennent, il est nécessaire d'entrer dans un examen détaillé de diverses parties de leur squelette tégumentaire.

La l'orme de la carapace des Neptunus est tellement caractéris-

(I) Voy. p. 216.

PORTUNIENS FOSSILES. l()l

ti(|uc que, en général, elle suffit pour Caire reconnaître à première vue ces Portuniens. En effet, ce grand bouclier céphalo-thoracique est plus élargi que chez aucun autre Braclryure, et il est en même temps fort surbaissé et terminé latéralement par une grosse pointe, de sorte qu'il affecte une forme presque naviculaire et que son diamètre transverse a plus de deux fois la longueur de son diamètre antéro-postérieur. Celte forme se prononce de plus en plus par les progrès de l'âge, mais elle est déjà très bien indiquée chez les jeunes individus; ainsi que j'ai pu le constater chez de petits Neptunes qui n'avaient que quelques millimètres de long et qui, suivant toute probabilité, n'étaient sortis de l'œuf que depuis fort peu de temps.

Le front est toujours large, peu saillant, et plus ou moins profondément découpé en six ou huit dents plates et horizontales, dont les deux externes constituent les angles sourciliers internes; la disposition de ces dents varie et fournit d'excellents caractères pour la distinction des espèces.

Les orbites sont de grandeur médiocre et dirigées très obliquement en avant et en haut, leur plancher s'avançant beaucoup plus que leur bord sourciller ; celui-ci est divisé en trois lobes par deux scissures étroites mais profondes, et sa portion externe se prolonge en une dent orbitaire externe large et acérée.

Les bords latéro-anlérieurs de la carapace sont toujours armés chacun de neuf dents plates, larges à leur base et terminées par une pointe aiguë qui se recourbe plus ou moins en avant. La première de ces dents est formée, comme je viens de le dire, par l'angle orbitaire externe ; les suivantes ont à peu près les mêmes dimensions, si ce n'est la dernière qui est toujours beaucoup plus développée qu'aucune autre ; elle constitue une corne costale qui s'avance latéralement au-dessus de la base des pattes. Les bords latéro-postérieurs sont concaves, et plus ou moins nettement divisés en deux portions, dont la postérieure est excavée et correspond à la base des pattes de la dernière paire. Enfin, il est aussi à noter que ces bords sont surmontés d'une ligne ou petite crête marginale qui souvent se continue avec une ligne semblable située au-dessus du bord postérieur de la carapace.

102 ALPHOK&E MILNE EDWARDS.

La face supérieure de ce grand bouclier céphalo-thoracique est comme chagrinée, on y remarque mie multitude de granulations miliaires dont la grosseur varie suivant les espèces ; parfois elle est recouverte d'un duvet plus ou moins épais.

Les régions de la carapace sont peu marquées, mais en général leurs limites sont reconnaissables ; l'empreinte musculaire qui de chaque côté sépare le lobe urogastrique et la région cardiaque des régions branchiales, et qui peut être appelée Yempreinte branchiocardiaque, est forte et constitue avec la dépression transversale, située entre ce lobe urogastrique et la région cardiaque, une figure qui a de l'analogie avec celle de la lettre H. Souvent on aperçoit sur la région stomacale une ligne transversale saillante, formée en général par des granulations régulièrement disposées et que j'appellerai la ligne épigaslriqne (1). 11 n'est pas rare de trouver sur le lobe urogastrique une seconde ligne analogue que je désignerai sous le nom de ligne hypogastrique. Enfin, vers la partie postérieure de chacune des régions branchiales, il existe une autre ligne de même nature dite épibrçmchiale (2) qui s'avance jusqu'à l'extrémité de la corne costale et qui, après s'être recourbée plus ou moins fortement en avant, se dirige transversalement vers la partie postérieure de la région gastrique ; la saillie et la longueur de celte ligne varient suivant les espèces, et souvent elle n'est constituée que par une rangée de granulations plus fortes que celle dont les parties voisines delà carapace sont garnies.

La région faciale qui s'étend depuis le front jusqu'au plastron sternal, se relève de façon à devenir presque verticale quand l'animal repose sur la face ventrale de son corps, et à se dérober en majeure partie à la vue quand il est renversé sur le dos. La cloison interantennulair.fi, constituée aux dépens de la partie antérieure de i'épistome, se prolonge d'ordinaire en une petite corne médiane ou apophyse épistomienne, quis'avanee horizontalement et dépasse de beaucoup le niveau du bord frontal (3), mode d'organisation

(1) Voy. pi. 7, fig. 2.

(2) Voy. pi. G, fig. 1, b'

(3) Voy. pi. G, fig. 1„i'.

PORTÔNIENS FOSSILES. 103

qui n'est jamais bien marque chez les autres Lupéens, et qui est extrêmement rare chez lesCrustacés des autres groupes; en sorte que son existence suffit presque [tour caractériser la portion antérieure de la tète d'nnNeptunus.

Les fossettes antennulaires sont ovalaires et disposées transversalement, de façon que la tige mobile des petites antennes se reploie presque horizontalement sous le front ; en dehors elles sont complétées par l'article hasilaire des antennes externes, qui est assez grand et se réunit à l'angle sourcilier du front par son angle anléro-inlerne, mais s'avance du coté externe dans l'hiatus de l'orbite.

Cet hiatus, compris entre l'angle sourcilier interne et l'angle interne du plancher de l'orbite, est étroit, mais Toge latigelle mobile de ces antennes, qui occupe par conséquent l'angle interne de la cavité orbitaire. Il est aussi à noter que l'article basilaire de ces appendices frontaux donne ordinairement naissance à une dent spihiforme située en dehors et. au-dessous de l'insertion de la ligellc mobile et au-dessus ainsi qu'en dehors d'une autre dent beaucoup plus grosse et plus saillante qui arme l'angle adjacent dii plancher orbitaire. Celte dernière, appelée dent sous-orbilaire interne, s'avance beaucoup plus que l'angle sourcilier interne et se termine en forme d'épine conique. Là portion suivante du bord orbitaire inférieur s'avance presque autant que la portion adjacente du bord latéro -.antérieur de la carapace, et se trouve séparée de l'angle orbitaire externe par une scissure plus ou moins large.

L'épistome est peu développé et de chaque côté le bord labial ou bord antérieur de la fosse buccale, s'avance de manière à se réunir au bord postérieur des fossettes antennaires. lien résulte que le sillon transversal qui occupe le milieu de l'espace épistomien n'existe que dans le voisinage de la ligne médiane du corps, et ne se prolonge pas latéralement jusqu'aux tubercules auditifs, ainsi que nous le verrons dans le genre Seylla.

Les pieds-mâchoires externes sont trapus et leur portion opereulaire ne se prolonge pas sur l'épistome, comme cela a lieu dans le genre Lupa proprement dit, où ces organes recouvrent toute la région antennaire et dépassent le niveau du front. La forme du

troisième article de ces organes varie un peu, suivant lesespèi es, mais il est toujours à peu près aussi large que long et tronqué, ou éehancré à son angle anléro-interne pour recevoir la hase de la tigelle palpiforme.

L'cndostome ou palais, c'est-à-dire la portion de la voùtc de la fosse buccale compris entre le bord labial de l'épistome et la bouche proprement dite , est presque toujours partagé de chaque coté de la ligne médiane en deux parties par une crête longitudinale oblique qui limite du côté interne le canal expirateur. Ce caractère marque, il est vrai, chez le Neptunus cribrarius, et c'est à raison de celte circonstance que M. Dana a séparé génériquement ce Porlunicn des autres Lupéens sous le nom à'Arenœus; mais la ressemblance est d'ailleurs si grande entre tous ces Crustacés, que la particularité dont je viens de parler, ne me paraît pas suffire pour motiver cette séparation; j'ajouterai que les crêtes endostomiennes n'appartiennent pas exclusivement aux Neptunus, on les retrouve chez les Scylta, chez diverses espèces du genre Pertune et chez plusieurs Brachyurcs qui appartiennent à d'autres familles.

Le plastron sternal des Neptunus est très large, presque orbiculaire(l), à peu près plan dans ses deux tiers postérieurs, mais un peu courbé vers le haut dans sa partie antérieure. Son premier segment qui porte les pieds-mâchoires externes, est court, mais très large, et il en est à peu près de même du segment suivant qui porte les bras. Les sutures qui séparent entre eux les autres articles sont presque parallèles, et se prolongent jusque vers la ligne médiane du thorax, caractère qui suffit pour faire distinguer ces Portuniens d'un autre genre de la même division, le genre Lupu proprement dit, où les sutures de la dernière paire sont extrêmement courtes et celles de la pénultième paire s'arrêtent à peu de dislance de la base des pattes.

Les bras, ou pattes thoraciques de la première paire, sont très longs, mais robustes, et munis d'une pince puissante et fortement armée (2); lesdoigtsquiconslituent cette pince sont allongés, lermi-

(1) Voy. pi. 3, fig. |a. pi. 4, fig. Ia, 111; pi. 5, fig. IA, i':; pi. 6, fig. «a,

(2) Voy. pi. 3, fig. I", 1e; pi. 5, fig 4".

PORTL.NIENS FOSSILES. 105

nés par une pointe aiguë et recourbée, creusé.-, de sillons longitudinaux en dedans aussi bien qu'en dehors, et garnis sur leur bord préhensible d'une série de grandes dents comprimées, pointues, alternantes et séparées entre elles par deux ou plusieurs dentiçules contre lesquels vient s'appliquer la pointe de la grosse denl opposée à chacun des groupes ainsi constitués.

11 en résulte que le pouce, en se rabattant sur l'index, Délaisse presque aucun vide entre les deux séries de pointes dont je viens de parler, et que les grosses dents de la rangée supérieure s'engrènent dans les intervalles laissés par les grosses dents de la

rangée inférieure.

Le poignet, ou portion basilaire de la main, est presque prismatique et présente plusieurs crêtes longitudinales, dont la disposition varie suivant les espèces et dont deux ou plusieurs donnent naissance à des prolongements spiniformes. Une de ces grosses pointes se trouve toujours sur le bord supérieur de la main, au-dessus de l'articulation interne du pouce, et une autre sur la face externe en avant du tubercule articulaire de la jointure carpienne. L'existence de ces crêtes est d'un secours très puissant pour le paléontologiste, parce qu'elles peuvent lui permettre de rapporter au genre l\eptunus des fragments de pinces isolées que l'on rencontre souvent dans certaines couches.

L'avant-bras est court et garni au moins de deux dents spiniformes situées, l'une vers le milieu de son bord interne, l'autre près de l'extrémité antérieure de son bord externe.

Enfin, le bras proprement dit est gros, allongé et armé aussi de plusieurs grosses dents spiniformes le long de son bord antérieur.

Les pattes ambulatoires sont toutes conformées pour la natation aussi bien «pie pour la marche; elles sont très comprimées latéralement, et terminées par un doigt lamelleux; celles de la deuxième paire sont ordinairement plus longues que les autres, et celles de la troisième paire sont notablement plus courtesque celles de la deuxième et de la première paire. La forme de ces trois paires de pattes est d'ailleurs à peu près la même : la cuisse est grêle, allongée et dépourvue de cils; la jambe est étroite, mince,

106 ILPHONSE HIIM EDUAKDS.

terminée en dessus comme en dessous par cm boni tranchant e( cilié, enfin creusée sur l'une et sur l'autre face d'un sillon linéaire longitudinal; le doigt ou article terminal es! très comprimé, rilié sur les deux bords et très aigu, mais sa forme varie suivant les espèces et tantôt il est lancéolé, tandis que d'autres fois il est presque styliforme.

Les pattes postérieures sont beaucoup plus robustes et ciliées sur leurs bords; la hanche est tellement trapue qu'elle est souvent aussi large que longue; la jambe est grosse, extrêmement courte et presque orbiculaire.Lepiedou pénultième article est au contraire allongé et très mince, quoique fort large, il s'articule avec la jambe parla partie adjacente de son bord supérieur qui est profondément éebaucré dans ce point ; au-dessous de son articulation digitale il se prolonge en forme de lame à bord arrondi ; enfin, le doigt esl très grand, ovalaire cl obtus au bout.

Quant à l'abdomen, il est toujours très large à sa base, mais sa forme peut varier suivant lesespèces, etje n'y aperçois aucun caractère générique dont il soit utile de tenir compte ici, car les particularités offertes par les appendices copulateurs ne sont jamais déterminables cbez les individus fossiles.

Il existe aujourd'hui un nombre considérable d'espèces du genre Neptunus. Un de ces Crustacés, le Aeptunus hastatus (Linn.), habite la Méditerranée, mais la plupart d'entre eux sont propres aux régions tropicales et se trouvent soit dans la mer des Antilles, et sur les côtes du Brésil, soit dans l'océan Pacifique ou dans les mers d'Asie. Jusqu'ici les paléontologistes n'avaient l'ail connaître aucun représentant fossile de ce genre, mais, comme je vais le montrer, on en trouve plusieurs, surtout dans les couches du midi de la France ou de l'Italie.

NEPTUNUS MONSPELIENSIS, Nob.

Voy. pi. 4, fig. 1, <\ I", et pi. o, fig. 1, 1A, l11. le, lu.

Cette espèce se rencontre dans les argiles bleues marines des environs de Montpellier elle y est assez rare et s'y trouve associée à plusieurs autres fossiles, parmi lesquels je citerai VOstrea longi-

l'OBTLMENS FOSS1LLS. \ Q']

rostris, les Cerithium plicatum, cinctum. marginatiun et sulcatum (1), eo.|iiilles qui existent en grande abondaneedans le terrain miocène du bassin de Paris aux environs d'Klampes. Ces asgiles bleues, en effet, l'ont partie du terrain tertiaire moyeu. Presque toujours les Crustacés qui s'y voient sont écrasés et rarement bien conservés, cependant on peut sur le nombre en rencontrer d'assez. complets; le plus bel exemplaire que j'en connaisse appartient à la collection de M. .Marcel de Serres (2 . Souvent le lest est conservé; mais d'une manière assez imparfaite. De même que les autres Neptunas fossiles que j'ai pu examiner, cette espèce n'atteint jamais une taille bien considérable.

Le bouclier cépbalo-tboracique est régulièrement arrondi en avant, les régions stomacale et cardiaque(o) y sont bien indiquées, le sillon gastro-cardiaque est très profond et se prolonge latéralement, de façon à circonscrire de chaque côté deux petits lobes sur la partie interne de la région branchiale; caractère que nous retrouvons d'ailleurs sur presque toutes les espèces vivantes de ce genre. Ces régions branchiales (4) sont bien développées et elles se renflent vers leur partie postérieure sur les cotes des petits lobes branchiaux internes, dont je viens de parler. Sur aucun des échantillons que j'ai pu examiner, je n'ai constaté la présence de la ligne épigaslrique qui existe chez la plupart des espèces vivantes, mais il se peut que si cette crête était peu marquée, elle ait disparu sur les fossiles. Les lignes épibranchiales (5) devaient être bien indiquées, car on reconnaît leur existence, même sur les moules internes. Les cornes costales ne dépassaient pas beaucoup les huit autres dents du bord latéro-antérieur de la carapace. Il est ordinairement difficile de constater leur forme exacte, cependant elles étaient larges à la base et leur pointe se dirigeait en avant. Del'extrémité de chacune de ces cornes latérales partait une ligne linemenl

(1) Voy. P. G. de Roiiville, Description yéologiuue des environs de Montp.,lier, 1833, p. 6G.

(2) Voy. pi, 4, fig. 1".

(3) Voy. pi. 4 et 5, fig. I , g, k.

(4) Mêmes figures, b,

(5) Mêmes ligures b' .

]08 ILPOOIVSE MM M EDWARDS.

granuleuse, qui bordait la carapace eu arrière et en dehors jusqu'au-dessus de la base des pattes de la dernière paire.

Le bord postérieur du bouclier céphalo-thoracique était également bimarginé; enfin, toute la surface du test était couverte de grosses granulations assez espacées et beaucoup plus marquées en arrière qu'en avant; aucune espèce de ce genre, actuellement vivante, ne présente, à taille égale, de granulations aussi grosses. Dans un genre voisin, chez Y Achetons spinimanus , nous trouvons une disposition analogue.

Le front (1), composé de six dents, ne présente pas une largeur relative très considérable. Les deux dents médianes s'avancent notablement plus que les autres; disposition très rare chez les espèces vivantes; en effet, le Neptunus Sebœ la présente seule ainsi qu'une espèce originaire du Chili que possède le Muséum et que je crois nouvelle. Chez \el\. cribrarius, les dents médianes s'avancent presque autant que les angles orbitaires internes, mais le front y est d'ailleurs conformé d'une manière complètement différente. Enfin, chez notre fossile les deux dents latérales du front, quoique plus courtes que les médianes, dépassent les angles orbitaires internes qui constituent la dernière paire de dents de cette région. Il résulte de cette disposition que le bord frontal , au lieu d'être , ou complètement droit ou même un peu rentré vers sa partie moyenne, s'avance au milieu sur une ligne de beaucoup antérieure à celle qui joindrait les deux angles orbitaires externes.

Les orbites sont remarquablement larges, leur bord sourciller est divisé en trois lobes par deux scissures , dont l'interne est la plus développée; le plancher de l'orbite s'avance beaucoup, et l'angle sous-orbitaire interne atteint presque le niveau des dents moyennes du front. Quant à la région antennaire, je n'ai jamais pu l'examiner; la région faciale, placée presque verticalement, est très petite ; l'épistome se prolonge par une épine qui devait dépasser le front; les pattes-mâchoires sont ordinairement mal conservées.

(1) Voy. pi. 4, lïg. 1, f, et pi. 5, fig. 1, f.

PORTUNIENS FOSSILES. 109

Le plastron sternal est très large. Ses deux premiers anneaux sont fortement bombés; le second présente une ligne transversale très saillante qui limite en avant la portion aplatie du plastron, et que j'appellerai crête pectorale (1).

Les pattes antérieures sont allongées et grêles. La main est plus longue que la carapace (2j ; elle présente une forme prismatique; on remarque sur sa face externe deux crêtes longitudinales, saillantes et non granuleuses , comme on le voit chez le Neptunus pelagicus; de plus, son bord inférieur est doublé d'une crête qui se continue sur la base de l'index ; sa face supérieure offre aussi deux lignes longitudinales bien marquées et terminées antérieurement chacune par une épine; quant à sa face interne, je n'ai jamais eu l'occasion de l'examiner. Les doigts très peu courbés et assez robustes, sont garnis de dents fortes et s'engrènent exactement; ils n'offrent d'ailleurs aucune particularité à noter.

Le bras , de forme complètement prismatique, présente sur son bord antérieur trois épines proéminentes à pointe dirigée en dehors.

Les autres pattes devaient être larges et plates, autant qu'on en peut juger sur les pièces qui en présentent quelques articles toujours complètement écrasés.

L'abdomen du mâle (3) offre une forme régulièrement triangulaire et ne s'amincit pas brusquement, comme on le remarque chez quelques espèces vivantes, telles que \eN. Dicanthus, qui présente ce mode d'organisation poussé à son plus haut degré. Les cinquième, quatrième et troisième anneaux sont soudés, le quatrième est remarquable par l'existence d'une crête transversale saillante et qu'il est rare de trouver aussi marquée chez les autres représentants de ce genre.

Quant à l'abdomen de la femelle, je n'ai pas encore eu l'occasion de l'examiner.

Si nous résumons les principaux traits caractéristiques de cette

(») Voy.pl. 4, fig. IA y, et pi. 5, fig. U et K-, y.

(2) Voy. pi. 4, fig. 1», et pi. 5, fig. 1".

(3) Voy. pi. 4, fig. U et pi. 5, fig. 1* et Ie.

110 AI.PIIOXSE 1M!\I EDWARDS.

espèce, nous devons placer enpremière ligne la fouine du Iront, puis l'existence de crêtes sur le deuxième article du sternum et sur le quatrième segment de l'abdomen, ensuite la disposition et la grosseur des granulations qui ornent la carapace.

C'est probablement au Neptunus Monspeliensis qu'il faut rapporter les débris de Portuniens que M. Marcel de Serres signale aux environs de Montpellier (1). « Nous avons reconnu, dit-il, la » présence de ce genre (le genre Porlunus) dans nos terrains par » des pinces qui se rapportent à des Crustacés lirachyures fossiles, » plus rapprochées du Portons /m&er que des autres espèces, avec » lesquelles nous les avons comparées; par d'autres portions qui » se rapportent aux dentelures de l'intérieur des pinces à peu près » comme celles que M. Desmarest a figurées dans la planche IV, » lig. 3, et qui est relative au Portunus Leucodon. Seulement, les » dentelures de l'intérieur des pinces de nos espèces sont plus » aplaties et plus rapprochées que dans le Portunus Leucodon. Elles » signalent probablement une autre espèce-, mais nous ne voyons » rien dans nos mers qui s'en rapproche. » 11 me semble évident, d'après ce qui précède, que ces pinces ne diffèrent pas de celles que nous venons d'examiner, et ce qui confirme cette manière de voir, c'est que le gisement est le même.

Desmarest avait eu entre les mains quelques fragments de celle espèce, mais en si mauvais élal, que leur étude ne put lui fournir aucun caractère suffisant pour leur classement méthodique , el qu'il se borne à en parler dans les termes suivants : •< 1' In Por- » lune en tirs mauvais étal, de la collection de M. de Urée et » indiqué comme venant des environs de Bordeaux; '2" Un crabe » trouvé dans Av* argiles verdàtres et sablonneuses des environs » de Béziers, el qui l'ait partie de la collection du Muséum d'his- » toire naturelle de Paris (-2 }: » J'ai pu examiner ces débris, et je me suis assuré qu'ils appartiennent bien évidemment au Neptunus Monspeliensis.

(1) Marcel de Serres, Géognosie des terrains tertiaires; \>. 154.

(2) Desmarest, Crustacés fossiles, p. 125.

l'OIiTLMLNS FOSSILES. 111

NEPTUNUS LARTET1, Nob.

Voy.pl. 5, fig. 2 et 2\ 2».

Celle espèce se rencontre dans le terrain nummulitique du Vicentin, maisjcn'aipu avoir exactement son gisement. La l'orme générale de la carapace est moins é.largie que celle de l'espèce précédente, elle se rapproche un peu de celle d'un hexagone; la sur l'ace de ce bouclier dorsal, au lieu d'être couverte de grosses granulations espacées, est ornée de granulations fines et serrées (1). La disposition des régions ne présente rien de remarquable, si ce n'est la profondeur du sillon gastro-cardiaque. Le lobe des régions branchiales esl fortement accusé en arrière.

On remarque l'existence d'une ligne épigastrique qui s'efface presque sur la ligne médiane et d'une ligne épibranchiale de chaque côté ; celte dernière esl bien marquée et va se perdre dans le sillon branchio-cardiàque. La crête qui, partant de l'extrémité de chaque corne costale, descend jusqu'au-dessus de la base de la cinquième patte, est extrêmement saillante.

Le front garni de six dents, présente la disposition que nous avons notée chez l'espèce précédente et que nous avons vue être très rare dans le genre Neptunus; c'est-à-dire que les deux dents médianes sont les plus grandes et que l'échàncrure qui les sépare, est égale en profondeur aux échancrurcs des autres dents. Les deux dénis latérales du front sont un peu plus courtes que les précédentes, mais dépassent de beaucoup l'angle sourcilier interne qui n'est presque pas spiniforme.

Les orbites sont moins larges que chez le N. Monspeliensis, et présentent sur leur bord sourcilier deux scissures profondes et bien marquées.

Le plastron sternal est surtout très différent de celui de l'espèce que nous venons d'examiner ; comparé sur des individus de même sexe, il est notablement plus étroit ci comparativement beaucoup

(I) Voy. pi. ï. fig. 2U.

plus long (li. La forme des deux premiers articles est tout à l'ait distincte; en premier lien on n'observe aucun indice de celle crête pectorale si remarquable, dont j'ai signalé l'existence sur le deuxième segment sternal du N. Monspeliensis; ensuite, ce segment, de même que le premier, est remarquablement étroit et long; les articles suivants, dont la largeur est peu considérable, constituent, par leur réunion, un plastron plus bombé (pie ce que nous avons vu chez l'espèce précédente.

L'abdomen du mâle, que jusqu'à présent j'ai pu seul examiner, n'offre que cinq anneaux distincts, comme chez les autres Portuniens. Sa forme est à peu près régulièrement triangulaire, comme chez le N. Monspeliensis, mais il peut encore s'en distinguer, parce que son quatrième segment ne porte pas de crête transversale, à beaucoup près aussi marquée. Quant aux pattes, je n'ai pas pu les observer.

Cette espèce se distingue facilement de toutes les espèces vivantes par la forme de son front ; en effet, il est très rare d'en rencontrer dont les dents médianes dépassent les autres; cette disposition existe cependant chez le Neptunus Sebœ, mais chez ce dernier lesécbancrures qui séparent les angles sourciliers internes des dents latérales du front sont beaucoup plus profondes que les échancrures situées entre les autres dents.

Le musée de Milan possède un bon exemplaire de cette espèce, dont un moule se trouve dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

NEPTUNUS VICENTINUS , Nob.

Voy. pi. 6, fig. 1, l\ 1».

De même que la précédente, celte espèce se trouve dans le terrain nummulilique d'Italie, dans le Vicenliii, au milieu d'un calcaire dur et compacte. Par la forme générale de sa carapace, elle se dislingue au premier coup d'œil du Neptunus Larteti ; en effet, ce bouclier dorsal, au lien d'être presque hexagonal, est très large

(I) Voy. pi 5, fig. ïk

P0RTUN1ENS FOSSILES. {\$

el court ; les bords Iatéro-antérieurs sont plus tbrtomcnt courbés, qu'on ne l'observe en général dans les espèces de ce genre. Les régions y sont beaucoup moins marquées; ainsi le sillon gastro cardiaque est peu indiqué; la région cardiaque est plus large. Les échancrures qui se remarquent sur les bonis latéro-postérieurs, et qui servent à recevoir la base des pattes de la cinquième paire, sont beaucoup plus grandes, de façon que la partie droite de ces bords qui s'étend de cette échancrure aux cornes costales est extrêmement courte. Dans l'espèce précédente, celle portion des bords latéro-postérieurs était comparativement grande. I.e front, découpé en six dénis, diffère aussi de celui de l'espèce précédente; les deux dents médianes sont beaucoup plus petites que les latérales. Huant à celles qui forment les angles sus-orbitaires internes, je n'ai pu les examiner. L'apophyse épistomienne se prolongeait au devant du front, comme chez la plupart des Neplunes vivants (I). Le plastron stcrnal, au lieu d'êtreélroit, allongé et un peu bombé comme chez le N. Larleti, est plat et large, mais moins cependant que chez le N. Monspeliensis. Ses premier et deuxième segments sont courts el trapus, disposition inverse de ce qui existe dans l'espèce précédente. Luire ces deux articles, on ne voit pas de crête pectorale bien dessinée comme chez le A . Monspeliensis; il y en a cependant un rudiment, mais à peine visible. L'abdomen de forme triangulaire, et plus large que dans l'espèce que nous venons d'étudier, offre sur son quatrième segment une crête transversale , analogue à celle que nous avons trouvée chez le Neptunus du terrain miocène des environs de Montpellier.

Le .Muséum d'histoire naturelle de Paris possède un moule en plâtre de celle espèce , fait sur un exemplaire appartenant au Musée de Turin.

(I Voy. pi. G, fig. lu.

M \MM!«\SJ 1111 M EDWARDS.

NEPTUNUS ARCUATUS, Nob.

Voy.pl. 9. fig. 2,2Ael 2".

Colle petite espèce, originaire des couches nummuliliques de Salcedo, dans le Vicenlin, présente, par sa forme générale, une (vilaine analogie avec le N. sanguinolentus des mers de l'Inde. Le bouclier céphalo-thoracique est remarquable par sa forme régulièrement arquée en avant ; en effet, les bords latéro antérieurs et le front se continuent presque sans interruption, et constituent une ligne courbe s'étendantde l'une à l'autre des cornes costales. Celles-ci sont beaucoup plus grandes que les dénis des bords latéro-antérieurs; elles se dirigent légèrement en avant. Ces dernières sont très aplaties, à base large, presque triangulaire, et leur pointe n'est pas inclinée en avant, ainsi que cela se voit chez beaucoup de Neptunus(l); la première, qui constitue l'angle orbitaire externe, devait dépasser les autres. Comme ces Crustacés sont toujours écrasés entre des plaques calcaires, on ne peut distinguer nettement la disposition des régions.

Le front, qui est remarquablement bien conservé (2), se compose, en y comprenant les angles orbitaires internes, de six dents : les deux médianes sont très rapprochées, et, quoique fort petites, se trouvent, à cause de la forme même du front, sur un plan antérieur aux autres ; les deux latérales, très éloignées des précédentes, constituent plutôt des découpures que des dents spiniformes; elles regardent légèrement en dehors, et sont plus rapprochées des angles orbitaires internes que des dents médianes. Ces angles ressemblent aux dents précédentes par leur forme. Les orbites sont assez grandes , et devaient ., autant qu'on peut en juger, être divisées en trois lobes par deux scissures.

Je n'ai jamais pu observer la face ventrale de ces Crabes; ils paraissent avoir été enfouis pendant leur vie, et ils gardent leur position normale; on les trouve ordinairement avec toutes leurs

(1) Voy. pi. 9, fig. 2".

(2) Voy. pi. 9, fig. 2\

PORTUNIENS FOSSILES. H5

pattes en place, quoique ces appendices soient écrasés, el que souvent il n'en reste qu'une vague empreinte. Le bras dépassait le bord laléro-anlérieur de la carapace; son bord antérieur était garni d'environ trois épines à pointe dirigée eu dehors. L'avantbras présente aussi la trace de prolongements spiniformes , niais il est difficile de distinguer exactement leur position ; il en est de même pour la main. Les pattes suivantes étaient longues et larges; celles de la troisième paire dépassaient notablement les autres; celles de la cinquième paire étaient, de même que chez les autres Neptunus, disposées exclusivement pour la natation, et terminées par de larges palettes.

Le Muséum possède la photographie "d'un de ces Neptunus dans un bon état de conservation, faite d'après un exemplaire appartenant au Musée de Vicence.

NEPTUNUS GRANULATUS, Nob.

Voy. pi. 3, 6g. I, 1\ 1B, 1'-, et pi. 7, fig. 2, 2A et 2".

Cette espèce, propre aux terrains tertiaires supérieurs, n'a jusqu'à présent été trouvée qu'en Sardaigne, près de Sassari. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris en possède quelques individus parfaitement conservés. La collection de M. Michelin en contient également quelques-uns. Lorsque j'ai fait représenter celle espèce dans les planches citées ci-dessus, je n'en connaissais que des fragments assez imparfaits. Ce n'est que quelque temps après que j'ai eu entre les mains des individus assez bien conservés, pour que l'on pût y observer tous les caractères importants, tels que ceux tirés de la forme du front cl des épines du bord latéro-antérieur, etc.; de telle sorte que pour la description de ce Crustacé, je ne pourrai pas renvoyer toujours aux figures.

Celle espèce de Neptunus, qui atteignait une taille assez considérable, puisqu'on en trouve dont le diamètre latéral esl d'environ 10 centimètres, esl remarquable par les granulations élégantes dont son tesl est garni (1). La région gastrique, très large en

(I) Voy. pi. 7, fig. 2 et 2".

Î10 AIPIIOXSE HILKE EDWARDS.

avant, est remarquable par l'existence d'un lobe mésogaslrique linéaire qui, se confond en arrière avec le lobe urogastrique, mais s'avance jusqu'au front (1). On ne peut observer celte disposition que chez des individus bien conservés. Pour peu que le lest ail disparu ou que le fossile soit un peu écrasé, les différents lobes de la région gastrique sont confondus ("2). On remarque sur cette même région une ligne épigastrique formée par une série simple de granulations régulièrement espacées, et plus considérables que celles qui se voient sur le reste de la carapace (8). Celle ligne est presque droite, et ne forme pas une courbe à concavité antérieure, comme cela a lieu ebez la plupart des Neplunus vivants.

La région cardiaque est bien développée (/i) ; le lobe cardiaque antérieur est plus renflé que le postérieur, qui s'aplatit vers sa partie postérieure; les régions branchiales présentent une ligne épibranchiale 1res marquée, et couverte d'une série de granulations analogues à celles qui existent sur la ligne épigastrique. Cette ligne va rejoindre le sillon gastro-branchial, où elle s'etface. En arrière de celle ligne, de chaque côté du sillon gastro-branchial, se remarquent deux petits lobes analogues à ceux que nous avons déjà signalés chez les Neptumis vivants et chez quelques-uns de nos fossiles (5). L'échancrure, destinée à recevoir la base des pattes postérieures, est large et bien arquée.

Les parties saillantes de la carapace sont couvertes de granulations régulières analogues à celles qui existent chez \eNeptunas dicanthus, et qui disparaissent dans les parties rentrantes.

Le front se compose de six dents : les deux médianes plus petites et très rapprochées, les latérales plus espacées et légèrement dirigées en dehors. Les angles orbitaircs sont obtus, et également dirigés en dehors; les orbites présentent sur leur bord sourciller deux scissures profondes; le plancher orbitaire s'avance beaucoup plus que ce bord.

(1) Voy.pl. 3, fig. I.

(2) Voy- pi. ~, fig. 2 g.

(3) Voy. pi. 3, fig. 1,g", et pi. ?, lig. 2, g". (S) Voy. 3, fig. 1, et pi. ?, fig. 2, kk'

(5) Voy. pi. 7, fig. ï, b*, et pi. 3, fig. I, b*.

POUTUNIENS FOSSILES. 117

Le plastron sternal (1), large et plat, porte sur son deuxième segment une crête pectorale bien marquée, quoique moins saillante que eliez le N. Monspeliensis.

Les pattes antérieures sont robustes et allongées; le bras est garni sur son bord antérieur de pointes spinilbrmes au nombre de (rois ou quatre ; l'avant-bras présente en dehors, au-dessus de l'articulation du poignet, une épine acérée; la main (2). ornée de crêtes longitudinales analogues à celles que l'on trouve chez tous les Neplunus, est terminée par des doigts robustes, armés de dentieulations espacées, régulières, et s'engrenant exactement les unes dans les autres, comme cela se voit chez le N. sanguinolentes des mers d'Asie.

L'abdomen du mâle (3) n'est composé que de cinq anneaux, comme chez les divers genres delà famille des Portuniens; sa l'orme ne présente d'ailleurs rien de remarquable; il en est de même pour l'abdomen de la femelle (h).

De tous les représentants fossiles du genre Neplunus , c'est le A . Monspeliensis qui ressemble le plus à celui que je viens de décrire. .Mais ils ne peuvent cependant pas être confondus, car l'espèce de Montpellier, comme nous l'avons vu, présente une carapace couverte de grosses granulations plates et irrégulièrement disposées, tandis que chez le N. granulalus ces ornements sont régulièrement espacés, petits, et forment des lignes continues sur les régions gastrique et branchiales.

Les ornements du lest, combinés avec l'existence d'une crête pectorale, distinguent cette espèce de toutes celles qui se trouvent à l'état fossile ou qui habitent aujourd'hui nos mers.

(1) Voy. pi. 3. fig. I\ y, et pi. 7, fig. 2, y.

(2) Voy. pi. 3, fig. Ie et lD.

(3) Voy. pi. 3, fig. I\

(4) Voy.pl. 7, Hg. 2A.

118 ALPiioivsE >iib,\s; i:»niR»$.

NEPÏUNUS INCERTL1S, Nob.

Je ne présente ici cette espèce qu'avec doute ; je l'ai dessinée dans la collection Massalungo à Vérone. Son mauvais étal de conservation ne m'a pas permis d'y retrouver lus caractères nécessaires à nue détermination spécifique certaine ; je suis cependant porté à croire qu'elle ne peut être rapportée à aucun des antres types du même genre. Ce Neptunus provient des couches nummulitiquesde Salcedo dans le Vicentin.

Par sa forme générale, par la courbure de ses bords latéroantérieurs, elle se dislingue de toutes les espèces que nous avons rencontrées jusqu'à présent. Cependant il faudrait avoir sous les yeux des individus mieux conservés pour arriver à établir d'une manière plus positive ses caractères distinetifs.

§ II- Genre ACHELOUS.

Syn. : Portunus (pars), Fabricius, Entom. sijst., suppl.

Lupa (pars), Leacli, art. Crustaceology (Edinb. Encyclop.).

— Demarest, Considérations sur les Crustacés, p. 97.

— Latreille, Règne animal, 2L' édit., t. IV, p. 33.

— Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, t. I, p. 445. Amphitrite (pars), Dana, Crustacea, p. 275.

Aciieloi:s, de Haan, Fauna japonica, p. 8.

Le genre Achetons (1), établi en 1850 par W. de Haan, comprend tous les Neptunus dont la dernière épine des bords laléroantérieurs est à peu près de la même longueur que les autres. Il se distingue donc au premier abord des Scylla par l'absence d'un sillon transversal entre le bord antérieur du cadre buccal et le bord

(I) Achélous, nom mythologique, fils de la Terre et de l'Océan.

P0KÏTN1EÏSS FOSSILES. H9

postérieur de la cloison sous-anlennulaire, par la forme générale du corps qui est toujours moins bombée, et enfin par la disposition des pattes antérieures, construites sur le même plan que celles des Aeptunus et présentant par conséquent sur la main des crêtes longitudinales. Effl somme, la meilleure caractéristique que l'on puisse donner de ce genre peut se résumer ainsi : ce sont des Neptunus dont les épines du bord laléro-antérieur sont toutes à peu près égales. Peut-être ce genre est-il établi sur des caractères trop peu importants; mais comme il est d'un emploi commode en paléontologie, où la forme extérieure doit jouer un grand rôle, je crois qu'il peut être utile de le conserver. Les espèces vivantes qui composent ce groupe habitent maintenant les mers d'Asie, les côtes du Brésil et d'autres régions dont la température est plus élevée que celle de nos côtes.

ACHELOUS OBTUSUS, N'ob.

Voy. pi. 3, fig. 2.

Cette espèce, la seule de ce genre que l'on connaisse à l'état fossile, provient des calcaires de Salcedo, dans le Vieentin; qui, comme on le sait, se rattachent à la formation nummulitique. Par sa forme générale cet Jchelous présente une certaine ressemblance avec l1 A . granulatus (M.Edw. . De même que chez ce dernier, la carapace est presque aussi longue que large, et les bords latéroantérieurs se prolongent beaucoup en arrière; les neufdentsqui garnissent ce bord sont sensiblement égales entre elles, larges à leur base, aplaties et dirigées un peu en avant ; la première, qui constituel'angle orbilaire externe, est un peu plus grande que les suivantes, disposition qui se voit aussi chez VA . granulatus. La région gastrique, demême que le lobe cardiaque antérieur, est très rétrécie en arrière. On aperçoit très distinctement les traces de la Ligne épibranchiale qui, parlant delà dernière dent du bord laiéro-anlérieur, remontait un peu en avant et se perdait dans le sillon branchiocardiaque. La surface de la carapace parait avoir présenté de nombreuses inégalités, autant du moins que l'on peut en juger malgré l'écrasement des individus ; on n'y aperçoit pas de grosses

granulations comme chez les A . spinimanus et granulatus, mais de fines ponctuations.

Le front est découpé en six dents : les deux médianes et les deux latérales sont petites, arrondies à leur extrémité, et égales entre elles; les antres, qui forment les angles sourciliers internes, sont beaucoup plus petites et également arrondies ; cette disposition présente une certaine similitude avec ce qui existe chez VA. lobifrons (M. Edw.), où il n'y a aussi que six dents au front, mais celles-ci sont beaucoup plus rondes, et ce sont plutôt des lobes, comme l'indique le nom que Ton a donné à ce Porlunien. ('.liez Y A. granulatus, les deux dents médianes sont complètement rudimentaires, et enfin, chez VA. spinimanus cl VA. ruber, le front, au lieu d'être découpé en six dénis, présente huit de ces prolongements spiniformes.

Les pattes antérieures sont médiocrement développées; le bras ne dépasse que peu le bord latéro-antérieur de la carapace. L'avant-bras porte des prolongements spiniformes acérés; quant à la main, elle ne présente rien de remarquable et se rapproche par sa disposition générale de ce que l'on observe dans le groupe des Lupéens. Les pâlies postérieures sont moins natatoires que chez quelques autres espèces du même genre; leur dernier article, au lieu d'être très élargi, est ovale et allongé, à peu près comme cliez V Achetons ruber.

§ Ul.

Genre ENOPLONOTUS, Nob. (1).

Voy. pi. 7, fig. 1.

j'ai cru devoir proposer rétablissement d'une nouvelle divisioi générique pour un Porlunien fossile qui appartient au groupe des Lupéens, mais qui me parait ne pouvoir être rapporté à aucun des genres actuellement existants. Ce cruslaeé est remarquable par

(1 ) De £vÎ7t)io;, arme, cl do vùtb.;, des

PORTUNIENS FOSSILES. 121

l'énorme développement des cornes costales ou cornes latérales de la carapace, et diffère de tous les autres Lupéens par le nombre des dents qui garnissent les bords latéro-antérieurs de ce bouclier céphalo-thoracique.

Le seul échantillon d' Enoplonotus que je connaisse ne montrait pas la faceinférieure du corps, et ne m'a pas permis de constater tous les caractères organiques que j'aurais désiré pouvoir comparer à ceux des autres Portuniens. Du reste, l'aspect général de ce fossile me parait différer trop de tout ce qui est connu jusqu'ici, pour ne pas constituer un type générique particulier ; mais puisque je n'ai pas pu examiner les pièces de la bouebe, il serait possible, quoique peu probable, que chez ce Cruslacé le cadre buccal fût rétréci en avant, ce qui le rapprocherait alors des Matules, des Mursies et des autres Crabes nageurs de la division des Oxyrhynques. Cependant chez ces derniers toutes les pattes sont terminées par des palettes pointues et triangulaires, de façon à permettre à l'animal de creuser le sable, ainsi que de nager avec rapidité, et dans le genre Enoplonotus, de même que chez les Portuniens, les pattes postérieures paraissent disposées pour la natation, car le dernier article est arrondi et ovalaire. Or, les types de la division des Oxyrhynques qui présentent cette structure s'éloignent beaucoup, quant à la forme générale, de ce que nous remarquons chez notre fossile ; aussi je crois devoir ranger sans hésitation ce Crustacé dans la famille des Poiiuniens, à côté des Neplunus et des Lupa.

ENOPLONOTUS ARMATUS, Nob.

Voy. pi. 7, fig. 1 et 1a.

Celte espèce remarquable se trouve dans les calcaires nummulitiques de Monte- Bolca; elle provient de la belle collection de feu M. Massalungo. J'ai pu l'étudier et la dessiner lors de mon passage à Vérone. La carapace est armée de chaque côté d'une corne costale énorme, comparativement à la taille de l'animal : en effet, >a longueur égale presque les deux tiers de la longueur de la carapace ; enfin celle corne est garnie en avant de dix dénis régulières

122 AI.PIIOXSE Vll\i: FDH1RDS.

;i|ilalics et élargies à leur base (1). Jusqu'ici nous ne eonnaissons rien de semblable dans les antres Crabes vivants ou fossiles. Le Lupa forceps présente une petite denl au-dessus delà base delà corne costale ; lePsammocarcinus Hericarti porte sur celte même corne une et quelquefois deux dénis, mais jamais ebez aucun Crustacé on n'en a observé un plus grand nombre.

Les bords latéro-àntérieurs sont découpés en cinq dents qui présentent des formes très particulières. Ainsi la dernière, au lieu d'èlre disposée en pointe, s'élargit vers son extrémité, qui, par conséquent, est plus large que sa base. La pénultième et la troisième, au lieu de se diriger en avant, sont dirigées en arrière. Enfin, la première qui forme l'angle orbitaire externe, est conformée d'après les règles ordinaires. Aucun Crustacé n'a offert jusqu'à présent celle disposition singulière.

Les orbites sont larges, et le bord sourcilier était probablement divisé en deux lobes par une scissure dont on aperçoit les (races.

Le front, large et peu avancé, est découpé en six dents dont la forme ne se distinguait pas d'une manière bien nette. Les régions de la carapace n'étaient pas distinctes à cause de l'écrasement qu'elles avaient subi ; on pouvait cependant constater la présence du sillon gastro-branchial qui circonscrivait une région stomacale trèsélargieen arrière. Enfin, toute la surface du bouclier céphalothoracique ('lait couverte de lignes de ponctuations régulières cl disposées en séries linéaires.

La patte postérieure, dont une empreinte est bien conservée, paraît disposée exactement comme ebez les autres Lupéens.

On voit donc que ce Portunien se rapporte à un type générique bail à l'ail particulier et n'ayant pas d'analogue dans l'ordre des Bracbyures ; l'existence de ces énormes cornes latérales dentées en avant, la direction des épines des bords latéro-antérieurs, sont des faits d'une grande importance zoologique, à cause même de leur rareté.

(I) Voy. pi. 7, 6g. 1\

P0RTUN1ENS FOSSILES. 1*23

§ iv.

Genre SCYLLA.

Voy. pi. 1 et 2.

Syn. : Portdnus (pars), Fabricius, Enlom. sysl.. suppl.

— • Ruppel, Beschreib. und Abbild.von 24 Arien kurzschivanzigen Krabben, p. I 0.

Lupa (pars), Milne Edwards, Hist. nat. des Crustacés, t. I, p. 448. Scylla, de Haan, Fauna japonica, Cbustacés, p. M .

Le genre Scylla de W. de Haaa correspond au sous-genre des Lupées eonvexes de .M. -Milne Edwards, et ne diffère que peu des genres iXeplunus et Achetons; il s'en distingue cependant par plusieurs caractères faciles à constater chez les fossiles aussi bien que chez les espèces récentes. Ainsi, le corps est beaucoup plus épais, la carapace plus bombée que chez les autres Lupéens. Les bords latéro- antérieurs, beaucoup plus obliques, sont également armés de neuf dents ; mais la dernière estscmblable aux précédentes, caractère qui se rencontre aussi chez les Achelous, mais qui distingue le genre Scylla des Neptunes et des Lupées.

Le front garni de six dents s'avance plus qu'on ne le voit en général chez les Neplunus.

La région faciale, qui s'étend du front au plastron sternal, se relève beaucoup moins que chez les Achetons et chez les Neplunus, où elle est presque verticale, puisque le bord antérieur de ce plastron et le front sont situés à peu près sur le même plan, de sorte qu'en plaçant ces Crabes sur le dos, on ne peut apercevoir les fossettes antennulaires. Chez les Scylla, au contraire, ces fossettes sont parfaitement visibles dans cette position.

La cloison interantennulaire(l) ne donne naissance à aucun prolongement spinifornic dépassant le front, comme nous l'avons \ur\\r/Aes Achelous aussi bien que chez les ,Neptunus ; l'apophyse médio- antérieure de l'épislomè est enchâssée dans la fossette que le front présente pour la recevoir et ne se prolonge pas au delà.

(I) Voy.pl. I , flg. 1 '

12'l ALPHONSE MILNE EDWARDS.

Los fossettes antennulaires sont presque aussi larges que longues, elles sont complétées en dehors par l'article basilaire des antennes externes qui se réunit à l'angle sourcilier du front par une très petite surface de son angle latéro-antérieur. De même que chez les autres Lupéens, cet article basilaire donne naissance à une dent large et aplatie (1), située au-dessous delà tigelle mobile de l'antenne, et au-dessus de la dent sous- orbitaire interne; tandis que chez les Neplunus et les Achelous, ce prolongement dentiforme se dirige beaucoup plus en dehors au-dessus de l'angle sous-orbilairc, et se prolonge ainsi un peu dans la cavité de l'orbite.

Le premier article de la tigelle mobile de l'antenne externe est large, court, et occupe tout l'espace laissé libre entre le bord sourcilier et la dent basilaire de l'antenne; il sert ainsi à compléter en dedans la cavité orbitaire. Chez les Achelous et les Neplunus, cet article est beaucoup plus gicle et plus long, et ne s'enchâsse jamais d'une manière aussi parfaite cuire le front et le prolongement de l'article basilaire de l'antenne.

Le plancher de l'orbite s'avance moins que chez les autres Lupéens, de telle sorte qu'en regardant la carapace en dessus, c'est à peine si l'on voit son bord antérieur.

Il est aussi à noter que la dent sous-orbitaire interne présente à sa base et en dedans un sillon longitudinal (2) qui la divise en deux parties : l'une externe, très grande et formant la dent proprement dite ; l'autre interne, très petite, réduite à l'état de tubercule, et appliquée contre la base de l'antenne externe. Je n'ai vu exister cette disposition chez aucun représentant du genre Neptunus ou du genre Achelous.

L'épistome est bien développé (3) ; le bord labial, ou bord antérieur de la fosse buccale, est distinct du bord postérieur des fossettes antennaires, et il s'en trouve séparé par un sillon transversal qui se prolonge en arrière des tubercules auditifs jusqu'au bord

(1) Voy. pi. 1, fig. 1\ a'.

(2) Voy. pi. 1, fig. \", s*.

(3) Voy. pi. 1, fig. I\ n,o.

POîiTLNlENS FOSSILES. 4 25

interne île la portion sous-orbitaire de la carapace, mode d'organisation qui ne se rencontre chez aucun autre Lupéen.

Le plastron sternal (1) s'éloigne aussi par sa forme de ce que nous avons constaté dans les genres A chelous et A 'eptunus : au lieu d'être large, aplati et presque carré, il est au contraire bombé en dessus, plus étroit et comparativement plus allongé; sa partie antérieure surtout est moins trapueet s'amincit graduellement entre la base des pattes-mâchoires externes. Ces différences sont dues surtout à la longueur relative des premier et deuxième segments, qui portent, l'un les pieds-mâchoires externes, l'autre les pinces, et dont la longueur est considérable, comparée à leur largeur.

Les bras, ou pattes Iboraciques delà première paire, sont beaucoup plus courts et robustes que chez les autres Lupéens (2); la main est courte et forte ; ses deux faces sont régulièrement bombées et lisses, si ce n'est sur le bord supérieur, où l'on voit deux crêtes mousses et peu accusées terminées par des pointes spiniformes. Dans les genres A chelous et N eptunus, au contraire, la main présente, comme je l'ai déjà dit, une forme prismatique, et est toujours ornée de crêtes longitudinales bien marquées. La disposition des épines de la main n'offre rien de remarquable ; les doigts sont plus robustes, et, toutes choses égales d'ailleurs, plus courts et plus recourbés que chez les autres Portuniens du même groupe.

L'avant-bras est également privé de crêtes. Les bras sont très robustes, et ne dépassent que très peu les bords latéro-anlérieurs de la carapace. Parles progrès de l'âge, ces caractères, tirés des pattes antérieures, se dessinent de plus en [tins, et les pinces des vieux individus acquièrent comme grosseur un développement énorme, relativement au reste du corps. Chez les Lupéens, au contraire, elles restent toujours longues et grêles. Les autres paires de pattes sont moins comprimées et plus robustes que chez les autres représentants du même groupe.

L'ensemble des caractères que je viens d'exposer, en tête desquels je place ceux tirés de la disposition de la région faciale, suffit

(1) Voy.pl. 1, Dg. 1C, 1d, 2A;pl. 2, 6g. m, 1 u.

(2) Voy. pi. \, fig. 1,1B et 2.

126 ALPHONSE >lll.\! ElIWAltnS.

pleinement pour autoriser la création d'un genre particulier ; mais j'ai cru devoir en exposer avec quelques détails les principaux caractères différentiels , W. de flaan nes'étant fondé pour l'établissement de cette division que sur la disposition des piedsmâchoires (1), dont la forme chez les différents Porluniens varie notablement d'une espèce à l'autre.

Jusqu'à présent on ne connaît qu'une seule espèce de ce genre ; elle habile les mers d'Asie, depuis la mer Rouge jusqu'au Japon, et s'y trouve en grande abondance : je veux parler de la Scyllu serrata (Forskal) (2).

SCYLLA SERRATA.

Voy. pi. 1 et 2.

Syn. : §1. Individus récents.

Cancer serratus, Forskal, Descriptiones animalium qua, in ilinere Orientali

observa ri tPetrus Forskal, 1 7 '7 '5, p. 90. Cancer olivaceus, Herbst, Versuch einer naturgeschichte der Krabbcn

und h'rcbse, 1791, t. II, p. »57, pi. 38, fig. 3. Portunos tranquebaricus, Fabricius, suppl., 1798, p. 366. Portunus serratus, Kuppell, Beschreibung und Abdildung von 24 Arien

kurzschwanziijen Krabben, p. 10, pi. 2, fig. 1 . Lupa tranqueuarica, Milne Edwards, Hisl. nal. des Crustacés, 1834 ,

Scylla serrata, deHaan, Crust. Fauna japonica, 1830, p. 44.

(1) Voy. pi. 1, fig. 1F et2„.

(2) M. White {List o[ the spécimens o( Cruslacea in tlie Collection of the British Muséum, 1847, p. 26) considère comme une seconde espèce de ce genre l' Achetons crassimams de Mac Leay (MacLeay, Annulosa of South Afrka,p. 61, dans l'ouvrage de Smith intitulé : Illustrations of the Zoology of South Africa, 1849), Crustacé de la côte est de l'Afrique; mais les caractères que ce dernier auteur lui assigne sont tout à fait insuffisant pour qu'il soit possible de le distinguer de la Scylla serrata, et l'examen que j'ai fait de deux individus provenant des mêmes parages, et qui certainement ne différaient pas spécifiquement de cette dernière, me porte à croire que la S. crassimana n'est qu'une espèce nominale, et ne doit pas être distinguée de la Scylla serrata.

PORTtNIEN'S FOSSILES. 127

Syn. : Achelous crassimanus? Mac Leay, Anntilosa of South Africa (dans l'ouvrage de Smith intitulé : Illustrations of the Zoology of South Africa, 1849, p. 81).

Scylla ciussiMANus? White, List of the spécimens of Crustacea in the Collection of the Brilish Muséum, i 847, p. 26.

Scylla tranquebarica, Dana, Crustacea, 1832, t. I, p. 270.

§ II. Individus fossiles.

Cancer petrefacti's, Catalogue de la collecl. de Davila, par Rome de Lille, t. III, pi. 3, 6g. 6.

Portunds leucodon, Desmarcst, Crustacés fossiles, 1822, p. 86. pi. 6,

(ig. I, 2 et 3.

Lupa leucodon, Reuss, Zur Kennlniss fossiler Krabben, p. 58. Platycarcinus Bervillei, Girard, Xotices entomol., dans Ann. de la Soc.

enlomologique de France, 3e série, t. VII, p. 138, pi. 4, fig. 3 (1).

Depuis fori longtemps on connaissait dans les collections un grand Crabe fossile donl l'origine était douteuse, mais que l'on savait cependant se trouver sur les cotes de l'Asie, et en particulier de la Chine. De même que tous les autres représentants fossiles de la grande classe qui nous occupe , on le désignait sous le nom général de Cancer petrefactus . C'est sous ce nom que nous le voyons figuré dans le Catalogue de la collection de Davila, publié en 17G7. Ce ntême Crabe avait été rapporté de (mine par le père d'InearvilJe, jésuite missionnaire, dont nous avons déjà eu l'occasion de mentionner le nom (page 136).

Seba représente aussi le sternum et la pince d'un Crabe pétrifié provenant des cotes de Ceylan ou du Coromandel, qui évidemment doit se rapporter à l'espèce que nous examinons (2).

Dèsmarest, qui rangea méthodiquement tous les Crustacés fossiles connus de son temps,-plaça celte même espèce de Crabe dans

(1) Dans une nouvelle noie, lue à la Société entomologique, dans la séance du 26 décembre 1860, M. Girard annonce qu'il s'est convaincu, par un examen comparatif avec des pièces mieux conservées, que le Platycarcinus Bervillei devait se rapporter au Par tamis leucodon (Desmarets). M. Girard avait été trompé par le mauvais étal de conservation du fossile qu'il avait entre les mains, el dont l'abdomen, ainsi que les bords latéro-antérieurs, brisés, n'offraient plus les traits caractéristiques des Portuniens.

(2) Seba, Ikrtim naluralium thésaurus, 1763, t. IV p. 1 27, pi. 107, fig. 28.

128 \l.l'll«\si: HUM EDWARDS.

le genre Portunus de Fahricius, sous le nom de Portunus leucodon. Cette détermination fut adoptée partons les naturalistes qui ont suivi Desmarest. Seulement, lorsque le genre Portunus fut subdivisé en plusieurs groupes, le P. leucodon changea de nom générique. Ainsi M. Milne Edwards reconnut une analogie intime entre ce fossile et la Lupa serrata (L. tranqnebaricaAecel auteur), et proposa de le ranger à côté de cette dernière espèce dans le sousgenre des Lupées convexes, à côté de la Lupa serraïa. Ce rapprochement fut maintenu par tous les auteurs qui, depuis 1834, ont traité le même sujet ; seulement le sous -genre des Lupées convexes étant devenu le genre Scylla de W. de Haan , le Portunus leucodon devenait la Scylla leucodon.

Ayant eu à ma disposition un grand nombre de ces fossiles, et à l'aide des différentes figures qui en ont été données, entre autres de celle qui se trouve dans le mémoire de M. Reuss, et qui représente un des plus beaux exemplaires fossiles de cette, espèce, j'ai pu me convaincre que la Scylla leucodon n'était qu'une espèce nominale, et ne pouvait se distinguer de la Scylla serrata; et il est probable que, si Desmarest avait eu ce Crùstacé récent sous les yeux, il n'aurait pas hésité à y rapporter le fossile qui nous occupe. Mais à l'époque où il écrivait son remarquable travail, les connaissances carcinologiques étaient peu avancées, les collections très pauvres en Crustacés exotiques, et il n'est pas étonnant qu'il ne connût pas la Scylla serrata, ou du moins qu'il ne l'eût jamais vue.

La Scylla serrata fossile se trouve sur les mêmes rivages qu'habite l'espèce vivante, c'est-à-dire dans les mers d'Asie, depuis la mer Rouge jusqu'au Japon, sur la plupart des plages continentales et sur celles des îles , telles que les Philippines, les îles Luçon entre autres, etc.; et elle s'y rencontre dans des dépôts que nous devons considérer comme presque contemporains de l'époque actuelle. Souvent, au milieu de la gangue qui empâte ces Crustacés, on voit des coquilles qui vivent aujourd'hui dans les mêmes mers. Ainsi le Muséum en possède un individu que Desmarest a figuré (1), et qui présente dans sa masse un assez grand nombre

(1) Desmarest, op. cit., pi. G, fig. ') et i.

PORTIMENS FOSSILES. 12'.)

de coquilles de la Melanopsis atra (Férussae) ou Nerita atra (Miïller). Ces dernières sont parfaitement conservées; la bouche est intacte ; les couleurs peu altérées, el il ne peut y avoir aucun doute sur l'exactitude de leur détermination.

Le squelette tégumentaire de la Scylla serrata a été peu à peu transformé en calcaire, et c'est plutôt un Crabe pétrifié qu'un Crabe fossile. Presque toujours les individus ainsi conservés sont plus ou moins fissurés et brisés ; mais en en observant un grand nombre, il est facile d'étudier les détails des différentes parties. Ces Crabes sont empâtés dans une argile calcaire, d'un gris bleuâtre, extrêmement dure, et comme ils sont eux-mêmes très cassants, on ne peut jamais espérer les débarrasser de leur gangue; il faut toujours se contenter d'observer seulement les parties que le basant a mis à découvert.

Je vais indiquer les principaux caractères de cette espèce, en insistant surtout sur ceux qui sont les plus faciles à constater chez les fossiles.

La carapace, fortement bombée dans tous les sens, présente une forme beaucoup moins naviculaire que la plupart des autres Lupéens. Les bords latéro-antérieurs se prolongent beaucoup plus en arrière, et si l'on traçait une ligne droite réunissant les deux dernières dents, la portion postérieure ainsi délimitée serait beaucoup plus petite que l'antérieure, tandis que chez les Neptunus ces deux espaces sont sensiblement égaux. Le diamètre transversal est au diamètre antéro-postérieur comme 100 : 65, tandis que chez les Neptunus il est en général comme 100 : 35. Ces rapports peuvent être légèrement modifiés chez les fossiles, à cause de l'écrasement que la carapace peut avoir subi (I); mais dans la plupart descas,ilss'en éloignent extrêmement peu. La carapace, d'une

(I) La déformation qui résulte de cet écrasement est quelquefois portée si loin, qu'elle change beaucoup l'aspect général du fossile. Ainsi un des deux échantillons décrits par Desmarest est devenu de la sorte si différent de l'autre, qu'au premier abord on pourrait être disposé à le considérer comme appartenant à une espèce distincte (vov. pi. 1, lig. 1); mais, par un examen plus approfondi, ou ne tarde pas a reconnaître que tous les caractères organiques sont identiques.

IcO ALPHONSE «II. m; edwakiis.

couleur rougé olivâtre, dont on voit encore des traces sur la généralité des fossiles , est couverte de petites granulations extrêmement fines et serrées; de telle sorte que, vu de loin, ce bouclier eéphalo-thoracique parait complètement lisse. Chez lesScyUa fossiles, il arrive souvent qu'une pellicule calcaire se dépose sur toute la surface de ce bouclier ; dans ce cas, les granulations qui n'ont pas été recouvertes apparaissent au contraire comme de petites dépressions, au centre desquelles se trouve un petit tubercule (1). D'ailleurs il est facile, en frappant légèrement sur la carapace, de faire tomber cette espèce d'enduit, et de rétablir les choses dans leur état normal : dans ce cas, toutes les granulations conservées sous ce vernis calcaire apparaissent aussi intactes que chez les individus vivants (2) ; elles sont très serrées et très nombreuses au centre du bouclier eéphalo-thoracique, mais s'espacent un peu plus à la base des dents latéro -antérieures.

Les régions de la carapace sont peu distinctes, à l'exception des régions gastrique et cardiaque. La première est indiquée nonseulement par un sillon, mais encore par une ligne de ponctuations blanches (3), au fond de chacune desquelles se voit un petit tubercule. Ces dépressions ne sont pas limitées au sillon gastrobranchial ; on en aperçoit d'autres disposées d'une manière assez régulière, et très espacées les unes des autres tout le long des bords latéro- antérieurs de la carapace, à quelque distance de la base des dents. On remarque aussi sur la région stomacale une ligne épigaslrique (4) légèrement convexe en arrière, et formée par une série de granulations plus grosses et plus serrées que celles qui ornent le reste du bouclier dorsal.

Les impressions correspondant à l'insertion des muscles du cœur sont profondes et linéaires ; le sillon gastro-cardiaque est bien accusé. De chaque côté de cette dernière région, on aperçoit quelques rugosités disposées en croissant, dont la convexité est

(1) Voy. pi. 2, fig. 1'-.

(2) Voy. pi. 2, fig. I1''.

(3) Voy. pi. I, fig. 1, g.

(4) Voy. pi. I, fig. I,9".

PORTUNIKNS FOSSILES. J ;^ ]

tournée en dedans et correspondant à l'insertion des muscles des flancs.

Les régions branchiales (1) sont bien développées, et séparées des régions hépatiques (2) par une ligne épibranchialequi, partant de la dernière dent latéro-antérieure, se recourbe légèrement, el remonte un peu pour s'effacer bientôt complètement (3). Cette ligne, de même que l'épigastrique, est formée de grosses granulations régulièrement disposées; le bord interne de la même dent se prolonge par une crête granuleuse, qui s'arrête en dessus de la base delà cinquième patte. En arrière, la carapace est bordée par une autre crête finement granuleuse, qui contourne] echancrure destinée à loger la base des pattes postérieures, et se continue avec le bord interne des branchioslégïles. Enfin la carapace se termine en avant par un front à six dents larges et plates, dont les deux externes constituent les angles sourciliers internes; les dents du milieu sont en général un peu plus saillantes que les autres, et lechancrure qui les sépare est un peu plus profonde (4). Le bord sourciller est divisé en trois lobes par deux scissures, dont l'interne est très considérable, tandis que l'externe, placée à la base de l'angle orbitaire externe, est presque rudimentaire (5). Chez les Neptunus, nous avons vu qu'en général ces scissures étaient toutes deux également accusées.

On ne doit pas s'attendre à trouver cet ensemble de caractères réunis sur un même individu fossile ; presque toujours les exemplaires que l'on possède sont plus ou moins fracturés, el il est certaines régions que l'on ne peut étudier. 3Iais en examinant avec attention un certain nombre de pièces, on arrive à les compléter les unes parles autres, et à y retrouver jusqu'aux moindres détails, tels que ceux tirés de la disposition des lignes de granulations, des ponctuations blanches qui circonscrivent la région gastrique, etc>

(I) Voy. pi. 1, fig. 1, h.

(ï Voy, pi. I, fig. I. h.

(3) Voy. pi. I, fig. 1, b'.

(il Voy. pi. 1, fig. 1, /, et fig. IA, f.

(a) Voy. pi. 1, lig. I, s, el fig. 1 A, s.

132 »i.i»iio\si. mu, m: i.iiu\ki»s

Le tVont esl la parlie qui est le plus souvent brisée. Aucune des Scylla fossiles que le Muséum possède ne présente celle région intacte, mais j'ai pu combler celle lacune par l'examen de la belle figure de M. Renss. Sur l'exemplaire représenté dans le Catalogue du musée de Davila, le front devait être dans un bon étal de conservation ; mais le dessinateur n'en a pas rendu les délails d'une manière satisfaisante.

Je n'insislc pas ici sur les caractères que l'on peut tirer de la disposition des orbites, de la région antennaire et de l'épistome; en étudiant les traits distinctifs du genreScylîa, je les ai indiqués, cl, à ma connaissance, on n'a jamais trouvé les orbites et les antennes intactes cliez aucune Scylla fossile. Les pattes-mâchoires, dont le troisième article est fortement échancré en avant et se prolonge beaucoup en haut(l), se retrouvent quelquefois assez bien conservées chez les fossiles et avec une forme identique à celle des individus vivants. Je n'ai pas à revenir sur ce que j'ai déjà dit du plastron sternal (*2), qui souvent est parfaitement conservé sur les pièces fossiles. Celle région ne présente pas les mômes ornements que la carapace; au lieu d'être finement granulée, on y remarque surtout sur le premier et deuxième segment de grosses ponctuations évasées et peu profondes , assez espacées , entremêlées d'autres ponctuations beaucoup plus petites et plus nombreuses. On peut observer les premières sur le plus grand nombre des fossiles; quant aux dernières, elles ont souvent disparu.

Les pattes tboraeiques de la première paire sont, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, robuslesct relativemcnl assez courtes. La main (3) est disposée de manière à pouvoir déployer une grande puissance, et ses faces sont fortement bombées afin de pouvoir loger les muscles volumineux du pouce. La face externe ne présente ni crêtes ni épines ; on voit sur la face interne, au-dessus de labase de l'index, un tubercule spiniforme. La main est légèrement aplalie supérieurement, de façon ii ne pas être limitée par un bon

(1) Vov. pi. I, fig. I, et fig. 2B.

(2) Voy. pi. 1, fig. I , 1e, ?a, et pi. i, fig. Ii>, lu. (3; Voy. pi. I, fig. I„,et2.

ni

P0RTUN1ENS FOSSILES. 13-3

tranchant, mais par une face circonscrite par deux Lords, dont chacun se termine en avant, au-dessus de l'articulation du pouce, par une épine aiguë ; il en existe une troisième en arrière, au-dessus de la cavité glénoïdale, destinée à recevoir le condyle articulaire supérieur de l'avant-bras. Sur les fossiles, ces pointes sont le plus souvent brisées, mais on en voit toujours distinctement la base. Le pouce est fort recourbé ; on y observe sur la face externe un sillon longitudinal, au fond duquel se voient de petites ponctuations; sur la face interne on remarque un sillon analogue, mais moins marqué.

Les dents qui garnissent le bord tranchant du ponce sont très remarquables. I a première est énorme, c'est plutôt un gros tubercule mousse; elle est suivie d'une série de dents plus petites, au milieu desquelles en sont intercalées quelques-unes plus grandes, et enfin il se termine par une pointe aiguë. L'index est presque droit et ne se recourbe qu'à son extrémité-, il présente aussi sur ses laces externe cl interne une ligne de ponctuations ; les dents dont il est armé sont disposées de manière à s'engrener avec celles du doigt mobile : les premières, 1res élargies, sont plates et quelquefois même un peu excavées, de façon à recevoir le gros tubercule du pouce; celles qui suivent sont alternativement grandes ou petites, et correspondent ainsi aux inégalités des dents antagonistes.

La couleur de cette main est la même que celle du reste du squelette tégumeulaire, si ce n'est pour le bord tranchant et pour la pointe des doigts qui reste blanche, ainsi que souvent l'extrémité du prolongement glénoïdal du poignet destiné à recevoir le condyle externe du pouce. Sur les pinces fossiles dont la couleur n'a pas été altérée, on peut retrouver d'une manière exacte ces différences dans la coloration, et c'est en raison de cette particularité queDesmaresl a donné le nom de leucodon à celle espèce. On ne retrouve pas constamment tous ces caractères de détail sur les jeunes individus dont la main n'est pas encore arrivée à son développement parfait; les dents sont alors moins grosses, et la coloration blanche du bord supérieur des doigts peut être masquée par quelques lâches

rougeâtres.

1 $[} ALPHONSE IWIEAE EDW'AKIIS.

L'avant-bras, qui, comme je l'ai déjà dit, manque de crêtes longitudinales, est armé de trois dents spiniformcs : l'une, grande et aiguë, placée à l'angle antéro-supérieur; les doux autres, notablement plus petites et souvent réduites à de simples tubercules, garnissent le bord externe un peu au-dessous du condyle articulaire supérieur. Le bras, de forme prismatique, est court et gros; son bord antérieur est armé de trois épines acérées régulièrement espacées: son bord postérieur n'en présente que deux beaucoup moins grandes, et placées, l'une sur le bord articulaire de l'avant-bras, l'autre un peu en arrière. Ces derniers caractères tirés de la disposition des épines se voient presque toujours très bien chez les fossiles, et donnent de bonnes indications pour la détermination de l'espèce.

Les autres paires de pattes sont robustes et en général beaucoup moins aplaties que chez les autres Lupéens. La cuisse, qui es! ordinairement la seule partie que l'on puisse observer chez les fossiles, est complètement lisse et n'offre pas de sillon, comme on le voit chez certains Portuniensdu même groupe. L'abdomen du mâle (1 I est étroit et s'amincit régulièrement à son extrémité ; le septième et dernier anneau est petit et pointu, il manque souvent chez les fossiles ; le pénultième' présente une forme allongée et presque quadrilatère, et il est un peu plus large en arrière qu'en avant ; les cinquième, quatrième et troisième segments sont soudés; ce dernier est plus large que le deuxième, et le premier n'offre rien de remarquable.

Chez les femelles l'abdomen présente des modifications considérables de forme, suivant qu'on l'examine à différents âges. Ainsi chez les jeunes individus (2), les premiers et septième anneaux sont seuls libres, tous les autres sont soudés ensemble, et, considérée dans son ensemble, cette portion du corps présente une forme à peu près triangulaire; enfin elle est relativement étroite. Ainsi le quatrième anneau ne cache pas les sternites du dernier segment thoracique.

(1) Voy. pi. I, 6g; !■,*«*.

(2) Voy.pl. 1, Dg. 1", et pi. 2, fig. 1».

POfildMENS FOSSILES. 135

Si l'on examine au contraire une femelle arrivée à son complet développement (I l, on voit que la forme de l'abdomen s'est considérablement modifiée, et si l'on ne pouvait suivre pas à pas toutes les transilions (l'une forme à l'autre, on serait autorisé à les rapporter à deux espèces distinctes. Ainsi tous les anneaux, à l'exception .lu dernier, se sont beaucoup élargis, surtout les deuxième, troisième et quatrième ; ce dernier recouvre presque complètement les sternites du dernier segment tlioraciquc postérieur, et la formegénérale de l'abdomen a complètement changé. Ainsi, au lieu d'être régulièrement triangulaire, il est très arrondi jusqu'au pénultième -article, qui présente la forme d'un demi-cercle légèrement échancréen avant pour l'insertion du septième segment. Les lignes de jonction des différents anneaux sont devenues beaucoup plus distinctes, et donnent à cette partie du corps la flexibilité indispensable pour exécuter quelques mouvements nécessaires à la reproduction de ces animaux. Cependant les segments ne sont jamais complètement séparés; sur la ligne médiane ils n'ont que très peu d'adhérence, mais sur les côtés ils sont toujours soudés. Chez les individus fossiles on retrouve ces deux formes dans l'abdomen, seulement il est en général difficile de constater l'étal des sutures, qui sont souvent, brisées dans les phénomènes de la fossilisation.

En résumé, je crois qu'il ressort clairement des faits qui précèdent que, entre la Scylla kucodon de Dcsmaresl et la Scylla serrata, il n'existe pas la plus petite différence, et que tout, jusqu'aux moindres détails, se retrouve identique chez le fossile et chez l'espèce vivante. Par conséquent, nous devons rayer de nos catalogues le nom de S. leucodon, pour le remplacer par celui de S. serrata, qui depuis plus longtemps appartient à l'espèce vivante. Du reste, ce rapprochement ne fait que donner un plus grand intérêt à ce Crustacé fossile, car il peut éclairer l'histoire d'un dépôt sur lequel on n'a absolument aucun renseignement, et qu'à certains points de vue, on pourrait supposer beaucoup plus ancien.

(I) Voy. pi. I, fig. 1e, et pi. 2, fig. I11.

SCYLLA MICHELINI, Nob.

Voy. pi. 3, lig. 3 et 3 s,.

Je ne connais jusqu'à présent que les pinces de cette espèce, qui ont été trouvées dans les dépôts miocènes coquilliersdes faluns de l'Anjou. Par leur forme générale elles se rapprochent d'une manière frappante de celles de la Scijlla serrata, mais doivent cependant se rapportera une espèce différente. En effet, chez l'espèce des mers de l'Inde, on remarque sur la partie antérieure de la face supérieure de la main deux épines dirigées en avant, au-dessus de la base du pouce ; il est vrai que souvent chez les fossiles ces pointes sont brisées, mais la place qu'elles occupaient est marquée parmi trou. Chez la S. Michelini la face supérieure de la main est lisse, arrondie, et l'on n'y remarque ni tubercules, ni prolongements spiniformes; enfin, la face interne de la main (1) ne présente pas le tubercule que l'on remarque chez la S. serrata audessus de la base de l'index. Les doigts, au lieu d'être blancs sur leurs bords, comme chez cette dernière espèce, sont au contraire plus foncés, ce qui s'explique par la manière dont la fossilisation s'est accomplie, car le reste du test s'est complètement décoloré. Les contours marqués par la différence de coloration sont exactement les mêmes que dans l'espèce que nous venons d'examiner, avec cette seule différence que la partie éburnée, qui est blanche chez la S. serrata et jaune chez la S. Michelini, s'étend davantage chez cette dernière.

On voit donc que les différences qui existent entre ces deux espèces sont extrêmement minimes, du moins quand on compare les pi nées entre elles; mais il est probable que si l'on trouve la carapace entière de ce Crabe des faluns, on pourra constater d'autres caractères plus importants et qukpermettront d'établir l'espèce qui nous occupe d'unefaçon plus complète. La pince que j'ai eue entre les mains et dont je donne la figure, provient de la collection de M. Michelin, et a été trouvée à Sceaux près de Doué.

(1) Voy. pi. 3, fig. 3A.

PORTDNIENS FOSSILES. 1 37

GROUPE DES THÂLAMITIENS.

Carapace très allongée et offrant de chaque côté une série de dents, dont le nombre ne dépasse pas sept. Tige mobile des antennes externes exclue de l'orbite, et naissant sous le front, sur un article basilaire qui est très large et se réunit à l'angle soureilier interne. Sternum et mains comme chez les Lupéens.

Genre GONIOSOMA.

Voy. pi. 5, fig. 4.

Syn. : Portunus (pars), Fabr. , Suppl. Enlom. System.

Thalamita (pars), Latreille Règne animal, 2* édit., t. VII, p. 33 (1829;. Charïbdis, de Haan, Fauna japonica, Crustacea, p. 10 (1835).

Ce genre, qui correspond au sous-genre des Tbalamites hexagonales de M. Milne Edwards (1), a été établi par M. de Haan sous le nom de Charybdis. M. Dana, dans son grand ouvrage sur les Crustacés, adopta cette nouvelle division générique (2) ; mais, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, le nom de Charybdis avait été employé précédemment par Péron et Lesueur pour désigner un genre de Médusaires. J'ai cru devoir, pour éviter ce double emploi, substituer au nom de W. de Haan le mot de Goniosoma, qui rappelle la forme du corps propre aux animaux de ce groupe (3).

Dans ce genre le front est beaucoup plus étroit que chez les Tbalamites, et la carapace, au lieu d'être brusquement tronquée en avant, comme chez ces derniers (4), de façon à se terminer par une ligne sensiblement droite, présente en avant une forme arquée, ana-

(1) Voyez Hist. nal. des Crusl., t. I, p. 461 (1834).

(2) Dana, Crustacea, t. I, p. 285.

(3) Deywvi'a, angle, et aZ>p<x, corps.

(4) Voy. Allas du Règne animal, Crustacés, Th. admela, pi. 9, fig. 2.

138 ALPHONSE MILKE BDW*«DS.

logiie à ce que l'on voit chez certains Achetons, l'A.ruber par exemple. Le bouclier dorsal se rapproche de la forme d'un hexagone^ ) dont les sixangles seraient presque égaux entre eux ; lediamètretransversaln'excèdeqne d'environ un tiersle diamètre latéro-

antérieur, tandis que chez lesTbalamites la différence est beaucoup plus considérable. Les yeux des Goniosoma, à cause de la largeur modérée du front, sont peu écartés; chez les Thalamites ils sont placés de chaque côté de la carapace. Enfin les bords latéro-antérieurs, qui, chez ces derniers, sont extrêmement raccourcis et presque droits, sont ici bien développés et obliques. Chez les uns et les autres le nombre des dents dont ces bords sont garnis varie de cinq à sept. Les orbites regardent directement en avant dans le genre qui nous occupe ; dans le genre voisin elles sont placées plus obliquement et légèrement tournées en dehors. Le bord soureilier est divisé en trois lobes par deux scissures ; l'apophyse épistomienne ne dépasse jamais le front, comme cela se voit chez \esNeptunus et les Achelous; la tigelle mobile des petites antennësse replie complètement dans les fossettes creusées sous le front; enfin, les antennes externes sont très remarquables, et c'est sur leur disposition qu'est fondé le groupe des Thalamitiens. L'article basilaire, très large, est soudé au front, sur toute l'étendue de son bord supérieur ; et la tigelle mobile, au lieu de s'insérer dans l'angle orbitaire interne, comme cela se voit chez les autres Portuniens, en est séparée par un prolongement de l'article basilaire de l'antenne, qui égale la partie sur laquelle s'articule cette tigelle (<2). Chez les Thalamites ce prolongement est énorme et la tigelle mobile est très éloignée de l'angle orbitaire , et peut se replier dans une gouttière formée en haut par le rebord du front, en bas parle prolongement de l'antenne (3). Le bord antérieur du cadre buccal ne se confond pas avec le bord postérieur des fossettes antennulaires, comme cela a lieu chez les Neptunus et les Achelous. De même que chez la plupart des espèces de ces derniers genres, l'endostome présente

(1) Exemple: le Goniosoma natalor (voy. Milne Edwards, Hist. nal. des Crust., pi. 17, fig. 13).

f2) Voy. Hist. nal. des Crust., pi. 17, fig. 14.

(3) Voy. Atlas du Règne animal, Chustacés, pi. 9, fig. 2\

PORTUNlENS FOSSILES. \ JCJ

des crêles. Le plastron sternal est disposé d'une manière à peu près semblable, sa suture médiane s'étend sur les trois derniers articles.

Les pattes antérieures sont construites à peu près sur le même plan que chez les Lupéens, c'est-à-dire que les mains sont longues et garnies de crêtes longitudinales saillantes; souvent elles sont hérissées de grosses granulations, disposition qui ne se voit pas chez les autres représentants du même groupe.

Les autres paires de pattes, ainsi que l'abdomen, ne présentent rien de remarquable.

^ En résumé, nous voyons donc que le genre Goniosoma se sépare facilement des Neptunus, des Achelous et des Scijlla par le nombre de dents qui arment les bords latéro-antérieurs delà carapace et par la disposition des antennes externes. Ce dernier caractère, uni à la forme du front, le distingue des Carciniens. Enlin, si l'on considère la position des orbites, la forme hexagonale de la carapace, la largeur du front, la brièveté comparative des prolongements de l'article basilaire des antennes externes, on ne peut confondre un Goniosome avec un Thalamile.

GONIOSOMA ANTIQUA, Nob.

Voy. pi. 5, fig. 4.

Je crois devoir rapporter à ce genre une espèce de Crabe trouvée aSalcedo dans les couches du terrain nummulitique ; ce fossile se trouve dans la collection Massalungo, à Vérone. La carapace, de forme hexagonale, est garnie sur ses bords latéro-antérieurs de six épines, dont la dernière dépasse les autres, disposition qui se voit dans certaines espèces vivantes du même genre, telles que le Goniosoma Callianassa (t). Le front, médiocrement large, était découpé eu dents, probablement au nombre de hait; mais elles étaient tellement écrasées, qu'il était impossible de les compter. Les mains, dont on ne pouvait distinguer les ornements, étaient assez longues. L'avant-bras portait des épines aiguës ; mais il était

(I Voy. Herbst, [. III, pi. 54, fig. 7.

difficile de bien préciser le plan qu'elles devaient occuper, à cause de la compression que ces parties avaient subie. 11 serait à désirer que l'on rencontrât d'autres individus plus complets de cette espèce, la seule de ce genre qui ait encore été trouvée dans les couches géologiques.

GROUPE DES CARCINIENS.

Carapace médiocrement élargie; ses bords latéro-antérieurs formant avec le bord fronlo-orbitaire une courbure régulière, et armés seulement de quatre ou cinq dents. Suture médiane du sternum occupant seulement les deux derniers anneaux du thorax. Tige mobile des antennes externes naissant sur un gros article hasilairc. dans l'hiatus de l'orbite. Mains courtes.

Genre CARCINUS.

Sijii. : Cancer (pars), Fabr., Suppl. Entom. System. Carcinus, Leach, Malac, pi. 8.

Ce genre, qui semble relier les représentants de la famille des Portuniens à ceux de la famille des Cancériens, n'est plus conformé essentiellement pour la natation, comme tous ceux que nous avons successivement passés en revue. Non-seulement il peut vivre très longtemps hors de l'eau, mais ses pattes postérieures, au lieu d'être disposées en manière de palettes, ressemblent presque aux pattes précédentes , et servent autant à fouir dans le sable qu'à nager. Leur pénultième article est simplement plus lamelleux et la cuisse plus trapue; enfin l'article terminal ou doigt est acéré, aplati et cilié sur ses bords comme chez les autres Portuniens ; mais il y a loin de là à la forme ovalaire de cet article chez les Neptunus, les Scylla, etc. Ces caractères, tirés delà disposition des pattes et d'une très grande importance zoologique, ne peuvent servir presque à rien dans les éludes paléontologiques, car presque toujours chez les

PORTUNIENS FOSSILES. l/ll

fossiles ces appendices sont brisés, et il est extrêmement rare qu'on puisse y observer la forme des pieds postérieurs. Il nous faut donc chercher d'autres caractères qui , quoique d'une valeur réelle moindre, puissent, considérés dans leur ensemble, suppléer à ceux qui ne peuvent pas nous guider pour la détermination des fossiles, et dont l'application exacte permette de séparer les Carcins des Cancériens en général.

En effet, bien que le genre Carcinus forme le passage entre les Portuniens et les Cancériens, il présente dans son plan général d'organisation la plupart des caractères fondamentaux du type Portunien. La carapace, garnie en avant de cinq dents aplaties, élargies à leur base, minces sur leur bord, et dont la pointe est dirigée en avant, présente des régions peu marquées ; ce qui permet au premier abord de séparer ce genre des Pirimèles, qui, parmi les Cancériens, ont une carapace dont les bords latéro-antérieurs sont aussi découpés en cinq dents analogues. Chez quelques espèces des genres Xantho, Zozymus et Cancer, on remarque sur ces mêmes bords des découpures; mais elles ne peuvent être confondues avec les dents que nous venons d'examiner, car ce sont plutôt des lohes ou des tubercules arrondis que des prolongements spiniformes, et d'ailleurs ces différentes espèces de Cancériens sont en général remarquables par l'aspect mamelonné de leur bouclier dorsal. Le genre Carcinus peut aussi, au premier coup d'oeil, se distinguer des Portunus et des Platyonychus, avec lesquels il présente une certaine analogie de forme. En effet, chez ces derniers les bords latéro-anlérieurs se prolongent beaucoup plus en arrière, et par conséquent toute la portion de la carapace, placée en avant d'une ligne droite joignant les deux dents latéro-postérieures, est beaucoup plus considérable, ou au moins égale à la portion placée en arrière de cette, ligne. Chez les Carcins, au contraire, la portion ainsi circonscrite en avant est la plus petite.

Les bords latéro-poslérieurs delà carapace présentent en arrière une échancrure bien accusée, et destinée à recevoir la base des pattes postérieures : or cette échancrure, qui ne manque chez aucun Portunien, si ce n'est chez le Psammocarcinus, ne se remarque que rarement d'une manière nette chez les Cancériens,

où les patios postérieures, presque toujours grêles, n'ont pas besoin d'une excavation du bord latéro-posférieur pour recevoir leur article basilaire. Les orbites sont dirigées en avant, et leur boni sourcilier est divisé en deux lobes par une scissure ; on en remarque encore une sur le plancher de l'orbite. Ce caractère qui existe chez tous les Portuniens, excepté chez le Psammocarcinus, se rencontre chez quelques Cancériens, mais très souvent n'y existe pas. Les fossettes antennulaires sont aussi larges que longues ; l'article basilaire des antcnnules qui y sont logées est très gros. L'apophyse épistomienne ne se prolonge (tas au devant du front comme chez les Neptanus, et n'est pas aplatie comme chez les Cancériens. L'article basilaire des antennes externes, assez étroit, remplit tout l'espace laissé entre l'angle sous-orbilairo interne et le front; sa tigelle mobile s'insère dans l'angle de l'orbite. L'épistome est large et bien développé; entre le bord labial et le bord postérieur des fossettes antennulaires, il existe un sillon transversal, comme chez les Scylla, tesPortunus, etc. Le canal expirateur n'est pas limité du côté interne par une crête endostomienne, disposition qui existe chez un petit nombre de Porlumis et chez les Platyonyques, mais qui ne s'observe pas chez les fteptunus (1), les Scylla, etc.

Les pattes-màchoires externes sont longues et minces; leur troisième article, presque quadrilatère, est fortement éehancré en dedans pour l'insertion de la tigelle mobile.

L'examen du plastron slernal donne aussi de bons caractères génériques. Cette région est, en effet, plus allongée et plus étroite que chez la plupart des autres Portuniens, à l'exception des Platyonyques ; mais, loules choses égales d'ailleurs, elle est beaucoup mieux développée que chez les Cancériens, où ce plastron est dans la plupart des cas, remarquablement comprimé latéralement, et dont la forme, au lieu d'être ovalaire, se rapproche beaucoup d'un quadrilatère allongé. Chez les Carcins, la suture médiane occupe les deux derniers segmcnls, comme chez les Portunus, les Platyonyques, les Psammocarcins. Au contraire, chez les Nepht-

(1) Excepté chez le A'. Dribrariw.

PORTUNIKNS FOSSILES. Lftâ

nus, les Achetons. \esScylla, celle suture occupe les trois derniers articles du plastron slernal. L'abdomen, chez le mâle, de forme triangulaire, ne se compose que de cinq segments mobiles, les troisième, quatrième et cinquième étant soudés entre eux. Les pattes antérieures n'offrent aucun caractère générique important à noter; elles ressemblent beaucoup à celles desPlatyonyques, des Porlunes et des Psammocarcins. Quant aux pattes postérieures, j'ai déjà indiqué leurs principaux caractères.

CARCINUS PERUVIANUS.

Voy. pi. 8.

Sy'n. : Portunus peruvianus, d'Orbigny, Voyage dans l'Amérique méridionale, 1842, t. V, p. 107, Paléontologie, pi. 6, fig. 17.

Podopilumnus peruvianus, Mac Coy, Ami. and Magaz. o( Nal. HisL, 2e série, t. IV, p. 165.

Cette espèce a été rapportée d'Amérique par Alcide d'Orbigny, et fait partie de la collection qu'il a laissée, et qui appartient aujourd'hui au Muséum. Ce paléontologiste en fait mention dans son ouvrage; mais il ne la décrit pas, à cause de l'incertitude dans laquelle il était de son origine. En effet, il l'avait trouvée dans l'ancienne collection de l'archevêque de Chuquisaca (Bolivie), M. Majo ; elle était sans indication de localité : peut-être, ajoute-t-il, appartenait-elle aux terrains crétacés de la Cordillère; peut-être avaitelle été rapportée du Mexique, où M. Majo était évèque avant d'habiter Chuiquisaca. En général , les auteurs qui ont parlé de cePortunien le placent sans hésitation parmi les fossiles crétacés; mais rien n'est moins certain, je dirai même moins probable, car jusqu'ici on n'a rencontré dans ces couches aucunCrustacé de cette famille. D'Orbigny, qui, comme je l'ai déjà dit, n'avait pas décrit cette espèce, l'avait rangée dans le genre Portunus. M. Mac-Coy, qui ne connaissait de ce fossile que la figure de la Paléontologie du Voyage dans V Amérique, figure qui laisse beaucoup à désirer sous certains rapports, avait rangé le Portunus peruvianus dans son genre Podopilumnus de la famille des Cancériens ; mais ce

l'i'i ALPHONSE Mil M EDWARDS

dernier rapprochement est complètement inadmissible. J'ai pu examiner et dessiner ce Crabe dans la collection de d'Orbigny, et il est évident pour moi que M. Mac Coy a clé trompé par le peu d'exactitude de la ligure qu'il avait sous les yeux. Du reste, toul en reconnaissant que ce fossile appartient à la famille des Portuniens, je ne crois pas devoir le laisser dans le genre Portxmus; par l'ensemble de ses caractères, par sa forme générale , il se range à côté des Carcins, et présente une grande analogie avec le C. Mœnas de nos côtes.

La carapace (1), d'une couleur brunâtre, et transformée en un calcaire dur et compacte, ne présente que d'une manière peu accusée l'empreinte des régions; cependant le test en est bien conservé, et sa surface finement granuleuse (2). Les bords latéroantérieurs sont garnis de cinq dents parfaitement distinctes et détachées : or un des caractères du genre Podopilumnus est de n'avoir qu'environ trois dents obtuses. Ces mêmes bords, ainsi constitués par la réunion delà face supérieure de la carapace avec la face inférieure, sont minces et tranchants, comme chez les Porluniens. Dans le genre Podopilumnus, au contraire, ce bord est épais comme chez la plupart des Cancériens.

Si l'on tire une ligne droite joignant les deux dents postérieures, la portion de la carapace ainsi limitée en avant sera plus petite que la portion comprise en arrière. Nous avons déjà dit qu'il n'en était pas de même dans le genre Portunus. Les bords latéro-poslériéurs sont renflés comme chez le Carcinus Mœnas, et beaucoup moins excavésque chez les Portunes, les Platyonyques, etc. Enfin ces bords présentent en arrière une échancrure destinée à loger l'article basilaire des pattes de la cinquième paire ; cette échancrure offre les mômes rapports de dimension avec le reste du bord latéro-postérieur que l'on remarque chez le C . Mœnas. Dans le genre Podopilumnus, le bord postérieur de la carapace se joint aux bords latéro-postérieurs par un angle presque droit, et l'on n'y observe pas d échancrure analogue. Le front de notre fossile

(1) Voy. pi. 8, fig. 1.

(2) Voy. pi. 8, fig. \r:

l'ORTUMENS FOSSILES. 1/|5

paraît découpé en trois lobes semblables à ceux du C. Mœnas, dont l'antérieur serait le plus proéminent; mais les orbites sont beaucoup plus étendues que dans celle espèce (1). Le bord sourciller est divisé en deux lobes par une scissure. Le plancher de l'orbite présente aussi sur son côté externe une fente qui le divise en deux lobes. Les pédoncules oculaires étaient remarquablement longs.

La région antennaire et les pattes-mâchoires externes ne peuvent s'observer sur ce fossile. Ces parties, quoique existant, sont empâtées dans le calcaire ; mais il me semble qu'on pourrait très facilement les dégager.

La forme du plastron sternal (2), quoique plus élargie que chez le Carcinus Mœnas, présente avec ce dernier une grande analogie ; et il suffit d'y jeter un coup d'œil pour voir immédiatement les différences qui existent entre ce fossile et les Cancériens, où, comme on le sait, cette région est étroite et souvent quadrilatère; il est vrai que d'Orbigny n'avait figuré que la face supérieure de son Portune, et par conséquent M. Mac Coy n'a pu profiter des caractères importants que l'on tire de l'examen de la face ventrale. Le premier segment qui porte les pattes-mâchoires est coupé carrément en avant ; le second, qui reçoit l'insertion des pattes antérieures, est, de même que chez le C. Mœnas, très allongé et un peu bombé, suivant sa longueur. Les autres segments sont plus élargis que dans cette dernière espèce, et leur ensemble offre une forme assez régulièrement ovalaire.

L'abdomen du mâle, considéré dans son ensemble, se rapproche beaucoup, par sa forme régulièrement triangulaire, de celui du C. Mœnas; mais on ne peut rien arguer de la disposition des soudures de ses différents articles , car dans la fossilisation tous ces segments ont été soulevés et disjoinls. Les pattes de la première paire devaient être robustes et assez courtes. Le bras ne dépasse pas le bord latéro-antérieur de la carapace; sa plus grande partie est englobée dans le calcaire, de même que l'avant-bras, dont une

(!) Voy. pi. 8,Bg. 1B.

(2) Voy. pi. 8; fig. 1\

i/j6 AIiPH«MÉE MIMME EDWARDS.

portion est brisée. Les autres pattes, dont les cuisses seules sont conservées, devaient être larges et robustes ; mais elles sont en très mauvais état , cl l'on ne peut rien déduire de leur mode de conformation.

Cette espèce fossile présente donc la plus grande analogie avec le Carcinus Mœnas; elle ne paraît s'en distinguer que par la largeur plus grande des orbites, par les régions de la carapace qui sont moins bien indiquées, par la largeur relative plus grande, cl la forme ovalaire du plastron sternal ; différences qui, comme on le voit, ne présentent pas une très grande importance, et sont tout juste spécifiques.

Holl (1) rapporte au Carcinus Mœnas un Crabe fossile du Monte- Bolca. C'est probablement sur la foi de Desmarest qu'il a fait ce rapprochement ; en effet, le premier de ces zoologistes dit, à propos de ces Crabes du Montc-Bolea : «Ils ont la taille du Cancer Mœnas, et la coupe de leur corps les en rapproche beaucoup, ainsi que la forme et la disposition de leurs membres. La collection du Muséum d'histoire naturelle en possède un dont les pattes sont surtout bien conservées (2). ». l'ai justement eu entre les mains les pièces dont parle Desmarest, et il m'a été facile de me convaincre que ces Crabes, écrasés entre les feuillets du calcaire marneux du Monle-Bolca, ne se rapportent non-seulement pas à la famille des Portuniens, ni même à la tribu des Cancériens, mais doivent se placer parmi les Calométopes, à côté desGrapses. J'aurai l'occasion d'y revenir lorsque je m'occuperai de ce groupe.

(1) Holl und Choulant, Handbuch der Pelrefaclenkunde, 1830, p. 144.

(2) Desmarest, Crustacés fossiles, p. 125.

l'OBUJNIENS FOSSILES. \ [\7

Genre PORTUNITES , Th. Bell.

Voy. pi. 9, fi-. 2, et pi. 3, fig. 4.

Bell, Fossil Malacostraceous Crustacea of Greal Britain, part. I'r, Crustacea o(

Ihe London clay (Paleonlographical Society, 1856, p. 20). Syn. : Leiochiws, Reuss, Zur Kenntnm fossiler [{rabben, 1859, p. 56, pi. 18, 6g. 7.

M. Thomas Bell, dans sa Monographie des Crustacés fossiles de l'argile de Londres, a établi ce genre pour un fossile dont les affinités zoologiques ne sont pas encore parfaitement connues, mais qui a cependant une grande analogie avec certains types de la famille des Portuniens.

M. Reuss, à la même époque, signala aussi l'existence de cette espèce, et la désigna sous un nom générique différent : il en forma le genre Leiochilus, qu'il ne décrivit complètement et ne figura qu'en 1859. Dans ce travail, la place assignée au Portunites de M. Bell est complètement différente : c'est à côté des Eriphies que M. Reuss range l'espèce qui nous occupe. Mais comme il est facile de s'en convaincre, le célèbre paléontologiste allemand a été trompé par le mauvais état de l'individu qu'il avait entre les mains , et dont le front et les bords brisés ne permettaient pas de distinguer la forme de l'animal.

Je crois en effet, avec M. Th. Bell, que c'est à côté des Portunes, des Carcins et des Platyonyques, que doit se placer ce nouveau genre fossile. En effet, la forme générale de b carapace le rapproche de ces derniers. Ce bouclier, plus large que long, présente sur ses bords latéro- antérieurs cinq dents, dont la dernière est la plus considérable. Les régions y sont bien indiquées, surtout la région gastrique, qui est elle-même profondément bilobée ; aucun Portuuien vivant n'offre des lobes aussi accusés et disposés de cette manière. Parmi les Cancériens, nous savons que les Pirimèles présentent, de même que les Portunes, un bord latéroanlérieur découpé en cinq dents, et, en outre, que les diverses

1 'jS *ll>IIO"\M HUM EDWARDS.

régions de la carapace sont profondément marquées. Nous pourrions donc rapprocher les Portunites de ce dernier genre ; mais cependant quelques particularités de structure que nous allons passer en revue empêchent ce rapprochement. Ainsi chez les Portunites les bords latéro-postérieurs de la carapace offrent en arrière une cchancrure bien ouverte, destinée à loger l'article basilaire de la paire de pattes postérieures. Chez les Pirimèles, de même que chez les autres Cancériens, cette échancrure est à peine indiquée.

Chez les Pirimèles , de même que dans le groupe des Carciniens,la suture médiane n'occupe que les deux derniers segments du plastron slernal. Cette région est large et ovalaire comme chez les autres représentants de la même famille ; tandis que chez tous les Cancériens, et par conséquent chez les Pirimèles, cette partie du corps est étroite, et présente la forme d'un quadrilatère allongé. L'abdomen du mâle se compose de cinq articles, les troisième, quatrième et cinquième étant soudés, disposition analogue à celle qui existe chez les autres Portuniens. Chez les Pirimèles, tous les segments de l'abdomen sont distincts.

Les pattes des Portunites sont robustes et courtes ; celles de la cinquième paire pouvaient se relever, de façon à glisser au-dessus des lobes postérieurs de la région branchiale (1), comme cela a lieu chez tous les Portuniens, tandis que chez les Cancériens ce mouvement est presque toujours complètement impossible.

D'après l'ensemble des caractères que je viens d'exposer, il me semble, de même qu'à M. Th. Bell, qu'il est impossible de placer le genre qui nous occupe parmi les Cancériens , et qu'il doit faire partie de la famille des Portuniens ; il me paraît aussi qu'il doit se ranger à côté des Carcins, des Portunes, des Psammocarcins, etc., dans notre groupe des Carciniens.

PORTUNIENS FOSSILES. 1 /|<J

PORTUN1TES INCERTA, Th. Bell.

Bell, op. cit., p. 20, pi. 8, fig. 1 à 5.

Syn. : Leiochilus Mohrisi, Reuss. Zur h'enntniss [ossiler Krabben, p.r>, pi. 18, fig. 7.

Cette petite espèce parait être très commune dans les couches argileuses éocènes de l'île Sheppey, à l'embouchure de la Tamise. Jusqu'à présent on ne l'a jamais rencontrée ailleurs. Il est très rare d'en trouver des individus bien conservés, presque toujours le Iront est brisé. Je n'ai jamais pu observer cette région, et je crois que M. Bell n'a pas été plus heureux. Les bords latéro-antérieurs sont le plus souvent incomplets, et ce n'est qu'à l'aide d'un grand nombre d'individus que l'on peut arriver à se former une idée juste de l'ensemble de ceCrustacé.

La carapace, dont la surface est garnie de fines granulations serrées et apparentes sur toutes les parties saillantes, rares ou nulles dans toutes les dépressions, est remarquable par le relief de ses différentes régions. La région gastrique (1) est subdivisée en plusieurs lobes. Les lobes antérieurs ou protogastriques sont élevés, arrondis, et séparés entre eux par le lobe mésogastrique (2), qui, étroit et presque linéaire en avant, se prolonge jusqu'au front, et en arrière se confond avec le lobe urogastrique ou gastrique postérieur.

La région cardiaque présente deux parties bien distinctes : l'une constituant le lobe cardiaque antérieur (3), 1res bombé; l'autre formant le lobe cardiaque postérieur (4), plat, et même plutôt concave. Les régions branchiales sont limitées en avant par une ligne épibranchiale large et saillanle(5), que l'on peut considérer comme représentant le lobe branchial antérieur; le postérieur, dont toute la partie interne est bombée, est au contraire excavé en dehors,

(1) Voy. pi. 9, fig. 2 et 2A g.

(2) Voy. pi. 9, fig. 2 et 2A g'.

(3) Voy. pi. 9, fig. 2 et 2A k.

(4) Voy. pi. 9, fig. 2 et2ift'.

(5) Voy. pi. 9, fig. 2 el 2A 6'.

de façon que la patte postérieure peut glisser dans l'espèce de sillon ainsi formé.

Les bords latéro -antérieurs de la carapace sont garnis, comme je l'ai déjà dit, de cinq dents : la dernière est la plus considérable, la seconde est au contraire la plus petite (1), disposition que nous constaterons aussi chez le Psammocarcimts Hericarli. Les orbites sont larges. Le bord sourcilier est divisé en trois lobes par deux scissures. Je n'ai pas eu l'occasion d'examiner la région anten-

naire.

Les pattes antérieures (2) sont robustes ; le bras ne devait pas dépasser le bord latéro-antérieur de la carapace : cet article est lisse. La main, courte et renflée, est légèrement rugueuse ; les doicts sont forts et trapus. Les autres pâlies sont minces et longues; ce qui tend à prouver que le Portuniles incerla ne devait pas être aussi complètement nageur que les Porluncs,lesPlaryonyques, etc., mais se rapprochait davantage sous ce rapport des Carcins proprement dits.

Leplastron sternal,dont la forme générale n'offre d'ailleurs rien de remarquable, présente sur son second article nne dépression transversale plus considérable qu'on ne le remarque en général chez les Portunicns (S).

L'abdomen du mâle est court et triangulaire; celui de la femelle

est large et arrondi.

GROUPE DES POLYBIENS.

Carapace . l'orbiculaire, ou même beaucoup plus longue que large, et armée latéralement de cinq dents bien développées, auxquelles s'ajoute quelquefois une épine rudimentaire. Suture médiane du plastron sternal, occupant seulement les deux derniers segments du thorax. Article basilaire des antennes externes grêle,

(1) Voy. pi. 9, fig. 2Aet2B.

(2) Voy. pi. 3, fig. 4.

(31 Voy. pi. 9, fig. 2n et 2D, et pi. 3, fig. 4.

PORTLMENS FOSSILES. 151

libre, et entranl dans la composition de la tigelle mobile de ces appendices, laquelle se loge dans lîiiatns interne de l'orbite; cet hiatus 1res large. Mains courtes.

Genre PSAMMOCARCINUS.

Voy. pi. 9, fig. I, et pi. 10.

Sijh. : Porionus (pars) Desmarest, Crustacés fossiles, p. 87, pi. 5, fig. 5.

Je crois devoir proposer l'établissement de ce genre, qui ne renferme encore qu'une seule espèce connue depuis déjà fortlongtemps sous le nom de Portunus Hericarti. Lorsqu'on 1822 Desmarest décrivit ce petit Crabe, il le rangea dans le grand genre Portunus, tel que celui-ci avait été délimité par Fabricius; mais aujourd'hui que ce genre est devenu une famille subdivisée en groupes nombreux, le fossile de Desmarest ne peut rester dans le genre auquel le nom dePortùnùssi été réservé. Chez tous les représentants de ce dernier groupe, les bords latéro-antérieurs de la carapace sont garnis de cinq dents égales entre elles. Au contraire, chez le Psammocarcinus Hericarti, la dernière dent est non-seulement beaucoup plus longue que les autres, mais encore elle présente en avant, vers sa partie moyenne, une petite dent secondaire, et quelquefois même on y observe un second denticule presque rudimentaire. La forme générale de la carapace est beaucoup plus longue que chez les Portunes. C'est du genre Platyonychus que ce fossile parait se rapprocher le plus; en effet, ces Crustacés présentent presque toujours une forme allongée portée à un très haut degré chez le Platyonychus latipes de nos côtes (1). Ce n'est cependant pas dans ce genre que doit prendre place le Portunus Hericarti de Desmarest; en effet, aucun Platyonychus n'offre de cornes latérales, et les dents qui garnissent les bords latéro-antérieurs sont toujours égales entre elles. Mais ce n'est pas tout; à ce caractère déjà très important viennent s'en ajouter d'autres d'une grande valeur. Ainsi tous les Portuniens que nous avons examinés jusqu'à pré-

(1) Voy. Règneanimul, Crcstacés, pi. 8, fig. 3.

1&2 ALPHONSE Mil. M. EUIYARDS.

sent présentent un bord sourçilier divisé en un ou deux Lobes par des scissures plus ou moins profondes. Dans l'espèce qui nous occupe, le bord sourçilier est continu , et n'offre aucune trace de division. Le Iront de cette dernière s'avance davantage que dans les genres Porlunns, Carcinus et Platyonychus. La dent sous-orbitaire interne, très développée, atteint le même niveau que les dents latérales du front, et il résulte de celte disposition que les orbites présentent une profondeur considérable. Les bords latéro-postérieurs de la carapace, au lieu d'être échancrés en arrière pour recevoir la base des pattes de la cinquième paire , sont droits, et se réunissent carrément au bord postérieur. Jusqu'à présent nous ne connaissons pas de Portuniens dont le bouclier céphalo-lboracique se termine de cette manière; et si je n'avais pu observer un grand nombre d'articles de pattes disposés pour la natation , j'aurais été tenté de rapprocher le Porlunus Hericarti de Desmarest du genre Pirimèlc, de la famille des Cancériens. En effet, la Pirimela denticulata, par la disposition générale de la carapace, se rapproche de notre fossile (1). Le plastron slernal ressemble un peu par sa forme à ce que l'on voit ordinairement chez les iVepJunws et chez les Achetons, c'est-àdire que le segment correspondant à l'insertion des pattes antérieures est très large, et coupé carrément en avant. La suture médiane n'occupe que les deux derniers segments de ce plastron, comme chez tous lesCarcinicns (2). L'endostome (3) est dépourvu de crêtes comme chez lesPlatyonyques et chez quelques Portuniens ; de même que dans ces derniers genres le bord antérieur du cadre buccal ne se réunit pas au bord postérieur des fossettes antennulaires, comme chez les Neptunus. Les pattes ne présentent aucune particularité remarquable.

Nous voyons donc qu'il est impossible de faire rentrer le Portunus Hericarti dans aucun des genres actuels de la famille des Portuniens. L'existence d'une corne latérale le sépare des Por-

(1) Voy. Atlas du Règne animal, Crustacés, pi. 12, fig. 1.

PORTUNIENS FOSSILES. 153

tunes, des Carcins et des Platyonyques. La forme de la carapace, le nombre des dents des bords latéro-antérieurs, le séparent netlementdes//c/ie/ous, des A'e/jfunws. Quant aux groupes des Thalamiticns,je n'insiste pas sur les caractères qui peuvent l'en éloigner; ils sautent trop aux yeux pour qu'on ait même besoin de s'y arrêter. Je rappellerai seulement que, chez ces derniers comme chez les Lupées, la suture médiane de l'abdomen occupe les trois derniers segments de l'abdomen ; que le front est large et peu proéminent, etc.

Je proposerai donc de former pour ce petit Crabe fossile une nouvelle division générique sous le nom de Psammocarcinus (1), qui indique tout à la fois ses affinités zoologiques et la couche dans laquelle il se trouve. Ce genre doit se placer à côté des Platyonyques, des Carcins et des Portunes, car il emprunte à chacun de ces groupes quelques-uns de leurs caractères ; il forme une transition qui relie ces derniers aux Neptunus et aux Enoplonotus . Par ses cornes latérales, il se rapproche des premiers, et il présente une certaine analogie avec les seconds par l'existence de dents sur ces mêmes cornes.

En résumé , le genre Psammocarcinus peut se caractériser de la manière suivante :

Carapace au moins aussi longue que large. Bords latéro-antérieurs garnis de cinq dents, dont la postérieure se prolonge en forme de corne, et porte une petite épine accessoire. Angles sousorbitaires internes se terminant par une pointe spiniforme très allongée. Bord sourciller entier. Bords latéro-postérieurs de la carapace ne présentant pas d'échancrures. Épistome dépourvu de crêtes. Pattes postérieures bien conformées pour la natation.

PSAMMOCARCINUS HERICAR.TI.

Syn. : Portunus Hericarti, Desmarest, op. cit., p. 87, pi. S, Dg. 5.

Cette jolie petite espèce se rencontre en quantité énorme dans certains gisements propres aux sables supérieurs au calcaire gros-

(I) De ^âpjxo;, sabre, et de xafxivo;, crabe.

I ~) i tl.PHOVSK >1II.M: lilUtliDS

sier. An Gué-à-Tresmes, près de Meaux, le sable est presque complètement compose de débris de Crustacés, parmi lesquels on remarque un grand nombre de carapaces de Psainmocarcins. Mais ces parties ne sont pas les seules que l'on trouve; les mains y sont très communes; enfin, en cherchant avec un peu de soin, on y rencontre des pièces branchiostégiques (1), des avant-bras, des bras, de nombreux articles appartenant aux pâlies suivantes, des fragments du plastron sternal, des endostomes intacts (2), et enfin jusqu'à des mandibules (3), dont toutes les parties, malgré leur petitesse, ont été parfaitement conservées. J'ai pu ainsi reconstituer presque tout l'animal, sauf l'abdomen et les appendices de la région faciale (h).

La carapace, dont la longueur varie entre quelques millimètres et près de «'> centimètres, ou môme davantage, n'offre jamais ni granulations, ni ponctuations, et cependant son état de conservalion est presque toujours des plus parfaits. Les régions, sans être extrêmement saillantes, sont très nettement indiquées. La région gastrique (5) est grande et divisée en lobes : les antérieurs, ou épigastriques, sont peu distincts; mais les protogastriques, ou laléro-antérieurs, sont, mieux marqués. Le lobe mésogastrique se confond en arrière avec les métagastriques ou lobes latéropostérieurs, et se prolonge en avant par une crête saillante, qui présente ordinairement trois petits renflements. La région cardiaque est nettement indiquée par un sillon branchio-cardiaque profond (6). Les régions brauebiales(7) présentent quelques traces de divisions en trois lobes, dont le postérieur est comparativement considérable. Les régions hépatiques (8) sont petites, mais assez bien caractérisées.

(I) Voy. pi. 9, fig. 1Aw.

(i) Voy. pi. !», Bg. 1B et I o, n.

(3) Voy. pi. 9, fig. 1° et I'.

(4) Voy. pi. 9, fig. 1 et 1*.

(5) Voy.pl. 10, lig. 1AS.

(G) Voy. pi. 10, lig. 1A k.

(7) Voy. pi. '10, lig. IA b

(8) Voy. pi. 10, fig. lA/t.

PORTUNIENS FOSSILES. 455

Les dents des bords latéro-antéricurs sont garnies d'une ligne marginale très finement granuleuse, qui, après avoir suivi le bord interne de la corne latérale, se prolonge sur le bord latéropostérieur de la carapace, jusqu'à sa jonction avec le bord postérieur; leur point de réunion est marqué de chaque côté par un petit renflement.

Le Iront, très proéminent, offre trois dents spiniformes : la médiane est la plus grande; les latérales se confondent presque avec l'angle sourcilier interne; celui-ci est constitué par un petit renflement en forme de lobe, qui se trouve à leur base du côté externe.

L'angle externe de l'orbite est très aigu, 1res saillant, et forme la première et la plus forte des dents laléro-antérieures; la seconde est la plus petite de toules ; enfin les deux suivantes, de taille intermédiaire, sont égales entre elles, et toutes sont dirigées en avant.

Je ne reviendrai pas sur la disposition des orbites ou de l'endostome, y ayant déjà insisté dans la discussion des caractères génériques de cette espèce.

La forme des pattes antérieures (1) présente une grande analogie avec celles des Portunes et des Careins; en général, celle du côté gauche est plus faible que celle du côté droit. Le bras (2), court et gros, ne devait pas dépasser les bords latéro-antérieurs de la carapace ; sa forme est celle d'un prisme triangulaire, irrégulier. On ne le trouve jamais en place ; toujours il est isolé, et sa face supérieure est incomplète, parce que la pièce complémentaire, de forme triangulaire, qu'on remarque chez tous les Crabes, chez les Pagures, etc., où elle est imparfaitement soudée au reste du bras, manque toujours ; je n'ai pas trouvé un seul bras qui l'eût conservée. Enfin cet article porte, vers la partie moyenne de son bord postérieur, une petite dent dont la pointe se dirige en avant.

L'avant-bras présente sur son bord supérieur et interne une

(0 Voy. pi. 10, fig. 1D,

(2) Voy. pi. 10, fig. 1F et 1E.

150 ALPHONSE MILNE EBWIRDS.

épine acérée qui se porte au-dessus de la main. Les bords de cet article sont finement cordonnés.

La main est, proportionnellement au corps, très volumineuse, et elle est légèrement courbée suivant sa longueur, de façon à pouvoir s'appliquer contre la région faciale. Le poignet, comparé aux doigts, est court et trapu. Sur sa face externe, près de l'articulation de l'avant-bras, on observe une ligne de petites dents qui se prolonge plus ou moins en avant. On remarque aussi sur celte face un grand nombre de petites granulations, dont quelques-unes, plus grosses, forment un rudiment de crête. Le poignet est aplati en dessus, et par conséquent , au lieu d'y présenter un bord, il se termine supérieurement par une face limitée en dedans comme en debors par une crête de granulations. Sa face interne est lisse. Son bord inférieur est aigu et très granuleux. Les doigts sont remarquablement forts; l'index, comprimé latéralement, est dirigé un peu en bas, et ne se recourbe pas en haut même vers sa pointe -, il présente sur son bord tranchant une série de dents, disposées de façon à s'engrener avec celles du pouce. Ce dernier article est très recourbé, aplati en dessus, et toute sa surface est garnie d'une multitude de granulations plus nombreuses et plus serrées sur les bords qui limitent sa face supérieure. Les dents dont il est armé sont alternativement grandes et petites comme celles de l'index, de façon que, quand les deux doigts sont rapprochés, il n'existe pour ainsi dire aucun intervalle entre les deux rangées de ces tubercules. Tous ces détails sur la conformation des pinces sont importants à connaître, parce qu'en général ces pièces se trouvent mêlées à des articles analogues provenant de Crustacés de groupes très différents, et il importe de pouvoir les reconnaître.

Les pattes des paires suivantes n'offrent aucune particularité remarquable à noter; elles étaient disposées pour la natation, ainsi qu'on peut en juger par la forme élargie de toutes les cuisses (1), cl par la disposition en palette du pénultième article des pattes postérieures (2); mais cependant sous ce rapport elles devaient

(1) Voy. pi. 40,fig. 1n, I1 el I".

(2) Voy. pi. 10, fig. 1K.

PORTUNIENS FOSSILES. 157

rire inférieures à ce que l'on trouve dans les genres Portunus, Platyonychus, etc., et se rapprocher davantage des Carcins.

Jusqu'à présent je n'ai rien vu qui puisse me faire présumer de la forme de l'abdomen ; les pièces qui composent celte région sont si fragiles, que probablement elles n'auront pas pu échapper aux causes de destruction qui ont dû les entourer.

PORTUNIENS ANORMAUX.

Front spatuliforme et infléchi. Orbites et pédoncules oculaires longs, et occupant presque toute la largeur de la carapace. Angles orbitaires se prolongeant beaucoup [dus en dehors que la portion suivante du bord latéral, et suivis seulement d'une petite épine.

Genre PODOPHTHALMUS, Lamk.

Syn. : Portcnus (pars), Fabr., Suppl., Enlom. System.

Podophthalmus, Lamk, Système dus animaux sans vertèbres, p. 182.

Le genre Podophlbalme, tout en présentant les caractères fondamentaux de l'organisation de tous les Porlunicns, s'en sépare par des différences tellement remarquables, par une structure tellement particulière, qu'il ne doit pas être rangé à côté des genres précédents, mais former une section à part ayant à elle seule la même valeur zoologïque que la section formée par l'ensemble de tous les autres Porluniens. Je désignerai sous le nom d'agèle des Portuniens anormaux, cette division qui ne comprend que le seul genre Podophthalme. lequel à son tour ne se compose jusqu'ici que d'une seule espèce récente, le Podophthalmus vigil, des mers de l'Inde.

Comme son nom l'indique, ce genre est caractérisé par la longueur énorme de ses pédoncules oculaires, qui égale la moitié de la largeur de la carapace; chez tous les autres Portuniens, au contraire, les pédoncules oculaires sont très courts. La carapace se termine en avant, non plus par un bord arqué, mais par un bord droit ou presque droit, formant tout entier les parois supérieures des

158 ALPHONSE MILAE EBWARDS.

orbites (1). Celte disposition donne au bouclier céphalo-thoracique un aspect anormal ; il semble avoir été brusquement tronqué en avant, et l'on peut s'en former une idée assez exacte en supposant une carapace de Neptunns coupée suivant une ligne qui réunirait lesdeux cornes latérales. La famille des Portuniensn'estpasla seule dont quelques-uns des membres soient conformés de cette manière singulière. Parmi les Catométopes, on voit que les Macrophthalmes (2), lesGonoplax (3), les Gélasimes (4), présentent une structure analogue-, parmi les Oxyrhynques, les Sténocinops sont dans le même cas (5).

La carapace offre de chaque côté, en avant, une épine très aiguë dont la pointe est dirigée en avant, et au-dessous de laquelle est logé l'œil proprement dit, lorsque cet organe est appliqué dans la gouttière orbitaire. En arrière de cette épine, on en dislingue une autre plus petite. Les régions sont peu marquées, les hépatiques ne se distinguent pas; les régions branchiales sont traversées par une crête épibranchiale peu saillante qui, au lieu de partir de la corne latérale comme chez les Neptunns, prend naissance sur la petite épine qui est en arrière de cette corne. La région stomacale ne porte aucun indice de crête épigaslrique. Le front, constitué par le bord antérieur de la carapace, offre à sa partie médiane entre la base des pédoncules oculaires, un prolongement presque linéaire qui s'élargit beaucoup au-dessous, de façon à former la paroi supérieure des fossettes antennulaires, lesquelles se trouvent ainsi situées sous la base des pédoncules oculaires, disposition très différente de celle qui existe chez les Portuniens normaux. La ligelle mobile de ces appendices est beaucoup plus longue que la fossette antennulaire et ne peut s'y replier. L'angle sous-orbitairc interne, au lieu d'être spiniforme, comme nous l'avons vu jusqu'à présent, est arrondi; l'article basilaire des antennes externes occupe tout l'espace compris entre cet angle et

(IJ Voy. Atlas du Règne animal, Crustacés, pi. 9, fig. I et 1\

(2) Ibid., pi. 4 6, fig. 1 et 2\

(3) Ibid., pi. 16, fig. 1 et la.

(4) Ibid., pi. 18, fig. 1 et 1a.

(5) Ibid., pi. 31, fig. 1 et 1\

P0RTLN1ENS FOSSILES. 159

l'angle externe du prolongement inférieur du Iront contre lequel il s'appuie.

Les orbites sont formées par une gouttière, qui s'étend du prolongement frontal à l'extrémité de la corne latérale, et, par conséquent, elles occupent toute la largeur de la carapace; les pédoncules oculaires, extraordinairement longs et grêles, peuvent exécuter des mouvements très étendus. Le, bord antérieur du cadre buccal es!, comme chez les Neptunus, séparé du bord postérieur des fossettes ântennulaires par un sillon transversal; l'endostome, fort large, mais comparativement liés court, est dépourvu des crêtes servant à limiter, du côté interne, le canal efférent de la chambre branchiale; en cela les Podopbtbalmes s'éloignent des Neptunus, qui tous, sauf le N. cribrarius, sont pourvus de cette crête. Les pattes-mâchoires n'occupent pas toute la largeur du cadre buccal, et lorsqu'elles sont en repos, elles ne se joignent pas sur ligne médiane, comme cela se voit chez tous les Portuniens normaux. Leur article basilaire, très court, est élargi à sa base; le troisième article présente une forme presque triangulaire, disposition qui est due aux dimensions considérables de l'écliancrurc destinée à l'insertion de la tigelle mobile: celle dernière est formée d'articles remarquablement gros et longs.

Telles sont les particularités de structure propres à ce genre remarquable; quant aux autres parties, elles se rapprochent beaucoup de ce que nous avons vu chez les Neptunus. Les pattes antérieures sont conformées sur le même plan, il en est de même pour les suivantes; on voit aussi sur le plastron sternal, qui est très large et plat, la suture médiane occuper les trois derniers segments. L'abdomen ne peut être distingué de celui des Neptwius.

C'est donc de ce dernier type que le genre Podopbtbalme se rapproche le plus, et les points de similitude sont si nombreux, qu'on pourrait presque le considérer comme un Neptunus anormal.

160 ALP1IOXSE MILXK EDWABDg,

PODOPHTHALMUS DEFRANCEl Desm.

Voy. pi. 5, fig. 8.

Syn. : Desmarest, Crust. fossiles, p. 88, pi. 5, fig. 6, 7 et 8.

Desmarest a rapporté au genre Podophthalme un Crustacé fossile provenant de la collection de Defranee, et dont le gisement était inconnu. Je n'ai pu malheureusement nie procurer l'individu qui a servi aux observations de Desmarest, et c'est d'après les figures et la description que ce dernier zoologiste en a données que j'ai dû l'étudier. Il en parle dans les termes suivants :

« Ce Crustacé, dont nous n'avons qu'un moule intérieur de » nature calcaire assez détérioré et tout couvert de fentes et de » gerçures, nous parait appartenir évidemment au genre Podoph- » thalme,bien cependant qu'il ne présente pas les deux pédoncules » des yeux, mais il en a tous les autres caractères, savoir : le test » déprimé et très large; les angles latéraux très aigus; son bord » antérieur non dénié comme celui des Fortunes, mais lisse et un » peu creusé en gouttière; le milieu du front un peu avancé en » forme de chaperon ; les bases des deux dernières pattes situées » très en arrière et relevées; les pièces sternales très larges et en » palettes, comme dans les Fortunes. »

Malgré la grande autorité de Desmarest, je ne puis admettre celte espèce qu'avec beaucoup de réserve. Effectivement, à en juger par les figures que cet auteur en a données, la plupart des caractères qu'il indique comme spéciaux au genre Podophthalme se rapporteraient aussi bien au genre Nepluntis; quant aux autres particularités, elles pourraient bien n'être que le résultat du mauvais état du fossile et d'une fracture de toute la portion antérieure de la carapace.

Je trouve en effet que le bord antérieur (1) est trop arqué pour

(I) Voy. pi. 5, fig 5.

PORTLNIEÏNS FOSSILES. Itil

être celui d'un Podophthalme ; que le froiil (I ne présente pasde gouttière longitudinale; mais semble être le résultai d'une cassure. Ces différentes considérations me font supposer que peut-être le Podophlkalmus Defrancei n'est qu'un Neptunus 1res mal conservé; il serait même possible que ce fût un N. monspeliewis : mais c'est ce que l'on ne pourra juger qu'en étudiant attentivement l'individu que Desmarest a représenté el que je n'ai pu me procurer.

AI. Reuss avait rapporté au genre Podophthalmus, sens le nom de I'. Buckii, une espèce de Crabe ("2) provenant des marnes du planer de Bohême, que ce géologue considère comme un équivalent du gault, opinion qui n'est pas généralement admise, car l'on considère maintenant cette assise de marnes comme synchronique de la craie marneuse.

Celle petite espèce fossile ne pouvait pas rester parmi les Portu- Jiicns anormaux. M. Mac Coy la lit rentier dans son genre Reussia (3), et dans un travail plus récent M. Reuss adopta celle manière de voir (/i) ; mais tout en reconnaissant les différences qui existent entre le fossile des marnes de Bohême et le genre Podophtlialme, il continua à le ranger dans la famille des Portuniens, à côté du groupe des Lupéens. I.e genre Reussia diffère cependant beaucoup des genres qui composent celle famille, et doit se placer dans celle des Cancériens. Nous examinerons les différentes espèces qui composent le genre Reussia, lorsque nous traiterons des Cyclomélopes marcheurs.

Avant de terminer la liste des différents représentants fossiles de la famille des Porluniens, je dois encore mentionner quelques débris qui ont été regardés commedevant se rapporter à ce groupe.

(1) Voy. pi. 5, lig. 5«.

(2) Reuss, Die Versieinerungen der Bùhmischen Fireideformation, ("part,, 1845, p. 15, pi. o, fig. 50 et 51 ; et ci-dessus, pi. 6, fig. 3 et 3*.

(3) M Coy, On some new Crelaceous Craslacea ÇAnn. and. Magaz. 0/ .Val. Ilist., 2° série, 1854, t. XIV, p. I 20).

(4) Reuss. Zur Kennlniss fossiler Krabben, I859, p. 8. pi. i, fig. 4.

•il

16'2 .1I.P1IOXSE MIEXE EDWARDS. — PORTUNIENS FOSSILES.

Ainsi M. Wood signale la présence d'une espère du genre Portunus dans le crag corallien d'Angleterre (1 ; M. Ëug. Sismonda décrit une main de Crabe trouvée dans les couches pliocènes d'Asti (2). Le savant paléontologiste italien pense qu'elle doit se rapporter au groupe des Portuniens; en effet, la ligure qu'il en a donnée justifie cette manière de voir, et je crois que c'est nonseulement à une espèce de la famille des Portuniens, maisdu genre Portunus propremenl d'il qu'elle doit appartenir : la l'orme générale de celle main, les dentelures du bord tranchant des doigts et les ornements du poignet, qui consistent en lignes granuleuses courbes et squamiforines , rappellent ce qui s'observe sur le Portunus corrugatus, qui aujourd'hui habile la Méditerranée.

Enfin, dans son Mémoire sur les Crustacés fossiles de la Haute- Saône, M.Étallon 3) figure un débris de Crustacé trouvé dans les chailles de, Calmouliers, et qu'il pense être une des pattes postérieures d'un Portunien, auquel il donne le nom de P. jurensis. Je n'adopte [tas celle manière de voir., et je regarde ce fragment comme une de ces patles-màchoires qui, chez cerlaines Salicoqncs, deviennent réellement pédiformes, et chez les Crangons. par exemple (h), présentent la plus grande analogie avec l'objet figuré par .M. Étallon. Comme dans le terrain dont il provient, la faune carcinologique est composée en majeure partie de Crustacés appartenant à ce groupe, zoologique, tandis qu'on n'y connaît encoreaucun Braehyure normal, il est donc très probable que c'est bien une patte-màchoire de Salicoque, et non une patte nageuse de Portunien, qui esl représentée dans le mémoire dont nous venons de parler.

(1) Voy. Morris, Catalogue, p. 76.

(2) E. Sismonda, Descrizione dei Pesci e dei Crustacei [ossili nel Piemonle, 4846, p. 70, pi. 3, fig. 9.

(3) Étallon, Description des Crustacés fossiles de la Haute-Saône et du Haut- Jura (Bulletin de lu Société géologique de France, 1888, 2e série, t. XVI, p. 4 49, pi 5, fig. 4).

(4) Voy. Crangon vulgaris (Règne animal, Crcstacés, pi. 51., fig. 2e).

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