Brisa
Je crois que d'un côté la division a été portée trop loin et d'un autre que plusieurs de ces genres nouveaux ne peuvent pas se ranger parmi les Thalassiniens, mais doivent prendre place dans d'autres groupes, principalement dans celui des Salicoques.
Le genre Orphnœa, établi en 1839 par Munster (1) et que M. Pictet place dans la famille des Thalassiniens, doit se ranger parmi les Salicoques. Chez les Orphnœa, la carapace 1res large, ('gale au moins en longueur l'abdomen tout entier: sa surface est garnie de tubercules squamifôrmes, ce qui indique toujours une consistance assez ferme. Le premier anneau de l'abdomen, au lieu d'être grêle, comme chez les Thalassiniens, est au contraire le plus large de tous, de façon que celte portion du corps, loin d'être pédoneulée, est large à sa base, puis va en s'atténuanl versl'éxtrémité ; les bords latéraux de chaque anneau ou pièces épimériennes, se prolongent en lames, de façon à recouvrir complètement la base des fausses pattes abdominales, disposition qui, comme je l'ai déjà dil, existe chez les Salicoques et les Aslaciens, mais ne se trouve pas chez les Thalassiniens. Les pédoncules oculaires paraissent assez gros; enfin les deux pattes antérieures sont semblables entre elles. Cet. ensemble do caractères suffit et au delà pour séparer les Orplmées des Thalassiniens, et leur place est marquée dans la famille des Salicoques, probablement à côté des Crangons.
Le genre Brisa, établi aussi par .Munster ('2), à la même
(1) Beilrâge zur Petrefacten-Kunde, II, fte/ï.,4839, p. 39, et pi, pi. Il, fig. 1 7.
(2) Loc. cil., [il. 45, pi. 15, fig. 3, 4, 5.
168 ALPHONSE Mil. M EDWARDS.
époque, et que M. Pictel range également parmi les Thalassiniens, à côté des Orphnœa, a beaucoup de points de ressemblance avec ecs derniers et en effet, dans une classification naturelle, il ne peut en être éloigné. Oe même que le précédent, il est aussi remarquable par la longueur relative de la carapace que par sa largeur; l'abdomen présente les mêmes pièces épimériennes que chez les Salieoques; sou premier anneau est aussi large que les suivants, ee qui enlève à cet organe le faciès particulier des Thalassiniens. En un mot, les mêmes raisons qui m'ont l'ait séparer les ( Irpbnées des Thalassiniens, me conduisent à en éloigner aussi les Brisa pour les placer parmi les Salieoques.
Le genre Metjeria de M. Mac Coy (1) diffère par un grand nombre de caractères bien tranchés, des divers représentants de la famille qui nous occupe. En effet, la carapace finement granuleuse, quoique comprimée latéralement, offre un développement plus considérable que les Thalassiniens ne le présentent ; le front se prolonge en un rostre long et pointu; or, j'ai dil que, dans la famille qui nous occupe, quand le rostre existe, il est remarquablement court et toujours plutôt plat et lamellaire qu'ensiforme. L'abdomen non pédoncule, est remarquable par ses lames épimériennes; sa surface est couverte de fines granulations. Toutes les particularités que je viens de mentionner suffisent et au delà pour exclure les Meijeria de la famille des Thalassiniens, et pour les ranger plutôt à côté des genres que nous venons d'examiner.
Le genre Calocaris, établi par M. Th. Bell en 1853, et placé par ce savant auprès des Axies et des Gébies (2), se rapproche au contraire beaucoup plus des Salieoques : la carapace large et un peu cylindrique se termine par un rostre pointu et triangulaire, denté en dessus et légèrement recourbé en haut; une lame large et triangulaire recouvre, comme chez les Salieoques et les Astaci< ns, l'article basilairc de l'antenne externe; l'abdomen, au lieu
( 1 ) Mac Coy, One the Classification of some British Fossil Cruslacea with Notices 0/ New Forms in the University Collection at Cambridge {Ann. and Maijaz, ofNat. Hislory, 2e série, t. IV, p. 330).
(2) Th. Bell, Hislory o[ tlie British Cruslacea, 1853, p. 233.
THALASSINIENS FOSSILES. 169
d'être renflé vers son extrémité postérieure, s'atténue peu à peu et se termine en pointe; enfin il présente latéralement des lames épimériennes qui cachenl la base des fausses pattes abdominales. Il est donc facile de se convaincre en examinant cet ensemble de caractères que le genre Calocaris ne doit pas rester dans la famille des Thalassiniens.
M. Dana, en 1853, forma à côté des Callianasses, un nouveau genre nommé Trypœa (1), qui, presque en tout semblable aux Callianasses, en diffère seulement par la disposition des antennes. Connue ee zoologiste éminenl le dit lui-même, en le décrivant il n'avait pas l'animal entre les mains, el ce genre nouveau fut établi d'après un dessin fait pendant son voyage d'exploration et qui, à certains égards, ne lui paraissait pas mériter beaucoup de confiance. Or, la disposition de cette antenne serait ici un fait tellement anormal chez les Thalassiniens, que l'on est porté à croire que le dessin de M. Dana n'était pas parfaitement exact, ou qui' la Callianasse d'après laquelle il était fait pouvait être un peu mutilée. Les antennes et les pattes de ces animaux sont si faiblement fixées au corps, qu'il suffit de très peu d'efforts pour les arracher, et si Fou admet que l'individu ligure par M. Dana ait eu une antenne un peu altérée, on n'aura plus qu'une Callianasse complètement semblable comme organisation aux Callianasses connues.
Quant au genre Mesostylus de Bronn, j'expliquerai plus loin, en traitant du genre Callianasse, les raisons qui m'empêchent de l'admettre.
La famille des Thalassiniens ainsi réduite, ne se composerait plus que de huit genres, dont un, le genre Callianisea, pourrait bien n'être qu'une espèce du genre Callianidea.
(I) DaiMj United States Exploring Exp., t. f, p. 513.
l'O ALPHONSE MILNE EDWAIUIS
Genre CALUANASSA.
Syn. : Cancer, Montagu, Transactions of the Linnean Society, t. IX.
Callianassa, Leacli, Eclinb. Encycl.; et Mulacos. Podophlh. Bril.
— Desmarest, Considérât, sur les Crus t., p. 203.
— Latreille, Règne animal de Cuvier, l, IV, p. 87, et Cours
d'entomolog , p. 378.
— Otto, iVouo Acla Acud. nul. Cnriosorum, t. XIV.
— Milne Edwards. Hist. nul. des Crustacés, t. II, p. 307.
— De Haan, Fauna Japonica, p. I G 2 .
— Dana, Exploring Expédition, Crustacea, t. I. p. 512. Mesostïlis, Bronn et Rœmer, Lœlhea geognostica, t. II, p. 353. Tnvp.EA ? Dana, Expl Exped., t. I, p. 513.
Ce genre, établi par Leach en I8I/1, ne comprend aujourd'hui qu'un assez petit nombre d'espèces actuellement vivantes. Ce sont : 1° la C. subterranea (M. Edwards), qui habite nus côtes (1); 2° la C. uncinata (M. Edwards), des côtes du Chili (2) ; 3" la C. gigas (Dana) (3); h" la Callianassa petahtra (Stimpson), originaire du Japon (h); 5° la Callianassa Californiensis (Dana), trouvée sur les côtes de la Californie près de San-Franciseo (5); 6° la Callianassa longimana (Stimpson), qui vit en assez grande abondance
(1) Voy. Atlas du Règne animal, Crustacés, pi. 48, fig. 3.
(2) Voy. Milne Edwards, llisl. mil. des Crustacés, t. II, p. 310 et pi. '25 bis, fig. 1, et ri-aprèspl. 16, fig. I.
(3) Dana, Exploring Expédition, p. 512. fig. 3'.
(i) Prodromus descriptionis animalium Invertebralorum quœin expedilione nd oceanum Pucificum seplentrionalem , a republica federata missa , observavi! W. Stimpson (Proceedings of the Àcademy of Nalural Sciences of Philaddphia, 1860, p. 91).
(5) Voy. Proceed. of the Acad. of Nal, Scien. of Philaddphia, 1354, t. XVII, p. i7o. — Callianassa occidentales, Stimpson, Proc. of Acad. nal. scien., t. I, p. 83. — Callianassa Californiensis, Stimpson, Boston Journal of Nalural History, 1857, t. VI, p. 486, pi. XXI, fig. 4.
THALASSINIEN3 FOSSILES. 171
sur quelques points de la cote ouest de l'Amérique septentrionale (1); et 7° la Trypœa Attslraliensis (2) de M. Dana, que je pense être une Callianasse.
A ces différentes espèces, j'en ajouterai une autre, originaire du Chili et dont le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède deux exemplaires ('6).
Il est probable qu'à mesure que l'on étudiera avec plus de soin la faune des différents rivages, on découvrira de nouveaux représentants de ce genre; en effet, plus qu'aucun autre Crustacé, ils peuvent échapper aux recherches. Toutes les espèces dont on a pu observer les mœurs vivent à quelque distance du rivage, au-dessous du niveau des plus basses marées, enfouis dans le sable, et il faut se servir de la drague pour les y aller chercher. On comprend donc facilement que, sur les rivages peu explorés, il puisse exister quelques espèces de Callianasses que l'on n'ait pas encore découvertes, faute d'investigations suffisantes.
Le corps de ces animaux est d'une mollesse remarquable, tous les téguments sont membraneux, à l'exception de ceux des pattes qui au contraire présentent une grande consistance et dont ils se servent pour creuser le sable. Aussi on doit s'attendre à ne rencontrer que très rarement les carapaces conservées à l'état fossile dans les diverses formations géologiques, tandis que l'on y pourra trouver des pattes, et surtout des pattes antérieures. Quelquefois cependant, comme nous le verrons, le corps a été conservé, mais ce n'est qu'une empreinte que ce dernier a laissée sur la masse
(1) Stimpson, On Ihe Cruslacea and Ecliinodermala of the Pacific Sliores of Norlh America (Boston Journal of Nal. Hisl., 1857, t. VI, p. 490, pi. 21, fig. 5).
(2) Dana, loc. cit., p. 513, pi. 32, fig. 4o.
(3) Celte Callianasse, que j'appellerai C. Chilensis, se rapproche beaucoup de la C. uncinata, mais elle peut s'en distinguer par la forme de ses pattes antérieures. En effet, la main ne présente pas entre l'articulation du pouce et la base de l'index, d'échancrure aussi profonde que chez la C. uncinata. Le pouce, au lieu d'être très recourbé comme chez cette dernière, est presque droit. Le bras est garni sur son bord inférieur d'un prolongement en forme de crochet qui, chez la C. uncinata, est beaucoup plus développé. Chez cette dernière, le bras est, comparativement au corps, notablement plus gros que chez l'espèce dont j'expose ici les principaux caractères. Voy. ci-après, pi. 16, fig. 2, 2*.
f'y 2 AI.PUOIVSE .1111 M! F.D1VARDS.
calcaire qui l'a englobé, et on n'y voit en général aucune trace de test. Les faits de cette nature sont 1res rares, car ce sont de véritables accidents.
Dans le genre Callianasse, la carapace est extrêmement petite; elle occupe moins d'un quart de la longueur totale du corps; elle se prolonge antérieurement par une pointe roslrale qui s'avance à peine entre les pédoncules oculaires (1).
La région stomacale est plus développée que dans les genres voisins; elle présente une forme elliptique, et est limitée en arrière et sur les côtés par un sillon bien accusé; la région cardiaque n'occupe qu'un très petit espace. Les régions branchiales, à cause même du développement de la région stomacale, sont assez restreintes.
L'abdomen, long et aplati, se rattache au thorax par un article grêle et court, divisé lui-même en deux parties par un petit sillon transversal.
Le deuxième anneau, quoique moins élargi, est plus long que les suivants, de telle sorte que l'abdomen parait encore plus pédoncule (pie dans les genres voisins. La nageoire caudale est bien développée. Les lames latérales, triangulaires, dépassent la lame médiane dont la forme est quadrilatère.
Mais les Cailianasscs sont surtout remarquables par la forme de leurs pattes antérieures, qui diffère complètement de tout ce que l'on observe chez les autres Crustacés (2). La main, presque quadrilatère $), est extrêmement comprimée latéralement, ce qui ne permet pas de la confondre avec des Paguriens, qui est au contraire remarquablement renflée (6). Ses bords inférieur et supérieur sont, tranchants, et garnis d'une série de petits trous, desquels naissent des poils assez longs. Le pouce des Callianasses est aussi parfaitement caractérisé, et, trouvé même isolé, il peut être déterminé avec certitude. La surface destinée à son articulation -sur la main n'est pas disposée comme dans les autres Crustacés ; ainsi
(1) Voy. Atlas du Rcgnc animal. Crustacés, pi. 48, fig. 3a.
(2) Voy. pi. 16, fig. J, 2, 2\ et pi. M et 12.
(3) Voy. pi. H, fig. 1B,1C, 2, 2\ p.
(4) Voy. pi. 16, fig. 7, 7*7* 7,:.
TH.VLASSIXIENS F.iSSILES. 173
chez les Bràehyures et chez les Crustacés, dont la préhension doit s'effectuer d'une manière parfaite, le pouce porte de chaque côté un coridyle qui se loge dans une petite cavité du poignet, et permet au doigt mobile d'exécuter des mouvements de haut en bas, niais aucun mouvement de latéralité; ensuite le pouce s'amincit régulièrement jusqu'à son extrémité, abstraction faite des dents qu'il peut présenter. Chez les Callianasses, les condyles latéraux sont à peine indiqués, et le pouce présente à sa base une sorte de col, ce qui ne se voit jamais chez les Crustacés des autres familles, et suppose une articulation beaucoup moins parfaite (1).
Les dentelures offrent aussi des particularités remarquables; ainsi sur le bord tranchant de cet article on n'observe jamais de tubercules ; ce bord est simplement coupant , et s'échancre de distance en distance, de façon à former des dents. Enfin le pouce porte toujours la trace des poils dont il était couvert ; ce sont de petits trous bien mieux marqués que chez les autres Crustacés, parce que chez les Callianasses, c'est à tout un bouquet de poils qu'ils ont donné naissance, et non à un seul poil comme chez la plupart des animaux de celte classe.
L'index est pointu et dépourvu de dents (2), si ce n'est vers sa partie moyenne où il en existe quelquefois une.
Le bord postérieur de la main qui s'articule à l'avant-bras est presque droit. Chez les Pagures, avec lesquels on a quelquefois confondu les Callianasses, il est au contraire plus oblique.
L'avant-bras, qui, comme je viens de le dire, s'articule avec la main par un bord droit, affecte la même forme que cette dernière, et quand le membre est étendu, il parait en faire partie. Très comprimé latéralement, il présente sur ses bords supérieur et inférieur une ligne de poils, et par conséquent de trous. Son boni postérieur est arrondi, cl ne s'articule avec le bras que par une 1res petite portion de sa partie supérieure. La paroi interne de l'avant-bras n'est pas complète; elle se termine vers le quart postérieur, laissant un espace vide qui est rempli soit par une
(I) Vuy. pi. 12, H-. Ii;, l<-, 2", pi. 15, fig. 3, 3*, 3", 3'- ,3", 3 l;. (2; Voy. pi. i, fig, |D, i,:, >, -2\ et pi. 42, fig. 4\ l", P, ?vet F, 2"
\~ll ALPHONSE MILNE EBW1ROS.
membrane, ainsi que cela se voit chez la Callianassa chilensis ( 1 ), soil par une petite pièce complémentaire comme chez la C. subterranea (2) et chez la C. macrodactyla (3). La grandeur de cet espace peut varier suivant les espèces.
Le bras, comparé à la main et à l'avant-bras, est très grêle (4), et s'articule à l'angle supérieur et postérieur de ce dernier. Sa surface externe, légèrement bombée, présente ordinairement quelques ornements , tels (pie des tubercules ou des crêtes. Sa paroi interne est formée par une pièce complémentaire distincte (5) qui n'est jamais renflée, mais toujours plate, et constitue une espèce de couvercle, qui viendrait fermer le demicylindre formé par la pièce externe. Ce mode de structure, qui jusqu'ici avait échappé à l'attention des zoologistes , ne se retrouve caractérisé d'une manière aussi nette chez aucun autre Crustacé, et fournit un excellent caractère pour la distinction de ce genre.
Le trochanter est extrêmement long et grêle, et présente les mêmes particularités de structure que le bras, c'est-à-dire que, de même que ce dernier, il est formé de deux pièces : une externe convexe (6) et l'autre interne complémentaire plate (7).
Aucun Crustacé n'a présenté jusqu'ici ces dispositions singulières, et une patte antérieure de Callianasse, pourvu qu'elle présente la main et l 'avant-bras, ne peut être rapportée à aucun autre genre. Chez les Axies (8), les Callianides, les Laomédies , l'avant-bras, au lieu d'égaler au moins la grandeur de la main, est extrêmement court et beaucoup plus globuleux. Si la main est isolée, on pourrait la confondre avec celle de l'un ou de l'autre de ces genres; mais l'erreur ne serait pas d'une très grande
(1) Voy. pi. 16, fig. 2 et pi. 11, 6g. 1e.
(2) Voy. pi. H, fig. 2V.
(3) Voy. pi. 12, lig. 1"/.
(4) Voy. pi. 11 et 12, c.
(5) Voy. pi. 11, fig. 1e, Ie, 1f, 2a, c', et pi. 12, 6g. 2n, c'.
(6) Voy. pi. 11. (.
(7) Voy. pi. 11, ï.
(8) Voy. pi. 16, fig. 5, 5A, 518.
THALASSINIENS fossiles. 175
importance, à cause de liens étroits qui existent entre ces différents animaux (1).
La patte antérieure d'un Pagure se distingue au premier coup
(I) Ne devant pas traiter ici des genres Glaucothoé, Laomcdic et Callianide, puisqu'ils n'ont encore été signalés dans aucune formation géologique, je me bornerai à en indiquer brièvement les principaux caractères, comme terme de comparaison pour faciliter la distinction entre ces genres et les autres Thalassiniens, en insistant surtout sur le mode de conformation des pattes antérieures, parties que les paléontologistes ont surtout l'occasion d'observer.
La pincedes Glaucollioc (voy. Règne animal, Crustacés, pi. 43, fig. 2) peut se distinguer au premier coup d'œil par la forme un peu globuleuse de la main : cette dernière est complètement glabre, de sorte qu'elle ne présente jamais ces petits trous si communs chez les Callianasses ; les doigts s'appliquent exactement l'un sur l'autre de façon à ne laisser aucun vide entre eux ; l'avant-bras est long et grêle; le bras est grêle, plus court que l'article précédent et ne présente pas de pièces complémentaires. L'une des pinces est plus petite que l'autre, mais conformée sur le même modèle.
Le genre Laomédie établi par de Ilaan, ressemble beaucoup aux Axies par la forme des pattes antérieures (voy. de Haan, Fauna Japonica, pi. 35, fig. 8), de même que ces dernières, les Laomédies ont l'avant-bras très court ce qui les sépare des Callianasses; le bras est beaucoup plus renflé que celui des Axies et se rapproche davantage de celui du genre Callianasse; mais le trochanter est très court. Je n'ai jamais pu examiner aucun de ces animaux, de façon que je ne saurais décrire la face interne de la patte, et par conséquent je ne puis m'appuyer sur l'existence ou l'absence des pièces complémentaires pour les séparer ou les rapprocher des genres que nous venons d'étudier. Les deux pattes antérieures ont à peu près la même grosseur.
Le genre Callianidea, établi par M. Milne Edwards en 1 837, tout en étant constitué d'après le même plan fondamental que les autres Thalassiniens, en diffère complètement par la présence d'appendices respiratoires fixés aux fausses • pattes abdominales (Milno Edwards, Hisl. nat. des Crustacés, t. II, p. 319, pi. 25 bis, fig. 8) et analogues aux branchies rameuses des Squilles et des Krichthes. Mais ce caractère, d'une très grande importance zoologique, devient d'une valeur nulle en paléontologie. Ces organes, d'une délicatesse extrême, ne pourraient jamais résister aux phénomènes de la fossilisation. Les pattes antérieures qui, dans ce genre, comme dans les précédents présentent seules une enveloppe dure et rigide, diffèrent peu de celles des Axies. La main est presque semblable dans ces deux groupes, et pourra par conséquent, si elle est isolée, être confondue aussi avec celle des Callianasses et des Laomédies. L'avant-bras est court et ne s'artitule avec le bras que par une surface très petite, le bras pré-
d'oeil de celle d'une Callianasse, cl il n'est pas un seul de ses articles qui y soit semblable. En effet, chez ceux-ci la main est très renflpe, et quelquefois presque globuleuse; jamais les bords supérieur et inférieur ne sont tranchants; il en est de même pour l'avant- bras (1). Le bras est très épais, presque prismatique ; il présente aussi une pièce (pie l'on pourrait assimiler à une pièce complémentaire, mais qui est cependant toujours soudée au reste du luas. Sa présence n'est indiquée que par un sillon ; d'ailleurs elle est disposée tout autrement que chez les Callianasses; au lieu de former la partie interne du bras, elle est placée à sa partie supérieure cl postérieure, et est comparativement petite. On remarque une disposition analogue sur le bras de tous les Brachyures, tandis que les Callianasses seules présentent une. pièce complémentaire destinée à compléter la paroi interne du bras. Le troebanter est très court, large, au lieu d'être grêle et allongé.
Chez les Callianasses, l'une des pattes antérieures es! toujours plus petite que l'autre ; mais les rapports de grandeur varient avec les espèces : ainsi, chez le C. sublerranea, l'une des pinces est extrêmement petite; la différence entre les mains est environ dans le rapport de 1 à h. Chez le C. chilensis, celte différence est beaucoup moins grande ; elle est tout au plus comme 2 : 8. Enfin chez quelques espèces fossiles, elle est encore moins considérable.
J'ai beaucoup insisté sur ces caractères tirés des pâlies antérieures, d'abord parce que, jusqu'à présent, quelques-uns d'entre
sente il sa partie interne une pièce complémentaire, comme chez les Callianasses, il en esi de même pour le trochanter.
La pal te tout entière peut donc se distinguer île celle des Axies par la longueur du trochanter, par l'existence des pièces complémentaires, et de celles des Callianasses par la brièveté de l'avant-bras.
On voit donc qu'une main isolée peut être rapportée indifféremment aux genres Callianasse, Axie, Laomèdie ou Callianide. Mais, comme jusqu'à présent chaque fois que l'on a rencontré la main attachée au reste de la patte, cette dernière présentait tous les caractères que nous avons rencontrés chez les Callianasses, on est en droit de penser que ce genre seul a existé à l'état fossile et que c'est à lui que doivent se rapporter toutes les mains isolées de cette forme que l'on trouve dans les diverses couches géologiques du globe.
(I) Voy. pi. 10, (ig. 7, 7\ 1\ 7\
THALASSIMENS FOSSILES. 177
eux n'avaient pas été signalés, et ensuite parce que, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, la pince est ordinairement la seule partie que l'on trouve conservée à l'état fossile; et aucune des particularités de structure que je viens de mentionner, ne doit être négligée pour la détermination de ce genre, dont l'existence paléontologique était à peine connue.
Les caractères tirés des autres pâlies présentent moins d'importance, à cause du mauvais état de conservation ordinaire de ces parties.
Les pattes de la deuxième paire sont très grêles et terminées par une petite pince imparfaite; celles de la troisième paire sont terminées par un très petit doigt, mais leur pénultième article est très large, presque rond, et sert à ces animaux à creuser le sable. Les pattes de la quatrième et de la cinquième paire ne présentent aucune particularité remarquable.
Jusqu'ici on n'avait signalé l'existence (pie de très peu de Crustacés de ce genre. Mon père a été le premier à y rapporter une espèce propre à la craie supérieure de Maestricht . (1), que Desmarest avait décrite sous le nom de Pagurus Fanjasii. Celte détermination a été généralement adoptée parles paléontologistes qui ont l'ait connaître plus récemment une autre espèce très voisine, appartenant également à la formation crétacée.
Les recherches dont je vais rendre compte m'ont conduit à reconnaître que les représentants fossiles de ce type sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croyait. Ainsi j'en connais maintenant treize espèces différentes, et il est à noter que leur distribution géologique est loin d'être aussi restreinte qu'on l'avait supposé.
Les Callianasses semblent avoir apparu sur la surface du globe à peu près en même temps quelesBracbyures, c'est-à-dire à l'époque secondaire vers le milieu de la période crétacée. En effet le premier représentant de ce type se trouve dans les grès verts du Maine, qui sont à peu de chose près contemporains de la craie de Rouen, où cependant on n'en a pas encore signalé l'existence de ces Crustacés. Ce genre se retrouve dans les assises de la craie
(I) Voy. Milne Edwards, Hist.nat. des Crustacés, t. II, p, 310.
marneuse, où il parait avoir pris un développement considérable; presque partout où cette couche existe, ou y voit des pattes de Callianasses, et même quand la nature de la roche change, comme à Monldragon par exemple, où le terrain devient remarquablement ferrugineux, ou trouve encore les traces de ces animaux.
A l'époque de la craie supérieure, d'autres représentants du même genre se sont montrés en abondance, puis ont disparu pour être remplacés par de nouvelles espèces que l'on trouve dans le calcaire grossier. Dans les sables moyens tertiaires, on en rencontre deux espèces. Dans le terrain miocène, il y en a encore deux espèces. Le terrain tertiaire des environs de Montpellier en a fourni une espèce; enfin dans les alluvions récentes qui se font même de nos jours sur tout le littoral de l'océan Indien, on en a rencontré, associée à des coquilles actuelles, une espèce qui n'a pas encore été trouvée vivante.
D'après ce court exposé, il est facile de voir que le genre Callianassc a été très bien représenté pendant plusieurs âges géologiques, et en général, comme nous le verrons, par des individus d'une taille beaucoup plus considérable que ceux qui vivent aujourd'bui sur nos côtes.
CALLIAiNASSA HEBERTI, Nob.
Voy. pi. 11, fig. 1, et pi. 12, fig. 1.
Dans une note insérée aux Comptes rendus des séances de V Académie des sciences en 1800 (t. LI, p. 92), j'ai déjà annoncé que l'époque des sables moyens avait été d'une certaine richesse carcinologique. On croyait, d'après Dcsmarest ., que tous les débris de Crustacés que l'on rencontre dans ces couches, appartenaient au Psammocarcinits Hericarti; mais une étude attentive m'a démontré que les fragments de ce Portunien, bien que nombreux, n'existaient pas seuls et étaient mêlés à d'autres qui devaient évidemment se rapporter à des Crustacés bien différents, principalement au genre Callianasse, et même à deux espèces différentes de ce genre. Sur certains points, ces débris se trouvent
THALASSIMENS FOSSiLES. 179
en quantité considérable. Ainsi au Gué-à-Tresmes, près dcMeaux, ils forment à eux seuls presque toule la niasse du sable; mais on ne les trouve que très rarement en connexion, presque toujours les doigts, les mains et tous les divers fragments sont séparés; j'ai cependant eu le bonheur de rencontrer quelques articles en place, et ils sont venus confirmer ce que j'avais d'abord prédit sur la disposition de ces diverses pièces; de façon qu'il n'y a plus aucun doute, non-seulement pour l'établissement du genre, mais encore pour celui des deux espèces. Il est probable que ce point où sont ainsi réunis en si grande abondance les différents Crustacés dont je viens de parler, formait un petit golfe très tranquille, dans lequel les Callianasses pouvaient vivre et mourir sans que leurs débris fussent roulés et dispersés. Ce qui confirme cette pensée, c'est la parfaite conservation des fragments, quelque délicats qu'ils soient, et l'absence presque totale de coquilles; en effet partout où les vagues viennent battre un peu violemment un rivage, elles y accumulent toujours une certaine quantité de débris de Mollusques.
Jamais on n'a rencontré d'empreintes des parties molles de l'animal ; ce qui se comprend facilement, car, dans le sable, elles ne pouvaient se conserver à cause même de leur délicatesse, et la roche n'a pu se mouler sur elles; mais les pattes y sont en profusion et elles se rapportent surtout à la Callianassa Heberti.
Cette espèce se reconnaît facilement à la forme des diverses pièces de la patte antérieure. La main courte et trapue est très comprimée latéralement (1); les bords supérieur et inférieur sont tranchants; ce dernier est garni en dedans d'une ligne de petits trous qui indiquaient la place d'autant de poils; il se recourbe en dedans, de façon que si l'on regarde cet article par sa face postérieure, il aura une forme qui se rapprochera un peu de celle d'un croissant (2). La face interne de la main est un peu concave; la face externe est légèrement bombée, elle présente aussi la trace de l'existence de quelques poils.
L'index est pointu et assez fortement courbé en haut (3); il est
(1) Voy. pi. 1 1, fig. 1U, 1cp',etpl. 12, iig. 1 \ 1e, 1f.
(2) Voy. pi. 12, Gg. 1g.
(3) Voy.pl. 11, fig. 1\lV,et pi. 12, fig. 1E, lF.
180 ILPHOftSE M II. M; EDWARDS.
dépourvu de dents. 11 devait être garni de poils sur sa face externe; entre son insertion et la cavité articulaire du pouce, il y a sur le poignet une échancrure peu profonde qui se voit surtout en dedans. Le pouce est fort et trapu (1 ;; il présente en général, outre sa pointe qui est très aiguë et recourbée en bas, deux dents :1a première est tranebante, très allongée et bilobée; la seconde est conique et aiguë. 11 est marqué de petits trous plus nombreux sur sa face externe que sur sa face interne; les deux bords de la face postérieure de la main sont complètement droits.
Le cadre articulaire est extrêmement allongé verticalement et présente à ebacune de ses extrémités une petite fossette (2) destinée à recevoir deux petites apophyses articulaires ou condyles, qui naissent sur l' ayant-bras. Celui-ci (3) est assez court, convexe sur sa lace externe, plutôt concave sur sa face interne; ses bords supérieur et inférieur sont tranchants; il se termine postérieurement par un bord arrondi et présente vers son angle supérieur et postérieur une espèce de petit col servant à l'articulation du bras. A sa partie interne, l'avant-bras n'est pas fermé par une paroi complète; celle-ci manque vers le tiers postérieur (6), et l'espace ainsi laissé vide était probablement rempli par une membrane, comme clicz la Callianassa chilensis. Je ne pense pas qu'ici il pût y avoirde pièce complémentaire solide, car sur des centaines d'avant-bras que j'ai eus entre les mains, je n'ai jamais pu constater l'existence de cette espèce d'opercule, tandis que dans d'autres cas où les circonstances extérieures étaient les mêmes, j'ai rencontré sur d'autres espèces cette pièce parfaitement en place.
Le bras, comparé aux articles que nous venons d'examiner, est grêle et petit (5). Sa face externe est bombée et présente une crête longitudinale qui la divise en deux parties à peu près égales; son bord, finement denticulé, offre vers sa partie inférieure un prolongement en forme de corne, dont le bord est garni de cinq ou
(1) Voy. pi. 12, fig. v-.
(2) Voy. pi. 12, fig. <<?.
(3) Voy. pi. 11, fig. |B, je/.
(4) Voy. pi. 11, fig. le.
(5) Voy. pi. 11, fig. Ib, 1<-r, et 1 .
THALASSINIENS FOSSILES. 1^1
.six petites dents. Le bord supérieur du bras est presque lisse, quelquefois cependant on peut y constater l'existence de fines denliculations, il se termine postérieurement par un petit tubercule pointu, qui surmonte l'articulalion. La face interne est presque entièrement occupée par une petite pièce complémentaire (1) plate et réunie à la pièce externe à l'aide d'une membrane qui se détruit par la fossilisation, de telle sorte que le plus souvent on trouve A part la pièce externe ayant la forme d'un demi-cylindre (2), et la pièce complémentaire ressemblant â une petite plaque quadrilatère (3).
Le troebanter (7i) est long et gTêle, et de même que le précédent, il est formé de deux pièces: l'externe (5) est convexe, lisse et légèrement inllécbie, suivant sa longueur; l'interne (6) est plate, allongée, plus large en avant qu'en arrière.
Quelquefois on trouve ces deux pièces en connexion, mais le plus souvent elles sont séparées.
On rencontre dans le même gisement des mains un peu plus erèles, plus allongées (1) , dont l'index est pourvu vers sa partie moyenne d'un petit tubercule (8) qui manque dans la main que nous venons d'examiner. Mais c'est surtout dans la conformation du pouce qu'existent les différences. Au lieu d'être court et trapu, comme celui que nous venons de décrire (9), il est allongé et mince (10), et, au lieu de deux grosses dents, il présente une seule dent suivie d'une série de fines denliculations; déplus, son extrémité se contourne légèrement et se recourbe en dedans.
Je serais tenté de regarder cette main comme appartenant à la
(1) Voy. pi. 11, fig. 1e c'.
(2) Voy. pi. H", Bg. 1e.
(3) Voy. pi. I l.fig. ]F.
(ij Voy. pi. 11, fig. 1B, ic(.
(5) Voy. pi. 11, fig. 1«, ]c j, etfig. 1«.
(6) Voy. pi. H, fig. |*
(7) Voy. pi. 12, fig. I\
(8) Voy. pi. 12, fig. |£, If.
(9) Voy. pi. 12, fig. 1<-.
(10) Voy. pi. 12, fig. 1B.
plus petite des pattes antérieures de la Callianassa Heberti. En effet, elle est plus petite que l'autre et surtout beaucoup plus allongée; or, nous verrons que chez presque toutes les Callianasses fossiles, la petite main est presque aussi longue que l'autre, et que c'est principalement par la grosseur qu'elles diffèrent. Toutes les mains lorsqu'elles sont jeunes, présentent le même aspect (1); ce n'est que par les progrès du développement que les différences se dessinent.
De toutes les espèces vivantes, c'est surtout de la C. subterranea que se rapproche notre fossile; et il est facile de juger en comparant les figures que j'en ai données, que les différences, tout en étant suffisantes pour exiger la création d'une espèce particulière, sont cependant assez légères. La main de la C. sublerranea est plus longue; l'index présente une dent qui manque chez laf,". Heberti; le doigt mobile, au lieu de deux grosses dents, est finement denticulé. L'avant-bras est plus long et présente une pièce complémentaire. Le bras et le. trochanter diffèrent peu de ceux de notre espèce fossile.
Notre Callianasse se rapproche de la Callianassa chilensis par l'absence d'une pièce complémentaire à l'avant-bras; mais elle s'en dislingue par la petitesse relative de cet article qui, chez l'espèce vivante, est plus développé encore que la main.
La C. uncinata diffère de la C. Heberti par l'existence d'une échancrure profonde sous la cavité articulaire du pouce, et par la forme de ce dernier article qui est toujours remarquablement recourbé.
La C. gigas présente sur l'avant-bras deux pointes formées par les prolongements des angles antéro-supérieur et antéro-inférieur, pointes qui n'existent chez aucune espèce fossile.
La C. australiensis ne peut être confondue avec la C. Heberti, à cause de l'allongement extrême de l'avant-bras qui présente, à sa partie supérieure, une double rangée de petits trous.
On trouve des débris de la Callianassa Heberti presque partout où les sables de Beauchamp sont bien développés, c'est à raison
(1) Voy. pi. 12, fig. I".
THAL.ASSINIENS FOSSILES. 183
de celte abondance que l'on avait donné à cette formation le nom de sables à Pagures qui a été ensuite changé pour celui de sables à Porlunes.
Il est cependant certaines localités où celle espèce est comparativement rare, bien que la C. macrodactyla y soit abondante, par exemple, aux environs de Mortfontaine, au Fayel, elc. Tandis qu'au contraire auGué-à-Tresmes, à trois lieues de Meaux, sur la route de la Ferté-.Millon, dans une très petite sablonnière située à droite de la route, à quelques cents mètres au delà du village, c'est surtout la Callianassa Heberti qui abonde, associée cependant à de nombreux débris d'autres Crustacés, tels que la C. macroilactyla, un Pagure que j'appellerai P. arenarius , le Psammocarcinus liericarli et le Psammograpsus parisiensis.
Je propose de donner à celle espèce le nom de C. Heberti, eu la dédiant à M. Hébert, professeur à la Faculté des sciences, dont les recberebes ont tant contribué à faire avancer les connaissances relatives A la géologie des couches tertiaires du bassin parisien.
Je tiens de .AI. Larlet une main de Callianassc provenant du terrain nummulilique de Bagnères-de-Bigorre ; l'on n'en voit que la face externe, malbeureuscment le pouce manque, et elle se rapproche beaucoup par sa forme delà C. Heberli ; mais il m'est impossible de décider si l'on doit l'y réunir ou en former une ospèee particulière; il esta désirer que d'autres échantillons plus parfaits permettent de résoudre cette question.
CALLIANASSA MACRODACTYLA, Nob.
PI. 12, fig. 2.
Celte espèce, d'une taille beaucoup plus considérable que la précédente , se distingue au premier coup d'œil de toutes les espèces vivantes et fossiles par rallongement extrême du pouce qui dépasse de beaucoup l'extrémité de l'index, disposition singulière qui semble relier les Callianasses aux Tbalassines et aux Cébies. Ce caractère aurait peut-être été suffisant pour nécessiter l'établissement d'un genre nouveau ; mais, comme tout le reste du membre antérieur présente la conformation spéciale des Callia-
l'S'l lll-IIO\M ,|(i m EDWARDS.
nasses, j'ai pensé qu'il serait plus naturel de laisser clans un même genre tous les animaux offrant cette disposition particulière des pièces internes de l'avant-bras, du bras et du trochanter. Peut-être le corps de l'animal présentait-il aussi une conformation différente de celle des Callianasses; mais, comme jusqu'à présent on n'a jamais pu l'observer, je trouve d'un usage plus commode, je crois même qu'il est plus conforme aux lois d'une classification naturelle, de ne pas séparer la C. macrodactijla du genre que nous examinons en ce moment.
La main (1) de la C. macrodactijla est beaucoup plus longue que celle de la C. Heberti; le poignet surtout est beaucoup plus allongé, et comparativement inoins fort et moins trapu.
La face externe est légèrement bombée, la face interne plutôt concave; elles se réunissent par des bords tranchants, dont l'inférieur, qui forme une arête vive, est droit (2), au lieu d'être recourbé en dedans comme chez la C. Heberti. Ce caractère est d'un emploi très commode ; et sur les mains un peu jeunes, où les autres particularités de structure sont moins tranchées, il existe toujours, et permet de distinguer au premier coup d'ceil la C. macrodactyla de l'autre espèce des sables de Beauchamp. Il suffit pour cela de les regarder par leur face postérieure : si le bord inférieur est recourbé en dedans, on aura affaire à une C. Heberti ; s'il est droit, la main appartiendra à une C. macrodactijla. Ce bord est garni en dedans et en dehors de lignes de petits trous, qui donnaient naissance à autant de poils ; le bord supérieur n'en offre qu'en dedans. La conformation de la cavité articulaire destinée à recevoir le pouce offre aussi quelques particularités à noter. Au lieu de présenter en dessous une échancrure destinée à permettre au pouce de s'abaisser, de façon à agir dans le même plan que l'index et à venir s'opposer directement à celui-ci, comme on le voit chez la C. Heberti{2>), elle offre au contraire une surface saillante (7i), de sorte qu'il est évident que le pouce ne pouvait pas agir
(1) Voy. pi. 12, fig. 2A, 2B, 2e
(2) Voy. pi. 12, fig. 2U.
(3) Voy. pi. 12, fig. 1 .
(i) Voy. pi. 12, fig. 2F.
THALASS1MENS FOSSILES. 185
à la manière de ciseau, par un mouvement de haul en bas, mais qu'il devait se plier obliquement un peu en dedans : c'est d'ailleurs ee que démontre l'examen des mains où ce doigt est resté en place. Ce mode d'articulation rappelle ce qui s'observe chez les Gébies et les Thalassines (1).
Le poignet présente en dessous de l'insertion du pouce une échancrure très profonde, surtout en dedans. Chez la Callianassa Heberti, cette échancrure est au contraire très peu considérable ; cette particularité se retrouve d'une manière encore plus marquée chez la C. uncinata des côtes du Chili.
L'index, qui n'offre jamais de dents ni de tubercules, est comparativement plus long et plus grêle que chez la C, Heberti; il est aussi moins recourbé.
Le pouce (2.) est remarquablement long et cylindrique ; il est légèrement courbé à partir de sa partie moyenne; mais son extrémité ne se replie jamais en dedans comme celle des petites mains de la Ç. Heberti, et, au lieu de se terminer en pointe, il se renfle à son extrémité; sur son bord inférieur il présente d'abord une grosse dent mousse et allongée , puis une autre dent pointue et conique qui est suivie d'une rangée de petites denticulations très fines; son extrémité est arrondie. Enfin il offre la trace de poils nombreux, surtout sur sa face externe.
La face postérieure de la main est formée par deux bords droits, et le cadre articulaire, moins étroit et moins allongé que dans l'espèce précédente, présente à chacune de ses extrémités une petite cavité destinée à loger les condyles articulaires de Pavantbras (3).
Celui-ci (4), beaucoup plus allongé que chez la C. Heberti, est aussi moins globuleux. Sa longueur égale celle du poignet; il est légèrement bombé en dehors et concave en dedans. Les bords supérieur et inférieur sont très tranchants; ils sont à peu près glabres, si ce n'est l'inférieur qui est percé de quelques petits
(1) Voy. pi. 16, fig. 6 et 6A.
(2) Voy. pi. 12, fig. 2'\ et 2*, 2B, d.
(3) Voy. pi. 12, fig. 2G.
(4) Voy. pi. 12, fig. 2S 2",/.
18f> ALPHONSE MU. NE EDWARDS.
Irons. Le bord postérieur est arrondi, et légèrement échancré en liant pour l'articulation du bras. La paroi interne présente postérieurement une pièce complémentaire (1) ayant la forme d'un triangle, dont les angles seraient émoussés.
Le bras (2), relativement plus tort que dans l'espèce précédente, est aussi formé de deux pièces : l'une externe et semi-cylindrique, l'autre interne qui est complémentaire et aplatie. La première de ces pièces est marquée d'une crête longitudinale, peu saillante, qui la divise à peu près en deux parties égales. Le bord inférieur finement denticulé ne donne pas naissance à une corne comme chez la C. Heberti; il s'arrondit seulement d'une manière régulière, et il est garni d'une série de petites dentelures. Le bord supérieur, lisse et non denticulé, est presque droit, et ne présente pas en arrière de tubercule comme dans l'espèce précédente.
La pièce complémentaire (3) s'adapte exactement dans l'espèce de cadre que lui fait la pièce externe; elle est plate et légèrement arrondie postérieurement.
Le trochanter ressemble complètement à celui de l'espèce précédente; il est très grêle, très long, peut-être un peu moins contourné, et se compose d'une paroi externe demi-cylindrique, et d'une paroi interne complémentaire très aplatie.
Il est très rare de rencontrer aucune de ces diverses pièces en connexion les unes avec les autres. Le pouce est presque toujours isolé, et ce n'est que dans les mains très jeunes où son peu de longueur l'a mis à l'abri de diverses causes de rupture qu'on le trouve en place; je n'ai jamais rencontré un seul de ces doigts mobiles, d'une taille considérable, articulé avec la main ; toujours ils étaient peu développés, tout en présentant les mêmes caractères qu'à l'état adulte. Quelquefois l'avant- bras est encore pourvu de sa pièce complémentaire; il en est de même pour le bras et le trochanter.
Jusqu'ici je n'ai rien trouvé qui me fit penser que l'une des
(i) Voy. pi 12, fig. 211/.
(•2) Voy. pi. 12, fig. 2A et 2" c.
(3) Voy. pi. 12, fig. 2b c'.
THALASSINIENS FOSSILES. \ ,^~
pattes fût plus développée que l'autre; les plus grosses, qui, de même que dans l'espèce précédente, appartiennent indifféremment
soit au coté droit, soit au côté gauche, sont les seules que l'on rencontre. Peut-être aussi la petite pince était-elle moins consistante, et par cela même n'aura pu résister aux causes de destruction.
Cette espèce ne peut être confondue avec aucune des Callianasses vivantes et fossiles, à cause de la forme singulière du pouce. C'est avec la C. uncinata qu'elle a le plus de rapport ; toutes deux en effet présentent au-dessous du pouce une échancrufe profonde, et (liez toutes les deux l'avant-bras égale au moins la main en grandeur ; déplus, chez cette dernière, le doigt mobile, quoique beaucoup plus court et recourbé, rappelle un peu la forme de celui que nous venons d'examiner, car, au lieu d'être pointu comme d'ordinaire, il se renfle légèrement à son extrémité.
La Callianassa macrodaclyla se rencontre en assez grande abondance au Gué-à-Tresmes, et là ses diverses parties sont parfaitement conservées. Elle paraît avoir été très commune à l'époque des sables moyens. Ainsi on en trouve partout des débris qui indiquent son existence; ordinairement ce ne sont que des mains et des pouces qui, en raison de leur plus grande solidité, ont mieux résisté aux différentes causes de destruction. Quelquefois cette espèce paraît avoir existé seule, car on ne trouve à côté de ses restes presque rien qui indique la présence du Psammocarcinus Hericarli ou de la Callianassa Heberli. Ainsi aux environs de Mortfontaine, à Saint-Sulpice, les mains de la Callianassa macrodaclyla sont extrêmement communes, et se trouvent presque seules.
On en rencontre encore des débris au Guespel près de Survilliers, à Élrepilly près de Meaux ; mais à Anvers, on ne trouve que peu de Crustacés. Celle localité, riche en débris de Mollusques, en Polypiers, etc., paraît avoir été autrefois beaucoup trop battue par les vagues pour que de petits animaux aussi délicats aient pu être conservés.
18S ALPHONSE >1II.M. lil>WARDS.
CALLIANASSA AFFINIS, Nob.
PI. Ij, fig. 2, 2\ SP.
J'ai trouvé dans les couches du calcaire grossier de Parues une main de Callianasse privée do pouce, el présentant une assez grande analogie avec la C. macrodactyïa. Cependant quelques caractères ne permettent pas de réunir ces deux espèces ; ainsi le fossile de Parues, quoique 1res petit, présente tous ses caractères distinelil's, tandis que les mains des jeunes C macrodactyïa de cette taille sont mal formées, et il est très difficile de les distinguer des jeunes C. Heberti, avec lesquelles elles sont mêlées; ensuite chez la C. macrodactyïa, l'échancrurc qui se trouve au-dessus de la base de l'index est très profonde, et le fond en est beaucoup plus étroit que l'ouverture, ce qui donne à l'index un aspect particulier. Au contraire, l'écliancrure qui se remarque chez hC . affinis est régulièrement arrondie, et le fond est aussi large que l'ouverture ; mais, comme jusqu'à présent je n'ai jamais vu de celle espèce qu'une main sans doigt mobile, je ne puis la présenter ici qu'avec doute, attendant que des échantillons plus nombreux el plus parfaits me permettent d'en même étudier les caractères.
CALLIANASSA PRISCA, Nob.
PI. 13, fig. 2 et 8*.
Cette espèce a élé trouvée dans les couches du calcaire grossier inférieur du département de l'Eure, près de Gisors.au Boisgeloup, par M. Eug. Chevalier, qui a bien voulu la meltre à ma disposition. Elle parait exlrômement rare, car c'est la seule que j'aie jamais vue, et cependant les assises du calcaire grossier ont été bien des fois fouillées par les collectionneurs.
I.a taille de celle Callianasse, à en juger par le volume de la pince, devait surpasser de beaucoup celle des Callianasses que nous venons d'examiner et de toutes les espèces vivantes.
La main, 1res forte et d'une longueur considérable, est corn-
THALVSSIN1ENS FOSSILES. 189
primée latéralement. La l'ace externe est convexe (1 , la face interne presque plate (2) ; elles s'unissent par des arêtes vives. Le bord inférieur, plus aigu que le supérieur, est garni en dedans d'une ligne de petites dentindalions 1res fines qui n'existent pas sur le bord supérieur. Un peu en dehors de cette ligne, on observe une série de petits trous, d'où naissaient autant de poils. On observe encore quelques-uns de ces trous, mais très peu sur le reste de la main.
La fossette qui sert à l'articulation du pouce est très grande, à cause de la grosseur de ce dernier article; elle présente de chaque côté en dedans et en debors un prolongement qui sert à maintenir latéralement le pouce, et à donner plus de solidité à l'articulation en empêchant les mouvements de côté. Ces prolongements sont finement dentelés, et la ligne de denticulations se prolonge de chaque côté sur la base de l'index.
Au-dessous de la cavité articulaire, il n'y a pas, comme chez la C. macrodaclt/la , d'écbancrure profonde; c'est plutôt une simple dépression. L'index, peu recourbé, est lisse et dépourvu de dents ; il se termine par une pointe, aiguë.
Le pouce est d'une force remarquable, en rapport avec le volume el le mode de conformation de la cavité articulaire; assez court, il présente trois dents, dont la moyenne est conique et pointue, tandis que les autres sont plutôt allongées et tranchantes ; enfin il se termine par une pointe aiguë et recourbée, qui vient s'opposer exactement à celle de l'index.
D'après ce que j'ai dit du mode d'articulation de cet article, il est évident qu'il devait agir dans nu même plan que l'index à la manière d'une pince, et non latéralement, comme chez la C. macrodactyla.
Le bord postérieur de la main est complètement droit. L'avantbras, aussi haut que la main, est beaucoup plus court; il n'a environ que la moitié de la longueur de cette dernière; sa face externe est convexe, sa face interne concave; les bords supérieur et infé-
(I) Voy. pi. 13, fig. 2.
1<J0 AEPHONSE MILIME EDWARDS.
rieur sont tranchants : ce dernier se confond avec ic postérieur par une courbure insensible; il présente une ligne de petits trous. En avant de son point de réunion au bord supérieur, on voit une échancrure destinée à l'articulation des bras.
La paroi interne n'est pas complète en arrière; mais comme dans l'échantillon que j'avais à ma disposition, le bras était plié de façon à cacher cette région, il m'a été impossible de constater s'il y avait ou non une pièce complémentaire.
Le bras est assez robuste et présente d'une manière très distincte la pièce complémentaire caractéristique des Callianasses; le demi-cylindre formé par la pièce externe est lisse et ne présente ni dentelures ni ornements. La pièce complémentaire est à peu près quadrilatère et aplatie.
L'échantillon que j'avais entre les mains ne présentait pasle trochanter, car il se trouvait brisé à la partie postérieure du bras. Cette espèce se distingue de toutes les Callianasses vivantes par sa grande taille, parla dimension relativement considérable de la main, comparée à celle de l'avant-bras, et par l'existence de trois dents sur le pouce. Elle s'éloigne de la Callianassa Heberti par d'autres caractères bien tranchés : ainsi elle ne présente pas d'ornements, nidecréneluressur le bras, tandis que dans l'espèce des sables de Beauchamp on voit non-seulement des dentelures, mais encore une espèce de corne placée à sa partie inférieure.
Le bord inférieur de la main est droit et ne se recourbe pas en dedans, comme chez la Callianassa Heberti.
Quântà la C. macrodadyla, les différences sont trop considérables pour que je m'y arrête; mais môme si l'on fait abstraction du pouce qui peut manquer, les autres articles se distingueraient encore très aisément, si l'on se rappelle que chez l'espèce à grand doigt, la main présente au-dessous de l'articulation du pouce une échancrure considérable, que l'avant-bras est aussi long que la main, enfin que le bras, plus large à sa partie postérieure, a les bords . finement dentelés.
On trouve souvent dans le calcaire grossier de Parnes, de Cbaussv, de la ferme de l'Orme, etc., des pouces et des index déta-
THALASSIMENS FOSSILES. l*Jl
ches de Callianasses qui diffèrent un peu de l'espèce que nous venons d'examiner (l). Je ne veux cependant pas en faire une espèce particulière, attendant qu'on ait trouvé le reste de la main. Le pouce est beaucoup plus allongé (pie celui de la C. prisca; il est comparativement moins gros et les dents ne sont pas disposées tout à fait de même : ainsi après la grosse dent conique, le doigt ne présente plus jusqu'à sa pointe qu'un bord tranchant, tandis que chez la C. prisca, le doigt se rende de façon à former une autre dent qui se continue jusqu'à la pointe. Mais c'est surtout l'index qui diffère, d'abord par sa longueur, et ensuite par l'existence d'espèces décrètes garnies de trous qu'il présente sur ses bords inférieur et supérieure» sur ses faces interne et externe. Il se peut cependant que ces différences soient dues seulement à l'âge des individus; car souvent clans le genre Callianasse certaines espèces acquièrent en vieillissant quelques caractères qui ne se voyaient que peu ou point dans le jeune âge : c'est ainsi qu'il arrive souvent que des carènes qui s'apercevaient à peine se développent de plus en plus, et que les poils, qui en général garnissent la main, devenant de plus en plus gros et nombreux, les trous destinés à leur livrer passage deviennent par cela même plus serrés et plus apparents. 11 est possible que les petites différences que j'ai pu observer entre les doigts de la C. prisca et ceux de la Callianasse de Parnes soient du même ordre, et dues au progrès du développement. Pour résoudre cette question, il faudrait observer la même espèce à différents âges, et c'est ce que je n'ai pu faire dans ce cas.
Le calcaire grossier de Gourbcsville (2) et de Port-Brelié [Manche) (3) m'ont fourni des pouces que je dois rapportera la C. prisca.
I) Voy.pl. 15, lig. 3e et 31'.
(2) Voy. pi. I5: fig. 3" et 3(:.
(3) Voy. pi. 15, fig. 3 et 31.
192 %».PIH»\SI. M H. M: EDWARDS.
CALLIANASSA AJSTIQUA , Otto.
PI. 14, fig. 2, 2A. 2b, et pi. 10, Bg. 4.
Syn. : Mesostylus Faujasi, Bronn et Rœmer, Lethœa geognostiea, t. II. p. 253.
Cette espèce, connue depuis fort longtemps, a été trouvée dans la craie de Bohème, de Silésie, etc. M. Rœmer M), le premier qui en fit mention, représenta les pinces el une partie de l'abdomen de l'un de ees animaux.
M. Geinitz(2) fit connaître le reste du corps presque com] let ; mais comme il ne trouva pas ces diverses parties dans leurs rapport* naturels, la figure qu'il en donna est plutôt un peu théorique qu parfaitement naturelle. Il confondit celle espèce avec la C. Faujasii, très abondante, dans les couches de craie supérieure d Maestricht et dont nous nous occuperons tout à l'heure.
MM. Bronn et Rœmer (3) crurent devoir créer pour cette espèc un genre nouveau, sous le nom de Mesostylus. Je développerai plus tard les raisons qui m'empêchent d'admettre cette innovation.
Dans la figure queM.Geinitzadonnée,la région céphalo-thoracique du corps parait incomplète; le front est tronqué et les parties latérales manquent, elles ont été probablement brisées au niveau du sillon stomaco-branchinl. Le premier segment de l'abdomen est court et grêle; le deuxième s'élargit graduellement et est 1res long, les autres sont larges. On voit de chaque côté la trace que les lobes épimériens ont laissée; ils devaient être très accusés. Le dernier article de l'abdomen, formant la pièce médiane de la nageoire caudale, est quadrilatère, et offre à sa surface une petite crête en forme de V; les pièces latérales de cette nageoire paraissent, ne pas dépasser la médiane et sont triangulaires.
La main (fi) présente une forme quadrilatère très allongée ; ses bords ne semblent pas offrir de dentelures, et ses faces sont complètement lisses.
(1) Rœmer, Kreide, p. 186, pi. 16, fig. 15, et ci-après pi. 16, fig. i.
(2) Dus Qwdersandsleingebirgein Deulschland, 1 849, p. 96, pi. -, fig. 2-â
(3) Bronn ei Rœmer, Lelhœa geognostiea, 2e vol.. p. 333.
(4) Voy. pi. 14, fig. 2 et 2B.
THVLASSINU.NS FOSSILES. 193
L'index, peu recourbé, esl également lisse el dépourvu de dents.
Le pouce, presque droit el un peu poinlu, ne présente aucune trace de dents.
L'articulation de la main avec l'avant-bras se l'ait d'après une ligne très peu oblique.
L'avant-bras, un peu moins allongé que la main, esl lisse et dépourvu de granulations; ses bords ne sont pasdentelés,etses angles, au lieu d'être aigus, sont complètement mousses; le bord intérieur et antérieur, qui, dans les espèces que nous avons examinées, est en général bien marqué et qui quelquefois même se prolonge en une sorte de pointe, esl complètement arrondi, presque autant que l'angle inféro-postérieur.
Le bras est assez globuleux ; il est marqué en dehors d'une double ligne de petites granulations; son bord inférieur est dentelé. On ne connaît que la partie antérieure du Irocbanter ; il paraît assez long el lisse.
L'autre main esl environ moitié plus petite que celle que nous venons de décrire, et les doigls sonl comparativement plus longs.
Sur la pièce que M. Geinilz a fait connaître, on aperçoit la patte de la deuxième paire terminée par une petite main imparfaite, et celle de la troisième paire dont le dernier segment manque, dont on voit le pénultième élargi en forme de palette.
C'est en comparant cette figure à celle que M. Guérin a donnée de la Callianassa subterranea (1), que les auteurs de la Lethœa ont formé pour la Callianassa antiqua un genre particulier ; mais il se trouve que tous les caractères sur lesquels ils s'appuient pour établir celle distinction, sonl insignifiants ou plus ou moins fautifs, et résultant probablement du mauvais étal de conservation de l'animal que M. Guérin a représenté.
« Le bouclier cépbalo-tboracique, disent 3LM. lironn et Rœ- » mer, queGeinitz n'a ajouté que d'une manière tbéorique, car il » ne l'avait pas trouvé dans ses rapports naturels, est plus aplati » et plus rétréci en arrière. »
Lvidemment oui, la carapace parait très rétrécie, mais cela esl dû
(I) Guérin, leonogr. du Règne animai, Crustacés, pi. 19, li». ',.
1'.)'! \iiiio\ni MII.M' EDWARDS.
à une cassure, et dans la figure de M. Geinilzelle vienl s'articuler avec l'abdomen par une surface plus Yétrécie encore; ce qui est matériellement impossible, puisqu'au contraire elle doit engaîner le premier article abdominal (1).
« Le premier anneau de l'abdomen, continuent les auteurs du » Lelhœa, est de beaucoup le plus petit; le second ne s'élargit un peu » que graduellement, tandis que chezlesCallianasses, il est en même » temps le segment le plus large et le plus long ; ces deux articles » unis Ibrinenl à l'abdomen une base styliforme. Les quatre seg- » mcnls suivants sont très gros, bien plus larges que longs, offrant » des appendices latéraux semblables à des nageoires, mais d'une » nature problématique. Dans la nageoire caudale, l'article moyen » est bien quadrangulaire, mais offre en dessus une saillie en » lancette, et les deux paires de nageoires latérales, qui sont si » grandes chez les Callianasses, ne dépassent pas ici l'article » médian. »
En effet, si l'on examine la figure de la C. sublerrmea de V Iconographie du Règne animal, on est frappé de ces différences ; mais si l'on établit la comparaison avec une Callianasse bien conservée ou avec une figure exacte, ces mêmes différences disparaissent en partie. Cbez la C. snbterranea, en effet, le premier article de l'abdomen est le plus court et le plus grêle; le second, étroit en avant, se renfle graduellement; sa longueur dépasse celle de tous les autres, ce qui donne à l'abdomen l'apparence pédônculée qui, comme nous l'avons déjà dit, est commune à toute la famille des Thalassiniens.
Les quatre articles suivants sont larges et courts, et présentent aussi de ebaque côté un petit sillon indiquant la place des lobes épimériens qui, plus développés encore chez la C. uncinata, sont parfaitement marqués chez la C. gigas.
La lame médiane de la nageoire caudale est presque aussi grande chez la C. anliqua que les lames latérales : il est vrai que
('I ) Ici je ne m'occupe que de la figure 2 de la planche 1 i, parce que le corps ayant été redressé par le dessinateur dans la figure 2\ vue du dos, il est possible que les rapports de largeur aient été modifiés.
THAL'ASSINIENS fossiles. 195
clic/, la C. subterranea, il n'en est pas de même; mais chez la C. uncimta la différence diminue, elle devient presque nulle chez la C. gigas, et plutôt en sens contraire chez la C. chilensis.
Quant à cette impression de forme lancéolée qui se trouve sur l'article médian, c'est probablement l'empreinte laissée par les insertions des parties musculaires du dernier segment abdominal, insertions qui ordinairement ont à peu près cette forme, et qui se voient distinctement ou paraissent même en relief chez des animaux dont les téguments sont aussi mous que les Callianasses.
Enfin le dernier argument que MM. Bronn et Rœmer donnent pour faire un genre à part de la C. anliqua, est tiré des différences qui existent entre les deux pattes de la première paire, dont la plus petite en effet atteint près de la moitié de la grosseur de la plus grande.
Chez la Callianassa subterranea , comme je l'ai déjà indiqué aux généralités, la différence est beaucoup plus considérable, mais elle varie suivant les espèces. Ainsi chez les C. gigas, uncinata et chilensis, elle devient beaucoup moindre. Ce n'est donc encore qu'une différence spécifique comme toutes celles que j'ai déjà signalées. Par conséquent, la nouvelle division générique proposée par MM. Bronn et Rœmer ne peut être adoptée, et c'est dans le genre Callianasse que cette espèce fossile doit prendre sa place ; elle vient très naturellement se ranger à côté des Callianasses actuellement vivantes, dont elle ne diffère que par quelques caractères insignifiants.
M. Geinitzle premier, puis MM. Bronn et Rœmer, etc. , ont coufondu la C. antiqua avec le C. Faujasi. M. Bosquet, au contraire, pense avec raison qu'elle doit en être distinguée (1); en effet, il me paraît impossible de réunir ces deux espèces, comme je vais d'ailleurs essayer de le démontrer.
(1) Bosquet, Crustacés fossiles du terrain crétacé du Limbourg, 1854
196 Ai.pno\si; milne EDW*nns.
CALLIANASSA FAUJASI, Desm.
S'jn. : Bernard l'hermite, Faujas, 1798, Histoire de ht montagne de Suinl- Pierre,p. 179, pi. 32, lig. 5 et 6.
Pagerus Bernbardes. Kruger. 1823, l'nveltliche Xalurgeschichte,l. II,
Pagerds Faujasi, Desmarest, 1822, Hist. nal. des Crust. foss., p. 127, pi. Il, fig. 2.
— Mantell, I 822, The Fossils of the South Uowns, or Illus-
trations of the Geologg o( Sussex, pi. 24, fig. 3.
— Van Schlotheim, 18 23, Die Petrefaktenkunde aufihrem
jelsigen Slandpunkte, p. 55.
— Defrance, 1825, Dictionn. des se. nal. , t. XXXVII,
fig. 232.
— Broim, Lethœa geognostica, p. 736, pi. 27, fig. 23.
— Kônig, Icon. foss.. sect. I, pi. 2, fig. 20.
— Quenstedt , 1851, Handbueh der Petrefaktenkunde,
p. 264, pi. 20, fig. 6.
' '.alliànassa Faejasi, Milne Edwards. 1834, Hist. nal. desCrust., t. Il, p. 310.
— Milne Edwards in Lamarck, 1839, Hist. nat. des
Anim. sans vert., t. V. p. 287.
— Rœmer, 1840, Versleinerungen des norddeutschen
lireidegebirges, p. 106.
— Reuss, 1845, Versleinerungen der bohmischen Kreidc
formation, pi. 5, fig. 52.
— Bronn, 1 848, Index pala'ontologicus oder Uebersiclit
der bisjelzt bekannlen fossilen Organismen. Erslo Ablheilung, p. 208.
— Geinilz, 1849, Das Quadersandsteingebirge oder
Kreidegebirge in Deutschland , p. 96.
Mesosytlus Faujasi (pro parte), H. G. Rœmer, 1852, Letluea geognostica, oder Abbildung und Bcschreibung der fUr die Gebirgsformationen bezeichnendslen Versleinerungen, 4e Lieferung, p. 354, pi. 27, fig. 23.
— Bosquet, 1854, Crustacés fossiles du terrain crétacé
du Limbourg, p. 133, pi. 10, fig. 10.
Les pattes antérieures de cette espèce sont les seules parties de l'animal que l'on ait encore rencontrées, mais elles sont extrême-
THALASSINIKXS FOSSILES. 1 <)7
nient abondantes dans les couches sableuses de la montagne Saint- Pierre, près de Maestrieht, qui se rapportent au terrain crétacé supérieur. On en a signalé dans diverses localités, appartenant foules à la même formation géologique : ainsi aux environs de Maestrieht, à Nedercanne, à Bemelen, à Geulhein, à Fauquemonl et à Ransdal (I). MM. Van Riemsdyk et Laurent en ont trouvé à Wonck en Belgique. D'après le docteur de Bey, on rencontre cette espèce dans le Lusherger-Breecie du Louisberg, près d'Aixla-Chapelle. Suivante. Fr.-Ad. Rœmer, elle se rencontre en Allemagne dans la craie supérieure, près Gehrden,Qucdlinbourg. Allenrode, Veckenstedt et Duhnen. Suivant Mantell, elle existe dans la craie blanche de Lewes, dans le Sussex en Angleterre. Enfin M. Bosquet signale des pattes de cette espèce provenant des couches crétacées supérieures de la Nouvelle-Jersey, aux Elals- Unis d'Amérique, et qu'il tenait de M. Hermann Rœmer de Hildesheim).
Pcut-èlre tontes ces pattes ne doivent-elles pas se rapporter à la Callianassa Faajasi, mais à d'autres espèces plus ou moins voisines; je n'en ai jamais vu que de la montagne Saint-Pierre, el les autres n'ont pas été figurées.
On rapporta d'abord ces pattes aux Pagures; on crut même qu'elles appartenaient à uneespèceidenliqueavec celle de nos cotes, le Bernard-l'Hermite (Pagurus Bernhardus). Desmarest le premier reconnut qu'on devait les en séparer, mais il les laissa toujours dans le même genre, et leur donna le nom de Pagurus Faujasi, sous lequel on les désigne encore quelquefois.
M. Milne Edwards reconnut que ces pattes devaient appartenir à un tout autre groupe, et il les rapporta aux Callianasses. Cette manière de voir fut adoptée par presque tous les zoologistes, si ce n'est dans ces derniers temps, où, comme je l'ai déjà dit, on a voulu créer pour cette espèce un genre nouveau appelé Mesostglus; maisj'ai, je crois, démontré qu'il était établi d'après des caractères trop peu importants qu'on pût le conserver.
En général, ces pinces sont dans un état de conservation remar-
(I) Bosquet, Crustacés fossiles du IJmbourij, p. 135.
]'J8 ALPIIOIVSE nil.M. EDWARDS.
tjuable; le plus souvent les différente artieles sont en connexion, et le (est intact. Les deux pinces se trouvent ordinairement ensemble, l'une au-dessus de l'autre, et il est évident que si le corps de l'animal n'avait pas été si mou, ou si les couches dans lesquelles il vivait avaient été moins arénacées, on aurait toujours ou presque toujours trouvé le corps à côté des pattes.
Il est à remarquer que jusqu'ici on n'a jamais figuré la pince que vue du côlé externe; et en effet dans tous les échantillons que j'ai vus, c'était la face externe seulement qui était à découvert, et par conséquent la face interne de la petite pince : ce qui confirme encore la pensée que ces animaux sont morts sans secousses brusques et ont été recouverts de sable en gardant à peu près leurposition naturelle : la grosse pince un peu plus en avant que la petite. Afin d'examiner les pièces internes qui, comme je l'ai montré, ont une grande importance, j'ai été obligé, en les empâtant dans une couche de plâtre, de retourner quelques-unes de ces pinces, opération qui d'ailleurs se fait avec la plus grande, facilité.
La main de la C. Favjasi est grande et forte; sa taille dépasse de beaucoup celle de nos espèces vivantes.
Vue en dehors, elle est légèrement bombée et presque lisse, si ce n'est vers sa partie inférieure, où dans les échantillons bien conservés, on peut observer de petites granulations; la face interne au contraire est complètement lisse. Les bords supérieur et inférieur sont tranchants, surtout le premier ; ils sont tous deux finement crénelés et marqués en dehors d'une ligne de petits trous, traces des poils qui garnissaient celte main. L'index, presque droit et très fort, porte vers sa partie moyenne une grosse dent pointue ; il est marqué en dedans et en dehors de petits trous.
Les bords de la cavité articulaire destinée à recevoir le pouce sont finement dentelés en dedans et en dehors ; entre cette cavité cl la base de l'index il n'y a pas d'échancrure; le pouce se recourbe seulement vers son extrémité, qui est très aiguë. Il présente vers sa moitié une dent pointue et forte qui se trouve ainsi disposée de façon à agir contre la grosse dent de l'index; le pouce offre aussi la trace de poils nombreux disposés en lignes, une sur sa l'ace supérieure et une de chaque côté.
TIULA.SSINIENS FOSSILES. 199
La main s'articule avec l'avant- bras, suivant une li^ne obliqué de haut en bas et d'arrière en avant, de façon à ne pas pouvoir se plier dans un même plan.
L'avant-bras est relativement moins fort que la main; i! est plus large en avant qu'en arrière. Sa face externe légèrement bombée est presque lisse, sauf quelques granulations qui existent, les unes près de l'angle antéro-supérieur, les autres à l'angle antéro-inférieur. La lace interne est aussi complètement lisse, et elle s'interrompt postérieurement pour laisser vide un espace qui devait être rempli par une membrane, car je n'ai jamais vu de trace de pièce complémentaire. Les bords sont tranchants et denticulés; ils devaient porter quelques poils beaucoup plus rares que sur la main; le bord postérieur, au lieu de s'arrondir doucement en se continuant avec l'inférieur, se coude brusquement, de façon à former un angle, bien marqué, disposition que nous n'avons pas encore vue chez les autres Callianasses. L'angle inférieur et antérieur se prolonge en forme de pointe garnie d'un côté d'une crête de granulations. Le bras, d'une force en rapport avec les autres parties, s'articule avec l'article précédent au moyen d'un condyle robuste qui vient s'appliquer contre un autre gros condyle fourni par l'avant-bras, et qui tous deux tendent à rendre l'articulation beaucoup plus parfaite. La face externe est couverte de granulations, principalement sur la ligne médiane; les bords sont finement dentelés, surtout le bord inférieur. Enfin la pièce interne ou complémentaire est aplatie et plus large au milieu, où elle est couverte de granulations.
Le Irôcnanter est long et grêle; sa surface extérieure est lisse, si ce n'est sur les bords, où chez les vieux individus on aperçoit quelques rares granulations; la pièce complémentaire, quadrilatère et allongée, ne présente aucune particularité remarquable.
Je ne connais de la petite pince que la main et l'avant-bras. La main, longue et étroite, offre environ la moitié de la largeur de l'autre ; elle est très granuleuse en dehors. Le pouce et l'index, remarquablement longs et grêles, sont marqués de lignes de petits tubercules; en dedans la main est beaucoup plus lisse.
L'avant-bras est relativement plus court que celui de la grosse
pince"; on général, il est assez mal conservé et l'on peut difficilement observer sa surface, ce qui tend à l'aire croire que la rigidité de ces parties commençait déjà à devenir plus faible.
Il est aussi à noter que pour cette espèce comme pour les autres, quoique la pince droite soit en général la plus grosse, c'est au contraire quelquefois la pince gauche; il n'y a pas à cet égard de règle fixe.
La Caliianassa Faujasi diffère de toutes lesCallianasses vivantes par l'existence des granulations qui ornent la surface de différentes pièces delà patte antérieure. Parleprolongcmenl de l'angle antéro- inférieur de l'avant -bras, par le mode d'articulation decel article avec le bras, elle ne peut se confondre avec 'a C. antiqua. Chez cette dernière la pince est complètement lisse et sans dentelures. Les doigts n'offrent pas de dents; l'avant-bras se termine à sa partie inférieure et antérieure, de même qu'à sa partie postérieure, par des angles arrondis, tandis que dans la C. Faujasi qui nous occupe ici, ces angles sont au contraire très aigus.
Je ne puis admettre avec MM. Geinitz, Brown et Ramier, que ces dcuxCallianasses ne soient que des variétés d'une même espèce, car on trouve de petites C Faujasi avec tous leurs caractères; ce n'csl donc pas une affaire d'âge. Si c'était au sexe que ces différences étaient dues, on devrait trouver à Maeslrieht, où il y a tant de C. Faujasi, quelques C. antiqua. Or, il n'y en a pas, et quant à dire que la même espèce peut présenter d'aussi grandes différences, ce n'est pas possible. Si l'on veut interroger les espèces vivantes, on voit que tous les individus reproduisent exactement la même forme, sans y rien changer : le plus petit ornement qui se rencontrera chez l'un se retrouvera chez tous les autres. Je crois donc que l'on doit regarder la C. Faujasi comme une espèce bien distincte delaC. antiqua (pie M. Geinitz a représentée; car n'ayant jamais eu à ma disposition ce fossile, je n'ai pu juger que d'après les figures que l'on en a données.
THALASSIN1ENS FOSSILES. '201
CALLIANASSA ARCHIACI, Nob.
PI. li, tig. 1.
Celle espèce paraît jusqu'à présent èlre propre aux couches de la ('raie marneuse. En effet, on n'a jamais rencontré de traces de son existence dans la craie blanche proprement dite ou dans la craie glauconieuse. Mais pendant la période qui s'est écoulée entre ces formations, la Callianassa Arcliiaci parait avoir vécu en grande abondance (1); on en connaît de nombreux débris dans les assises de la craie jaune de Touraine, dans celle des environs de Vendôme, de Châteaudun. Dans le département du Lot; à Courdon, on a trouvé des pinces isolées de celte espèce, au milieu d'un calcaire sableux micacé, avec grains verts. Dans le Dauphiné, ail sud de Bollène, en se dirigeant vers Saint- Arriez, M. d'Archiac recueillit quelques fragments de ces Crustacés qu'il rapporta au genre Callianasse, et je dois à l'obligeance de ce savant géologue un très bel exemplaire de cette espèce, provenant de la môme localité et présentant l'empreinte de l'abdomen et de la carapace qui ont été conservés dans le calcaire , malgré le peu de consistance de ces parties (2). Enfin à Montdragon , dans le déparlement de Vanclusc, et à Lichaux, où le terrain devient complètement ferrugineux, on retrouve encore les restes de cette Callianasse, qui peut, en raison de son abondance, servir à caractériser la grande formation de la craie marneuse.
La carapace de la (' . Archiaci (0) es! petite, très comprimée latéralement. La région stomacale est limitée par un sillon bien accusé et elle présente une forme elliptique; la région cardiaque est assez large et bien marquée; les régions hépatiques el branchiales sont au contraire bien développées. Le bouclier céphalo-
(1) Voy. D'Archiac, Hisl. des progrès de la géologie, 185 1, t. IV, p. 3 i "î , 345, 351, 405,400.
(2) Voy. pi. 14, lig. I.
(3] Voy. pi. 14, fig. I el 1\
<20"2 ALPIIOXSE IHII.NE EDWARDS.
thoracique parait se terminer en avant par une petite pointe triangulaire qui n'est pas indiquée sur la ligure ci-jointe, parce que quanti celle-ci a été faite, le front n'était pas dégagé de la roche qui l'entourait. Le premier anneau de l'abdomen est court et étroit ; il présente un sillon transversal qui parait le subdiviser en deux segments et qui se retrouve chez la C. sublerranea. Le deuxième anneau est plus long que tous les autres; il est plus étroit en avant et s'élargit graduellement vers sa partie postérieure, ce qui donne à l'abdomen un aspect pédoncule; les deux lobes latéraux de ce segment sont fortement indiqués par une crête saillante. Les quatre anneaux suivants sont courts et larges. Les lobes latéraux ou épimériens, plus arrondis que chez la C. antiqua, sont nettement indiqués par un sillon.
Le quatrième article offre sur le lobe médian quatre petits points saillants qui probablement indiquaient l'insertion des muscles abdominaux. La nageoire caudale est large et bien développée; les lames latérales triangulaires sont plus grandes que la lame médiane, qui offre une forme à peu près quadrilatère.
Les pattes de la première paire sont très inégales : tantôt c'est la droite, tantôt c'est la gauche dont la taille est la plus considérable. La main de la grosse patte est très renflée pour une main de Callianasse; sa face extérieure est lisse, sans granulations (1); la face interne, moins bombée que la précédente, est lisse et présente quelques traces de poils ; elle offre vers sa partie postérieure un tubercule aplati qui disparaît pour peu que la main ait été un peu roulée (2); les bords en sont tranchants, surtout l'inférieur; tous deux sont finement dentelés, et ils présentent en outre une ligne de petits trous.
L'index est presque droit et n'offre qu'une dent le plus souvent à peine marquée. Le pouce, plus recourbé que l'index, surtout près de la pointe, offre aussi une seule petite dent très obtuse. Entre ces deux doigts, le bord antérieur de la main est garni d'une ligue de très petites denticulations qui ne s'observent que
(1) Voy.pl. 14, fig.,1", Ie-
(2) Voy. pi. «4, fig. 1,:, 1F.
THALASSIMENS FOSSILES. 9()3
sur les pinces bien conservées. La main s'articule avec l'avantbras par une ligne très peu oblique.
Ce dernier article égale à peu près la main en longueur ; il se rétrécit légèrement en arrière. Ses faces ne présentent rien de remarquable, si ce n'est un tubercule placé à la partie interne (1), comme pour la main : ce tubercule est peu proéminent et disparaît facilement; les bords sont finement dentelés; l'angle antéroinférieur se prolonge en pointe comme chez la C. Faujasi. Le bras est court et renflé; la pièce externe, en forme de demicylindre, est complètement lisse; l'a pièce interne ou complémentaire s'élargit vers sa partie moyenne et supérieure , de façon à s'adapter au cadre formé par la pièce externe ; elle est plate et n'offre aucune granulation.
Je n'ai jamais eu à ma disposition de trochanter appartenant à celte espèce.
La petite main (2) est longue et étroite; les doigts surtout sont remarquables par leur longueur et leur gracilité. Cet organe ne présente d'ailleurs aucune particularité de structure intéressante; son avant-bras est relativement court et assez étroit.
J'ai déjà dit que dans les grès ferrugineux de Montdragon et d'Ucbaux, se trouvaient des pattes appartenant à cette espèce (3) ; jusqu'ici on n'y a, je crois, rencontré que des mains et des avantbras à l'état de moules et complètement privés de test, mais ils sont encore parfaitement caractérisés par les formes de la main et de l'avant-bras, terminé inférieurement par une pointe qui parait plus aiguë parce qu'elle n'est pas recouverte de test.
La C. Archiaci ne peut se confondre avec la C. Faujasi, à cause de l'absence de granulations, de la forme de ses doigts, et surtout de son avant-bras. Jamais la C. Faujasi ne porte de tubercule sur la face interne de la main et de l'avant-bras, et d'un autre côté jamais la Callianassa Archiaci ne porte de granulations.
L'espèce qui s'en rapproche le plus est la C. antiqua, mais certains
(1) Voy. pi. 14, fig. 1e.
(2) Voy. pi. 14, fig. 1, 1", 1".
(3) Voy. pi. 14, fig. 1':, 1E, 11'.
'20 !\ ALPHONSE JIIIAi: EDWARDS.
caractères importants les séparent; Ainsi l'angle antéro-inférieur del'avant-bras de cette dernière est complètement arrondi, tandis que chez la C. Archiaciïï se prolonge en pointe ; d'antre part, le bras de la C. cmtiqua porte une ligne de granulations. D'ailleurs, je le répète, jamais je n'ai eu à ma disposition de pince de cette espèce allemande, et il est possible que, si certains détails de la ligure qu'on en a donnée ne sont pas exacts, on soit obligé de lui réunir une des espèces de Callianasses que j'ai décrites comme distinctes. Mais telle qu'elle est connue, elle forme bien une espèce à part de la C. Archiaci.
Enfin la C. Archiaci ne se rapproche d'aucune espèce vivante; la forme de l'avant-bras en est très différente. Aucune des Callianasses de nos mers n'a cet article aussi allongé, et offrant, ainsi que la main, un tubercule à sa face interne.
Je demanderai à M. d'Archiac la permission de lui dédier celle espèce, en le remerciant tout à la fois des conseils qu'il a bien voulu me donner dans le cours de mes recherches, et (\c> matériaux qu'il a toujours mis à ma disposition avec une libéralité' vraiment scientifique.
CALLIANASSA DESMAKESTIANA.
PI. 13, fig. 4etiA.
Syn.: Pagurus DesmarestianusV Marcel de Serres, Géognosie des terrains tertiaires.
Cette grande espèce se rencontre dans les couches du calcaire à moellons des environs de Montpellier, qui font partie de la formation tertiaire supérieure. En 1829, M. Marcel de Serres avait signalé dans ces assises la présence de pattes de Pagures (t.), et les avait désignées sous le nom de Pagurus Desmarestianus . Malheureusement, il ne donna ni figures ni descriptions; mais, comme on confondait alors avec les Pagures toutes les Callianasses fossiles, et que le gisement est le même, il est probable que le P. Desmarestianus ne diffère pas de notre Callianasse.
.le n'ai jamais eu à ma disposition que des mains privées de
(I) Géognosie des terrains tertiaires, 1829, p. 154.
TIIALASSIN1ENS FOSSILES. 205
pouce, et presque toujours à l'état de moule intérieur. Cet article, d'une taille considérable, est large et relativement court ; il est extrêmement comprimé latéralement et régulièrement quadrilatère, ce qui ne permet pas de le confondre avec une main de Pagure. La l'ace externe (1) de cette main est peu bombée et presque complètement lisse, si ce n'est entre la base de l'index et le col d'articulation du pouce, où elle présente un certain nombre de granulations rapprochées.
La face interne (2), plate et un peu concave à sa partie inférieure, présente aussi entre la base de l'index et du pouce une agglomération de petits tubercules. Les bords supérieur et inférieur sont tranchants, surtout ce dernier, qui est finement denticulé, et garni en dehors d'une ligne de trous indiquant la présence des poils.
Les bords postérieurs sont régulièrement droits, de telle sorte (pie la main ne s'articulait pas avec L'avant-bras par une ligne oblique, comme chez la C. Faujasi, etc.
La cavité articulaire du pouce est très grande, ce qui indique <pie cet organe devait être assez gros. Au-dessous de celte cavité, on voit une échancrure située au-dessus de la base de l'index. Cet appendice est droit et court comparativement à la longueur de la main; il ne présente aucune trace de dents.
Celte main se distingue par sa forme trapue de celle de toutes les espèces que nous avons examinées jusqu'ici. L'absence de dents sur l'index, son mode d'articulation avec l'avant-bras qui se fait sur une ligne droite, la distinguent au premier abord de la C. Faujasi. Quant aux autres espèces, elle en diffère trop par la taille et par la forme générale, pour qu'il y ait besoin d'indiquer les caractères particuliers; il est impossible de les confondre.
La C. Desmarestiana présente plus de points de similitude avec la C. orientalis. Nous verrons, en examinant les caractères de cette espèce, quels sont ceux qui servent à la distinguer de la Callianasse de Montpellier.
(1) Voy. pi. 13, fig. 4.
(2) Voy. rl. 13, fig. 4\
206 11 i»im\si; MIIM EDWARDS.
CÀLLIANASSA ORIENTALIS, Nob.
PI. 13, fig. 3, 3\ 3B.
(Jette grande et belle espèce se trouve dans les alluvions, probablement contemporaines, des rivages de l'océan Indien, et on l'y rencontre associée à des coquilles vivant encore dans ces mers. Ainsi sur une main de cette Callianasse se trouvait attachée une valve delà Venus scabra (l\im\c\)q\\i habite aujourd'hui les mêmes mers, et se trouve {dus particulièrement aux iles Philippines, où elle est cependant très rare. Ce fait tendrait à faire croire que la C. orientalis serait une espèce actuelle plutôt encroûtée de matière calcaire que vraiment fossile ; et cependant on ne connaît pas de Callianasse vivante dont la taille approche de celle qui nous occupe. Il en est ici comme pour certains Brachyures que l'on rencontre dans les mêmes gisements : le Macrophthalmus LatreiUei, par exemple, qui n'est pas connu vivant, mais qui cependant se rencontre associé à des coquilles actuelles. Peut-être arrivera-t-on cependant, quand on aura mieux exploré ces rivages peu connus, à trouver vivante cette même Callianasse, qui dans ce cas aurait échappé jusqu'ici aux recherches, en raison de la manière de vivre propre à ces animaux.
La main de celle espèce, qui, avec l'avant-bras, est la seule partie connue jusqu'ici, est remarquablement forte; elle est un peu plus large vers sa partie postérieure, tout en ayant toujours la forme quadrilatère spéciale au genre qui nous occupe. La face externe (1), légèrement bombée, est complètement lissé; la face interne, presque plate (2), présente cependant une convexité très légère. Le bord inférieur, très tranchant, est garni en dedans d'une ligne de trous très rapprochés; en dehors, on en voit encore quelques-uns, mais beaucoup plus espacés. Le bord supérieur, beaucoup plus arrondi, présente en dedans cinq ou six trous assez gros.
(1) Voy. pi. 13, fig. 3.
(2) Voy.pl. 13, fig. 3a.
THALASS1NIENS FOSSILES. 207
La main se termine postérieurement par un bord complètement droit sans aucune obliquité.
En avant, le cadre articulaire du ponce est grand et très allongé (1); il s'étend jusqu'à la base de l'index, de sorte qu'il n'y a pas là d'échancrure comme chez beaucoup d'autres Callianasses; il y a au contraire en dehors un petit tubercule saillant à la base de la cavité articulaire.
L'index est gros, court et peu recourbé; il est très épais, et présente supérieurement deux crêtes. L'une forme son bord externe ; elle est la plus saillante et fort aiguë ; enfin elle porte vers sa partie moyenne un rudiment de dent. L'autre forme le bord interne; elle est plus arrondie, moins élevée, et se prolonge un peu sur la face interne de la main. Ces deux crêtes se réunissent vers l'extrémité de l'index et se confondent; mais en arrière elles interceptent un espace triangulaire, légèrement excavé, qui forme la face supérieure de l'index.
Le pouce est beaucoup plus recourbé que l'autre doigt ; large à sa base, il s'amincit rapidement vers l'extrémité, qui est très pointue ; il offre un bord très tranchant et garni de découpures peu apparentes ; il est marqué en dessus d'une ligne de poils ; sur les côtés, on voit encore la trace de quelques trous.
L'avant-bras, comme je l'ai dit, s'articule avec la main par un bord droit ; il est à peu près de la même longueur et de la même largeur. La face externe est lisse, légèrement bombée (2) ; la face interne, un peu concave (3), s'interrompt postérieurement pour laisser vide un espace qui devait être rempli par une membrane. Les bords inférieur et supérieur sont tranchants : le premier est finement dentelé, et porte la trace de poils nombreux aussi bien en dedans qu'en dehors ; le supérieur offre une ligne de trous, seulement en dedans. Le bord postérieur est arrondi. L'articulation avec le bras se l'ail à l'aide d'une sorte de col visible, surtout en dedans.
(1) Voy. pi. 13,fig. 3».
(2) Voy. pi. 13, fig. 3B.
(3) Voy. pi. 13, fig. 3C.
Les caractères de celle espèce sont parfaitement tranchés : la l'orme de l'index, l'absence d'écliancrure au-dessous de la cavité articulaire du pouce, permettent de la séparer nettement de la C. Desmarestiana, avec laquelle sa l'orme générale a quelques rapports ; elle a beaucoup moins d'analogies avec les espèces vivantes, dont la plus grande n'atteint pas le tiers de sa taille.
On n'a que des indications très vagues sur les localités où se rencontrent ces fossiles; ils présentent le même aspect que les Brachyures que l'on trouve dans les mêmes gisements ; de même que ces derniers, ils ont toujours un (est poli et luisant de couleur brunâtre.
CALLIANASSA CENOMAN1ENSIS, Nob.
PI. 14, fig. 5 et 5>..
Celte Callianassc est plus ancienne que toutes les précédentes;" elle se rencontre en assez grande abondance dans certaines couches des grès verts du Maine, et principalement à Mézières et à Saint-Mars-sous-Ballons. Il est rare que les différentes pièces soient en place; mais on trouve un grand nombre de mains, de bras, d'avant-bras séparés, et quelquefois même (\c> abdomens.
Cette espèce se distingue au premier coup d'œil de toutes les autres, soit vivantes, soit fossiles, par la forme étroite et allongée de I'avant-bras et de la main ; celle-ci est presque régulièrement quadrilatère. La face externe, est bombée et lisse (1), tandis que la face interne est beaucoup plus plaie (2) ; elles se réunissent toutes deux par des arêtes très vives. Le bord supérieur se recourbe en dedans, de façon à dépasser la face interne, surtout dans sa moitié postérieure ; il est finement denticulé sur toute sa longueur, et, à cause même de sa direction, on ne peut apercevoir ces dentelures qu'en le regardant en dedans. Le bord inférieur est aussi finement dentelé en dehors. L'index, presque droit, esl
(1) Voy. pi. 14, fig. 5.
(2) Voy. pi. H, fig. oa.
TIUL.VSSINIENS FOSSILES. 209
complètement dépourvu de dénis ; il est court et assez gros. Entre sa base et l'articulation du pouce, on n'aperçoit pas d'éehancrure. Le pouce, qui est court et peu recourbé, présente vers sa partie moyenne une dent mousse et allongée, qui pourrait plutôt se comparer à un élargissement du doigt. La face postérieure de la main est droite et légèrement oblique de haut en bas et d'arrière en avant, de sorte que cet organe, en se pliant sur le bras, ne devait pas former un angle droit dans le même plan, comme chez la C. Heberti, la C. macrodactyla et la C. prisca.
L'avant-bras présente la même l'orme étroite et allongée que nous avons vue pour la main. Sa longueur est la même ; et quand ces deux articles sont étendus, ils paraissent, n'en former qu'un seul. La face externe de l'avanl-bras est aussi légèrement bombée, et se prolonge supérieurement en se recourbant, de façon à surplomber un peu sur la face interne, surtout dans sa moitié antérieure. Le bord ainsi formé est 1res aigu et finement dentelé. La face interne est plate. Je n'ai pu constater s'il y avait ou non de pièces complémentaires, à cause de l'état d'empâtement des pinces que j'avais à ma disposition. L'angle antérieur et inférieur de l'avant-bras se prolonge en forme de pointe visible, surtout en dehors. Le bord inférieur ne parait pas offrir de denticulations.
Le bras est court et d'une forme un peu elliptique.
La pièce externe, en forme de demi-cylindre, est marquée par une ligne longitudinale de petites ponctuations qui la divisent en deux parties à peu près égales, toutes deux lisses ; ses bords sont finement crénelés. La pièce interne ou complémentaire est plate et un peu renflée vers sa partie moyenne.
Le troehanter parait assez long, mais je n'en ai pas pu examiner d'entiers ; ceux que j'avais à ma disposition étaient tous brisés vers leur partie inférieure. Cependant les tronçons qui restaient ont montré que la face externe était complètement lisse, assez grêle, et que la pièce interne était étroite et plate. D'ailleurs, jamais l'examen de cet article chez les Callianasses n'a donné de bons caractères spécifiques.
La taille de la petite pince égale presque celle de la grande;
510 ALPHONSE IMILNE EDWARDS.
mais les doigts sont beaucoup plus grêles et plus allongés; enfin l'avant-bras est plus court.
L'abdomen, qui se trouve quelquefois assez bien conservé, n'offre aucune particularité remarquable à noter. Comme chez toutes les espèces du genre qui nous occupe, il présente un aspect vermiforme, et les côtés de chaque article sont marqués d'un sillon longitudinal, qui limite ainsi de petits lobes épimériens, analogues à ceux que nous avons vus chez la Callianassa Jrchiaci.
En résumé, cette espèce se distingue de toutes celles vivantes et fossiles parle grand allongement de la main et de l'avant-bras, et par la direction du bord supérieur de ces deux articles qui se replie en dedans plus que chez aucune autre Callianasse. La couleur de ces différentes pièces est ordinairement d'un vert brun foncé; elles sont plus ou moins empâtées dans une espèce, de grès verdâtre très dur avec grains verts; cependant il n'est pas rare d'en rencontrer des articles parfaitement conservés.
CALLIANASSA MICHELOTTI, Nob.
PI. 14, fig. 3 et 3a.
Celte Callianasse, qui provientdela belle collection de M. Michelotti (de Turin), se trouve assez fréquemment dans les couches miocènes de la colline de la Superga. Le test en est presque toujours bien conservé, et sa couleur est ordinairement d'un gris verdâtre. Jusqu'à présent, je n'ai eu à ma disposition que des mains privées de pouce.
Cet article est assez allongé pour sa largeur. La face externe est très légèrement bombée (1) ; la face interne est aplatie (-2). Les bords supérieur et inférieur sont tranchants, surtout ce dernier, qui forme à la main une sorte de bordure lamelleuse; il est garni d'une ligne de poils. Le bord supérieur ne porte pas de trace de trous. L'index est presque droit, et présente vers sa partie moyenne une dent constituée par la jonction de deux crêtes: l'une qui forme son bord externe, l'autre qui part de la face interne de
(I) Voy. 14. fig. 3.
(8) Voy. M, fig. 3\
THALASSIN1ENS FOSSILES. 211
ta main, et forme son bord interne. L'index se termine ensuite en pointe. 11 présente en dehors deux crêtes qui se prolongent un peu sur la main ; on voit dans le sillon qu'elles laissent entre elles un petit tubercule percé à son centre d'un trou; puis audessus, dans l'intervalle qui existe entre la hase de ce doigt et la cavité articulaire du pouce, on remarque aussi deux autres petits tubercules, l'un plus élevé cl plus en avant que l'autre. Tous deux sont percés d'un petit trou ; celte disposition se retrouve sur toutes les mains de celte espèce. A la face interne du poignet, dans ce même espace, au-dessus de la base de l'index, on voit encore un ou deux petits tubercules qui servaient aussi de base à des poils.
La main se termine en arrière par un bord articulaire complètement droit.
Cette espèce se distingue au premier coup d'œil de toutes celles que nous venons d'examiner par les crêtes qui ornent la face externe de l'index, et par les trois petits tubercules que l'on voit au-dessus de la base de ce doigt. La C. orieritalis, qui d'ailleurs ne présente aucune analogie de l'orme avec la C. Michelotti, offre sur la face supérieure de l'index une disposition analogue, c'està-dire que cette face est légèrement excavée et limitée par deux bords saillants.
Aucune espèce vivante ne présente ces caractères.
CALLIANASSA SISMONDA1, Nob.
Voy. pi. 1 4, fig. 4.
Cette espèce, qui, de même que la précédente, se rencontre dans les couebes miocènes de la colline de Turin, n'est connue jusqu'ici que par la main. M. E. Sismonda (1) l'avait figurée, et la regardait comme appartenant au genre Grapse. Cependant ces Brachyures ont une main très trapue, très arrondie, et où les bords inférieur et supérieur sont extrêmement peu marqués. Enfin ee dernier, à cause de l'obliquité de l'articulation, est beaucoup plus court que l'inférieur.
(I) Utscrizioiw dei Pesci e dei Crostacei [ossili nel Piemonle. Torino, 1816, p. 69, pi. 3, fig. 7.
La main de celte Callianasse est au contraire quadrilatère ; la lace externe esl légèrement eonvexe, la face interne presque plate. Ces faces sont lisses, si ce n'est en dehors, au-dessus de la base de l'index, où Ion remarque une agglomération de petits tubercules. Les bords supérieur et intérieur sont tranchants; ce dernier est finement crénelé, et porte la trace de poils. L'index est long, grêle, garni en dehors de nombreux petits tubercules qui se continuent avec ceux de la main; le bord supérieur est légèrement dentelé. Au-dessus de la base de l'index, on voit une échancrure qui n'est pas assez marquée dans la ligure qu'en a donnée M. Sismonda. Le pouce esl fort et garni sur son bord supérieur de ponctuations nombreuses, surtout près de l'articulation ; sur ses lares extérieure et intérieure on en voit encore quelques-unes. 11 présente près de sa base une petite dent, puis seulement des denticulations. Sa pointe, qui est fort aiguë, se recourbe légèrement en dedans, comme chez la petite pince de la C. Heberti.
L'ensemble des caractères que je viens d'énumérer indique évidemment que c'est au genre Callianasse que doit se rapporter cette pince , mais on ne peut l'identifier à aucune des espèces vivantes ou fossiles que nous connaissions. La C. Michelotti, qui présente avec elle le plus d'analogie , s'en dislingue par les crêtes qui ornent la face externe de son index, par les trois tubercules qui se trouvent à la base de ce doigt, etc.
Notre, espèce fossile est de toutes celles connues la seule dont le pouce présente des ornements, et où l'on trouve à la base de l'index un groupe de tubercules se continuant sur ce doigt. Chez la6\ Desmarestiana, qui s'éloigne complètement de notre espèce fossile par sa forme générale, on voit aussi des tubercules à la base du doigt immobile, mais ils ne se continuent pas sur cet organe. Je donnerai à cette Callianasse le nom de M. É. Sismomla. qui le premier a signalé son existence.
Indépendamment de ces différentes espèces de Callianasses, toutes parfaitement déterminables, la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris en possède encore quelques-unes trop mal caractérisées pour que l'on puisse les donner comme types de nouvelles divisions spécifiques.
THALASS1MENS FOSSILES. 213
Ainsi, parmi les fossiles que M. Lefèvre a rapportés d'Egypte,
se trouvent des mains incomplètes qui appartiennent éviden ni
au genre Gallianasse, et, parmi les espèces que j'ai passées en revue, c'est delà G . Desmarestiana qu'elles serapprochentleplus. Mais leur état de conservation laisse trop à désirer, pour que l'on puisse établir une comparaison rigoureuse de ces deux espèces.
Enfin je signalerai des mains de Callianasse recueillies dans le goMe Persique, à l'île Kbaree, près Bushcer, par M. Leclâncher, pendant le voyage de la Favorite. Ces mains, d'une taille considérable, présentent une certaine analogie avec celles de la T. orienlalis, mais elles en diffèrent cependant par quelques caractères importants. Les pièces que j'ai eues à ma disposition ne m'ont pas permis jusqu'ici de la caractériser comme espèce particulière, et n'ayant cependant pu l'identifier avec aucune autre, je l'ai cataloguée, dans la collection du Muséum sous le nom de C. persica.
Je crois aussi que les mains dont M. Qucnstcdt signale l'existence dans le terrain jurassique de Souabe (1), et qu'il rapporte au genre Pagurus sous le nom de P. suprajurensis, doivent appartenir au genre Callianassa; mais je ne les connais que d'après les figures de M. Quenstedt, et elles sont trop imparfaites pour qu'il me soit possible de rien avancer avec certitude (2).
J'ai réuni dans le tableau suivant quelques-uns des caractères qui peuvent d'une manière empirique faciliter la détermination des principales espèces de Callianasses dont il vient d'être question.
(1) Voy. Quenstedt. Handbachder Petrefaktenkunde, 183I, pi. 20, fig. 8 el 9, et ci-après, pi. 15, fig. S et 5a.
(2) Au moment de mettre ce travail sous presse, j'apprends de M. Étallon qu'il a trouvé ce fossile à Porentruy, dans les couches du terrain kimrneridgien moyen, et qu'il le considère aussi comme appartenant au genre Callianasse. Dans un mémoire qu'il compte publier prochainement sur les Crustacés fossiles du Jura, ce paléontologiste fera connaître aussi une nouvelle espèce du même genre, appartenant au lias supérieur des Nans (Jura), et désignée sous le nom de Callianassi Bonjouri. Ces observations modifient les conclusions que j'avais tirées des faits connus jusqu'à ce jour relativement à la distribution géologique du genre Callianasse, dont l'antiquité, comme on le voit, est beaucoup plugrande qu'on ne le croyait.
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THALASSINIENS FOSSILES. 2 1 5
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Leach, Malacostracca Podophthalmata Brilanniœ, 1815.
Le genre A. vie se rapproche beaucoup du genre Callianasse(l); cependant la carapace se termine par un petit rostre élargi, qui rappelle un peu ce qui existe chez les Gébies. La région stomacale est grande, et occupe près de la moitié de la carapace. L'abdomen, pédoncule à sa base, est terminé par une nageoire complète et bien développée. Les pattes de la première paire sont didactyles.
La main ressemble complètement à celle de quelques Callianasscs, de façon qu'à l'aide de cet organe isolé, il ne serait pas possible de décider auquel de ces deux genres on devrait la rapporter. Mais chez les Axics, l'avant-bras est très petit; c'est un véritable genou , tandis que chez les Callianasses il égale presque la main. Chez les Axies, il n'offre pas de pièce complémentaire, non plus que le bras, qui ressemble par sa forme à celui des Callianasses. Le troebanter est extrêmement court, et ne sert qu'à rattacher le bras à l'épaule. Les doigts de la petite main sont comparativement beaucoup plus gros et plus grands que ceux de la grosse main (2).
Jusqu'à présent ce genre n'a pas été trouvé à l'état fossile. Robincau-Uesvoidy avait signalé une main incomplète comme devant s'y rapporter, et l'avait désignée sous le nom à'Aœia cylindrica ; mais elle se dislingue de celles des Gébies par sa forme beaucoup plus courte, plus renflée, l'absence de bords crénelés, etc.; d'ailleurs la figure qu'il en donne est complètement indéterminable (3) .
(1) Voy. Règne animal, Crustacés, pi. 48, lig. 2, 24, etc.
(2) Voy.pl. 16, fig. 5, 5Aet 5B.
(3) Voy. Robineau-Dcsvoidy, Mémoire sur les Crustacés du terrain néocomien de Saint-Sauveur en Puisaye [Yonne) [Annales de la Société entomologique, 2e série, t. VII, p. 13G, pi. 5, fig. 21, et ci-après, pi. 15, fig. 9).
216 ALPHONSE Jlll.M ig>v\\IEI>S
Genre THALASSINE.
Syn. : Cancer, Herbst, Versuch einer Naturgeschichtè der lirabben und Krebse. Thalassina, Latreille, Gênera Crustuceorum et [nseclorum, I. I. p. 51 (i 806).
Le genre Thalassine, représente dans nos mors actuelles par deux espèces (1), se distingue des autres Crustacés de la même famille par un certain nombre de caractères bien tranchés. La carapace, courte, comprimée latéralement et très étroite, se termine en avant par un petit prolongement en forme de rostre, légèremenl lamelleux en dessus, et dont les bords garnis de fines dentelures se prolongent par une petite crête sur la partie antérieure de la région stomacale (2). Cette dernière est petite, La région cardiaque est extrêmement étroite et va en s'amincissanl vers la base de l'abdomen. Les régions branchiales sont bien développées, surtout en hauteur; elles sont remarquables par l'existence de petites dents, quelquefois très aiguës, disposées de chaque côté : les unes, en avant, sur le prolongement du sillon stomaco-branchial ; les autres, en arrière, sur les cotes du lobe cardiaque postérieur.
L'abdomen, grêle et subcylindrique, forme à lui seul plus des deux tiers de la longueur totale du corps. Le premier segment est beaucoup plus étroit que les suivants ; il est aplati latéralement, tandis quelcs autres au contraire sont considérablement élargis. Les lames latérales de la nageoire caudale, au lieu d'être bien développées comme chez les autres animaux de cette famille, sont réduites à de petits prolongements filiformes.
Les pattes antérieures sont robustes et un peu inégales entre
(1) -1° La Thalassina scorpionoides, Latreille (voy. Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, t. II, p. 310: el Atlas du Règne animal, Crustacés, pi. 48, fig. 1. — 2" La Thalassina gracilis, Dana (Crustacea, t. I, p 514, pi. 32, fig. 5).
(2) Voy. Régne animal, Crustacés, pi. 41, fig. 1. etc.
THALASSirUENS I OSSILF.S. 217
«•ilcs (1). La droite est généralemenl la plus grosse, mais ce n'est pas une règle absolue. Le pouce prend un accroissement considérable, tandis que l'index reste court et presque rudimentairc , ce qui donne à la main un aspect submonodaetyle. Le pouce ne présente qu'une seule dent, disposée de façon à pouvoir rencontrer l'extrémité de l'index. Mais la pince ainsi formée n'agit pas en manière de ciseaux par un mouvement de haut en bas; le pouce se plie obliquement en dedans et en bas, de façon à se rapprocher un peu de la face interne du poignet. Dans ce mouvement, son tubercule dentiforme rencontre l'extrémité de l'index ; mais la préhension ne peut ainsi s'effectuer que d'une manière 1res imparfaite, et ces pattes servent plutôt de crochets à l'animal. L'avantbras est très court, eî n'offre rien de remarquable. Le bras, robuste et long, présente à sa partie interne les traces de la soudure de la pièce complémentaire, qui, chez les Callianasses, est tout a fait indépendante.
Le trochanter est robuste, court, et présente aussi la (race de la soudure de la pièce interne.
Le membre antérieur des Thalassiniens ne peut être confondu avec celui d'aucun Crustacé; la main, si elle est isolée, pourrait être prise pour une main de Gébie, mais les différences qui séparent ces deux espèces sont trop légères pour que cette erreur ait une grande importance.
Les pattes de la seconde paire sont élargies , le pénultième article surtout est très développé en forme de palette ; elles sont terminées par un doigt pointu, et ne sont pas chélifères. Les autres pattes sont toutes construites sur le même plan ; elles sont seulement beaucoup moins fortes.
Les Thalassines sont des animaux dont le squelette tégumentaire présente assez de résistance ; les pattes antérieures surtout sont d'une grande solidité. J'ai donc insisté principalement sur la forme de ces organes, laissant de côté ce qui se rapportait aux yeux, aux antennes, aux pièces de la bouche, qui peuvent fournir de bons caractères zoologiqucs, mais dont on est obligé de faire
(1) Voy. pi. 16, fig. 6 et 6*.
218 ALPHONSE MILIME EDWARDS.
abstraction dans l'étude des fossiles. Le corps el les pattes de ces animaux sont hérissés de poils nombreux, qui, après leur chute, laissent comme traces de leur existence de petits trous ronds parfaitement visibles.
Le genre Thalassine est jusqu'à présent très mal représenté à l'état fossile.
THALASSINA EMERYI, Th. Bell.
[PI. 15, fig. 1\ I".
M. Thomas Bell rapporte au genre Thalassine un Crustacé fossile trouvé en Australie, par le lieutenant Émery, et appartenanl à M. Macleay (1). Cette Thalassine parait se rapprocher beaucoup de la l 'halassina scorpionoides des mers actuelles, mais devoir former une nouvelle espèce, à laquelle M. Bell donna d'abord le nom de T. antiqua, pour y substituer ensuite celui de T. Emeryi.
N'ayant jamais eu ce fossile entre les mains , je reproduirai ici la description qu'en a donnée l'éminent zoologiste anglais :
« La Thalassina Emeryi fossile, que je me propose de décrire après celui qui l'a découverte, a les côtés de la carapace assez bien conservés ; la partie dorsale est complètement perdue. Les quatre premiers articles de la première et de la seconde paire de pattes sont en assez bon état; de la troisième et de la quatrième paire, il ne reste que les articles basilaircs, et la cinquième paire est détruite. Tout l'abdomen est dans un état parfait de conservation, à l'exception du troisième segment. Cet organe est brusquement replié sur lui-même, et l'article terminal se trouve derrière le thorax, entre la troisième et la quatrième paire de pattes. Le rostre est aussi très complet ; il est séparé de la carapace, et il est placé verticalement entre les pattes antérieures (2). Il se prolonge en une dent cannelée et triangulaire, el de chaque côté, à peu de distance, se trouve un petit tubercule proéminent. Les lignes saillantes qui circonscrivent le rostre se continuent en
(I) Voy. -4nn. andMagaz. of Nalural History, 1844, vol. XIV, p. 455. (?) Voy.pl. 15, fig. 'I.
THltASSlNIENS FOSSILES. 219
arrière à une petite distance, ainsi que la cannelure médiane, qui est assez profonde. Une seconde ligne saillante se prolonge aussi de chaque côté en arrière des petits tubercules ou denticules.
» La similitude entre cette espèce et l'espèce actuelle est si grande, en tant «pie l'état du fossile permel la comparaison, qu'il est difficile de constater quels en sont les véritables caractères distinetifs. Pourtant elles diffèrent dans les proportions des pièces épimériennesou latérales dessegmentsabdominaux, qui sont moins développées chez le fossile (pic chez l'espèce actuelle, et dans la forme du segment terminal ou lobe médian île la queue, dont la longueur est à la largeur comme 8 : ft chez le fossile, et comme 11 : G chez l'espèce actuelle. Les cotes de la carapace sont chez le premier plus uniformément couverts de petits points saillants, qui, chez l'autre espèce, rendent la surface complètement rugueuse. Ce spécimen offre d'autant plus d'intérêt qu'il est le premier Crustacc fossile qui ait encore été trouvé à la Nouvelle-Hollande. »
Parmi les Crustacés des couches néocomiennes du département de l'Yonne, Robineau-Desvoidy (1) avait décrit une Thalassine sous le nom de Thalassina grandidactylus ; il figura même (2 ce qu'il appelle la main de cette espèce. Je me suis longtemps demandé à quoi pouvait se rapporter ce fragment. Enfin le Musée de la ville d'Auxerre ayant bien voulu mettre à ma disposition les pièces qui avaient servi de hase au travail de Robineau-Desvoidy, j'y ai retrouvé l'échantillon figuré, et j'ai reconnu, comme il est facile de s'en assurer, que ce qui avait été donné comme une main de Thalassine n'était que l'article hasilaire avec une partie de la tige de l'antenne externe d'un Astacien. Robineau-Desvoidy avait pris le tronçon de la lige de celte antenne pour le pouce, et l'article basilairepourla main, dont l'index aurait été brisé. Il était cependant facile de s'assurer, à la simple inspection de la pièce, que ce qu'il appelait le pouce n'aurait pas pu se plier, et par conséquent
('I) Voy. Ann. de la Société entomologique, 2e série, t. VII, 28 févr, 1849, p I3.Ï.
(2J Loc. cit., pi. 5, fig. 16, et ci-après, pi. 15, fig. 8 et 8*.
"220 ALPHONSE MII.tVE EDWARDS.
l'aire l'office de pince. Ce n'est malheureusement pas la seule erreur de ee genre qui existe clans le mémoire de Robineau-Desvoidy ; j'aurai dans le cours de cet ouvrage à en signaler un grand nombre,
§ iv.
Genre GEBIâ.
Sun.: Cancer, Montagu.
Gebia, Leach, op. cit. Edinburgh {Encyclop., 1814, t. VII).
Le genre Gébie, plus nombreux en espèces vivantes que le précédent, s'y rattache par quelques particularités, tandis qu'il s'en éloigne par un certain nombre de caractères assez importants pour constituer un genre.
La carapace, assez courte et comprimée, se termine par un petit rostre aplati (1) ; ses bords dentelés se prolongent sur la région stomacale ; cette dernière est peu considérable, cl très étroite en avant. La région cardiaque est peu distincte ; les régions branchiales ne présentent pas de dentelures comme chez les Thalassines.
L'abdomen, très long, est attaché au thorax par un premier article grêle et allongé ; les autres sont plats et larges. Enfin cette région se termine par une nageoire bien constituée, et dont les deux paires de lames latérales sont larges et carrées, au lieu d'être styliformes comme chez les Thalassines.
Les pattes de la première paire, presque semblables entre elles, différent peu de celles du genre précédent, c'est-à-dire que la main n'est qu'imparfaitement didaetyle. Le pouce est très long et grêle, quelquefois garni d'une dent. L'index est rudimentaire, et n'est pour ainsi dire formé que par le prolongement de l'angle antérieur et inférieur du poignet ('2).
L'avant-bras est très court ; le bras, très long et un peu courbé suivant sa longueur, ne présente à sa partie interne aucune trace de pièce complémentaire, comme il en existe toujours chez les
(1) Voy. IWgnc animal, Crustacés, pi. 49, fig. 1 , etc.
(2) Voy. pi. 16, fig. 4 et 4a.
TIIALASS1NIENS FOSSILES. 2"21
Calliaoasses. Le trocbanler est très peu développé, ce qui éloigne encore les Gébies du genre C;illi;ui;i.ssc. La main seule ne peut se distinguer de celle des Tlialassines ; mais si elle est articulée avec le reste de la patte, elle se reconnaît par la longueur du bras et par sa courbure particulière.
Jusqu'ici les Gébies n'ont été signalées à l'état fossile qu'en très petit nombre, et, comme nous allons le voir, il est probable que ce que l'on a donné comme tel doit être rapporté à d'autres groupes.
M. Herman de Mcycr range à côté des Gébies, mais avec doute, un Crustacé du grès bigarré de Soulz les-Bains, qui n'est connu que par une empreinte assez vague (1). .
La carapace de ce petit Macroure est beaucoup trop développée pour appartenir à un Thalassinicn ; à elle seule, elle occupe au moins la moitié de la longueur du corps, et l'abdomen ne paraît pas pédoncule. Maisn'ayant paseud'écbantillonsdecefossilc entre les mains, je ne puis décider à quel genre on doit le rapporter de préférence, et à en juger par la ligure que M. 11. Meyer en a donnée, il me parait impossible de le déterminer génériquement avec certitude; je suis même disposé à croire que c'est un très jeune individu, dont les traits caractéristiques ne sont pas encore bien développés.
Robincau-Desvoidy décrit trois espèces de Gébies des terrains néocomiens de l'Yonne : la G. Munsteri, la G. digitata et la G. Meijeri. De ces trois espèces, les deux dernières sont établies sur des fragments brisés, et qui ne permettent de les rapportera aucun genre, quel qu'il soit, comme on peut s'en convaincre en examinant les figures qu'il en a données, et que j'ai reproduites (2). La première, ou G. Munsteri, qui n'est connue que par la main, diffère du genre Gébie par des caractères bien tranchés (3). Les faces de la main sont bombées, ce qui donne à cet organe une
(1) Paleontograph. , t. IV, pi. I 0, fig. 9. — Muséum Seiickenbergianum, 1 834, t. I, p. 29i. — Xeue Gattung foss. Krebse, p. 25, et ci-après, pi. 15, fig. 6.
(2) Voy. Ami. de la Société entomolog., 2e série, t. Vil, p. 136, Bg. 18 et 19, et ci- après, pi. 15, fig. 1 0 et 1 1 .
222 AI.PHOXSE un, m: Edwards. — tiiu.assixie.ns fossiles.
forme renflée. Chez les Gébies, la main e.sl au contraire comprimée latéralement. Les bords, au lieu d'être tranchants et finemenl
(Iciiliculés, sont lisses et arrondis. Le pouce, très grêle et 1res court, présente un petit renflement sur son bord supérieur, il s'applique exactement contre la face antérieure de la main, et c'est à peine si son extrémité vient toucher à l'index ; au contraire, chez les Gébies, le pouce, très long et toujours lisse en dessus, se plie obliquement en dedans, et dépasse toujours au moins de la moitié de sa longueur le doigt immobile. Par conséquent, ce serait plutôt à une Salicoque, voisine des Crangons, que l'on devrait rapporter cette main.
On voit donc que de ces trois espèces nominales de Gébies, il n'en est aucune qui puisse être conservée comme membre du groupe dont l'étude nous occupe ici.