LES TURKS EN ASIE -MINEURE
etenim^ et passim circumferebantur, pascuorum sectantes commo^ ditatem, non hàbentes urbesvel oppida, vel alicuhi manentem civiiatem. J^olentesautemproficisci, incedebant simul qui ex eadem tribu erant, aliquem de majoribus contribulium suorum hàbentes quasi principem^ ad quem universœ quœ in eadem tribu simul emergebant referebantur quœstioneSj cujusque dicto ab utraque dissonantium parte parebatury cujusque non impune licebat examen declinare. Migrantes autem universam secum suam substantiam transferebant , equitia^ grèges^ et armenta, servos et ancillas : nam in his eorum omne consistebat peculium , nusquam agriculturœ dantes operam^ emptionum et venditionum ignorantes contractus^ sed solis permutationibus vitœ sibi comparantes necessaria. F'olentes autem alicubi^ locorum herbidorum amanitate tractij tabemacula figer e , et ad tempus aliquod moram sine molestia facere^ per quosdam ex suis, qui videbantur prudentiores , regionum principes solebant convenire^ et pactis initis sub placitis conditionibus , et certa tributorum prœstatione^ sub principe qui regioni prœerat^ moramjtusta condictum habebant in pascuis et nemoribus ». Guillaume raconte ici , avec des circonstances caractéristiques que ne rapportent pas les historiens orientaux compulsés par Deguignes , comment ces tribus pastorales étaient entrées dans le nord de la Perse , et de quelle manière le roi ayant voulu les en chasser, elles se réunirent, envahirent le pays à force ouverte, s'en rendirent maîtresses et y furent gouvernées par un chef de la famille de Seldjouk qu'elles avaient investi du pouvoir royal *, puis il ajoute : « Utque aliqv^a esset differentia saltem nominis inter eos qui sibi regem créaverant, et per hoc ingentem erant gloriam consecuiij et eos qui in SIM ruditate adhuc permanent , priorem vivendi modum non deèerentes, dicuntur isti hodie Turci; illi vero^prisca appellatione, TurcomanniCO. » Une vieille translation française de l'histoire transmarine de Tarchevêque de Tyr, presque contemporaine de l'auteur original (elle est du treizième siècle), rend ainsi le passage que nous venons d'en rapporter 5 peut-être ne sera-t-on pas fâché de voir quelle langue parlaient nos pères il y a six
* Willermi Tyrensis Archiepiscopi HistoriQ rerum in partibtu transma^ finis gestarum , lib, I , c. 7.
44â ASIE-MINEURE. [11* SIÈCLE ÀP. J.-C.
cents ans : » Li 7\irc et 1i Turcamen vindrent d'une racine et issirent d'une terre qui est vers bise quand Ton est en Surie. Si furent gent moult rude et sanz atirement, ne n^avoient nul pais ne nul certcin siège et queroient partout pastures à leurs bestes; n'onques n'avoient abité n'en cité n*en chastel. Quant ils voloient aler d'un leu à autre , si aloit touz un lignages par soi ; et avoient fel en chacun parante un prince qui estoit leur justisiers : par celui estoient amendé tuit li meffet, et faisoient ce que il cornmandoit. Il menoient avec euls toutes leur choses , leur sers , leur boiasses et bues et vaches et berbiz : en teles choses estoient toutes leur richeces. Nule terre il ne gaengnoient, ne il ne savoient riens acheter ne vendre, quar il n'avoient point de monoie , mes leur bestes , leur fromages et leur let chanjoient à ce dom il avoient meslier. Quant il avoient esté en un leu et mestiers etoit qu'il alassent ailleurs par les pastures, il enveoient des plus sages de leur pueple as princes des terres, et cil faisoient convenance a eux de demorer une pièce en leur bois et en leur pastures par le treu que il lor rendoient selonc ce que il estoit enlr'aux accordé... Et avint que cil pueples qui avant estoit si vix et si rudes, et vivoit aussint desatirieement comme bestes, orent conquis en moins de 40 anz si grant seignorie corn vos oez, et montèrent eu si grant orgueill que il ne vodrent plus avoir non si comme li autre estoient apelé dom il vindrent, einz fur apelez Tur, Li autre qui ne lessierent mie leur manière de vivre furent tozjorz nomez et sont encore Turqueman (»). n Guillaume retrace ensuite l'effrayant tableau des ravages faits par les Turks du sultan de Perse Belfeth (2) « dont l'innombrable multitude couvrait toute la terre , » dans l'étendue entière de l'Asie-Mineure
* VEitoire de Eracle$ empereur, et la conqueete de la terre d'Outremer; c'est la translation de l'estoire de Guillaume areevesque de Sur, Ëditioo donnée par rAcadémie des Inscriptions. Paris, 1. R. iShU , in-foi. , p. 29.
s II s*agit indubitablement d'AbouIfétah, fils d'AJparslan et son soecesseor au trône de Tlrân en 1072, sous le nom de Malek Chdh (Deguignes, Hist, des Huns y t. I, l" part., p. 242 ); cependant tous les historiens de l'Orient s'accordent à attribuer à Aiparsian lui-même cette expédition dans laquelle l'empereur Romain Diogène fut fait prisonnier (td. , t. II , 1" part. , p. 210 et suiv. ). Au reste, Aboulfétah y accompagnait son père; et ce fut danseette expédition même (où ce dernier fut tué), qu'il fut proclamé sultan i la t£ie de l'armée (l'tf., p. 214). De là sans doute la confusion.
FONDATION 1>£ LiSMPlAE D'iCOiNlUM. 4é9
depuis Laodieée de Syrie jusqu'à l'Hellespont, dans une Ion-» gueur de trente journées de chemin, sur dix à quinze de largeur, s'emparanl des villes^ raême les mieux fortifiées, détruisant les églisea, réduisant le peuple en esclavage ^ et poursuivant partout Tabolition du culte chrétien (0,
La nécessité de se ccMisolider sur le trône de l'Iran , que lui disputait un compétiteur, avait contraint Abouirétah*Hale](-châh de renoncer momentanément à la conquête déjà fort avancée de TAsie-Mineure; mais en ajournant cette grande entreprise, il était loin de l'abandonner. En 1074, il conféra à. Soliman, sou proche parent , le commandement des armées destinées à sou- Biettre les pays de Rùum^ ainsi qu'on nommait alors dans l'Orient les provinces des empereurs grecs qui se regardaient comme les successeurs des anciens Romains, et il l'investit de la souveraineté de toute la contrée comprise entre l'Ëuphrate et le Bos-« phore, à la seule condition que le nouvel empire des Seldjou-^ kîdes de Roum relèverait de ceux de l'Iran (^). ^ Cette partie de l'empire grec,, déjà ruinée par les fréquentes incursions des troupes des khalifes, et ensuite par celles que plusieurs bandes de Turks venaient d'y faire, ne résista pas longtemps aux efforts de cette nouvelle armée. Soliman parvint, sans beaucoup da peine , judqu'à Nicée, dont il s'empara. Cette ville, autrefois si célèbre par les conciles que les chrétiens y ont tenus, et qui était la capitale de la Bithynie , devint celle de l'empire turk (3) et vit ses églises changées en mosquées. Elle servit alors de retraite aux partis turks , qui se répandirent de là dans toutes les pro-< vinces voisines et qui osèrent s'avancer jusque sur le bord de la mer, vis-à-vis de ConstantinopleC*). Alexis Comnène, qui y
. A WiHe}iBis Tyren&is ÂrcMép. Historia rerum tranifnarin, , lib. I , c. 9.
' Gaubil, 1. 1, l'« part., p. 245; t. II, 2* part., p. 2. ' * Les historiens grées et ceux des croisades donnent le dqui de Pertam à lotis ces Turks, parce que ces hordes eovahissaiites sortaient de la Perse« On les nomma plus tard sultfaans d*/«om«m, quand cette ville fut devenue leur capitale. JoinvIUe les appelle sultans de Cornue ^ pour Conie ou Iconium* Le vievx traducteur français de Guillaume de Tyr écrit Coine^ ficoines, ycoine, Qaine^ avec toute l'irrégularité d'une orthographe non formée cherchant à exprimer une prononciation vicieuse.
^ Quod si copiam habuUset navium, dit l'Archevêque de Tyr parlant de Soliman, ipsam urbem regiam sibi pracul omni dubio subjeci9$et; fanfam 11^ 29
4M ASiB^Mimimt. [11* siècle ap. j.-e.
régnait, envoya contre oux une armée (en 1081); le» Grecs vie* torieax obligèrent les Turks de quitter la Ktbynie, et Sotimaii Ait contraint de demander la paix, que l'empereur grec, alors menacé d'une nouvelle guerre du côté de TOcoident, désirait également Elle fut signée sans aucun délai de part ni d'autre ; mais les Turks, qui ne cberchai«it qu'à faire de nouveaux établissements, et à qui par conséquent la paix n'était point avao* tageuse , ne gardèrent les traités qu'autant qu'il leur fallait de temps pour réparer leurs forces, et fecommencèrent aussitôt la guerre. » Nous n'avons plus maintenant à eb suivre les incidents uniformes. Tantôt repoussés, plus souvent vainqueurs, et dans ce flox et reflux de succès divers gagnant chaque jour du ter» rain, les Turks sont désc^mais les maîtres de l'Aste^Mineure. Non pourtant qu'ils la possèdent tout entière : les empereurs de Constantinople y conservèrent longtemps encore un grand nombre de plaoes et de territoires depuis la mer Egée jusqu'à l'Eupbrate) mais les terres restées à l'Empire étaient traversées en mille endroits par les conquêtes des musulmans. Les Turks de Nicée et les successeurs de Constantin traitent maintenant de puissance à puissance ^ les empereurs ne songent plus à disputer, pas même à contester aux sulthaas Seldjoukides les pro* vincos dont ceux-ci se sont emparés. A Texoeption de quelques parties du Pont, d'une portion de la Bithynie et de l'Ionie et des bautes vallées du Taurus depuis la Carie jusqu'à la Cilicie, toute la Péninsule est turque, et elle commence à être désignée dans l'histoire sous le nom de l\arquii (0.
Cette révolution capitale dans l'état de TAsie-Mineure était
enim Grœcis incusserat formidinem, ut vix regiœ civittUis se credermt mmnibuâ , «f tnarii inurpoêiH non êoHs iutum arbitrarentur prœiiiium. Lib. I, c. 9.
* Deguignes, t. II, 2*' part., p. a ; LelM»u, Uv. LXXXI et LXXXU» t. XV, p. 138, 185, etc., édiU S.-MarUn; Hammcr, t. I, tm'Ko; Priée, Mahommedan HiUory , vol. II s P* 885.— Outr* les poseessiom des sidUins d« Room, U y eut, à partir des dernlèrea années du oastèiBe siècle, une prindpaalé turque Indépendafite qui Gomprenait une partie de la Gappadoee,. et avait Méllténè pour capitale. Cette principauté , mentiennée non-seulement par les auteurs orientaux , mais aussi par les bIstorieBs latins des Croisades , subsiste près d'un siècle; elle Ait enfin reprise par les sultans d'Iconium* Degiiiines, • h 1** pan. f p. SSS^ et x* il, %• part., p* S4<
ÈRK NOUVELLE DANS l'oIST. GÉOGBAPH. DE l'aS.-MIN. Ht
consommée avafit l'expiration du onzième siècle , sinon pour la totalité, au moins pour une très-grande partie de la Péninsule. Un sujet d'étude bien plus important et d*un bien plus grand intérêt que la sèche nomenclature d'une série de noms barbares et le récit monotone d'une longue suite de combats et de ravages, serait le tableau détaillé de la double transformation que subit alors une vaste contrée, dans sa géographie et dans l'état de ses habitants , sous l'influence de la conquête. L'ancienne nomenclature géographique du pays s'altère ou s'eflace, soit par suite de l'introduction d'une langue nouvelle, soit par l'effet nécessaire des noirvclies habitudes du peuple vainqueur, de la distribution de ses tribus sur le territoire , et , plus tard , de la création d'un autre ensemble de circonscriptions administra* tires; les moeurs, les habitudes, la langue même du peuple Taincu éprouvent des modifications analogues par l'effet des mêmes causes, en même temps que, par une inévitable réaction, les habitudes, les mœurs et les usages du peuple vainqueur se modifient à leur tour et s'améliorent au contact des populations plus civilisées qu'il a soumises. Malheureusement les historiens de cette époque de rénovation, ceux de rOccident aussi bien que ceux de l'Orient, ne sont nullement philosophes et fort peu observateurs ; ce qui nous offrirait aujourd'hui le plus d'instruction et d'intérêt est précisément ce qui arrête le moins leur attention. C'est donc dans un certain ensemble défaits de détail plutôt que dans les récits mêmes des écrivains du temps que Fon retrouve les traces et que l'on peut suivre la marche progressive de cette grande révolution, qui s'est opérée, à partir du onzième siècle, dans la condition générale de l'Asie-Mineure, dans sa nomenclature géographique , dans l'état moral de ses populations, et même jusqu'à un certain point dans leur état physique. — Au surplus, cette absence de renseignements directs fournis par les auteurs de l'époque se comprend , même en faisant abstraction de leur peu d'aptitude à une étude de cette ttature. Une refonte sociale telle que celle qui a dû sortir dii rapprochement Kiolent de deux éléments aussi dissemblables à tous égards que l'étaient alors , que le sont même encore aujourd'hui l'élément turk et l'élément grec , celui-ci déjà énervé et dégénéré par l'excès même de sa très-ancienne civilisation ,
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celui-là encore tout plein de cette énergie sauvage qui appartient aux natures vierges et brutes , celte refonte, qui s'attaquait à la fois à deux nationalités opposées , et qui avait à surmonter leur double résistance, n'a pu s'opérer que par une action lente, journalière, presque insensible , dont la postérité reconnaît plus aisément les résultats que les contemporains n'en aperçoivent le travail.
En ce qui touche à la transformation, ou tout au moins aux allérations de l'ancienne topographie grecque, nous nous bornerons ici à quelques observations générales : les faits de détail se présenteront successivement, surtout quand nous suivrons.'les pas des voyageurs modernes dans toute l'étendue de la Péninsule CO. Et d'abord, un fait universel qui tient à l'ignorance où sont tombés depuis des siècles les descendants de ces Grecs d'Asie chez lesquels s'alluma jadis le flambeau de la civilisation hellénique , c'est que dans Tidentiâçation des noms classiques avec les localités actuelles , là où les anciens noms se sont perdus par suite de la conquête turque, il n'y a rien à attendre des traditions locales. Quelque merveilleuse que soit la conservation de la nationalité grecque et de la langue ancienne , même avec ses altérations , à travers une si longue période de dégradation , il n'en faut pas moins regarder comme une règle générale que la chaîne historique entre les Grecs d'aujourd'hui et leurs ancêtres est aussi complètement brisée que si c'étaient deux races distinctes. Lors même que les noms classiques ont survécu, plus ou moins altérés par la suite des temps et la corruption de la langue, les souvenirs des beaux temps de la Grèce, qui pour l'Européen lettré se rattachent à ces noms, sont absolument morts pour les habitants. La décadence générale de ce que l'on a si justement nommé le* Bas-Empire^ même avant l'irruption des hordes turques , avait préparé et en partie consommé cet oubli d'un passé glorieux \ la domination musulmane en a effacé jusqu'aux derniers vestiges. G'est surtout dans la nomenclature des rivièresetdesmontagnesquel'anéantissementdes dénominations classiques est le plus complet : fait d'autant plus remarquable,
^ Un savant anglais, M. Stanley, a prtîsenté des obserTations analogues suc la géographie comparée de la Grèce européenne ancienne et moderne. CUn* iical Muséum^ vol. I9 1844 1 p. 73.
PASSAGE DE l'aNC. NOMENCLATURE CéOGR. A LA GÉOGR. MOD. 453
que Ton sait combien en général ces appellations des localités naturelles de la patrie sont persistantes chez tous les peuples , mênïe''à travers les invasions étrangères et les changements de domination. La conservation d'une foule de noms de rivières et de montagnes portés jusqu'aux dernières extrémités de l'Europe, il y a peut-être quatre mille ans, par les plus anciennes émigrations orientales qui peuplèrent ces parties de notre con^ tinent, montrent assez combien ces dénominations tradition* nelles sont vivaces. Ici, au contraire, elles ont presque entièrement péri. Pas un seul habitant des bords du Halys ne connaît aujourd'hui ce nom jadis si fameux du plus grand fleuve de la péninsule : pour les Grecs comme pour les Turks, ce n'est plus que le fleuve Rouge , Kizil^Ermak , ainsi nommé du fond rougeâtre de son lit dans une partie de son cours. C'est à de telles circonstances locales, et plus fréquemment encore aux noms mêmes des villes que les rivières arrosent, que se rapporte la presque totalité des dénominations que leur ont imposées les Turks. Quelquefois une consonnance fortuite entre le nom ancien et un mot turk ayant une signification qui semblait présenter un rapport quelconque avec la localité , en a déterminé Tapplication moderne. C'est ainsi que partout où la finale nos se rencontrait dans les anciens noms grecs des rivières , les Turks l'ont transformée en sou , qui chez eux signifie eau , et que de HarpasoSypar exemple, ils ont fait Arpa-sou^ ou Rivière d'Arpa. Nous ne voyons que deux exemples où le peuple conquérant ait paru vouloir consacrer le souvenir de sa patrie originaire : c'est c'est dans l'application des noms du Sihounei du Djt&oun, ces deux fleuves fameux du Turk estan, aux deux plus grandes rivières de la Cilicie orientale, le Saros et le Pyramos de la géographie classique. De même pour les noms des montagnes. Les appellations aiîtiques de Paryadrès et de Skydissès , de Taurus et d'Amanus, de Dindymêne, de Tmolus , de Mesogis et de Sîpyle, ne subsistent ni dans la tradition , ni dans l'usage. L'Olympe lui-même, la montagne des Dieux , ne conserve son nom, autrefois vénéré , que dans la bouche des voyageurs ; et vainement chercheriez -vous quelque souvenir du mont Ida parmi les pâtres grossiers qui font paître aujourd'hui leurs troupeaux aux lieux où jadis le beau Paris conduisait les siens. Dans le petit nombre
^64 ASIE-MINEOBB. [J|« 8IÊCLB if. J.-C.
des noms apciens dont les noms acluels conservent la tmee le plus frappant est celui de V^rgaïos ou Argœus^ à peine altéré aous sa forme actuelle à'Ard^èh,
11 serait prématuré de parler maintenant de l'introduction des dénominations que la géographie turque applique aux diverses parties de la Péninsule j en remplacement des circonscriptions de l'ancienne géographie grecque et de celles du Bas-Empire, également oubliées : nous aurons à y revenir dans un des chapitres suivants.
Il est un autre point auquel nous serons également ramené par la suite et que nous ne voulons qu'indiquer ici : c'est le changement considérable, nous pouiTions dire la très-grande amé^ lioration qui s'est opérée dans le type physique des Turks depuis leur établissement à l'ouest de l'Ëuphrate. Un fait bien eonnu , c'est que dans ce contact des deux races juxtaposées sur le sol de l'Empire grec , la race conquérante et Is^ race conquise, la première seule a éprouvé ces modifications de type physionomique et de conformation qui sont la conséquence ordinaire des croisements de races différentes-, tandis que les habitants grecs ne paraissent avoir subi , à cet égard , aucun changement appréciable. 11 peut y avoir çà et là des exceptions de détail ^ mais dans sa généralité le fait est tel. C'est qu'à bien dire, il n'y a eu croisement que du côté des Turks, Obéissant en ceci au sentiment d'amélioration des races inférieures, ils ont toujours, autant qu'ils l'ont pu, choisi leurs fenmies au sein des nations plus belles que la victoire leur avait soumises , et ont ainsi purifié le sang grossier de leur propre race par le mélange du sang si remarquablement beau des Grecs et des Circassiens. Ce sont ces deux nations, qui , dès les premiers tempçi dn contact de la race de Seldjouk avec les populations occidentales , Wt à peu près exclusivement peuplé de leurs femmes les harems ()ea ebefa , et donné des mères à leurs fils. Les Turksi de rang inférieur ont suivi l'exemple des grands toutes les fois que leur fortune leur a permis d'acheter ces belles esclaves si chères à teup sensualité; de sorte que de proche en proche et de génération en génération, le type original des Turks a tendu de plus 0» plus à s'identifier avec le type grec et circassien. Ce n'est guère que dans les derniers rangs, et surtout chei ces Turkomani
TSANlFORMÀTiON raYSl^UE DES TURKS. 4ôS
nomades qui ont gardé lea mœurs de leurs ancêtres , que Ton peut retrouver aujourd'hui les trails do la race.
li est un troisièiûe peuple qui a formé de tout temps une portion notable de la population des extrémités orientales de l'Asie» Mineure : ce sont les Arméniens. II convient d'autant mieux d'en dire ici quelques mots, qu'à l'époque où nous sommes arrivé, c'est^à dire à la fin du onsième siècle, ils acquirent une nouvelle extension de ce côté^ci de l'Euphrate > et s'y formèrent de nouveaux établissements. Nous savons que depuis longtemps les pays riverains de la droite du fleuve , depuis la Comagène jusqu'aux montagnes pontiques, avaient été distingués par l'ap* pellation de Petite- Arménie, qui indiquait l'origine des habitants ) et le tableau des divisions administratives de la Péninsule nous a montré que cette Arménie-Mineiire avait été partagée en deux provinces sous les empereurs grecs (0. Vers le règne de l'empereur Héraclius, c'est*à-dire dans la première moitié du septième sièele, les déchirements occasionnés par les guerres ecmtinaeUes des Grées et des Perses, qui s'étaient partagé la grande Arménie lors de Fextinôtion de la dynastie arsacide en 428, et qui depuis lors s'en disputaient la possession exclu* sive , amenèrent un grand nbmbre d'Ariiiààiens dans le Pont et la Cappadoce^ ce qui donna Heu à la formation d'une troisième Arménie, distinguée, dans la nomenclature des thêmeê à\x Bas- Empire, par le nom de ihéme «rméniaque^ dont le chef-lieu était Amasée. Quatre cents ans plus tard, lors des irruptions des Turks en Arménie, d'autres émigrations arméniennes vinrent ehercher en Asie- Mineure, où les Turks n'avaient pas pénétré encore, tin refile eotitre leâ cruautés des bordes de SeLdjouk. Mais eomoie les cantons de l'Euphrate et les confins du Pont étaient occupés d^à par les compatriotes des nouveaux immigrants^ ceux-ci s'avancèi^ntplus nU sud^ et vinrent se cantonner dans les hautes vaUée du Taurus, qui couvrent la Cilicie orientale. Postés dans ces lieux presque inaccessibles, entre les rochers et les précipices, ils y bâtirent des châteaux où chaque chef résidait, et d'où il dofninaitle pays d'alentour* Indépendants les uns des autres , tantôt ils se faisaient la guerre entre eux podr
* Ci'dessus , p. 496.
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' agrandir leur territoire , tantôt ils se réunissaient pour repoussa les attaques des Turks ou pour Leur enlever quelque ville. Quoi* qu'ils fissent, comme les Grecs, profession de la religion chrétienne , et qu'ils y fussent même fort attachés, ils n'épargnaient pas les terres de l'Empire. Après l'établissement des Francs dans le nord de la Syrie , à la suite de la première croisade, ils disputèrent longtemps aux princes d'Autriche ee que ceux-ci possédaient au delà du mont Âmanus , et s'emparèrent par soc* cession de temps de la Cilicie entière , depuis le golfe d'Issos jusqu'à Antioche de Cilicie à l'ouest du cap d'Anemour, dans une longueur de plus de quatre-vingts lieues, entre la mer et le Taurus. Ils relevèrent le château de Sis , ruiné par les Sarrasins lors de leurs premières irruptions en Cilicie^ et lorsque vers la fin du onzième siècle (1080) , un de ces princes nommé Rhonpèn , ayant fait reconnaître sa suprématie par les autres chefs, eut fondé un nouveau royaume arménien de Cilicie, qui comprenait, outre la Cilicie même, quelques portions de la Syrie, de la Petite- Arménie, dé la Cappadoce et de l'Isaurie , Sis devint la résidence ordinaire des princes Rhoupéniens, et elle s'agrandit considérablement. Elle n'était pas fortifiée; mais elle avait sur la montagne un château très-fort, au pied duquel la ville se déployait en amphithéâtre (0. La dynastie de Rhoupèn subsista, avec diverses phases de fortune, jusqu'en 1342, où elle fut remplacée dans le royaume d'Arménie par les princes de Lusignan, expulsés à leur tour, trente ans plus tard, parles mamelouks Baharites d'Egypte.
Dès l'an 1060, ajoute l'historien du Bas-Empire à qui nous empruntons une partie de ces détails W, les courses des Turks avaient obligé le Catholique d'Arménie — c'est ainsi que se nommait le patriarche — à transporter son siège à Sébaste (la Sivas des Turks) ; il fut de là transféré à Sis , où il subsista près de trois cents ans, jusqu'à l'irruption des Mamelouks. Les
* Cette phce de Sis, dont l'existence ne paraît dater que de l'époque du Bas-Empire, est située sur un affluent de Tanclen Pyramos,le Djihoun des Turks , à quelque distance au nord d'Anazarbus. Nos TOjrageurs récents nous l'y décriront sous le même nom.
« Lebeau , llv. LXXXVI , t. X VI , p. 25, édit. 1824. Cf. la note de M. Brosset, p. 381 , et Saint-Martin, Mémoires historiques sur Vjirménie,
lES ARMENIENS EN ASIE-MINBURB. 457
ÂrménieDS s'accordaient avec les Grecs presque sur tous les dogmes de la religion , mais non pas sur les pratiques. Ennemis des Grecs, auxquels ils avaient dté longtemps assujettis, ils affectaient de s'éloigner de leurs usages. Leur langue et ses caractères diffèrent, comme on sait, de ceux de leurs voisins. Tous étaient soldats , presque aussi sauvages que les montagnes qu'ils habitaient, et toujours les ^mes à la main. Les historiens les montrent aussi prompts à changer d'alliance qu a en con-> tracter, selon leurs intérêts.
Nous avons déjà plusieurs fois été amené à prononcer le nom des Croisades : il nou^ faut maintenant nous arrêter sur ces gigantesques expéditions du douzième siècle, en tant qu'elles touchent à l'Asie-Mineure, et rechercher quels renseignements les historiens contemporains fournissent sur l'état de la Péninsule à celte malheureuse époque.
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