‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 99 sur 123 · LES ARABES EN ASIE-MINEURE · texte numérisé non relu

LES ARABES EN ASIE-MINEURE

d*une fois jusqu'en Bithynie et aux approches du Bosphore, pendant que leurs bâtiments infestaient les côtes, depuis la Cilicie jusqu'à Rhodes. Tyane , la capitale de la deuxième Cappadoce , ville grande , riche, et depuis longtemps célèbre, fut ruinée et dépeuplée dans une de ces incursions, ainsi que beaucoup d'autres villes de la Cappadoce , de la Phrygie et des cantons voisins (0. Mais les diverses tentatives des Musulmans sur TAsie- Mineure n'aboutirent qu*à ces ravages 5 et lorsqu'au milieu du dixième siècle le khalifat démembré eut cessé d'étendre sur l'Asie un sceptre qu'avaient si glorieusement porté les al-Mansor et les Haroûn-al-Reschid , les empereurs de Constantinople se remirent en possession de Tîle de Cypre , de la Cilicie, et des cantons riverains de TEuphrate (de 958 à 965) , outre qu'à leur tour ils rendirent tributaires les émirs du nord de la Syrie jusqu'aux environs de Hems , de Baalbek et de Tripoli W.

Mais ce retour de puissance au delà du Taurus ne devait pas être de longue durée. Un nouvel ennemi va se montrer bientôt, plus terrible encore et plus redoutable que les Arabes , et contre lequel les empereurs grecs essayeront vainement de défendre leurs provinces d'Asie : ce sont les Turks. Leur apparition sur l'Euphrate date de la seconde moitié du onzième siècle.

Rien du plus obscur que l'origine des Turks. Faut-il voir en eux une race isolée et complètement distincte par ses traits physiques et par sa langue , des autres races-mères de l'Asie Centrale, ou se raproche-t-elle d'une de ces races par ce double lieu d'affinité originaire , soit des Mongols aux cheveux noirs et aux traits aplatis, soit des Finnois à la chevelure rouge et au profil mieux accusé? C'est ce que l'histoire ne nous dit pas, et les recherches encore bien incomplètes de quelques savants modernes n'ont fourni à cet égard que de douteuses et faibles

» Lcbeau , Hist: du Bas-Empire , liv. LXU et LXIII , t. XII , p. 68 et 174 de rédition de M. de Saint-MarUn ; Ut. LXXII, t. XIII, p. 335 et 361, etc. Lebeau a reproduit tous les renseignements fournis sur ces époques par les historiens grecs du Bas-Empire. M. Price , Mahommedan History^ vol. I, p. /|68 , etc. , a réuni ceux des historiens orientaux , beaucoup moins abondants et moins circonstanciés que les premiers en ce qui regarde TAsie- Mineure.

> Lebeau , Ht. LXXV, p. 72, édit. S.-MarUn.

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lumières (0. Ce qui est certain , c'est que les Turks forment tme très-nombreuse famille de peuples^ et Ton sait, par le témoignage des annales chinoises, que leur berceau primordial, ou do moins leur plus ancienne habitation connue, fut la haute région altaïque qui borde au nord le plateau central de TÂ^e (^). C'est de là qu'après de longs siècles d'une existence ignorée de l'bi»toire, une de leurs hordes, les Ouïghours, conduite par no chef resté célèbre dans les traditions nationales sous le nom d'Oghouz-khân, descendit dans la région moins âpre que nous nommons le Turkestan chinois , y habita des villes , et y développa, longtemps avant notre ère, une civilisation remarquable dans cette région de peuples pasteurs. C'est aux fils d'Oghoozkhân que l'histoire traditionnelle des Turks rattache la généalogie des principales tribus de la nation, et en particulier celle des Turks occidentaux , chez lesquels se conservèrent , plus

1 Deux auteurs récents, MM. de Hammer et Prichard, de qui Ton devait attendre, dans deux lignes différentes mais également spéciales, des recherches plus approfondies sur la question des origines turques , sont peut-être ceux qui fournissent à cet égard les notions les moins satisfaisantes. M. de Hammer, dans la vaste composition historique qu'il a consacrée à Templre ottoman, s*est identifié avec Tesprit et la manière des écrivains orientaux au point qu'il semble s'interdire à dessein toute excursion de critique et d'érudition , et il n*a pas même abordé cette question d'ethnologie qui aurait bien valu quelques mots, lors même qu'elle -ne se serait pas liée aussi étroitement à son sujet; ce qu*en dit M. Prichard, dans ses Recherches sur l'Histoire physique du genre humain, est non-seulement très-incomplet, mais ne présente pasi beaucoup près autant de méthode et d'investigation qu'on pourrait le désirer.

* Deguignes, Histoire de Huns, t. I, prem. part., p. 21 A, etc., 1756. J. Klaproth, Asia Polyglotta^ p. 210, 1823, et Tableaux historiques de l'Asie, p. 101 , 1826. Hammer , Geschichte des Osmanischen ReicheSj 1. 1, init.f 1827. St-Martin, dans l'^ù^otr^ du Bas-Empire de Lebeau, nouf^ édit. , t. IX, p. 381, 1828. James Cowles Prichard, Researches inlo th» Physical History of Mankind^ vol. IV, p. 304, 184/i. — Les témoignages des auteurs chinois recueillis par Deguignes sont encore le fonds principal sur lequel ont travaillé les savants d'une époque plus récente; mais M. Klaproth, le premier, a bien démontré Terreur où Deguignes était tombé, faute de distinguer suffisamment les diverses natipns de l'Asie-Centrale , en confondant les Hioung-nou des écrivains chinois, un des noms sous lesquels ils désigoeot les Turks, avec les Huns de nos annales d'Occident. Au surplus, ce n'est pas ici le lieu de nous étendre sur un sujet que nous aurons à reprendre par la suite d'une manière spéciale.

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longtemps que chez les Ouighours, les habitudes nomades de leurs premiers ancêtres.

La nombreuse tribu de Seldjouk , sœur des Turks Oghouzes , avait demeuré d'abord dans le Turkestan oriental, d'où elle Tint s'établir plus à l'ouest sur les bords septentrionaux du Sihoun, le Jaxartesdes anciens , et de là, successivement, au sud du Sihoun dans les plaines de Bokhara, puis au midi de rOxus dans les vastes pâturages du Khoraçân. Là, en peu de temps, ils s'emparèrent de plusieurs villes et se rendirent maîtres de tout le pays , qui reconnaissait alors l'autorité d'une autre branche de la famille turque, les Ghaznevides. Ceci avait lieu dans la première moitié du onzième siècle , de 1034 à 1037. Il y avait longtemps, à cette époque, que les Turks de Seldjouk avaient embrassé Tislamisme. De jour en jour plus redoutables , ils poussèrent leurs incui*sions dans tout l'Iran , dans l'Arniénie, dans la Géorgie et jusques sur l'Euphrate. Le khalife de Bagdad gardait encore, même depuis la perte de son autorité temporelle, tout le prestige de son caractère religieux comme successeur du Prophète : Toghroul-begh, le chef des Seldjouk ides, fit alliance avec le chef toujours vénéré de l'islamisme , dont il épousa la fille , se fit investir dans Bagdad du titre de sultan , fit ajouter son nom , dans les prières publiques, au nom du khalife (1037), ce qui est en Orient la marque du pouvoir suprême, et bientôt , en effet , régna sur la Perse entière , depuis les confins de l'f nde jusqu'à ceux de l'empire grecCO. Dans le cours du onzième siècle, on compta cinq rameaux de cette puissante famille de Seldjouk, qui prirent leur nom des provinces qu'ils possédèrent : au premier rang , les Seldjoukides de l'Iran , ceux-là mêmes dont nous venons d'esquisser l'histoire ; puis les Seldjoukides du Kermân , ceux de Haleb et de Damas , enfin les Seldjoukides de Roum ou d'Jkonium, les seuls dont nous ayons maintenant à nous occuper.

Les Turks , dans leurs excursions de guerre et de pillage , avaient atteint de bonne heure les bords de l'Euphrate; ils ne tardèrent pas non plus à franchir ou à tourner cette barrière des provinces grecques. Dès l'année 1060, on les voit saccager la Petite Arménie , la Khaldie , la Mélitène et les cantons limi-

• Deguigiies, t. I, V partie, p. 241 ? t. II, 1" part., p. 185 et sulv. D« Hanimer, loc. ciU Klaprotb, Tabl hUtor, de l'Asie^ p. 130.

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trophes riverains du fleuve; en 1067, on les trouve dansia Cilicie , dans toute la Cappadoce dont ils prennent la capitale Gésaréé , et bientôt après dans la Lykaonie , dans la Phrygie et jusques dans la Pisidie ^0. C'est à l'occasion de ces incursions des hordes turques que nous rencontrons dans les bistorieDsdo temps la première mention de la ville d'Ërzeroum , sous le nom Û*yérzên : ce n'était encore qu'un lieu dépourvu de murailles, quoique déjà grand , riche et peuplé , mais néanmoins très-inférieur à la ville voisine de Theodosiopolis, dont les restes portent aujourd'hui le nom turk de Hassan-kalèh^ le Château de Hoisan (3). L'empereur Romain Diogène, qui était accouru au devant de ces barbares, tomba lui-même entre leurs mains (1072), et ne fut renvoyé qu'au prix d'une forte rançon. Les historiens vantent néanmoins la noblesse de sentiments et la générosité inattendue dont fit preuve Alparslan , le second sultan seldjoukide de l'Iran , qui commandait en personne cette expédition. — « Qu'auriez- voua fait si j'eusse été votre prisonnier? >• d^andait-il un jour à Diogène. L'empereur répondit brusquement qu'il l'aurait fait déchirer à coups de verges. — « Moi, répartit le sultan , je vous traiterai d'une manière plus conforme aoi maximes de votre loi •, car. j'entends dire que votre législateur recommande l'humanité et l'oubli des injures». Et la conduite d' Alparslan fut en effet conforme à ses paroles C^). Mais si le sultan affectait de montrer en cette occasion des sentiments dignes d'un roi , le peuple qu'il conduisait à la conquête de l'Asie-Mineure n'en conservait pas moins toute la rudesse et toute la grossièreté de mœurs de ses steppes natives. Un bistorieu du siècle suivant, le célèbre Guillaume, archevêque de Tyr, qui était né dans la Syrie même et qui connaissait bien les Turks avec lesquels les Croisades avaient alors mis les Francs en contact, en a fait un portrait d'une grande vérité. « Ge/M Turcorum seu Turcomannorum {nam ah eodem habucrunt origines) ab initio septentrionalis fuit^ dit l'historien des premières croisades, inculta penitus^ et certam non habens sedem, f^agiAanifff

* Deguignes, t. II, 1" part. , p. 200 et suiv. Lebeau, liv. LXXIX, t. XIVi p. 436 et suiv. , édit. S. -Martin.

* Lebeau I t. XIV, p. 355.

» /d., p. ft99; Deguignes, t, II, 1" part., p. 210.

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