‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 103 sur 123 · LES CROISÉS Ë^ ASIE-MINEURE · texte numérisé non relu

LES CROISÉS Ë^ ASIE-MINEURE

cienne Tbyane , fraDchissait le Taurus oriental au-dessus du Cokson CO et de Mérâsch W : de là elle n'avait plus qu'une journée de marche pour arriver sur les rives de TOronte et dans la valide d^Antioche. Les armées de 1101 » dont la marche se rattache aussi à la première Croisade, suivirent des routes plus détournées. Afin d'éviter le pays saccagé que les troupes de Godefroy et de Tancrède avaient parcouru en 1097, elles gagnèrent directement de Nikomédie à Angora, d'où quelques bandes, tournant au nord, s'enfoncèrent dans les montagnes de la Paphlagonie, nom que les chroniques transforment en Flagania^ pour aller, disaient les Croisés, conquérir le pays de Korazan (3) \ pendant que les autres prenaient au sud à travers 1q plateau phrygien et le long du lac salé de Tatta, pour venir rejoindre la grande route de Syrie à Stancone ou Iconium. Peu d'entre les croisés l'atteignirent : les fatigues , la misère et les flèches des Turks avaient fait parn^i eux d'affreux ravages. Cette expédition de 1101 fut particulièrement féconde en désastres pour les troupes indisciplinées des chefs chrétiens : l'Asie-Mi^ neure, selon l'expression d'un voyageur moderne, nous ap-

qn' Archelais était arrosée par le Halys , éuonciaUon fauUve, il est vrai, mais qui nous reporte du moins à cet affluent du Halys que le géographe romain conrondait avec le fleuve principal {i)oy, ci-dessus, p. 393). Nous penserions volontiers, a\*ec M. Leake, que cet Erégli cappadocien peut nous représenter jérkkalia, ville meolionnée par Ptolémée, qui la place dans la préfecture cappadocienne de Gilici.e, et qui la distingue, conséquemment» de la colonie iïudtrchelaiSy celle-ci étant attribuée ik la préfecture garsauriUque (Plolém,, lib. V, c. 6. Leake , Journal of a Tour in Asia-Minor ^ c. 2, p. 65, édit. in-8. Comp. Maunert, Géographie der Griech. und liœm,^ t. VI, p. 265, édit. 1801).

■*■ Ou Coxon. Le Cucusius des itinéraires romains, aujourd'hui Goksoun ou Gheuksoun.

* C*est Tancienne Germanicia^ dont les Turks avaient changé le nom eu celui de Mérâsch ou Marâsch. Les chroniques contemporaines des Croisades écrivent tantôt i^/arast> ou Maresia^ tantôt Mariscuê. La forme vulgaire, Maresehy se trouve dans Albert d*Aix (Albertus Aquensis, Historia Hie^ rosolymUanœ Expeditionis , c. 27; ap* Bongars, 1. 1, p. 224).

* Serait ce cette parUe moutueuse de la Paphlagonie que Ton trouve désignée dans la géographie turque sous le nom de Karadja-Dûghi , à une quinzaine de lieues au nord de la ville d*Angora? Non loin des sources de l'Oulousoo, qui arrose ce canton, les voyageurs signalent un village du nom de Karadja-viran,

48S Aftis-*iiniBimK. [ 12« siècle ap. j.-€.

ptirait comme ua Taste sépulcre qui ne s'oavre aux années d Europe que pour se refermer sur elles <0. « Quel deuil pour h Chrétienté ! que de larmes devaient couler, quand des Croisés, revenus de la R&manie comme du pays des morts, racontaient tant de tristes aventures , de dëplordl>les catastrophes ! Le chnv niqueur Ekkeard nous dit que ces nouvelles armées auraient voulu , comme l'armée de Godefroi , se faire un nom parmi les peuples du monde, mais que Dieu refusa de les seconder. Dans cette année 1101, plus de cinq cent mille pèlerins hdssèrent leurs os dans les montagnes et les déserts de l'Asie-Mineure. »

Les armées de la seconde croisade prirent d'autres chemins. L'armée des croisés allemands que conduisait Conrad H, partie des rives du Bosphore, s'avança vers la Lydie. De là, suivant des guides infidèles, elle marcha de Laodicée vers les frontières de la Galatie, où, vaincue par la faim, elle tomba presque tout entière sous le fer des barbares. On ne peut savoir avec précision les lieux qu'elle parcourut, les combats qu'elle eut à soutenir-, seulement les chroniques contemporaines nous diseat qu'il ne resta que la dixième partie d'une multitude infinie de fantassins, et de soixante et dix mille cavaliers armés de cuirasses. Dans cette même croisade de 1144, Parmée française de Louis VII , après avoir franchi le canal de Constantinopie , ou, comme on nommait alors vulgairement l'ancien Bosphore, le Bras de Saint-Georg$ , contourna la Propontide et ses deux golfes jusqu'aux environs du- lac d'Apollonias , coupa obliquement à travers la Mysie jusqu'à Pergame, longea la mer Egée jusqu'à la plaine d'Éphèse en passant par Smyrne, gagna les bords du Méandre et Laodicée , puis , après avoir été mirprise et battue par les Turks dans les montagnes voisines , oontinaa de là sa route , au milieu d'obstacles et de périls sans nombre , Jusqu'à JTato/ic, l'ancienne Olbia^ où elle s'embarqua pour la côte syrienne.

Dans la troisième expédition ^ celle de 1188, les croisés fran^ çais de Philippe-Auguste, et les Anglais du chevaleresque Richard , le monarque au cœur de lion , s'étaient rendus par mer en Palestine. La seule armée des Allemands, sous la conduite de Frédérik, prit la route de terre comme dans les expéditions

^ Poujoulat, Correspondance d'Orient^ t. lU, p, 223*

MARCHES DE8 CROISlSS EN ASIE-MINEURE. 493

prëcédeates. fille passa l'Hellespont à Gallipoli. Cette armée laissant à sa droite le mont Ida et la Troade , à sa gauche la Propontide et l'Olympe, se dirigea vers la Lydie en traversant SpigUÈt (Oy Fjpomenon (>) et d'autres bourgs ou châteaux situes dans l'intérieur des terres au-dessus de Pergame ; puis , a{)rè8 avoir franchi succesàivement le Caïqtie et Ylîermus , gagna Laodicëe par Philadelphie. De Laodicée, tirant droit à l'Est, les Allemands pénétrèrent dans la Pisidie, atteignirent Philame^ lium, que {dnaiéurs chroniqueurs nomment f^intmil, entrèrent dans Coigne ou Iconium, après avoir remporté une grande victoire sur lesTurks, el là, tournant au sud et s'engageant dans les gorges du Taurus, descendirent la pittoresque Vallée du Sêlefi^)^ qui coupe l'ancienne Cilicie montagneuse : c'est là que Frédérik devait trouver la mort, au fond des eaux glacées du torrent. Un chroniqueur allemand, qui suivait l'expédition, nous dit que Virgile et Homère ne pourraient suffire à décrire les oombats qu'elle eut à livrer, les souffrances qu'elle endura dans sa marche. Moins de cinq mille hommes, misérables restes d'une armée florissante, arrivèrent devant les murailles de Saint - Jean-d'Acre, qu'assiégeaient alors Richard Cœur de-Lion et Philippe-Auguste (*).

Ce rapide aperçu des marches diverses des Croisés en Asie- Mineure, montrera de quel intérêt géographique en seraient les itinéraires, si l'histoire contemporaine nous les avait transmis avec les détails que nous y cherchons vainquent* Les sources , cependant, sont assez nombreuses. A ne citer que ceux des chroniqueurs qui firent partie des expéditions qu'ils racontent, ou qui écrivirent, dans le siècle même des Croisades , sur les ren- Sdignements directement fournis par des témoins oculaires, nous avons à nommer, pour la première Croisade, Pierre Tude-

> Big9« sur rancieii Ésèpe.

* Évidemment le Pœmanenus, ou plutôl Tun des deux Pœmanênoi de Itedenne géographie. Foyêx^ sur cette disUoctlon de deux localités an* dennes du nom de Pœmanenos, les dfouvêllei Annalêi dn f ^yaffêê^ u I] de 1SA$, mai, p. 130.

, ^ C'est la rivière de Séleflcèli, l'ancien Kalykadnêâ. LesTurks la nomment aujourd'hui Gheuk-sou. On a souvent confondu cette rivière où se noya l'esH pe>var Frédérik avec le Kydnos ou rivière de Tarse.

* Mkhaiid« daas lea JYouvêlUê Annahê dêi Fvyagu , t» I de IMS, p« M.

bode de. Sivray CO, Robert le Moiue ^'^\ Tarcbevêque Baudry C>), Uaimoud d'Agiles (^), Albert d'Aix (s), Foucber de Chartres et son abréviateur anonyme C<}), Guibert de Nogeot C?), Raoal de Caeii (*<); enfin, plus célèbre que les précédents, et 1^ surpassant de beaucoup en effet par rinstruction, le style et riotérèi, Guillaume, archevêque de Tyr (^). Guillaume noua raconte aussi les événements de la seconde Croisade, qui a eu en outre ses historiens originaux, pour l'expédition frimçaise conduile par Louis VII, dans deux moines de Tabbaye de. Saiat-Denis (<<»,

' Pftlrl Tudebodl sacerdotls Sivracensis Historta de Hierosolymitano Uinere^ dans la CollccUon de» Duebesne, Uitlorim Franeorum Scripidres edaîanei (Lutet. Paris. 16a«-6Q, io-lol., 5 voir), t. lY, p. 777.

* Roberti Monachi Uistoria Uierosoi^fmitana ^ daAS le Recueil de Bongars« Ge$ta Deiper Francos^ Hanoviae, 1611, in-fol. , 3 vol., t. I, p, SI.

* Baidrici Archicpiscopl Historia Hlerosolymitana ; ibid. , p. 85.

^ Raimondi de Agiles, Historia Francorum qui céperunt Hîerusolem; ibid., p. 139.

^ Albert us Aquensis, Historia Hierosolymitanœ ExpetUtionû; Jbl^l* p. 18Û. Albert d*Aix est le seul qui donne un récit quelque peu circonslaocié de la marche des armées de 1101 en Paphlagonie et en Galallc.

« Fulcheril Carnoicnsîs Gesta Peregrinantium Francorum cum armis Hierusalem perffentium; et Anonyml Qesta Francorum êxpugnantium Hierusalem; ibid., p. 3âl et 5G1.

"7 Guiberti Historia Hierosolymitano^ seu Ge$ta Dei per Francosj ibid. , p. A67.

s Radulplii Cadomensis Gesta Taneredi in Expéditions Jerosolymitanây dans le Thésaurus JVovus Anecdotorum des Bénédictins Marlenne et Durand (Lutet Paris. 1717, in-rol., 5 vol.), t. III, p. lOS, et dans la GoUecUon des Antiquités ilal^'ennef de Mura tori , t. Y, p. 2^5*

9 Willermi Tyrensls Arcblepiscopi Historia reruxa in partibus iransnmrinis gestarum; ibid. , p. 625. Guillaume de Tyr vient d'être réimprimé par les soins d'une commission spéciale de TAcadémle des Inscriptions et Belles- Lettres (Paris, 1845,, I. R., gr. In-fol. , 2 parties); on y a joliit ea regard une vieille traduction française de la première Bioitié du treizième siède, curieuse au moins comme monument de la langue. Celte réimpression de Guillaume de Tyr est le point de départ d'une nouvelle collection des historieiis originaux des Croisades , qui laissera loin derrière elle , par le choix et le nombre des pièces, aussi bien que par la sévère révision des textes, le Recueil pourtant si précieux et aujourd'hui si rare de Bongars.

10 L*un est anonyme ; et sa chronique , intitulée Gesta lÀuioviei Fll^ a été insérée dans le t. lY, p. 399, de la Collection des Duchesne. L'autre, nommé Odon de Deuil , a écrit une histoire spéciale de Texpédition de Louis VII en Orient (Odonis de Diogilo, De Ludovici f^H Prifeetionein Oriwt^m t HM ni) » laquelle se trouve en tdte ^'un ottvrag* publié eo 1969

SOtmCfiS OAlGINALfiS ^OCR LA CéOGft. DES CROISÀI^ES. 465

runotTaulfc témoins oculaîroâ, et pour» rcxpcdiiion deTempcpcup Conrad, dans révoque Olhon (0. La malhcureusô expédition de Frédérik Barberousse, lors de la troisième croisade, a trouvé de même son historien parmi ceux qui aceom|>agnaient l'empereur : c'est un ecclésiastique allemand, nommé Tagcnon, qui nous en a laissé le récit W.

Nous ne citons pas ici un écrivain du treizième siècle, Jacques d Vitry, parce que son Histoire de Jérusalem^ très-curieuse d'ailleurs et beaucoup plus riche qu'aucune des chroniques précédentes en détails géographiques, se rapporte à jkîu près exclusivement à la Terre-Sainte et à la Basse-Égypie, et ne fournit aucun renseignement dont puisse profiter l'histoire géographique de l'Asie Mineure C^).

Ceux que l'on peut tirer des itinéraires des armées chrétiennes dans la Pénitisule , ne demandent pas de longs commentaires; le peu d'éclaircissements que nous avons cru devoir y joindre suflBsent, ce nous semble, pour en rendre l'application facile à la fois et sur la carte ancienne et sur la carte moderne, cette géographie informe des Croisades participant presque également des deux époques (^). Nous ajouterons seulement un petit

par le JéMiite Cliifilet , sons le titre de Sancti Bernardi ClarevalUnsis aih balis genus illustre assertum; in- 4»

1 Oiiionis Frisingeiisis Episcopi libri II, dans la coIlccUon d<<Jà ciléc de Muraiori, t. VI, p. 6^0.

* 'ragcnonis, docaiii Palaviensis, Descriptio expeditionis yfsiaticœ contre Jurcas Frederici Jwperaioris, Dans le Recueil donné par Bue. Goth. Siru\ius soui le titre de Ilerum Cermanicarum Scriptores ^ t. I, p. /|07.

* Nous nous sommes beaucoup aidé, dans cette énuméraiion des sources ori» gînales de IMiisloIre et de la géographie des guerres saintes, de la Bibliographie des Croisades en deux volumes, qui forme l'appendice de THisloire do H. M. chaud. Les analyses substantielles que Ton y trouve de toutes les clironiqiit'S ({ui se rattachent à cette longue suite d'expéditions, nous ont permis de ne ncourir aux originaux que pour celles-là seulement où nous pouvions trouver des renseignements directement utiles à Tobjei que nous a>lons en vue ; cet excellent travail nous a ainsi épargné de fastidieuses recherches et une longue perte de temps.

^ Il irixiste pas, que nous sachions, d'ouvrage spécialement relatif à la g<W))rraphie des Ooisades : il faut dire aussi que jusqu'à ces d 'rnlers temps un tel ouvrage eût été impossible, faute de notions s ffisammeitt précises s.ir les coruiéos oîi ces expéJi lions s'étendirent. M. ^lichauJ , après a\oir consacré Je longues années à retracer l'histoire de cette lutte mémorable entre la Chré-

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