V, J,«C. ] CONQUÊTES D'ALEXANDRE. S
jeette de rbisterien grec , montrent que rien n'y est obangé depuis deux raille ans, ni les habitants, ni le pays. Ce que les soldats eurent de soufirances à endurer au milieu des sables de la Gédrosie , sous le soleil ardent du tropique, est indescriptible ', ce ne ftit qu'après de grandes pertes et des privations -inouïes que l'on gagna les terres moins arides du la Caramanie, le moderne Kermàn. La flotte n'eut guère moins à souffrir durant son ti*ajet de cinq n)ois le long d'une côte barbare et dans •une nfier inconnue ^ enfin Nëarque atteignit Armozeia , à l'en- -ixée du golfe Peraique. ici la partie pénible du voyage était terminée; le reste de la route jusqu'aux bouches de l'Ëuphrate, au fond du golfe Persique, longeait une côte connue, bien peuplée^ et pouvant fournir abondamment à tous les besoins de l'équipage. L'amiral fut informé à Armozeia que l'armée ne se trouvait qu'à la distance de cinq journées; il se hâta de se rendre au camp. Alexandre, en l'apercevant, ne put retenir ses larmes , car depuis longtemps il désespérait du sort de la flotte , et sa première pensée fut que Néarque était échappé seul au désastre. Hais lorsqir'il apprit l'heureuse issue du voyage, les larmes de douleur se changèrent en larmes de joie , et le roi proiesiBL que la conservation de sa flotte le rendait plus heureux que la conquête de l'Asie.
Alexandre songeait à com^déter l'exploration de l'Océan méridional en faisant achever la reconnaissance du pourtour de l'Arabie et celle de la mer Rouge; mais la mort inopinée du héros arrêta l'expédition déjàcommencée. L'établissement d'une navigation smvie entre l'Inde et l'Egypte était réservée aux Ptolémées.
Bîffl) qu'Alexandre n'ait pas pénétré au delà du Pendj-àb , les observations des officiers intelligents qui l'accompagnaient donnèrent à l'Europe une idée beaucoup plus exacte qu'on ne l'avait auparavant de l'aspect du monde hindou. €e qui semble avoir frappé d'abord Alexandre et ses compagnons est l'aspect grandiose sous lequel la nature s'y présente. L'Fndus leur parut surpasser par la masse de ses eaux le Nil et le Danube , les deux fleuves les plus considéraWes de l'Occident; outre qu'un nombre considérable d'affluents, pouvant rivaliser avec les plus grandes rivières de l'Ëuroi^e , lui apportaient le tribut de leurs
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eaux rcanies. Ou disait le Gange plus large encore que l'Indus. La chaîne de Tlmaûs, et les neiges éteraelles dont elle est couverte, et les pics énormes qui la couronnent, ne restèrent pas inconnus à Alexandre , quoiqu'il ne les ait pas TÎsités. Il semble que les Macédoniens aient été particulièrement frappés de Ut grandeur gigantesque des arbres dont cette région est ombragée. On en citait un qui aurait pu, disait-on, abriter de ses rameaux une armée toute entière. Quelque {H*odigieuses que soient les dimensions de certains arbres des forêts du Haut- Hindoustan , on ne peut disculper ces rapports d'un peu d'exa«gération. Le cotonnier parut aussi aux Grecs un singulier phénomène ; ils remarquent avec étonnement que « les arbres » fournissent l'habillement des Indiens, » et que « la laine croît H sur les arbres. » Parmi les animaux , leur attention s'arrêta particulièrement sur Tciéphant, inconnu en Europe et dans l'ouest de l'Asie, tandis que chez les Indiens ce géant de la nature animée est d'un si fréquent emploi , tant dans les années que dans les pompes royales.
Mais parmi les indications conservées par les historiens d'Alexandre, les plus intéressantes sont celles qui se rapportent aux usages et aux institutions de la nation. Nous voyons par ces rapports que les Hindous, sur tous les points essentiels , étaient exactement ce qu'ils sont aujourd'hui. L'institution des castes, et le lien qui attache chaque individu à celle où il est né, paraissait avoir eu alors la même force que de nos jours. La prééminence de la caste sacerdotale, et les marques particulières qui la distinguent au milieu de la nation , ces deux traits qui ont longtemps prédominé dans la société hindoue , excitèrent également la surprise et la curiosité des conquérants. D'autres faits furent pareillement notés, qui montrent combien sont immuables, chez cette antique nation, certaines particularités de ses habitudes et de ses mœurs. Tel est l'usage de brûler les veuves après la mort de leur- mari ; le mariage des femmes dès l'âge de sept ans; le culte du Gange; l'usage exclusif des végétaux pour nourriture , et d'autres faits en grand nombre qui sont exactement aujourd'hui ce qu'ils étaient il y a vingt-deux siècles. 11 ne paraît pas que dans leur passage rapide les Macédoniens aient recueilli aucune notion
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gur la littérature des Hindous , non plus que sur leurs livres sacrés (0.
Au nombre des fructueux résultats de l'expédition d^Âlexanr dre pour ravancement général des connaissances humaines , il fiaut accorder une large place à ceux des ouvrages d'Aristote qui ont les sciences naturelles pour objet. Précepteur de la jeunesse d'Alexandre, Aristote avait fait germer dans Tesprit de son illustre disciple un goût éclairé pour les sciences que n'étouffa pas en lui la passion des conquêtes. V Histoire des Animaux^ la plus belle œuvre peut-être du philosophe de Stagire, lut principalement due, on le sait, aux richesses inattendues que l'accès de l'Asie intérieure faisait entrer dans le domaine du naturaliste^ on a même prétendu, non sans quelque vraisemblance, qu'Aristote avait visité, sur les pas de l'armée macédonienne, quelques-unes au moins des contrées où elle pénétra. S'il était bien établi , ce dont on a de fortes raisons de douter, que le traité attribué à Aristote sous le titre du Monde ^ repl Ko<t- {jLou, fût en effet de lui, au moins dans l'état où ce traité nous est parvenu , le nom du précepteur d'Alexandre se rattacherait d'une manière encore plus directe à l'histoire géographique de l'Asie; car on y trouve quelques détails qu'aucun document antérieur ne nous avait encore présentés. C'est ainsi que le nom de la Taprobane, la moderne Ceylan , s'y trouve mentionné pour la première fois. 11 ne serait pas impossible , toutefois , quoique rinde méridionale fût restée complètement en dehors de la route d'Alexandre, que des renseignements sur ces contrées du Midi eussent été recueillis dans l'armée macédonienne. N'oublions pas qu'aucun des documents originaux de l'expédition ne nous est intégralement parvenu , et que nous ne devons qu'à des extraits plus ou moins tronqués ce qui en est arrivé jusqu'à nous*
Dans le partage des immenses conquêtes macédoniennes entre les généraux du conquérant , la haute Asie , depuis les provinces de Tlndus jusqu'à la Cappadoce , échut à Séleucus ; l'Egypte, avec Chypre et la Syrie, à Ptolémée. L'un et l'autre
^ H. Hurray, Hiitorieal Account of Discoveries and Travels in Asia^ X. I, p. S4.
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dcviqt(J£|ns ces riclies contrées la lige d'usé dynastie eél<^bre;
tous deux, poursuivant les projets interrompus d'Alexandre, contribuèrent par lem*s entreprises , ou guerrières ou commer- Vcrs 30/1. ciales, à l'avancement de la géographie de l'Orient. Une armée macédonienne , appelée dans les parties orientales du haut Hindpustan par les hostilités du roi de cette contrée , Sa/ndroeaUa, paraît avoir pénétré jusqu'aux provinces gangétiques; matheureusement aucune relation de cette campagne ne nous a été conservée. Nous savons du moins qu'obligé de rappeler son armée dans l'ouest de l'Asie, Séleucus désigna Mégasthènes pour aller négocier la paix à la cour de Sandracotta , et que des renseignements fort étendus sur toute la péninsule de l'Inde furent le fruit de cette ambassade. Les richesses de l'empire de Sandracotta 9 et sa population immense, sont décrites dans les termes d'une haute admiration, ainsi que. la vaste cité de Paliboj.bra sa capitale *, et l'on sait d'ailleurs que les noms de Tchanira-Goupta et de Pali-Poûtra sont en effet célèbres dans les chants historiques de l'antique Hindoustan. Patrocle, commandant de la flotte de Seleucus, donna, dans le- même temps, une relation des contrées méridionales de l'Asie, où se trouve la première mention authentique de Ceylan sous le nom de Taprohane. La teinte fabuleuse qui avait autrefois dominé dans les récits d'Hérodote et de Ctésias n'était pas entièrement exclue de ces relations nouvelles de contrées où tout frappait, par sa nouveauté, l'ardente et mobile imagination des Grecs. Mais la philologie moderne, nous l'avons dit, jointe à l'observation attentive du pays , a donné , dans plus d'un cas , l'explication satisfaisante de prétendus faits que le bon sens rejetait comme impossibles. C'est ainsi que dans le nom des ^tchémi, puissante tribu qui habite un canton nK)ntagnenx non loin du Gange, on a reconnu les AffT6[xiot, ou hommes sans bouche , de Mégasthènes 5 c'est ainsi que les habitudes de quelques tribus montagnardes du nord , qui aiment à se vêtir de peaux d'animaux , et qui en conservent la tête en guise de coiffure pour inspirer plus de terreur à leurs ennemis , ont conduit à l'explication la plus naturelle de l'antique fable des KuvoxicpaXot , ou hommes à tête de chien. De même , le nom de Koûta-Bourrâka , pic élevé du Caucase indien , se transforma chez les Grecs en KQivr\ Boplaw,
A?. J.-C] FROGRÈi; DE LA CéOGR^ppiB SOLS LES FTOLÉMÉES. 81
la €0^che de B^ée^ çt du œont Déva-Nichi on fit le lieu de naissapce de Dionousas^ le B^cchus grec.
La tentative armée de Séleucus vers la région du Gange fut la dernière que firent les Grecs dans celte direction. A partir de cç jour, c'est surtout aux relations suscitées par le commerce que sont réservées les découvertes qui doivent compléter pour nous la connaissance du monde asiatique.
Dès le temps des Ptolémées d'Egypte , c'est-à-dire durant les trois siècles qui ont précédé notre ère , de notables progrès eurent lieu dans cette nouvelle voie de découvertes commerciales. Des rapports réguliers s'établirent entre TÉgypte et Tlnde peu après l'avènement de la nouvelle dynastie grecque au trône des Pharaons, et se continuèrent, sans interruption, après le passage de l'Egypte sous la domination romaine, jusqu'à l'époque où l'apparition des Musulmans sur la scène politique vint don* per une nouvelle face à l'Asie occidentale. Ces rapports , il est vrai, n'eurent longtemps lieu que par l'entremise des Arabes de l'Yéraen. Ceux-ci n'avaient pas cessé, depuis une très-haute antiquité, de pratiquer la navigation de l'Inde , et nous les retrouvons ici ce qu'ils avaient été au temps de la splendeur des Phéqiciens, les courtiers du commerce de l'Occident avec rOrient. Mais lorsque les négociants romains de l'Egypte connurent la nature et les époques des vents périodiques qui régnent sur la mer des Indes et sur la mer Rouge, ce qui eut lieu, dit-on^ vers le milieu du premier siècle après J.-C. , leurs bâtiments ne craignirent plus de s'abandonner en haute mer au souffle régulier de ces moussons du tropique , et leurs voyages dans l'Inde se fire^it dès lors sans intermédiaires. Les bénéfices s'en accrurent dans ufie proportion énorme, et l'activité de relations si profitables ne put que s'en augmenter.
Pendant près de neuf cents ans , depuis l'avènement des Ptolémées jusqu'à l'époque de Mohammed , le commerce extérieur de l'Occident se porta principalement sur ce point-, et ce commerce avec l'Inde, qui alimenta longtemps la sensualité raffinée en même temps que le luxe presque fabuleux de Ronrie , foi poussé durant les danrieiss siècles avec une très-grande activité. On aurait donc lieu de s'étonner qu'une navigation si longtemps suivie dans ces régions de l'Inde n'ait pas amené dès lors