‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 31 sur 123 · ASiR. [av. i.-<î · texte numérisé non relu

ASiR. [av. i.-<î

une connaissance exacte et détaillée des parties sud-est de VAsie, si Ton ne savait que les Anciens ne furent pas comme nous mus par ce sentiment de curiosité purement scientifique qui nous porte à étendre incessamment le cercle de nos découvertes. Chez eux, tout était essentiellement pratique; et leurs marchands, satisfaits d'un négoce dont les profits étaient certains et très-considérables, ne songeaient pas à porter plus loin dans Test des explorations dont le résultat commercial était inconnu. Ces explorations, d'ailleurs, étaient beaucoup plus périlleuses alors et beaucoup plus difficiles que de nos jours, où nos marins ont pour eux le secours précieux de la boussole et celui d'une navigation prodigieusement perfectionnée.

L'examen comparé des documents géographiques de celle longue période comprise entre la mort d'Alexandre et l'établissement de la puissance musulmane^ permet de suivre, en quelque sorte siècle par siècle , le progrès des connaissances que les Grecs d'abord , et ensuite les Romains , recueillirent sur les parties orientales de l'Asie. Ces progrès eussent sans doute été plus rapides si l'isolement des provinces bactriennes, démenbrécs de l'empire des Séleucides au milieu du troisième siècle avant notre ère, n'eût élevé en quelque sorte une nouvelle barrière entre le centre de l'Asie et les contrées de l'Occident. Nous ne consignerons ici de cet examen que les résultats sommaires 5 les détails ont trouvé leur place ailleurs CO.

Memphis, la vieille capitale des Pharaons, avait perdu son rang de métropole de l'Egypte , remplacée par la ville qu'Alexandre avait fondée, dans une admirable situation, à la pointe occidentale du Delta. En faisant d'Alexandrie le siège de l'Empire , les Ptolémées y appelèrent les littérateurs et les savants de toutes les parties de la Grèce ; bientôt cette ville devint le foyer des lumières de l'Occident. La science géographique, à laquelle les conquêtes macédoniennes avaient donné une puissante impulsion, y fut particulièrement en honneur, aidée surtout dans ses nouveaux progrès par les matériaux recueillis pen-

^ Noos sommes fréquemment dans le cas de renvoyer le lecteur à notre premier Tolume , où tous les faits et tous les documents de Tandenne géographie grecque et romaine sont classés et discutés dans un ordre rigoureusement clironologique.

AV. J.-C. ] ASIE d'ébatosthènes. 33

dant les expéditions d'Alexandre, et pouvant compulser aussi les écrits si longtemps inaccessibles de Babylone et de Tyr, qui ayaient été transportés dans la bibliothèque de la nouvelle capitale. C'est principalement comme géographes qu'Ératosthènes et Âgatharchides, tous deux conservateurs de ce riche dépôt de toutes les connaissances humaines, laissèrent un nom que leurs contemporains ont transmis à la postérité. Ëratosthènes tenta le y^^s soo. premier de donner à la géographie une forme et un corps ; le premier il essaya de constituer en science régulière ce qui n'avait été jusque-là qu'un amas incohérent de notions sans lien commun. Les fragments qui nous restent de sa description de la Terre montrent qu'un siècle de rapports entre l'Egypte et l'Inde n'avait encore donné , quant à la géographie naturelle , qu'une connaissance imparfaite de cette grande presqu'île. La cote orientale du Dékan forme l'extrême limite des notions positives d'Ératosthènes ; encore la partie de cette côte la plus avancée au nord n'avait-elle pas été reconnue, car le géographe de Cy rêne semble présumer, plutôt qu'il ne le sait positivement, que le Gange a son embouchure sur cette côte. Au delà, il croyait que le littoral extrême du continent asiatique continuait de se prolonger dans cette direction sud-nord , et que s'infléchissant ensuite vers l'ouest ou le nord-ouest , à la hauteur à peu près du nord delà mer Caspienne, elle allait plus loin se lier aux côtes septentrionales de l'Europe, qu'un navigateur marseillais, Pythéas, avait parcourues en partie peu de temps avant Alexandre. On voit que dans l'idée très-rétrécie qu'Ératosthènes se fait des bornes orientales et septentrionales du Continent , non-seulement la péninsule trans-gangétique, mais encore la Chine en-^ tière, plus de la moitié de l'Asie centrale et la vaste étendue * des plaines sibériennes sont occupées par son Océan oriental. Néanmoins, malgré cet immense rétrécissement de l'Asie sur la^nappeinonde du géographe de Cyrène, nous serions portés à croire , avec un écrivain anglais (0 , que bien que le Grecs n'eussent pas pénétré au delà des frontières de l'Inde et de la Scythie, les rapports qu'ils y eurent nécessairement avec des marchands venus par le nord du Tibet des parties plus orientales,

* H. Murray, TVavêU and Diseovery in A fia, I , ft75.

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avaient pu lour'donncr une notion vagao i)e cet Ooéw qui \}n mite le Continent à l'est et au nord, sana qiie toutefois ils eua^e^t été a même de se former une juste idée de la forme non plui que de l'étendue des contrées intermédiaires.

Ëratostbèues fivait cependant appris qu a une distance coQsi^ dérahle au delà de l'Inde , il existait uue ville nommée Th%n0 , capitale d'une grande nation commerçante. Qu'il faille cbercber sur la côte d'Ava ou de Siam l'application de ce nom qui a fort exercé la sagacité des critiques modernes, ou, ce qui panût plus probable, que l'on doive y reconnaître le nom même de lu Cbine, où régnait alors la dynastie des Thsjn, qui , selon l'usagfl invariable, avait transmis son nom à l'empire, toujours eat*il que déjà de vagues indices , dus aux peuples avec lesquels lea Grecs se trouvaient en contact aux limites extrême^ de leurs voyages dans l'est, révélaient l'existence de régions plus orientales. C'est la lueur encore incertaine qui précède k Yl^oxhQn la clarté du jour.

APRte J.-G. Strabon , qui écrivait peu de temps après le commeno^aaent de notre ère , est ainsi postérieur de deux siècles à Ëroiostbènes ; et cependant ses notions sur les extrémités orientales du continent asiatique n'ajoutent rien absolument à celles da géographe d'Alexandrie. Strabon, comme ÉratostbèQes, n'a de connaissances un peu précises que jusqu'aux bouches du Gange : eqcore fait-il observer que très-peu de navigateurs grecs s'étaieat ayancés aussi loin. Au delà , il donne à la côte asiatique la forme que lui avait supposée Ëratostbènes , plaçant comme celui-ci, et non moins vaguement , le nom de Tbinaa à l'extrême orient de l'Asie. Comparée à l'Asie d'Hérodote , quant h ra^jonction de * découvertes nouvelles, l'Asie d'Ératosthènes et de Straboa n'a d'extension que vers les deux grandes péninsules de la cote méridionale, l'Inde et TArahie \ à l'est et au nord, les notions des deux géographes n'ont guère dépassé les limites où s'arrêtai^nl celles de l'historien. C'est doue moins par l'étendue que par lea détails que les connaissances de Strabon dans l'Asie antérieure l'emportent sur ce que l'on ep savait quatre cent cinquante ans avant lui. Mais aussi ce détail est riche de faits nombreux, puisés soit dans les relations contemporaines de l'expédition d'Alexandre pour rirân et l'Inde , soit à des sources plus récentes pour

AP. J.-C] STRABOX. PI^RIPLF. IkK lA MER l<RYTHRéE. 35

rArabie, la Syrie, la Phénicie, les pays caucasiens et l'Asie Mineure. Les campagnes des généraux romains contre le grand Mitbridate avaient surtout fourni de riches matériaux pour la description de ces deux dernières régions.

Le premier siècle depuis notre ère , nous Tavons déjà fait remarquer, fut signalé par uûe nouvelle impulsion donnée aux relations maritimes de TOccident avec l'Inde. C'est vers le mi- Vers 50. lieu de ce siècle qu'un affranchi romain, Hippalus, fit l'importante découverte de la périodicité des moussons qui soufflent alternativement de six mois en six mois de la côte d^Afrique à celle de l'Inde, et de l'Inde à la côte d'Afrique (0. Ce serait aussi dans le même temps , selon une opinion accréditée , qu'aurait paru un des documents les plus importants qui soient arrivés jusqu'à nous sur l'ancienne géographie de l'Inde : nous voulons parler du Périple âe la Mer Erythrée ^ attribué à un Arrien qu'il faudrait distinguer , dans ce cas , de l'auteur de la /^ie (f ^- /eorandre, lequel vivait dans la première moitié du second siècle. Quoique les connaissances positives de l'auteur du Périple^ comme celles de Strabon et d'Ératosthénes^ s'arrêtent en deçà des bouches du Gange \ quoique le Delta que forme ce fleuve , avec un pays limitrophe que le Périple nomme Xpu(r^, ou Région de l'Or, et une île de l'Océan renommée pour la beauté de ses tortues à carapace dorée, soient pour lui les points extrêmes des terres connues à l'orient, il sait néanmoins qu'au delà, dans la direction du nord et loin des côtes de TOcéan , il existe une grande ville nommée Tfttna, d'où l'on tire des étoffes de soie et de la soie en nature, que des caravanes apportent jusqu'à Barvgaza (Baroudj), et de là dans la Limyrique (le Konkan), deux localités situées sur la côte occidentale de la péninsule hindoue et qui étaient les principaux points d'entrepôt fréquentés par les navires d'Egypte et d'Arabie. L'auteur du Périple nous indique suffisamment la direction que suivaient ces caravanes dans l'Asie centrale, en nous disant qu'elles passaient par Bactra (la moderne Balkh), c'est* à-dire qu'elles traversaient la partie orientale de la Baotriane. Aujourd'hui encore, après dix-huit cents

* F^. W. Vincent , The eommeree and the Navigation ofthe ^ncienu in ihi Jndian Océan , I, p. A7, 49.

à6 AàiË. [kp. ).-c.

ans, les caravanes de Tintérieur de TAsie suivent exactement les mêmes routes et apportent dans l'Inde les mêmes denrées, notamment la soie écrue (0. « Il est fort difficile d'atteindre Thina, ajoute le Périple, et bien peu de marchands vont jusquelà ; car ce lieu est situé sous la petite Ourse même (sous le pôle, aux dernières extrémités du nord C^) ) , et on dit qu'il confine aux contrées qui touchent au Pont et à la mer Caspienne, du côté où les Palus-Méotides se dégorgent dans l'Océan. » Non loin de Thina demeurait un peuple nommé Sèsata*, c'était une race trapue, robuste, violente et grossière, avec de larges figures et des nez écrasés ;— portrait auquel on ne saurait méconnaître une

tribu de sang mongol. Après quelques détails sur une sorte de foire tenue chaque année par ces Sèsata aux confins des Thinae, Fauteur du Périple ajoute : « Les régions quisont au delà n'ont pu jusqu'à présent être explorées , soit à cause de l'intempérie des saisons et de la rigueur du froid qui en rendent l'accès trèsdifilcile, soit aussi que ce n'ait pas été la volonté des dieux. » L'ensemble de cet important passage, qui demanderait plus d'un commentaire dont ce n'est pas ici la place, rend évident que les informations qu'il renferme avaient été transmises par ces caravanes mêmes qui venaient de Thina à Barygaza par la roule de Bactres : et l'on ne peut se refuser à voir dans Thina la Chine septentrionale , à laquelle confinent les Mongols. Ces nouveaux détails, quoique bien imparfaits encore, peuvent néanmoins servir à fixer la vraie position de la Thinae d'Ératosthènes, dont le nom était déjà arrivé jusqu'aux oreilles des navigateurs égyptiens près de trois cents ans avant le siècle d'Arrien.

Pline et Ptolémée , le premier contemporain de l'âge présumé de l'auteur du Périple, le second postérieur de plus d'un

« Fr. Vigne , A personal JYarrative ofa Visit to Ghuzni^ Kabul^ etc. Lond. 18/13 , io-S , p. 69.

> n ne faudrait pas prendre dans un sens rigoureux cette expression purement métaphorique ; on la rencontre fréquemment dans les Pourânas , pour désigner les âpres et froides montagnes qui couvrent au nord les chaudes plaines de l'Hindoustan , celles , notamment , où le Gange prend sa source. Fr, Wilford, On the Ancient Geographia of India^ Asiat. Res. XIV, 455. La description que donne Quinte-Curce (VII, 3) de la région Paropamlsade, description confirmée de tout point parles relations modernes, était bien propre, au surplus, à donner l'idée d'une région polaire*

ÂP. J.-C] ASIE DE PTOLÉUifi. SÉRIUtE. 3T

siècle, ajoutent Tun et l'autre de nouveaux détails à ce qu'Arrien avait rapporté du commerce par caravanes qui se faisait à travers l'Asie centrale avec la région orientale d'où venait la soie. Cette région , dans Pline et dans Ptolémée , est désignée par le nom de SériquCy nom déjà connu en Asie du temps de Gtésias , si le texte de cet ancien auteur, ou plutôt l'abrégé qui nous en reste, n'a pas été altéré ou interpolé. Ce nom, d'ailleurs, nous ramène encore vers le nord de la Chine ^ car il a été prouvé que e'est dans la langue chinoise seulement que la soie porte le nom de $îr, d'où il suit que le mot Serica^ ou Région de la soie, est une simple appellation, et non une dénomination géographique. Ptolémée surtout, vers le milieu du second siècle de notre ère, y^g^ ^70, a reçu beaucoup d'informations nouvelles sur les routes suivies par les grandes caravanes de l'intérieur de l'Asie, aussi bien que sur les peuples et les pays que traversaient ces caravanes. Quoique d'une nature encore vague , quant à la configuration générale de ces vastes régions intérieures, les itinéraires qui servirent à Ptolémée pour la construction des parties orientales de sa carte d'Asie lui montraient clairement, par la simple évalualion des distances, que l'Océan oriental de l'école d'Ératosthènes rétrécissait beaucoup trop les dimensions du continent asiatique ; et rejetant comme purement hypothétique l'existence de cet Océan, où nul Européen n'avait pénétré, il le bannit de sa nomenclature et se contenta de désigner comme 2'erra irircognita ce qui s'étendait vers l'est et le nord au delà du pays des Sères , le dernier dont il connût l'existence dans cette direction. Plus au midi, ses renseignements sur les pays maritimes qui se prolongent à Torient de l'Inde ont aussi reçu une notable extension, si on les compare à ceux que l'on avait même à l'époque peu éloignée du Périple d'Arrien. Le vague extrême de ces renseignements montre, toutefois^ que si quelque navigation accidentelle avait permis de les recueillir, il n'en était pas résulté de rapports réguliers qui missent à même de les perfectionner. Le pays de l'Or, qui , chez l'auteur du Périple de la mer Erythrée , est contigu à la basse région du Gange , est devenu dans Ptolémée une grande péninsule, la Khersonêse d'Or, que le golfe Gangétique sépare de l'Inde, ce qui semble nous désigner la longue presqu'île de Malakka. Au delà de la Kher-

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sonèse d'Or, un enfoncement de la côte, assez étendu pour avoir reçu le nom de Grande Baie^ ne paraît avoir de correspondance convenable que dans le vaste golfe de Siam -, et la côte qui vient ensuite avec le nom de Thinœ, quoique mal orientée sur la mappemonde du géographe grec , s'identifierait dès lors avec celle du midi de la Chine. L'application de cette nomenclature au local actuel a donné lieu , du reste, à des systèmes fort différents ; mais dans des appréciations de cette nature, quand les indications sont aussi peu précises, il nous semble qu'il importe plutôt d'en bien saisir le sens général que d'en vouloir déterminer rigoureusement les correspondances de détail. On ne saurait édifier solidement sur ce terrain mouvant , qui semble se prêter et se dérober tour à tour à toutes les démonstrations ; et Ténorme diflérence des résultats auxquels sont arrivés dep hommes d'un égal savoir au moyen de rapprochements qui semblent également spécieux , montre bien que de semblables recherches , quand on les veut pousser au delà de certaines limités d'appréciation générale , sont des jeux d'esprit et des exercices d'érudition plutôt qu'un travail sérieux susceptible de conduire à de solides résultats.

11 pourrait paraître surprenant de retrouver ici, dans une situation tout à fait méridionale, le nom de Thinœ que précédemment nous avons vu fort loin dans le nord. Mais ce déplacement s'explique si l'on reconnaît que ce nom de eTva, qui, dans la prononciation grecque , prenait la forme de Sina ou Tsina , se rapportait moins à une ville qu'à une contrée d'une grande étendue. Il n'est même pas invraisemblable que les informations que nous trouvons dans Ptolémée sur les dernières contrées situées à l'orient de l'Inde , les Grecs d'Egypte les eussent au moins en partie reçues par l'intermédiaire des Malais, race errante répandue de temps immémorial dans toute cette région maritime du sud-est de l'Asie , soit comme marchands ou courtiers , soit comme pirates ^ or , depuis une époque antérieure à notre ère , les Malais n'ont connu que sous le nom de Tckina ce vaste empire que plus tard les Portugais d'après eux, et le reste de l'Europe moderne d'après les Portugais, ont pris et conservé l'habitude de nommer la Chine.

S'il pouvait rester quelque doute sur la connaissance de cet

kP. J.-C] LA CHINE CONNUE DES ROMAINS. 39

empii'e en Europe à une époque aussi ancienne que callc de Pta^limée , ce doute disparaîtrait devant un fait historique que les annales chinoises nous ont révélé : c'est Fenvoi d'une ambassade romaine vers l'empereur de la Chine en Tannée 166 de notre ère (0, quatre ans avant ia mort du géographe d'Alexandrie. Les annales chinoises nomment An-thun le souverain de qui venait cette ambassade; et Harc-Aurèle-Ântonin occupait en effet alors le trône des Césars, qu'il honorait par ses vertus. L'année précédente, 165, Marc-Aurèle avait conclu la paix avec les Parthes, qui depuis longtemps interceptaient les relations de commerce entre les Romains et l'intérieur de l'Asie (*); l'objet de l'ambassade s'explique donc naturellement par le désir de renouer ces relations également favorables aux deux peuples. Les conquêtes^ des empereurs de la Chine dans la zone moyenne de l'Asie avaient d'ailleurs à cette époque comblé presque entièrement l'immense intervalle qui séparait les deux empires -, audessus du pays où dominaient les Parthes, il n'y avait presque plus entre eux que la mer Caspienne. Si l'histoire de l'Occident se tait sur des rapports d'un si grand intérêt politique , de même qu'elle garde un silence presque absolu sur la guerre qui avait eu lieu avec les Parthes et sur le traité dont elle fut suivie, c'est que les maigres chroniqueurs aux mains desquels était tombée la plume émoussée de Tacite et de Tite-Live ont à peine arrêté leurs regards sur les événements de l'Orient. Que nous restet-il sur le règne de Trajan , sur ce règne si brillant et si bien rempli qui ouvre le siècle glorieux des Antonins ?

11 est donc certain que l'on avait alors à Rome des notions au moins générales sur les contrées orientales de l*Asie ; et l'on admettra difficilement que ces notions , principalement translïiises par les voyageurs que le commerce y avait conduits , fussent restées étrangères à Ptolémée, placé comme il l'était au centre même des relations commerciales établies entre les deux

* De Guignes, Hist. des Huns^ '• ^f P* P^^* i P- l^^ix- On mentionne une seconde ambassade romaine en Gliine, sous la date de 638. Jacquet, dans le ifottv. Jour», Asiut, , t. ÏX , 1833 , p. 463.

* La même circopstartce se reproduisit en d'autres temps , et par la même cause, n y a à ce sujet un passage digne d'attention dans Procope, Guerre Perjique^ liv. !, ch. 20.

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extrémités de l'Ancien Monde , et que la nature de ses études portait particulièrement à ces sortes d'investigations. C'est faute dç s'être -suffisamment rendu compte de cet ensemble de circonstances , que des géographes modernes , dominés par une préoccupation systématique, ont voulu restreindre a la côte du Pégu d'un côté, et de l'autre au Tibet occidental et à la Petite Boukhârie, c'est-à-dire à la pente occidentale du Grand Plateau, les indications géographiques consignées par Ptolémée dans sa description de l'Asie.

£n étendant comme il convient de le faire le rayon des connaissances que Ptolémée avait recueillies sur les extrémités orientales de la terre , il ne faudrait cependant pas , nous avons eu déjà lieu de le remarquer, accorder à toutes ces notions indistinctement une égale valeur. Du Pont-Ëuxin et du fond de la Méditerranée au golfe Gangétique, la zone oblique ayant l'Océan méridional d'un côté , et de l'autre le Paropamisus et la Caspienne, représente pour l'Asie ce que dans Ptolémée, ainsi que chez les géographes qui l'avaient précédé depuis Ératosthènes , l'on peut nommer le domaine de la géographie positive : cet espace, d'environ 60 degrés en longitude, sur une largeur moyenne de moins de 20 degrés, comprend l'Inde, l'Iran, la Mésopotamie, l'Arabie, la Syrie, les pays Caucasiens et l'Asie Mineure. Ce n'est pas le quart du continent asiatique. Au delà , soit à l'est vers la péninsule Trans-Gangélique et le grand Archipel d'Asie , soit au nord-est du côté de la Chine et des plaines élevées du Grand Plateau , soit au nord dans la basse région de l'Aral , Ptolémée n'avait que des notions généralement vagues, très-confuses et fort incomplètes. Mais enfin il n'ignorait pas que dans ces diverses directions il y avait de vastes contrées et de grandes nations; et la moitié du continent n'était plus , comme dans la Mappemonde d'Ëratosthènes et de Strabon , ensevelie sous un océan imaginaire.

Il est d'autant plus important de se représenter l'étendue précise des connaissances géographiques de Ptolémée , que pour l'Asie , de même que pour le reste du monde alors connu, son ouvrage nous donne le seul tableau complet que nous ayons de l'ensemble des notions acquises par les Anciens sur les pays situés en dehors du monde romain. Quelque imparfaite qu'elle

AP. J.-C] ASIE AU MOYEN-AGE. 4l

soit à biei^ des égards , la géographie de Ptolémée se dresse comme un phare lumineux à la limite commune de deux grandes époques : d'un côté , projetant sa clarté sur les découvertes antérieures ^ de Tautre , devant éclairer plus tard les pas encore incertains de la géographie renaissante.

L'époque de Ptolémée, ou le milieu du second siècle après notre ère , marque en Asie le point culminant des connaissances géographiques des Romains , de même qu'elle est aussi celle de la plus haute splendeur de l'Empire. A partir de cette époque , une décroissance rapide succède à la longue période d'accroissement et de prospérité qui avait fait de Rome le foyer de la civilisation européenne et la dominatrice de TOccident. Affaiblie par sa Du «• au 5« grandeur même, énervée par le luxe, rongée de corruption, livrée aux funestes désordres d'un gouvernement militaire, Rome, cette reine superbe, se vit dépouiller un à un des insignes glorieux de sa toute-puissance. Il y eut une terrible réaction au sein des nations conquises ; et l'empire des Césars , attaqué à son tour ou menacé sqr toute l'étendue de ses immenses frontières, eut assez de se défendre contre les irruptions incessantes d'une foule de peuples barbares que ne contenait plus la terreur de son nom. Des guerres continuelles , non plus des guerres de conquête , mais de défense et de conservation , achevèrent ce qu'avait commencé la dégénération morale : en même temps que déclinait la puissance de Rome, le flambeau du savoir, dépérissant dans ses mains, ne jetait plus qu'à de rares intervalles une lueur affaiblie , pâle reflet de son ancien éclat. Puis un moment vint où les faibles barrières qui contenaient 5* aitele. encore le flot des peuples du Nord furent brisées , et où l'inondation envahit jusqu'au cœur de l'Italie. Alors l'Empire d'Oc- jgo. cident cessa d'exister, et Rome captive — terrible retour des grandeurs humaines! — vit régner dans ses murs le chef d'une des hordes nomades que les grands déplacements de peuples qui eurent lieu durant cette période avaient arrachées du fond de l'Asie pour les précipiter sur l'Europe.

42 ASIE. [iP. J.-C.

Un dëmembrement de VEmpire des Césars se Maintint Cependant encore durant plusieurs siècles dans les provinces orientales; l'antique Byzance, agrandie par Constantin qai lui laissa son nom, en était devenue la capitale (330). Mais quoique principalement formé des provinces asiatiques, VEmpire d'O^ rient n'était plus en position de continuer les découvertes géographiques dans l'intérieur de l'Asie. Perpétuellement harassé sur ses frontières du nord par d'innombrables essaims de peuples barbares , souvent en guerre avec la Perse qui bordait sa frontière orientale et lui interceptait l'accès du Continent , il fut d'ailleurs livré presque sans interruption à de sanglantes dis* sensions ou à des luttes religieuses , où s'épuisait stérilement ce qui lui restait de force et de vie.

Le peu de monuments ou d'indications que nous avons encore des connaissances géographiques de l'Europe à cette époque de dégénération , nous montre ces connaissances englouties dans le naufrage commun des lettres , dos sciences et des arts. Dans toute l'Europe occidentale , et en grande partie aussi dans les provinces de l'Empire Grec, ou avait perdu, en même temps que le goût et l'intelligence de la belle littérature classique , jusqu'au souvenir des ouvrages savants des Ératosthènes , des Pline, des Strabon, des Ptolémée. Des moines ignorants effaçaient l'écriture des anciens manuscrits pour y substituer d'absurdes légendes ou de lourdes homélies ; et c'est un grand bonheur qu'un petit nombre de ces manuscrits des beaux siècles , obscurément enfouis dans quelques monastères, aient alors échappé à la destruction. Ce sont ces faibles débris qui hâteront plus tard en Europe la régénération de l'esprit humain , après le long assoupissement du Moyen Âge.

Pendant qu'un génie funeste étendait ainsi ses ailes de plomb sur ces belles contrées où avaient autrefois brillé les immortels écrivains de l'Ionie, d'Athènes et de Rome, un coin ignoïé de l'Asie voyait s'accomplir une révolution d'une autre nature, destinée, par un de ces mystérieux enchaînements marqués du doigt puissant de la Providence , à ramener plus promptement sur TEurope l'aurore d'une civilisation nouvelle. 622 Mohammed, le réformateur religieux des Arabes, ouvrait aut

[érc musulm.). scctateura de son nouveau culte une carrière où l'Arabie tout

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