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194 AstB-^OHBcte.
tons encore qu'une cfaatnede montagnes élevées qui couvraîtla Carie du côté de l'est, portait le nom de Ka^iAoût; Spoç, montCadnius. En hébreu (etsans doute aussi en phénicien) Har Kadmonj J^iDIpirr, signifiait la montagne d*Orient. Cette dénomination n'avait donc pu être donnée que par les habitants de la Carie, pour qui seulsces montagnes avaient une situation orientale; ces habitants parlaient donc ou le phénicien ou Taraméen. Nous savons d'ailleurs que les Phéniciens avaient colonisé Rhodes et d'autres îles de la côte-, et deux anciens auteurs cités par Athénée (0 nous apprennent que la Carie avait autrefois porté le nom de Phénicie. Une place de ia côte, en regard de l'île de Rhodes^ est encore connue sous le nom de Phœnikè dans les derniers temps de la géographie graecoHwmaine.
Cette place , à la vérité , comme la plupart de celles des cotes dont le nom révèle une origine araméenne, pouvait bien n'avoir été qu'un établissement fondé par les navigateurs phéniciens , dans l'intérêt du négoce dont ils furent longtemps dans ces mers les facteurs exclusifs. Cependant on n'admettra pas aisément que des navigateurs commerçants aient pu former au loin dans les terres les innombrables établissements que l'on retrouve dans le sud et dans Touest de l'Asie-Mineure 5 et d'ailleurs, la Phénicie était loin d'avoir une population qui pût suffire à ce qu'auraient exigé les colonies sans nombre que l'on suppose être sorties de son sein. Mais en reconnaissant avec nousunedoublc voicdemigrations araméennes, l'une par mer, celle des Phéniciens qui visitent les îles et les côtes où ils laissent de nombreux vestiges de leur pr,éaea^^ l'aitfrp parterre, celle d^ Araogiéen^ proprement diis, qui , mm'cbant par troupes à la recherche d^établissements nouveaux, peuplent l'intérieur des terres et imposent auxloca- Jjtés repaarqyables des pgtjs qu'ils parcourent ou doiU ils s'emparen^t des nom» tirés de leur langue , sœur de la laogue pbéni*. i^ienne; ^ distinguant, disoiMèkBOUs , cette double source de dénominations mal à propos rapportées aux seuls Phéniciens, ijpus évitons les difficultés et les invraisemblances justement objectées aux recherches des Phénicizanis.
1 Goriene et BacchUides, dans AtUenai DfipmtaïA. lib. IV, Cf. Ëckbel, Doetr. iVttw. III , 412.
LfiB AttÀMÉEMS DAM t» •(»» M l/ASlË-MlNEtlftfi. 105
Honîore, lorsqu'il nomme les Cariens (0, les dtstingoe seuls , ^ire tous les peuples venus au secours de Troie, par l'épilbèie de barbarofhônes, au langage barbare. Une lai^ porte a été ici <»|jirerte aux suppositions des comroeittateurs. Il est naturel de penser que le poêle , né auvoisiBage des Cariens, dont Tidiome immlie avait dû souvent froisser son oreille habituée aux molles i{)fie]tions el aux coosonnanoes harmonieuses de sa belle langue d'Ionie , ait é^ insUnctivement porté i frapper cet idiome carien d'une rude épidiète. On ne peut donc rien inférer de là pant à s^ plus ou moias ^^nde dissemUance avec le grec pri* mitifque pariaient la plupurides peuples réunis devant Troie, soit dans le caaipgrec, soit dans le camp troyen. Il est très-probable c^ l'idiome tfaracique des Cariens avait dû se mélanger plus ou moins de eeluides habitants antérieurs de la Carie; mais la môme Chose avait dû arriver en Lycie, en Pamphylieet ailleurs, et vraisemblablement les Cariens ne méritaient pas d'une manière plus spéciale que leurs voisins l'épi thète dont Homère les a stigmatisés. Il est à regretter que jusqu'à présent aucun voya* geura'ait rien trouvé dans les vieux monuments de la Carie qui fût éclàircir cette question ethnologique (*). Nous ajouterons, aasurpl«is, que chez les Carieas des temps historiques, les lois, les mœurs, les usages , tout les rattache aux nations voisinas de ]'£upbrate W.
Nous voici revenus à la Lydie , dont les plus anciens habitants coonus, nous l'avons vu précédemment (^) , étaient indubitablement de souche thracique. Ces premiers boitants étaient des Méoaieiii; le nott de Loudi^\ qui remplaça plus tard sur les bords du Caîstre celui de ètéonie, dut être fl4>porté par une nonvelie imiftigratioe. Le sihsaee dHomère , qui ne connaît encore
I > Il ch. n , y. 867.
* Quelques remarqua
remarques de l'éditeur des voyages de M. Cockercll dans le sucjoMst de r Asie-Mineure , nfont Jeté sur cette question qu'un l)1cii faible Jour. f^9y, le Aaai«U potiiié par M. Walpole, sou» te Utre de TraveU in vtiHouê Countries ofthe EasU Lond. 1820 , p. 526 et suiv. » Vid. Arrian. De Expedit, Alex, M, lib. I , c. 23 , édit. Raphel.
* Ci-dessus, p. 168.
* Telle parait être la véritable consonnanea du grec Au6(a, comme dans Thé* breu *p?«
196 AtlC-iUNBOME.
que les Méoaiens dans le pays qui fut ensuite nommé Lydie, doit faire supposer que cette immigration lydienne eut lieu à uoe époque moins ancienne que la guerre de Troie, c'est-à-dire au plus haut dans le douzième siècle avant notre ère; et plusieurs indices historiques autorisent suffisamment à rattacher les Lydiens à la souche des nations araméennes. A défaut d'autre autorité, celle du premier livre de Moïse, d'une si merveilleuse exactitude dans la classification des peuples de l'Asie occidentale , mettrait le fait hors de discussion. « Et les fils de Schèm, dit la Genèse (0, furent Eîlam, Aschoûr, Arpakschad, Loûd et Arâm. » Lorsque l'on étudie dans son ensemble cette géographie biblique , vénérable monument des âges primitifs , on demeure convaincu que Loûd ne peut désigner ici que les populations de l'Asie-Mineure (2), Une difficulté pourtant se présente. Si les Lydiens, comme nous sommes fondés aie croire, ne s'établirent sur la mer Egée que douze cents ans au plus avant notre ère, et si de plus leur illustration historique ne date que du règne de Crésus ou du commencement du sixième siècle (*^ comment Moïse , qui écrivait près de trois cents ans avant la guerre de Troie, a-t-il pu citer le nom de ce peuple encore ignoré, et non-seulement citer son nom, mais en faire le représentant de toutes les populations araméennes qui s'étendaient vers le Halys à l'ouest d'Aschoûr ou des Assyriens, et au nordouest d'Aràm ou des Syriens? La réponse nous parait facile, et le texte n\ême de la Genèse, qui donne lieu à la difficulté, doit servir à la résoudre. Nous n'avons pas même ici à concilier ce texte avec les vieux monuments helléniques de l'histoire occidentale; car les premiers historiens grecs ne nous disent pas un mot sur l'ancienne histoire des parties de la Péninsule qui s'étendent du Halys à l'Ëuphrate. Rien donc ne peut nous empêcher d'admettre qu'à une époque qui échappe aux appréciations de notre chronologie , un peuple du nom de Loûd et de race sémitique occupait , en totalité ou en partie, le pays situé à l'est du Halys , pays auquel s'appliqua plus tard par extension le nom
iCh. X,13.
« Foy. ci-dessus notre 1" volume , Histoire de la Géographie.
9 De 571 à 545. Il peut y avoir sur ces chiffres des difficultés de déta}I«
d'Aram, et que les temps historiques ont connu sous celui de Cappadoce. C'est à cette région primitive de Loûd que se rapporterait la mention de la Genèse , de même que c'est de là que serait partie la migration qui vint beaucoup plus tard , déterminée sans doute par un de ces refoulements si communs à cette période de l'histoire, donner son nom à l'antique Méonie. Au surplus , les traditions historiques des Lydiens eux-mêmes, quelque obscures et quelque tronquées qu'elles nous soient parvenues, concordent parfaitement avec ces indications. Parmi les premiers rois des annales lydiennes, on voit figurer les noms de Belus et de Ninus (0 ; ceci nous révèle évidemment detrès-anciens rapports entre les Lydiens primitifs etle premier empire d'Assyrie. Or, ces rapports deviennent tout à fait naturels, si l'on admet la résidence originaire des Lydiens là où nous l'avons indiquée , car ils s'y trouvaient en contact immédiat avec les terres d'Aschoûr. Nous en dirons autant des conquêtes queXanthos, l'historien national de la Lydie, attribuait à un des anciens rois lydiens , et dont il plaçait le théâtre en Syrie (2). Cette tradition semble appartenir, comme la précédente , au temps où le peuple de Loûd habitait les parties orientales de la Péninsule, sur les confins de l'Arâm. On pourrait nous accuser d'avoir laissé une grave lacune dans cet aperçu des populations primitives de l' Asie-Mineure, si nous n'ajoutions pas quelques mots sur un peuple dont la bizarre destinée est d'être à la fois un des plus célèbres et des moins connus de la haute antiquité : on comprend que nous voulons parler des Pélasghes, Les anciens nous ont laissé quelques indications des établissements formés par cette race errante sur difierents points de la côte occidentale de l'Asie-Mineure (') ; mais pour apprécier pleinement la nature et l'importance de ces établissements , ainsi que leurs rapports avec les autres populations de cette partie de la Péninsule , il faudrait d'abord nous former une idée juste de ce qu'étaient les Pélasghes , et c'est ce
1 Herod. I, 7.
* Xantbos , ap. Atheo. Deipn*^ lib. VIII, c« 37.
> M. Raoul-Rochette a recueilli et classé ces indications dans son Histoire des Colonies Grecqueê^ t. I, p. 185 et suiv. Add. 820 etsulv. Cf. NIebuhr, HitU Rom,, 1. 1, p. 47 de la trad. fr.; et DorfmilUer , De Grœciœ primeras y ^, 35. Stuttgart, 1844 1 la-8.
198 AftlB-MIMSimi.
qu'aucun témoignage direct de i'anticpiitë ne nous appretuL Aa^ teneurs à tous les moDumenta historiques de» centrées qu'ils occupèrent, les Pélasgbes n'ont laissé nulle part de soaveurB écrits; leur nom même s'était efiacé, comme la trace de leurs pas sur la terre qu'ils avaient foulée, quand vinrent les premiers historiens des peuples de TOccident. Les Pélasgbes appartenaient-ils à cette famille populeuse des peuples blonds dont h Thrace, à une époque fort reculée^ était devenue à la fois et une station et un nouveau centre de migrations? Faisaientrik partie d'une autre race, d'une race du Midi? Par quel phénomène historique leur nom s'est-il perdu tout à coup , absorbé ou remplacé par une foule de noms nouveaux. , après avoir rempli pendant des siècles les contrées péninsulaires qui entourent la mer Egée ? Ce nom lui-même désignait-il une race disliocle, ou du moins un groupe bien déterminé de populations de même langue et de même origine , ou n'aurait-ce été qu'une appellation qualificative d'un genre de vie particulier, susceptible de s'appliquer indistinctement à des tribus d'origine diverse? Y avait- il un rapport de parenté, une filiation directe entre les Pélasgbes et les Ioniens, cette branche si importante du tronc hellénique ? Enfin , pour rentrer dans les limites de l'Asie-Mineure, quelle connexité existe-t-il entre le nom d'Ioniens et le radical aôn que l'on y rencontre dans plusieurs localités, notamment dans le nom de la Maïonie ou Mëonie, dans ceux de Loukaonie et de Kat-aonie , de môme que dans une foule d'ethniques de la géographie primitive des contrées thraciques, dans la Fa-ïonia et dans les Kh-aones de la Thrace proprement dite, dans la Kh^aonia de l'Ëpire , dans les I-aones de rillyrie , qui, dit-on , avaient originairement porté le nom d'Ases ou lases^O; enfin dans V Aonie béotienne , et dans le nom de làonie qu'Homère donne à l'Attique C^) ? Tous les peuples de la Thrace avaient eux-mêmes été autrefois compris , au rapport d'anciens auteurs, sous la commune appellation de Ioniens (*) \ et le principal
1 C'est ainsi que dans la fable ^/o est fille de Ia$os (Apoliôd. IIi î , S ^'* * Foy. Strab, lib. IX, p/392 B. Comp. VÎIÎ, 371 D, où la trace du nom
des Âses est signalée dans le Péloponèse, de mânie qu'elle se retrouvait dans
VAUlque.
' Hcsychius , v. Icoveç.
SUR J.B» PiU^MBfiS. IM
£biive de rwEUHeone Pâasg^ 4braeiq«e, le fi^aiOBi i^ail piNH oaitiveaieiil porté le iioiDde/4ii#e9 ^ fleuve de la laenie (0. Tous ees noiBS ae seraiait-ils en quelque sorte que les débris épart d'un Bom gikiàral s'éleodant primiiiveroeat sur l'enseoible des paya qui eoto^ffeut \» œer Égëe el môsMi sur \m woitié méridi^ nale de Tltriie^ aom auquel il faudrait rapporter le /4iMl|l doal la géographie de Moïse fait une des btanehes de la fimlle de iépiiel, de mèflae que le /en des Hdlènes remonte par Deuka» lioo jus(fu'au Japet cauoasique? Voilà ^ parmi beaucoup d'autres^ les questioDS esseutielles qui se rattacbeat à l'e&amea du pro^ blèipe que les Pélasg^es présente&t aux iuYestigalettfs des vieux âges du m(iiide. €raigfton»defioua laisseï* égarer par des lueurs trompeuaefi dans ces obscures profondaurê des temps autiques \ mais ne oégligeous pas^ eependaat, de t'ëunir les ifidioes épars qui pournûent nous aider à reconstruire ^ au moius ilaus ses tiné«i»aala prinoipaux, Tédifioe depuis si toâftemps reuveraé de rhiatwre primitive. Un tel ^vail, au reste, ne peul être aborde fei en queues p^^es ni d'uile ffiaaière aoees&oire) nous laissons donc de oôté ôette question difficile que peut-être BOUS reprendrons pins tard ^ et sur laq«iel(e la suite même de ^otre travail pourra d'aiUeurs jeter quelque jctir.
Nous venons de passer en revue dèos notre rapide esqaisse Tens^nble des premières population^ bistoriqueroenti eoUQties jie l'Asie^Mineure. Le siljet était vaste ^ et bien des peinte en étaient fort obscurs. Placée à Ventrémité ooeidentale du monde adalÂque et à Un de ses points de ooaliot avec le monde européen i TAste Mineure parait avoir sefti de paseaie^ dès leè plus i«iCie»s temps, i qudques«>unea deé temi»reuses mtgrttlioHs q«le l'Asie a tersées snr TËur^pe^ De teê iHignvtioiift) plutfieMN :f ont laissé des traoea encore reconnaissables de leur pasesfei plusieurs aussi s'y sont fixées. Maistoutes & beaucoup près n'y ont pas conservé la pureté de leur raoe. Des refouletfiei^^ des invasions^ des changements de domiuMion politique « des mé-*
1 OafMRi, I* Horrst. âai» Photliift^ )i. M5<--*iiftdhStait Éé»m I» nom d'un rivière de TArcadle (JDionyâ. P«rieg. v. 416) , et rtfS Mit que «iette partie OeiH traie du Pëlopooèse avait été dans les ancie&s temps l*ttn des centres principaux de ia population péiasgique.
200 ASIE-MINEURB.
langes et des agglomérations, ont concouru tour à tour, et parfois simultanément, à altérer, à effaoer plus ou moins les traitsprimitifs des peuples ou des tribus. Strabon déjà faisait remarquer que de son temps quelques peuples de la Péninsule avaient perdu, seulement depuis Tépoque de la domination romaine, Tusage de l'idiome de leurs pères et jusqu'à leur nom propre.
Cependant, malgré l'obscurité de certains points de détail , il nous a été possible de reconnaître avec assez de certitude les grands faits généraux , pour nous rendre suffisamment compte de la disposition des masses. Nous avons constaté que la popu* lation de l'Asie-Mineure , envisagée dans son ensemble, se rattachait à deux souches principales , d'une part à la grande famille des peuples blonds comprise dans le groupe hindo-germanique, d'autre part à la famille non moins nombreuse et non moins importante des peuples sémitiques. Nous avons vu les tribus de la première classe , auxquelles nous avons conservé la dénomination de peuples thraciques, répandues en généra] dans le nord de la Péninsule , tandis que les tribus sémitiques ou araméennes en couvrent les parties du sud : conservant ainsi dans cette région, où les a poussées leur commune progression vers l'ouest, la disposition respective des deux familles-mères sur le champ plus vaste du continent asiatique.
Vainement avons-nous interrogé l'histoire sur la période primitive que nous avions à parcourir : l'histoire est restée muette, ou ne nous a rendu que des réponses obscures , toujours tronquées , souvent contradictoires. Heureusement il y a dans les grandes agglomérations d'hommes un principe d'individualité dont la nature vivace résiste longtemps à toutes les causes d'altération ; c'est par là qu'en nous éclairant des notions tirées des monuments écrits d'époques plus rapprochées , et en nous guidant par le fil des traditions ou des analogies, nous avons pu remonter le cours des siècles jusqu'aux temps qui précédèrent les âges historiques. Mais que de lacunes encore à combler, et que de mystères à éclaircir ! Qui nous dira quel peuple éleva les nombreuses villes de Thebes , au nom probablement symbolicfie, qui forment dans tout l'ancien monde une longue chaîne dont une extrémité touche à l'Inde et l'autre à la vieille terre des Pélasghes, en passant à la fois par le cœur de l'Arabie et par la mystérieuse