‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 44 sur 123 · POPULATIONS PONTIQUES. KHALUBES , ETC · texte numérisé non relu

POPULATIONS PONTIQUES. KHALUBES , ETC

se bornaient en général à leur assigner une origine scyLhiqiie , appeliaiion à laquelle il ne faudrait pas attacher ici un sens trop précis (0. On peut dire , au reste , que depuis les plus anciens temps jusqu'à notre époque , rien n'est changé dans l'état des montagnards de la côte pontique. Tels les a mentionnés Homère, à qui était arrivé un lointain écho de leur nom ; tels , bien avant le chantre d'Achille , les a connus la géographie de Moïse; tels, depuis lors , et à des époques diverses , les (y t représentés les poèmes ai^onaatiques, Hérodote, Xénophon, Strabon, et les autres historiens ou géographes d'un âge plus rapproché; tels les voyageurs nous les dépeignent encore aujourd'hui : ce sont les mêmes traits, les mêmes mœurs, à peu près la même bai^ barie, en partie les mêmes noms. Ici donc les observations modernes viennent éclaircir, en les complétant , les notions anciennes. Ainsi nous savons, ce que les anciens ignoraient, que ces peuplades grossières, qui se prolongent le long de la cote jusques vers les bouches du Halys, appartiennent pour la plu-* part, sinon exclusivement, à la race arméno-géorgienne. Un voyageur récent, dont les recherches contribueront puissamment à l'avancement de l'ethnologie caucasique, a cru reconnaître le nom des Khalubes^ renommés dès la plus haute antiquité pour leur habileté à travailler les métaux , daus celui de Koulp que porte encore une des explorations métallifères les plus renommées de l'Arménie Centrale (^) -, et les Tibareni^ tribu voisine des Khalubes , en même temps que leur nom se retrouve dans le Tubal caucasique de la géographie de Moïse, vivent encore dans le nom même de la division occidentale de la Géorgie, Iméreth ^3) , quelque éloignée que l'analogie paraisse au premier coup d'oeil à qui n'a pas étudié de près la loi de la transformation des mots dans ces langues du Caucase. Les Sanni ou Tzanni se retrouvent sous les noms à peine altérés de Djanijc

^ H est vrai que plus tard on connut dans ces montagnes des SkuHni ou Petits Scythes. F'oyez ci-après, ch. 6, la relation de Xénophon.

* Dubois. de Montpéreux, Voyage autour du Cauecue^ t. IV, p. 138 et 139. Cr. t. II, p. 74.— Add. Am. Jaubert , Voyage en Arménie et en Perse , p. 103, etc., clc.

s Voy, Brosset, Aperçu général de la langue géorgienne^ dans le Nouv. Jouni. Asiat., t. XIV, p. 372, 1834.

1^ AME*lflNeOAE.

Dehamii , Iclmnéthi et Soanes , répandus le long de la côte sud* o»t de la Mer Noire jusqu'aux pentes occidentales du massif eau* easien (Ov Enfin , poui^ ne pas pousser plus loin un détail de Bomenclatiire qui n'entre pas dans notre objet actuel , la dénomination de Keldif que conserre encore aujourd'hui une des agrestes vallées de œ pays sauvage (>) , nous retrace à la fois et le nom de Kaldi , sous lequel les Kbalubes sont souvent dési* gnés (9) , et celu^e Khaldia^ tel que l'écrit au dixième siècle Constantin Porpbyrogénète , intermédiaire entre l'ancienne géofp*aphie et la géographie moderne (^).

Les montagnes escarpées qui dominent au sud les vallées que nous venons de parcourir, séparaient cette région maritime des hautes terres comprises entre TEuphrate et le Halys , et bornées au sud par la chaîne du Taurus : ce pays élevé , occupant ainsi toute la partie orientale du plateau central , est la Gappadoce. Ici nous entrons dans un autre monde. Langues, physionomie^ origine, traditions , caractère de la civilisation et du culte religieux y tout est autre que dans les parties occidentales et septentrionales de TAsie-Mineure. Tandis qu'au nord , dans la sone pontique , le caractère agreste et encore à demi«-barbare des populations que nous avons énumérées , en harmonie avec l'aspect âpre ^ sauvage du pays , conservait l'empreinte de lear origine scythique ; tandis qu'à l'ouest, sur les bords de la mer Egée , les germes de civilisation venus de l'Orient s'imprégnaient bientôt d'un caractère essentiellement européen , •— ou , pour parler plus exactement , d'un caractère essentiellement helléni* que , car l'Europe alors était encore tout entière dans l'Hdlénie, — > la civilisation cappadociemie , émanation affieiiblie de la haute culture intellectuelle de NinivB et de Babylone^ gardait

* Dubois de Montpéreux, t. III, p. 10.

* D'Anville, Géographie andsnne abrégée, t. II, p. 38.

A Iliiit là géognqilifr» bétwalque ce nom prand la forme de DHVS , Klmdliii. Foyez les remerqoee de Bochert, Phaleg^ 1U>. I, c* 3. il parait , au reste, y avoir eu ïc\ vote confusion que nous examinerons ailleurs.

^ Tout ceci sera repris arec plus de détail dans la suite de YHUtaire géO' graphique de la Péninsule. On peut voir le A' livre de l'iUie-Mlneure de Mannert, cb* 6 et 7, Géographie 4er Griechen unH JSmmeTf t. VI , 2« part., p. ft07, 1" édit.

CAPPADÔct;^ SUR LE Hm d'aram. 1^

sans altération ga pbygionoinie tout asiatique. Ce ftit, nous Ta- Tons dit, au contact de la Cappadoce que se développa la civilisation phrygienne : c'est ce qu'attestent , dans la rudeaae et dans la roideur de leurs formes , les curieux monuments de Tart phrygien découverts en diverses parties de la Péninsule parles savantes investigations de voyageurs récents , parmi lesquels les noms de nos compatriotes MM. de Laborde et Texier se placent au premier rang. *:

Il parait qu'à une époque reculée le nom à'Aram s'étendit sur la partie orientale de l'Asie-^Mineure , en même temps que sur l'ensemble des pays qui bordent le Tond de la Méditerranée jusqu'à TEuphrate «jt au Tigre. Ce nom , évidemment tiré de la nature montagneuse de ces pays profondément accidentés (0 , tai connu des deux pères de la poésie grecque , Hésiode et Ho« mère W. Si l'on en croit les annales arméniennes (*) , les pr^ miers souverains d'Arménie {à une époque antérieure à la guerre de Troie) étendirent leur domination sur ce qui plus tard fut appelé la Cappadoce ; et , en efTet , le nom de l'ancienne capitale de ce pays, Mazaca^ est purement arménien , ainsi que la dénomination des monts Moschiques désignant une des hautes chaînes qui bordent au nord-est, vers Trébizonde et la firontiëre Colcbi* que, l'escarpement du plateau central (*). Mais quand plus tard,

i En bébreu, har, "in, montagne, d*où le pluriel Q^IH, Aartm, montagnes, lieux montagneux, et l'adjectif ârlni . éievé. Ce nom d'J^ram ou u^rîm convenait parfaitement h la nature des pays situés à l'ouest de TEuphrate, jusqu'au fond de la Médlterrannée et à rescaq)ement oriental du plateau de rAsie-Mineure. C'est là aussi selon toute apparence, pour le dire en passant, Torigine du nom de TÀrménie, qui n'est pas, au fond , différent de celui d*Aram , et que les Arméniens eux-mêmes conviennent avoir reçu de leurs voisins.

A ces remarques, nous ajouteions la note suivante qu'a bien voulu noua communiquer M. de Saulcy : En Phénicien le mot D1 « Ham, signifie élevé, trètbant; d'où avec l'article phénicien et punique M» le mot 01N« l'i^levé, !• Très-Haut. I^ aens de ce mot s'est étendu au figuré à la «ubUmllé morale i c'ait aiusi qae sur les nmonaJaa liiliiiguet du rpi de Maurlcaaia JulMii naus li<* sons d'un côté Jiex Juba^ et de l'autre loubal Ram Melkadi Juba cl>ef dsTempireinsSo D1 ^V3V.

• Béaiod., Thwgon,^ v. 3ùà\ Hom. « Iliaa, II, ¥, 7Sâ*

' Potoeki , Hist, primit. des péuph$ d9 la RutêU^ p. 87 1 et suiv., édit, Klapr. ce p. 16.

* Sur Nofokb , la Masek de la géographie de Molsa el lei M^ot d« la géd^

164 ASHS'MINEOItE»

c'est-à-dire vers le coffimencenient du huitième siècle avant uotro ère (0, les souverains de Ninive étendirent leur domination jusqu'au Halys, et peut-être même jusqu'à l'extrémité occidentale de la Péninsule(^), le nom des Assyriens s'étendit avec eux sur les peuples incorporés à leur empire ; assimilation qui dat être d'autant plus facile, au moins pour les Araméens habitant à l'est du Halys, que leur origine, leurs mœurs et leur langage établissaient une confraternité d'origine avec le peuple conquérant W. L'usage des dialectes syriens ou sémitiques a depuis longtemps disparu de l'ancienne Cappadoce, d'abord remplacé, après la conquête d'Alexandre , par celui de la langue grecque, puis par le turk, maintenant à peu près exclusif. La domination des Assyriens dut s'étendre sur le pays maritime vers les bouches du Thermodôn et du Halys , car on trouve le nom de côte assyrienne appliqué à cette partie du littoral (*) ; aussi Strabon remarque-t-il (*) que l'idiome parlé de son temps dans laPaphlagonie était mêlé d'un grand nombre de mots de la langue cappadocienne. Diaprés le témoignage d'Hérodote (^) , ce furent les Perses qui introduisirent à l'est du Halys la dénomination de Gappadoce C'); or, les Perses acquirent l'empire de l'Asie, que leur donna Gyrus, dans la seconde moitié du sixième siècle avant notre ère. Mais les Grecs continuèrent d'appliquer aux ha-

graphié grecque , nous devons renvoyer à notre volume consacré à la région caucasienne.

i De 78a à 770 . selon Volney , Recherches JVouvelles sur Vhistoire ancienne, cil. XIX, p. 242, édit. de 1825.

s A une époque beaucoup plus reculée , une partie de l'Asie-Mineure avait déjà été comprise dans le premier empire assyrien fondé par Ninus, et agrandi par Sémiramis. ployez ci-après ch. 2.

9 Postdonius, ap. Strab. , lib. 1, p. 41 , édit. Casaub. Voyez ci-après le volume où nous traitons du Kourdistau , Tancienne Assyrie.

^ Hecatée de Mllet, ap.Steph. Byz. v.Teipta; Scylax Caryand. Peripl. 88, éd. Cail; Apollon Rhod., Argonaute lib. II, v. d65; Dionys., Periegesis^wlli et 971 à 975. Cf. Hérod. I, 76, et II, 17. Add., Strab., lib. XVI, p. 737.

» Lib. XII , p. 558.

8 Lib. I, c. 72; VII, 72. Cf. Plin. VI, 3.

? Ce nom a été récemment trouvé sur une inscription koufique de Persépolis. Voyez à cet égard une savante dissertation de M. Chr. Lassen, Die Alt pev iischen Keilinschriften von Persépolis , 1836 , et les remarques d'un jeune orientaliste trop tôt enlevé à la science, M. Jacquet, sur cette parUe de l'in-

LYCAOMIE!«&. EATAONIENd. CILICIENS. 185

bitants de cette contrée le nom de Syrien$ , en les distinguant par répithète de Syriens-Blancs, Aeuxd-Supoi , des peuples basanés de la Syrie propre (0. Ce fut aussi sous la domination persane que la partie de TAsie-Mineure à Test du Halys fut distinguée en deux provinces ou satrapies ; l 'une formée de la Gappadoce proprement dite, Tautre de la région montagneuse comprise entre la Gappadoce et TEuxin. C'est cette dernière province que les Romains désignèrent plus tard sous la dénomination de Poniu$^ par abréviation de Cappadocia Pontica ou Cappadoce maritime.

Deux peuples particuliers qui confinaient à la Cappadoce , les KaUu>niem et les Lykaôniens^ ceux-ci à l'ouest du côté de la grande Pbrygie , les premiers au sud dans les hautes vallées du Saros et du Pyramos , se rattachent par leur nom au groupe nombreux des populations thraciques ou pélasgiques de l'Asie- Mineure, quoiqu'un long contact avec les tribus araméennes eût introduit dans leur langue assez d'éléments étrangers pour effacer en partie leur individualité originaire. Les Cataoniens, en particulier, avaient fini par adopter entièrement la langue cappadocienne (^).

Au midi des Cataoniens et de ta Cappadoce , dont la séparait la chaîne duTaurus , s'étendait, entre cette montagne et la mer, une contrée qui dut à la nature du sol son nom de Cilicie. Le mot hébreu dont ce nom dérive Cs) a été exactement traduit par les épithètes de Tpa^sïo et tpoc^tiSyzu:^ âpre y que les Grecs appliquèrent plus tard à la partie la plus montagneuse de cette r(%ion maritime (^). Les Ciliciens, peuple belliqueux comme tous les montagnards du midi de la Péninsule , parlaient autrefois la même langue que les Cappadociens et les Syriens méridionaux, de même qu'ils avaient une commune origine; un passage d'Hérodote prouve que de son temps la tradition en était encore vi-

KripUon , dans le iVotit^. Joum, Aiiat, , Z* sér. , t. VI , p. 385 eC suW. ^ Hécatée, cité note 4 de la p. précéd. ; Strab. , XII, 544.

* Strab., lib. XII, p. 533. — ^Sur lesLycaoniens, voy. Jablonski, Delinguâ iycaontcd df«9tii>tfi'o,ap.ejusd.OpuscuIor. t. ni, p. 123,etJoh. Frid. Guhlinglus, Diss, de Unguâlycaonicà à Pelasgis Grœcisortd, FUemb, 1726, In-ft» .

'pSn, hhalek ou khalek , pierre, caillou; pluriel D'^pSn, khaléktm . Comp. le grec '/jik:x.%j cl le latin silex,

* Foy. Slrab., lib. XII, p. 568.

189 ASIG-MINECIItE.

Tante (0. Daos le langage métaphorique de la mythologie grecque, Cilix est frère de PbœnixC^), Aussi les Ciliciens et les Cappadociens ne formaient-ils ensemble qu'une même proviQoe sous la domination des Mèdes et des Assyriens. L'arménien est aujourd'hui Tidiome dominant de Tancienne Cilicie ; mais Tia^ troduction de ce nouveau langage ne remonte qu'au conunence* ment du onzième siècle de notre ère, époque à laquelle des colonies arméniennes , fuyant la domination des Turks Seldjoukides qui se jetaient sur TArmënie, vinrent en grand nombre se fixer dans les vallées ciliciennes (3).

L'ancienne géographie connaît plusieurs autres contrées du nom de Cilicie. Dans l'Assyrie, les Silici occupaient les hautes vallées qu'arrose le Lykos ou Zàb , un des afluents gauches du Tigre. VAkilmne était un canton de TArménie-Majeure, vers le point de jonction des deux bras supérieurs de l'Eupbrate. 11 y avait aussi une Cilicie dans la Haute-Cappadoce , aux environs du mont Argée. Enfin , plus célèbre que les précédentes, la Cilicie mysienne, que mentionne Homère C^), occupait le fond du golfe d'Adramytteion , au revers sud--est du massif de rida troyen. Selon quelques auteurs, nous dit Strabon(^^ les Ciliciens de la Troade, obligés de s'expatrier par suite des bouleversements politiques qui suivirent la chute de Troie» allèrent s'établir à l'autre extrémité de l'Asie-Mineure, où ils s'emparèrent, sur les Syriens, de cette étendue de pays qu'on nomma depuis , d'après eux, la Cilicie. Cette tradition est en elle-même bien peu vraisemblable ; car on admettra difficilement qu'un canton de très-peu d'étendue, telle qu'était la Cilicie mysienne , ait pu fournir, après une guerre désastreuse, un assez grand nombre d'émigrants pour aller, loin de là, s'emparer sur une nation puissante d'une contrée assez vaste à laquelle ils auraient donné leur nom. Ce nom , nous l'avons vu, est indubitablement d'origine araméenne. Il n'a donc pu être

« Vn, 01. Cf. Arrian. De ExpediL Alex. M, , lib. II , c. 5, édU. Raphet.

* Apollod., lib. III, c. 1, S 1*

s Saiat-MarUn , Mémoires sur l'Arménie^ t, I, p. 197.

* Iliad., VI, V. 397 et suiv.

» Lib. Xm, p. 627.

nSiniENS. PAMPUYUENS. LYCIENS. 187

aUribué à un pays doDl il dépeint la nature physique que par les Âraméens avoisinants; et si nous le retrouvons hors des pays où régnent les langues sémitiques , il est bien plus naturel de penser qu'il y aura été porlé par des émigrants de la Cilicie ara* méenne. Poursuivons notre marche à l'ouest en longeant les côtes méridionales et occidentales de l'Âsie-Mineure , et nous allons retrouver à chaque pas des vestiges de cette antique ex* tension des tribus de sang araméen.

La frontière occidentale de la Cilicie touchait à la Piridie^ que la Phrygie bordait au nord, et à l'ouest la Lycie et la Carie. La Pisidie était une région non moins montagneuse que la Cilicie ; les habitants étaient cités comme une race à la fois grossière et belliqueuse (<). La tradition constante de l'antiquité les identifie avec les Solymes mentionnés dans Homère, et dont Bocharta bien prouvé la parenté avec les Phéniciens, conséquemment avec les Araméens qui appartenaient à la même famille (^).

Le nom de Pamphylie que portait la partie maritime de la Pisidie ne désignait pas proprement un pays distinct. Hérodote rapporte l'origine du peuple qui l'habitait à des fugitifs échappés à la ruine de Troie (•) ; leur nom même atteste que ce peuple n'élait qu'un mélange d'hommes d'origine probablement diverse (*).

La Lycie , qui dans notre périple succède à la Pisidie, occupait celte presqu'île montagneuse que projette sur la Méditei^ ranée la côte sud-ouest de l'Asie-Mineure , et où l'on fixait le point de départ de la longue chaîne du Taurus. Aucun passage des anciens ne peut nous éclairer directement sur la langue lycienne; mais les explorations d'un voyageur moderne ont fouhii quelques lumières à cet égard (^). 11 a été reconnu que

Uv., llb. XXX ViU, c. 15.

* Ckanaan , lU). I , c. (k - Nous reviendroni tar €• sujet , cl-«prèt» ch. S. 9 LIb. vu, c. 01.

^ C'est ce qu'exprime le mot nafMpOXioi.

* Ch. Fellows, A Journal written êuring an Exewnian in Asia-Minor^ 183S. Lond. , 1S39 , iii>8 ; et du même t An Account of Discoveries in Lycia^ 1840, Lond. , 1841 , io«8. Sur ces deux relatiODS , partieullèrement remarquables au point de vue archéologique , voy. un savant article phttologiqne da M. Gfotefend, dans le ZHUehrift f9T die Kwnde dê$ M^mmUaniee dt

par son alphabet, de même que par ce que Von connaît de son vocabulaire , le lycien se rattachait aux dialectes parlés anciennement sur toute la côte méridionale de l'Asie-Mineure, dans la Pisidie et la Cilicie. De nombreuses synonymies dans la nomenclature géographique ont confirmé ce résultat (0. Toutefois, il ne faudrait pas prendre cette donnée générale dans un sens trop exclusif. Si, comme tout Tindique , la langue araméenne dominait dans la Lycie C^)^ il y avait certainement eu là, de même que dans les pays avoisinants, d'autres éléments de population distincts de l'élément araméen. Que les tribus dont nous avons signalé précédemment l'extension sur toute la côte ouest de la Péninsule se soient anciennement avancées jusque dans les vallées de la Lycie et même de la Pisidie , c'est ce qui nous paraît hors de doute , tant y sont nombreux les indices de leur présence. Le nom même de la contrée nous reporte v^rs la Thrace , vers ce foyer d'où rayonnèrent à la fois et les vieux cultes pélasgiques et les migrations de la race blonde sur le pourtour entier de la mer'^gée W. Mùl-

G. Lassen , t. IV, p. 281 et suiv. Gomp. Saint-Martin , dans le Journal des Savants, 1821 , p. 235 et suiv.

^ Grotefend, art. cité , p. 300. Cp. Raoul-Rocbette, dans le Journ, desSav»^ Juillet 1842, p. 387.

* II parait qu'une portion de la Lycie , aux environs de la rivière de Lioiyra, avait gardé le nom de Terre des Phéniciens , ^oivixoç ëSoc (Quint. Smyrn. , Postbomeric. VIII, 106. Strabon connaît dans le canton un mont Phœnicuin (lib. XIV, p. 666 C).

' Les érudits ont beaucoup, discouru sur Tétymologie du nom de la mer Egée {f^oir Sam. Bocbart, Canaan^ lib. I, c. 13. Gf. Varro De lingud lattnâf lib. VI , 2) ; il nous parait que c'était aller chercher bien loin ce qui s'offre de soi-même. Alyotov se rattache évidemment à un radical commun à toutes les langues de la famille hindo-germanique, et qui signifie eau. Le grec prûnâtif avait (S^oc (Scaliger, ex. 725) , en rapport étroit avec Vaqua des LaUos et ses nombreux dérivés , parmi lesquels notre mot aiguière conserve une foitue très*rapprochée de rat(|ra¥on hellénique. Le grec classique a de nombreux dérivés de l'ancien radical : aifiaXè*;, plage ,alYl(;, tempête, aLlykci (dorique), va^e< de la mer (allem. ujogen; — comp. notre mot voguer), ne)v dYiaest |a haute mer, Vœquor des Latins. On le retrouve encore dans la première syllabe d" nom même de TOcéan, àx-eav5<, nom dont la plus ancienne forme parai avoir été ûy-i^v (Lycophron Cassandra^ v. 230 ; Hesychius : Ût^v, âxeavôc)) d'où peut-être co-]^, haie, défense, clôture, te qui <ieint, ce qui entoure; lo

ior (0 a râppôilé au culte d'Apollon Torigine de ce nom de Lycie (Auxia, que Ton prononçait Lukia ou Loukia) et des Rjtres dénoroiDations géographiques qui eurent pour base lo même radical Xux, luk (•); peut-être ce rapprochement ainsi généralisé s'étend-il trop loin, et le nom du loup, Xuxck (loukos) a-t-il servi dans plus d'un cas à désigner directemême radical se montre encore , sous cette forme ôg , dans cJSv.upiç , étang; de ii!ême que sous sa forme éolique ou latine il existe pur dans lac, Teau par excellence. Diodore dit qu'Qxeotvè; fut originairement le nom de l'eau dans son acception la plus générale. {Biblioth» 1 , 13). N*oubliOBS pas de remarquer que AlyouK^rÂquaUque, était un des surnoms du Neptune hellénique (Phérécyde, dans le Schol. d'ApoIl. I, v. 831), et qu'AlYaCcov (vulgairement i£g«on) était aussi un des noms duTitan Briarée, qui demeuraitdans lamer (Schol. Apollon. Rbod.IfV. 1165). Si maintenant nous remontons vers la source d*où les langues du Midi de rancienne Europe durent tirer ce radical ak ou og (que Ton a cm reconnaître aussi dans les iangues sémitiques; v. i ce sujet Bochart, Chanaan^ c. 36), nous trouvons d'abord, dans les groupes intermédiaires, le vieil allemand ach,aach^ aujourd'hui inusité, mais qui se montre dans une foule de composés gi'ographiques ; Tislaudals at^ , Tlrlandais uisg, les particules anglaises isk^ eXyOx^ usky attachées à une foule de noms de rivières; le gothique tihwa; puis enfln, centre commun de ces nombreuses dérivations, le sanskrit ogha^ eau, fleuve, torrent. Ogka , dans la mythologie pourânique, est l'Océan (i2yr,v, ûxeay-6{) , le père commun des eaux sacrées qui descendent du Mérou (Wilford, dans les ^«ta^ Res, VIII , 321 , 350). Ough^ âg, àoug^ ou 6g^ eau, existent encore dans quelques-uns des dialectes grossiers de dérivation sanslcrite qui se parlent dans les montagnes du N.-O de Tlnde (Burnes, ^oy» à Boukhâra, u III de la trad. fr., p. 165; T. Vigne, Traveh in Kashmir, Ladak^ Iskardo , vol. II, p. /i 36-37. Cf. les vocabulaires annexés par le lieulenant R. Leech à son Epitome of the Grammairs of thê Brakuikiy , the Balochky and the Panjàbi languages, dans le Jùurn, ofthe AsUU. Soc, ofBtngal, t. VII, 1838 ^ p. 728, 731 , 762 et 78&). Enfin (nous devons cette retndhpie à M. Troyer, le savant traducteur des annales du Kacbmir), le san»- Icrit luinnéme a encore , avec la même signification , le mot imi-ak-oum , remarquable en ce qu'on y retrouve à la fois ru66>p des Grecs et le aq des langues teutoniqoes et pélasgiques. Nous laissons i ceux qui font de la philosophie des langues une étude spéciale à montrer par quel lien ogha -se rattache au sanskrit agh^ alleri se mouvoir (comp. le grec (bxù<), et à rechercher par quelle loi de transformation le primitif ogh ou agh s'est changé en ap ou d6 dans une foule de langues Intermédiaires.

* Dorianêy 1. 1 , p. 248. Nous citons la traduction anglaise, où il y a d'importantes additions fournies par l'auteur lui«>méme.

* Âuxdcoç, loukalos, était un surnom d'Apollon; l'origine en est IncerCalne. L'étymologie qui rapproche cette épithète du mot X^icv), aube du Jour, lumière, IwDf est assurément la plus vraisemblable.

190 ASIË-lUNfiURE.

ineDt un canton où les loups abondaient (0. Ce qui est certain, au surplus, c'est que les noms de rivières, de montagnes, de villes et de cantons formés du radical Xux se reproduisent en grand nombre partout où les tribus pélasgiques de la Thraceont porté leurs migrations (*). Ceci est un point qui demanderait, comme tout ce qui se rattache aux questions encore si obscures des origines helléniques , de profondes recherches et de longues discussions étrangères à notre sujet actuel. Au surplus, voici sur les origines lyciennes le rapport d'Hérodote, que rien ne nous autorise à rejeter, au moins dans ses circonstances essentielles *, seulement il ne faut pas perdre de vue que ce récit traditionnel remonte jusqu'aux temps mythologiques. « Les Lyciens , dit l'historien , sont connus de toute antiquité pour être originaires de Crète , car il est certain que cette ile fut autrefois occupée entièrement par des barbares. Dans la guerre qui éclata entre les deux fils d'Europe , Sarpéden et Minos , pendant qu'ils se disputaient la royauté , Minos, vainqueur, chassa de l'île Sarpédon et son parti. Ceux-ci passèrent alors en Asie , et vinrent habiter le territoire de Milyas (^), celui positivement que les Lyciens occupent aujourd'hui et qui autrefois s'appelait ainsi. Les Myliens ont aussi porté le nom de Solymesi mais pendant le temps que Sarpédon régna sur cette contrée, ils prirent celui de Termites^ sous lequel les Lyciens sont encore connus des peuples qui leur sont limitrophes. Enfin,

1 Foy. on passage de Tliéocrite , Idyl. XXV , ▼. 184*

* Dws ia Lyeie troyenne (ci-«prè8 , ch. IH) , dans la Lykaonie (<m platôt lAïkaonie), dans la Lukorie du Parnasse, dans la Lueanie de HtaUe aa- «toiMW^ etc.^ «le. , tontes localités originairement peuples par tes Pélasgbei. {roy. A|)oiiodore, iiv. ]II.,c]i. S, S !)• h^Lupercales du Rome, ou fête des Loups, selon l'interpréUition latine, étaient originaires de rArcadie,ré^on pélasgique (Ht. LIv. 1 , 5). Le même radical se reproduit dans une foule de lions ée Titlea et de rivières de rAsie-Mineure , de la Grèce, de la Tbrace et de ritalie \ nais pour plusieurs au oMîas des rivières dans le nom desquelles oo le fencontre, il parait avoir emporté seulement ridée de force et d'impétuosité [Foy. un passage de Quinte-Curce , nv. III, ch. 1). C'estniiui qu'en une foule d'endroits, l'es^Mneasion kûxoi^ les loups « est employée par Lycopfaron dans le sens d'hommes féroces, rapaces, sanguinaires. Cassandra^ v. 12, 48,1203, tSW^ete.

> ftochaK aottsaeiiiUe dériver fort heureusement le nom de Milyas de l'a»' méen ^mSîD ? lieux montagneux. Olernowi , Hli* I , c* t.

CAEIBN6, LÉLÈGBES. 191

lorsque Lycus, fils de Pandion , fut à son tour chassé d'Athènes par son frère iËgée , et vint se réfugier chez les Termiles , près de Sarpédon, les Terrailes finirent par adopter de Lycus le

nom de Lyciens CO h Voici trois populations successives

positivement indiquées : l'une , la plus ancienne , se rattachant aux Solymes que nous savons être de souche araméenne ; l'autre, sortant de Vile de Crète et imposant aux habitants antérieurs le nom de Termiles^ la troisième, enfin, venue du continent pélasgique et apportant avec elle le nom le plus récent , celui de Lycie. La parenté ethnologique de celle-ci ne saurait être dou* teuse ; mais il reste incertain , au milieu de Tobscurité de ces vieilles traditions où la mythologie se mêle à Thistoire, si la seconde appartenait aux Phéniciens qui occupèrent primitivement la Crète , ou aux tribus de souche hellénique qui s'y éta«blirent à une époque moins ancienne^*). Quoi qu'il en puisse être, il n'y a toujours en présence ici que deux races , la race du nord et celle du midi, que nous voyons en contact dès les plus anciens temps dans toute la région de la mer Egée , où les avait amenées leur extension simultanée vers de nouveaux établisse^ ments. Il y a apparence aussi que des tribus de la côte nord-est de la Péninsule avaient poussé jusquVji Lycie leurs courses vagabondes; car on y voit un peuple de Jjuom O, dont le nom semble nous reporter vers les Halysons de la haute Cappadoce , sinon jusqu'aux Lazes de la côtepontique.

La Carie succède immédiatement à la Lycie vers l'ouest , oc^ oupant Tangle extrême de TAsie-Mineure , sur les deux mers dont l'île de Rhodes marque ici la limite, au sud la Méditerranée proprement dite, à l'ouest la mer Egée. Au nord , la Carie est séparée de la Lydie par la moitié inférieure du cours du Méandre*

Les Cariens , au rapport d'Hérodote et de Thucydide, avaient d'abord oocupé sous le nom de iMéghei les îles de la mer Rgée ^

^ Berod. 1, 173» Cf. Strab. Rfo. \it , p. &73.

* Sor tes iftreiiilers temps de la Crète , on peut Toir Ctavler, ttiih dei prè» wiwi temps de la Grèce, 1. 1 , p. 6 et «ulY. , îtS et swW. !♦• Mit ; Raoul- Hochette, Hi$t. des colonies grecques^ t. II, 132; et snrtont la savante monographie de Cli. Hoeck, Kreta, etc. Gœtting. 18!{3»S9, ht-S , 3 T.

*Herod. III, M; VU, 77.

lOS ASlfe-llINEURf»

ils eu furent eitpulséd, en partie par Minos, foi de Crète, en partie par les successeurs de ce prince, et se virent contraints de se fixer sur le continentCO. « C'est là du moins ce que les Cretois rapportent des Cariens, ajoute Hérodote 5 mais ceux-ci ne sont pas d'accord avec les premiers, lis prétendent être autochtones du continent, et avoir toujours eu le même nom qu'ils portent aujourd'hui. Ils allèguent en preuve l'ancien temple de Jupiter Carien, dans le territoire des Mylasiens, qui leur est commun avec les Mysiens et les Lyciens, conime du même sang que les Cariens , Lykos et Mysos ayant été , suivant eux , les frères de Carès. C'est par cette raison , disent-ils, que ce temple leur est commun , tandis que d'autres peuples , quoique parlant la même langue que les Cariens , ne participent point à cette communauté. » Homère nomme parmi les auxiliaires de Priam les Cariens et les Lélèghes; mais il en fait deux peuples entièrement distincts, l'un habitant, loin de Troie, les monls ombragés de Phthire, les rives du Méandre et les sommets élevés de MycaleC'^); l'autre occupant, sur la côte même de la Troade, les rives du Satnios et la ville de Pédase (3). L'autorité du poëte, et on sait combien elle a de poids dans les recherches d'antiquités historiques , vient donc ici à l'appui de ceux des anciens logographes qui parlaient des Lélèghes comme d'un peuple différent des Cariens , bien qu'ayant été associés à ceux-ci dans leurs courses de piraterie (*). Il est probable en effet que ce furent deux tribus originairement distinctes, quoique appartenant l'une et l'autre à la grande famille thracique. D'un côté, les premières traditions mythologiques de la Crèce rattachent Lélex, père de la tribu, à la tige des Deukalionides, d'où sont sortis les Hellènes ; et d'une autre parties Cariens, on vient de le voir, se disaient eux-mêmes frères des Mysiens , dont l'origine thracique est certaine. Les traditions historiques de l'Hellénie faisaient descendre les iEtoliens des vieux Lélèghes, origine que

» Herod. I, 171 ; Thucyd. J , 4 , 8. Add. Strab.XIV , 061 , et Pausan. VII, 3. Il s'agit Ici , d'après la clironologie des Marbres de Paros, d'une époque antérieure de plus de deux siècles à la guerre de Troie.

• II. n,v.867.

» n. XXI, y. 87. Cf. X , V. 429.

Strab. lib. VII,p.321,

CÀRIENS. 193

ne démentait pas l'humeur indomptable et le penchant inné à la piraterie qui distingua longtemps les iEtoliens parmi les peuples de la Grèce (0.

Au reste , on croira diflflcilement qu'à leur arrivée sur le continent les Cariens aient trouvé le pays inoccupé. Quand depuis longtemps le midi de la Péninsule était couvert de tribus araméennes, la Carie seule n'était sûrement pas restée déserte. Mais ce qui ne serait, en l'absence de preuves directes, qu'une supposition plus ou moins probable, prend un caractère tout à fait certain dès que l'on étudie de près la topographie carienne pour en découvrir les origines étymologiques. Nous ne recomniencerons pas ici ce travail que d'autres ont fait avant nous (2)5 l'origine araméenne ou phénicienne d'une partie des dénominations de l'ancienne géographie du pays que les Cariens occupèrent des deux côtés du Méandre , n'est plus un fait douteux. Nous ne prétendons pas garantir , toutefois, et même nous sommes loin d'admettre indistinctement toutes les étymologies proposées ; mais en rejetant ce qui paraît contestable , U reste encore un nombre assez grand d'applications auxquelles ne peut se refnser la critique la plus sévère, pour que notre conviction trouve à s'asseoir sur une large base. Ajoutons que la côte ionienne , où les Cariens avaient antérieurement habité , avait une ancienne ville dont le nom d'Érythrai rappelle à la fois et la plus ancienne demeure et le nom primitif des Phéniciens W 5 d'autant plus que le port d'Érythrai portait le nom particulier dePhœnicu8(^*\ No-

^ Dicaearchus, Deier» Grœe* v. 71; Thucyd. III, OA; Polyb. IV, 3, 67$ XVII , 5 , XXX , 1 A , et passini. Dionys. flalic. 1 , 3. Tit. Liv. XXXIV , 2/k ; etc.

' Bochart , Chanaan , lib. I , c. 7. Dupuis , De Vinfluence que les habitants des îles du golfe Persique , des côtes méridionales de la Perse et de la Car amante ou du Kermàn, jusqu'à Vlndus, ont eue sur r. Europe et sur l'Asie^Mùieure. 1800. Dans les Méni; de riostit., classe de Littér. et Beaux-Arts , t. V, an XII , p. 21. 11 ne faut lire ce mémoire de Dupuis qu'avec une extrême circonspecUon.

' Phénicien est synonyme d*Érythréen. L'un et Paulre signifient rou^« , et tous deux semblent se rattacher à la mer Erythrée ou mer Rouge (nom primitif de l'Océan Indien) , d'où les Phéniciens étaient originaires. — L'Étoile grecque avait aussi sa ville maritime d'Érythra (Tit. Liv. XXVIII , 8) ; et un peu plus haut , sur la côte d'Épire voisine de Corcyre , il y avait un port de Phœnikè.

* Tit. Liv. XXXVI » A5.

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