‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 54 sur 123 · ASIE-MINBURB. [13® SIÈCLE AV. J.-C · texte numérisé non relu

ASIE-MINBURB. [13® SIÈCLE AV. J.-C

» Un peu plus loin , dans une direction opposée aux Ourses da nord, reposent les restes gigantesques de Themiskure, fille de Doas ; non loin de là sont les villes des Amazones , habiles à dompter les coursiers. Les Khalubes, les Tibarènes et d'autres peuples voisins habitent ensemble la région de Mosun.

» De là, naviguant vers la gauche, nous touchâmes à des rivages habités par les Maours CO, voisins des Mariandures.

» Plus bas, sous Tétoile du NordC»), se prolonge une longue crête (3), dont les pentes s'étendent au loin , entourant des vallées resplendissantes au-dessus d'un grand golfe enfoncé dans les terres. Le mont Sûmes déploie ici ses larges flancs revêtus d'une riche verdure.

» Là estl'Araxe aux cours retentissant; de ce fleuve sortent le Thermodôn, le Phase et le TanaïsC*), et sur ses bords habitent les nobles tribus des Kolches, des Héniokhes et des Araxiens. Après l'avoir dépassé , nous vînmes aux ports enfoncés dans les terres des Ouriens, des Khidnéens, des Kharandéens, des Solymes et des Assyriens (*); puis nous vîmes l'âpre montagne de

nommé ici avant le Halys, ne se jette dans la mer que plus loin à l'Est.

^ MaOpot. Nous avons peine à comprendre comment les commentateurs se sont mis à la torture à propos de ce nom , qu'ils ont voulu cliauger contre tout^ raison tantôt en TaOpot, tantôt en Maxpwveç, tantôt en TiêapTivol (Vid. Gcsner. ddloc» et Sciiœnemann Commentatio de Geogr, Argon, p. 14), quand ces Maours de la côte pontique ont été connus d'Hérodote et de l'ancien Hécatée sous le nom de Mares. — Herod. Histor. iib. VII , c. 7d ; Hecat. Mil. ap. Steph. Byz. v. MApeç. C'est là un nouvel exemple, entre mille autres, de l'extrême réserve avec laquelle il faut toucher au texte des anciens auteurs.

» L'expression Nép0e , employée ici par le poète pour désigner par une idée d' infériorité de position les contrées (pii s'étendent vers te ntàrd , eét 'éRreetèment contraire aux notions cosmographiqaes qui prévalureBt plus tard daiis les écoles, et qui passèrent dans la langue usuelle. Vid. Ârist. Meteorolog. Il, 1. Comp. Qail, Essai sur UêpréposiL p. 17. Nous renverrons aux rema^ut'S que nous avons Caites à ce sujet , et sur un autre passage du ^tk)$opte de Sta^ gire, De OebIo, IU 2, dans notre exposition de la géographie d'Ariatote , cidessus, t. I, Introduction générale.

s Le Caucase.

^ Nous traduisons littéralentent cette étrange géograplite te^k qiifi le teste la donne, sans nous livrer k des cQ(pmen(aires qui troaveront kor piuse ailleurs. Cf. Apollon. Rbod. II, 91% sqq. et IV, ia2.

« Plusieurs de ces noms sont certainement corrompus , et le tout présente uoe coafuHon dont oa cliefclieraU v«iaemeiit , en Tabsecee da m^svâcâts phis

SUR i'authentigité du POEME d'orphée. 219

Sinopè , et les habitants de Pbilura , et les villes nombreuses des SapiresCOj et les Buzères, et les tribus inhospitalières djss Sigliymnes *^^).

» Poussé par. un vent favorable, le navire Argo atteint enfin les bords riants du Phase, au moment où TAurore, se levant sur le monde immense, prenait sa course vers les bords occidentaux de la mer Inhospitalière (3). »

Telle est la narration qui nous a été transmise sous le nom d'Orphée.

Nous nous bornerons à un petit nombre de remarques générales.

La première , et c'est aussi la plus importante, c'est que rien, dans la lecture de cette partie du périple des Argonautes , n'induit à en mettre en doute le caractère véritablement antique. .

Personne , assurément, ne prétendra que le texte des Orphi- (lues, tel que nous le possédons aujourd'hui, soit celui qu'epfanta, il y a trente et un siècles , le génie poétique du législateur de la Thrace. Ce texte , nous le savons , probablement confié dans l'origine à la mémoire des bardes pélasghes , et transmis ainsi, de même que toutes les poésies jjrimitives , pendant une longue suite de générations , fut recueilli plus tard et traduit en quelque sorte dans une langue plus moderne. Ce fut là l'œuvre d'Onomacrite. Que des modifications du texte primitif, que des altérations plus ou moins graves aient été le résultat de ce rc-

purs que lés textes imprimés, à Urer uu ordre plausible. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point de la narration orphique.

^ Cf. Apollon. Argonaut. II , 393 , '. 2^3* Les Sapires sont mentionnes dans Hérodote (qui écrit Saspircs) comme un peuple hat>ilant dans l'intérieur des terres entre les Kolchcs et la Médic [Histor. 1 , 104 ; add. III^ 04). Etienne de Byzance, dans son Dicliouaaire géographique compilé vers la lin du 4*" siècle, dit (v. ZctTreipeç) que de son temps on les nommait Sabires. Leur nom se retrouve 4ans la géographie arménienne , et se préseate fréquemment dans l'histoire ^e ces contrées pendant U période bysantine.

> Si^ujAvoi. Escbenbach, probablement avec raison, a proposé de lire Ziyuwoi, en rapprochant ce passage du vers 320 , livre IV, d'Apollonius de Rhodes. Ce rapprochement ]>ourrait donner lieu à des remarques qui seront mieux pla> céesi dans le volume où nous aurons à pr^nter le tableau des peuples du Caucase.

^ i^&Cvo< UovToç , nom que reo)pla4;a plus tard c^lul d'£ù;e£voc , Pont-Ëuxln (mer hospitalière]^ ^«y< cl-ap^ès, çh« IV.

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maniement CO, c'est ce que personne aujourd'hui ne peut ni afittrmer ni nier d'une manière absolue. Mais nous disons que les présomptions sont toutes ici pour la conservation du fonds du poôme dans sa pureté originelle (2), Quq] intérêt, en effet, peuton supposer dans l'altération volontaire de l'œuvre orphique, alors surtout que la tradition des anciens âges entourait le nom d'Orphée d'une sorte de vénération religieuse? Et si l'on prétendait, s'appuyantde quelques autorités relativement récentes, contraires au sentiment unanime de la haute antiquité, qu'Orphée est un être imaginaire ; si l'on voulait — le nom d'Homère luimême a-t-il été à l'abri de ce scepticisme impie ? — que les écrits auxquels le nom d'Orphée est attaché ne soient qu'une fraude littéraire, et que cet Onomacrite à qui on les attribue les ait non pas seulement retouchés , mais composés : hé bien , dans ce cas, ne faudrait-il pas admettre que le faussaire aurait dû, pour donner au moins quelque apparence de vérité à sa fraude, se guider sur les indications que lui pouvaient fournir les monuments des anciens âges encore existants; et les Argonauliques , même en ne les envisageant que de ce point de vue, ne seraient-elles pas encore un document précieux pour la géographie des siècles héroïques, aujourd'hui que le temps a dévoré la presque totalité des documents propres à nous éclairer dans l'étude de ces antiques périodes?

Si, en effet, écartant toute discussion de pure controverse, nous examinons le périple en lui-même , et qu'analysant les diverses parties dont il se compose depuis la sortie de l'Egée jusqu'à l'entrée du Phase , nous cherchions ainsi à éclairer notre jugement par le fond même des choses, et non plus par des considérations accessoires , nous n'y trouvons rien , nous le répé-

^ C'est ainsi qu'outre le nom d'ÂÇeCvoç, qui est véritablement le nom primi* tif du Pont-£uxin , on trouve dans plusieurs passages du poème celui d'EuieCvoc, qui rie date que d'une époque moins ancienne de plusieurs siècles que l'âge d'Orphée. Une élude attentive de la nomenclature de cette partie du poSme orphique y ferait sans nul doute découvrir d'autres anticipaUons analogues.

* Nous n'entendons pas faire entrer ici en considération les altérations évidentes, soit dans les mots, soit même dans des passages entiers, telles que transpositions de vers, etc., que présentent les manuscrits peu nombreux sar lesquels s'est exercée la sagacité des éditeurs et des commentateurs.

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