‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 56 sur 123 · II · texte numérisé non relu

II

•H ééKt«lffBUM« [13« SlICLE AT. J.-C.

m^ mw^eli» fiolmkkû iêrangèfe, vewm de l'He de SaaMhftce, aborda aux rives asiatiques de THellespont. Celles élâii eondiiile p«r DftfdanM , êU de iu|Nter et frèce de Iteîoa. Dankmos çmi»^'^ ie pairs aree Teiiker^ et bélit «ur l'HeUsspoiK, a» lieu wéiad où il avait débarqué , ««« villa qui de «oa aom fut appelée Dardaaos. Après )a oiort da Teuker, la «oui de Eardwm s'ëtei^ dit à toute la contrée.

ËricfaiboaioS) fils de {krdaooa, aueeéda à aoQ père dans la aouveraineté de cette lerre fertile. « C'était, aoua dit le poète , le flm opulent des aiertela c trois mille eaindea paiaaaieiit dM6 ses gras pAttim^^, fiàreade leurs poulains boadissante. » Tvoe, Sis d'Ëriobthonios , agrandit probablefloeut le lerriMre de mm petit État, puisque ce fut d'après lui que le pays fut désormais désigné sous le boo) de Troïasou Trois^.

Uos, un de ses fils, traasporta sa réaideaee dans riniérieur di^ la plaine , et y fonda la ville d'ilion depuis si célèbre , mais qui est plus femilièrenient connue dana les langues modernes sous le nom de Troie, lequel appartient plus spédalement âu territoire. Les anciens logographes racontaient ainsi la fondation d'Uioo : « Ilos, étant allé dans la Pfarygie, s'y trouva à des jeux que le roi faisait célébrer et y fut vainqueur à la lutte. Il reçst pour prix cinquante jeunes garçons et cinquante jeunes filles. Le roi lui donna aussi , d'après un oracle , une vache de diverses (auteurs , e\. lui dit de bâtir une ville dans le lieu où eUeseeouclierait. Cette vache le conduisit vers un endroit de la Phrygie nommé la colline d'Atè, et s'y coucha; Ilos y bâtit une ville et la nomma llion... » Ce récit est celui qu'a recueilli ApoU<>dore (0 ; d'autres ancieps auteurs nommaient les Bébryks m lieu de la Phrygie C^), ce qui , ^u fond, n'est pas différent C^). Lae-

1 Biblioth, lib. III, c. 12, § 3; p. 351 de la trad. de Gavier. ~ Gomp. Strab. Hb. XIII, p. 593 B. Dcnys d'Hallcarnasse fait un conte à peu près semblable au sujet de la ville bâtie par Éiiée à son arrivée en Italie. {Aniiq. Rom, I, AS.). Virgile {MmiA, HI, v. dOd; Vill, 81) a eonmcré cette vieille tradition. Cf. Conon, XL VI* Récit, dana Pbotrus, p. hHs où la même ii^eode est transportée en Thrace. Il semble que le nem primiUf dllion ait été Atès^ et que ce fut seulement plus tard que l'usage consacra la dénominaUMi tirée du nom du fDudateur (Stepb. Byxant. v. IXiov).

> Conon. JVarraf. XII, ap. Pbotii Biblioth, p, 429,

' Foy* ci-dessus, p* 170»

mëdôQ 5 <piî réfUMi diras Itîon après son père Ilos , «chevâ oe que odui-ci avait commeflcé. 11 construisit la citadelle, conmie sous le nom particulier de Pergame, et fit entourer flion de fortes mui'ïiilles. Ces muraHles passaient pour un si merveilleux ouvrage , qu'on lés disait l'œuvre des dieux. La tradition ajoutait que Laomëdon avait porté les armes troyennes à l'ouest de l'Hèllespont , et soumis la Thmce entière jusqu'au Pén<5e à sa dominalion<>). Sous Priam son fils, le royaume de Troie était arrivé à son plus haut degré de puissance et d'étendue «, mais une ruine complète devait suivre de près cette période brillant» de prospérité.

Nous avons fondu dans ce court exposé les notions fournies pftr Homère avec celles des anciens logographes conservées par divers «uteurs plus récents <*). Il est à remarquer que tous ces auteurs s'accordent entre eux et avec le poète sur les circonstances de cette antique histoire du royaume irovcn.

Voyons maintenant quelles indications elle nous peut fournir pour l'éclaircissement des origines ethnologiques de ces parties de rAsie-Minoure voisines de la Propontide.

On nous montre deux immigrations distinctes, deux colonies venant du dehors s'établir, à des époques rapprochées , sur les rives de l'Hellespont.

Ce sont les hommes de Teuker, ou les Teukricns , çl les hommes de Dardanos, ou les Dardaniens.

Ces deux colonies, on les fait sortir l'une et l'autre des pays pélasgiques : celle de Teuker, de la Crète, alors habitée par les Pélasghes; celle de Dardanos, de TArcadie, qui ftit un des prîncipiiux foyers des antiques migrations de ce peuple. Pour Dardanos, au moins, la généalogie que la fable dui donne confirme pleinement cette parenté , en la rattachant à Jupiter, le dieu suprême des Pélasghes , peut-être la plus ancienne personnifia cation de la race (3).

* Berod. VU , 20 ; Lycophron , Cassanâra, v. 1S41 «t sulv.

> Honier. liiad. XX , v. 215 A 241 ; ~ Apollod. Bikiioih. \\h. III, ch. f S , ei les noies de Clavier; — Dionys. Halicarn. lib. I, 14 et 15; — I^d. Sicul. iib. IV, c. 75. — Photius nous a conservé parmi ses extraits des I\<^cits de Conon (le XXFetle X1I% suprà ctl.)i deux fragments des mtoes chroniques. Cf. Servius ad ^Eoeid. III , ▼. 167 j VII , 207 , VIII , 134 , etc.

* ^oy. surtout le passage remarquable de Denys d'Balicarnasse (1, 14).

228 AftlE^MINfiUEE. [13« SIÈCLE AV. J.-C.

Les Teuk riens et les Dardaniens paraissent donc avoir eu une commune origine , et aussi , probablement , une même langue et des croyances communes. La promptitude avec laquelle oa les voit se rapprocher et se confondre, pour ne former bientôt plus qu'un seul peuple sous un nom commun, ne permet guère, en effet , indé|}endamment de toute autre considération , de les regarder que comme deux tribus sœurs.

Le peuple troyen , le peuple de Priam , ne de la fusion de ces deux tribus pélasghes, était donc évidemment de même sang et de même origine que les Grecs d*Âgamennon et d'Achille, issus directement aussi de la vieille souche pélasgique , ou plutôt n'étant que la transformation et l'assimilation progressives d'une race antique sous un nom nouveau \ de même qu'on a vu , à d'autres époques de l'histoire; le nom de Russes absorber celui de Slaves, et le nom d'Allemands celui de Germains. Aussi a-t-on dès longtemps fait la remarque que dans Homère les Grecs et les Troyens ne semblent réellement former qu'un seul peuple, parlant la même langue, ayant les mêmes usages et invoquant les mêmes dieux.

Gette fraternité originaire entre les Troyens et les Hellènes est déjà un fait historiquement intéressant (0 ^ mais ce n'est pas le seul dont les traditions que nous avons rapportées nous paraissent receler l'indication.

On y découvre, si nous ne nous trompons, les vestiges de l'origine thracique de ces deux tribus dont se forma le peuple troyen^ — vestiges obscurs, confus, à demi cffiacés, mais reconnaissables encore pour des yeux attentifs. C'est ainsi que souvent, un mot à demi effacé sur une pierre rongée par les siècles a mis aux mains de l'antiquaire le fil qui devait diriger ses recherches dans l'obscurité des anciens temps.

Que Teuker et Dardanos fussent partis des contrées méridionales de la Grèce pour venir se fixer sur les bords asiatiques , il n'y a rien là qui soit en contradiction nécessaire avec l'origine septentrionale que leurs noms nous paraissent révéler. Les deux ou trois siècles qui précédèrent la guerre de Troie furent marques, une foule de faits isolés l'indiquent, par un grand

ni y a longtemps qu'il 9vaU ^ié signala par Depy^ d'Halicarnasse, lili* I,c« Ik*

son LES VIEILLES N^HILAVIONS THRACIQUES. 2'! 9

mouvement, par de grands déplacements de peuples ou de tribus dans les pays qui entourent la mer Egée. L'histoire, qui n'existait pas encore, n'a recueilli plus tard que de bien vagues souvenirs de cette grande agitation dont nous ignorons les causes; devons-nous négliger les indices, si faibles soient-ils, qui peuvent, à un degré quelconque, suppléer au silence de l'histoire?

Quelles que soient les profondes ténèbres dont sont enveloppées les originesdu peuple polasghe, plusieurs faits obscurément conservés sous l'enveloppe fabuleuse de ses plus anciennes traditions s'accordent à placer dans l'Orient, en remontant vers le nord , la demeure première , le point de départ de la race , par rapport aux contrées plus méridionales qui reçurent dans la suite des temps le nom d'Hellénie. C'est vers le Caucase que résida Japet, l'ancêtre commun de la grande famille pélasgique ; c'est à un des pics du Caucase qu'est enchainé Prométhée, fils de Japet et d'Asie*, c'est aussi près du Caucase que d'antiques traditions plaçaient la demeure première de Deucalion , fils de Prométhéect père d'Hellcn. D'après ces traditions que nous ne pouvons que rappeler et que bien d'autres indices fortifient, les Pélasghes seraient arrivés dans la péninsule hellénique par le nord du Pont-Euxin , route commune de toutes les grandes migrations orientales , qui , à diverses époques de la haute antiquité, se sont dirigées vers l'Europe \ et dans leur trajet des plaines sarmaliques aux bords de l'Egée , ils auraient rencontré les âpres montagnes et les larges vallées de la Thrace.

Tout nous prouve, en eSet, les traditions historiques comme les indications géographiques^ qu'à une époque quelconque, mais certainement très-ancienne, la Thrace — et sous ce nom nous entendons l'ensemble des contrées comprises entre le bas Danube, l'Euxin, l'Adriatique et l'Egée — que la Thrace, disons-nous , fut le siège principal , ou , si Ton veut , une des grandes stations de la race pélasgique. De nombreuses tribus et même de vastes cantons tels que la Péonie et la Pélagonie , y avaient gardé dans leur nom Tineffiiçable cachet de leur origine ; les Macédoniens eux-mêmes , qui plus tard devaient jouer un si grand rôle dans l'histoire du monde, n'étaient qu'une ramiftcation de la souche pélasghe. On peut donc supposer avec toute vraisemblance que ce fut de la Thrace que rayonnèrent les in-

93A AMffrUUWM* {13e fiikc^E AV. J.-€.

u<>ifilQyra^es «saaUiift quà ae pofièffeiil soil m nid 9 vero le^ vallée» de rH^lléaie méridt<male et du Pëiopoiièae y auBsî bies que vers k^â Ue& qui parsèmeot TÉgée ; soit au sud-est, vers U^ ProposUide e( VHeltespoal^ soit méfloe à l'cmeslct au nordMoucst, vers les parties si^pàrieures de l'iudie par le powtoor de FAdri»tique. S'il eiik est aimû, coionke tout concoiirt a le fu^ouvet , ob ne saurait èUe surpris de retrouverdaas toute cette régie» uoe foule de sjiuouymies^etbuologiques, iodieea de pareotés primn tives dwt s<Mkveiities traditi(»àa i^'oiit garda nul souvenir. De ce que nous veuon& de dire, néaunioiafty il ne faudrait pas eeodurc que tous le»p€kuplos ûsKUsiiuctefiieiU cpie l'annuité nous inoKiti'e établis dans la Tbrace apparlinsseut à la race p<^asgbe propremeot dite. U'autres races y fur^^t aus^ poussées et y hhsèreut des vestiges de leur présence. Les populations gothiqueft du nord de l'Europe., les populations celtiques des dernières contrées de l'ouest , surtout les populations leutoifces de l'Europe centrale et les populaUeci» slaves des plaines de TËst, y ont des représeatants de leurs nationalités respeclivea. Et dans ce mé^ lange de nalionalilés diverses , il doit être souvent d'autant pk» difficile de discerner la parenté directe de teUe ou teHe tribu tlursbpk{ue, que ees grandes inunigratioBâfr orientales qui so&4 venues peupler notre Europe à des époques inoonnues, mais succes^veS'^, les Celtes , lesTeutooâ, les Goths, les Sbves^se ressembknt entre .elles beaucoup plus qu'elles ne diSèrei»!. Leurs langues, ûUes d'une mère coni^nUiine , ont dû offri^r autrefoo^< des analogies d'autant plus intiines qu'elles toucbaient de v>lus.pi?ès>à leur cocnniuiib berceau \ et par leurs traits pbysiqaes,. ce caractère essentiel de la distinction des peuples, toutes ces races de l'Europe pi?Lnûtive appartenaient à une seule et mèm& famille,, diverseoient rainiôce, à la graude famille des peuples blonds. Souvent donc, nous le répétons, il doit être difficile, danâ^l'étuxle des peuples de l'ancienne Ibrace, de dëteriuioer la connexion immédiale d'une tribu avec l'une des grsuades CamiUes primitives de l'Europe , krsque les rechercbes ne son4 pas dirirgécs par quelque indice particuljier -,. et, dans ce cas , il faut se boruer à constater la parenté générale.

Ces considérations , doQt La développement toucherait- à toutes les ocLgin^s emropéenne», ne scmt pa^ éla'angères à. o^Mve suj/et

ORIGIMB MH» iMMMlENS. ^1^

aeluâl. loole b fmiw oceMmiBltr de Tiine^IlHiiWe^ mm i'sM

1» TÔÎ& de )» Thrace ; i) importe done à& m fetfn^r «ae ié^ a8SS9 aelte^ Miasi préetoe ^pv» poss)b)9^ d» h MrtfM: ^ ces» piûM ptilatkHis ihfacicp»eft et de \evff preniez polM de dé^f .

]^lo»9 ft'aift^OD» ^s Hea de n&m éh&mae* dédo^mars si, étttt^ ces pofwlatkdii» priwilrfes des parties de TAisie Minettte eom^ ptises eaû?^ FÉ^ée et le iMys , nous» W&gvm» de» indiee» noi^ sauJeœeftt d»ki préseiiee des Fëlaisghe»,' wm» mkSêè d'un t^ lav^ plus e»KMHiia domMMOkt d^éléHiente slw^es,* d'éfénrentâ^ e(riiles> «^siflPtoiit d'éliémeiil» teurtom. NiMS> sé^ens «miiateAliiii^ P9F qiaiette voie ees pop«tetioa» diverse» (m% p« pénélrey et deyépaedre dcusa une eeM^e cftak pttrailt to«fl à Ml e^ deh<>f9 de$^ venles qu'eH«s (Miisvffvie&top»de iêiir expMisioft de Fesl^à l'omsf^.

Quoique la tradition» unmàmQ» de FMilic|i»iCé âHrièue aux l^ëksgkes la ooioaie davdaiMeiiiie de VHeHespoiH , et qœ* h Pétopo»èse ^ lèpre afot» péiaegk|iiie , soi4» indiqué cMMUe le point ée^ départ de Dàrdatio», o» se sera^pêH sarpfr^, d'apfès' œ qui pré^ cèda^ de aous voiv ehepebev au oœuir ménie de fo VlM^ace , cbMMf le massif montagneux d'où» sort T Anios , lîd 9mn^ le phtt» eensî^ dégabte de la MacédMae , ]e siège j^us anoienide la ttrièiiP II existait là, ^a effet, en coatact avec les Péitasghe»de la naoédoiue, une eontrée dont le aom de Baidanie ne »MiPai( Msseï» dedoute sur Tideiitiilé. Une ville des JDardanieaey que VmiàcfêiM' a Goii»ue sous le oom* de Siii%iiKf^% rappelle c^«^i des Sintêès^^ qui furent les premiers habitants de Tîle de Lenuios , ait fomi^de k ]»ep Egée (^) ; or , une eifpconstaiice pat*dcuMère de 1» légende htsiorique de Dardanos , c'est qo'ii avait séjoulmé dans Tîle de Samothrace, voisine de celle de Lesbos, avant son passage sur les bords de THeUespontC^). A peu ppès inacce^ble par la na* U»re du pays , la Dardantb tbraeique' resta pvesq»e inconnue- à toul» Vantiquîtë. On savait seulement que les Dard&niens étai^nff un peoplie barbare et très-grossier CO ^ mais ni les historiens, ni les géographes n'avaient recueilli de notions plus précise» stu*

* 1*it. E!v.3tXVI,25.

* itîfatà. xif, 281 ; oaygg. vnr, sss , 294.

»iït)«llod:ïW, I2f, ^1*.

* i*H«i. ^ài^hr. Witor. IV, l; — Slftb. 11». Vit, p. il6 A-

232 ASlS-MINBlttS. [13« SIÈCLE AT. J.-€.

la contrée sauvage qu'ils habitaient. Les u&r en faisai^t un peuple illyrien, d'autres le rangeaient parmi les tribus mœsien* nés : nous n'hésitons pas à le rattacher à la famille pélasghe. Ce rapprochement nous paraît d'autant moins douteux, que Y\\Sh lie pélasgique avait aussi sa ville de Dardanon, au rapport da poète Lycophron, si profondément versé dans les antiquités helléifiques ; et que vers Textrémité méridionale de Fltalie la géographie classique connaît les Calabri à côté des Dardi, de même qu'une des tribus particulières de la Dardanie thracique portait le nom de Galabriens CO. Nous hésiterions davantage à rappeler les Dardaniens ou Dardéens que l'antiquité a connus dans l'Asie intérieure (2), si le plus grand nombre des tribus et des peuples de l'ancienne Europe en général , et de la Thrace en particulier, n'avaient en quelque sorte leurs racines au cœur même de l'Asie par de semblables homonymies. '% Peut-être n'est-il pas non plus inutile de remarquer que le nom même d'ilion, la cité célèbre des Dardaniens de la Troade, se retrouvait dans l'intérieur des pays thraces, là où on ne peut raisonnablement supposer qu'il ait été porté par les migrations troyennesqui suivirent la ruine du royaume de Priam C^),

Ce sont des rapports d'une autre sorte que nous apercevons dans la colonie teukrienne. Ici nous ne rencontrons pas de synonymies propres à nous diriger dans nos investigations; l'ancienne géographie n'a pas connu d'autres Teukriens que ceux de la Troade. Mais ce nom même de Teukriens nous parait re-

^ StraboR , loc. cit.

* Les Dardanéens d'Hérodote confinent à la Médie (lib. I , c. 189) ; ceux de Denys le Périégëte (v. 1137), que Strabon nomme Dardéens, habitaient au voisinage de rindus. Strab. lib. XV, p. 706 A. Cr. Steph. Byz. v, AdpSai. Sintia^ la ville principale des Dardaniens de Thrace, rappellerait-elle le nom du Sindli?

» Varro, ap. Serv. in iEneid. III, v. 349; Tit. Liv. XXXI, 27. Steph. Byz. V, ÎXiov. — Les logographes qu'avait consultés Diodore pour les parties de son histoire relatives aux temps héroïques , donnaient le nom de Scythes aux sujets de Dardanos. (Diod. lib. IV, c. 63, édit. Bipont.) Les rapports originaires entre les Dardaniens de l'HelIespont et ceux du cœur de la Thrace n'étaient même pas , à ce qu'il semble , tout à fait oubliés. Seulement , par un renversement évident de toutes les probabilités historiques , on faisait des seconds une colonie des premiers. Vid. Diod. V. 48. Une vieille tradition faisait en effet régner Mi* das, le roi des Brygbès, sur les Dardaniens, ce qui ne peut avoir été qu'avant son passage en Asie dans le pays qui prit le nom de Phrygie (Sallust. ap. Serr. iniEneid.II,v.325).

ftUR LES TEUEMBNS DE LA TEOàDB. 233

celer rifidice de sa propre origine et de ses affinités dans le radical ieuky qui n'est à nos yeux qu'une modification ou une altération de l'elbnique Deutsch ou Teulch , forme primitive de la grande appellation nationale des peuples teutons. Ce qu'un tel rapprochement pourrait avoir de hasardé au premier coup d'œil, cessera peut-être de paraître tel si on ne le sépare pas des nombreuses analogies dont il est entouré et sur lesquelles il s'appuie. Rien n'est plus commun que ce nom de Tkeuthou Teut comme désignation patronymique, non plus chez les Hellènes des temps classiques, où il parait être à peu près éteint, mais chez les vieilles familles pélasghes des temps antérieurs. Il était resté fréquent chez les peuplades de la Thrace et de TUlyrieO). Teutamios, que d'autres nomment Teutamidès, est un des plus anciens rois des Pélasghes de Tbessalie ; c'était, dit- on , le descendant au deuxième degré de Pelasgos, qui avait fondé Larisse, leur métropole C^). Une des principales familles sinon l'ancienne famille royale de la ville pélasghe d'Arisbè , sur les bords de THellespont , descendait de Teuthras (^^ • et ce nom de Teuthras est, en outre, celui du roi d'un canton maritime nommé la Teulbranie , aux confins de la Troade (^). Un des chefs de l'armée grecque porte aussi dans Homère le nom de Teuthras (*) ; et c'est d'un Teutarès qu'Hercule avait appris à tirer de l'arcC^). Bornons-nous à ces indications , que nous aurions pu multiplier. Nous signalerons cependant encore un fait de même nature qui nous parait particulièrement remarquable ; —c'est la famille même de Teuker qui nous le fournira. Le successeur de Dardanos comme prince des Teukriens fut Erich-

1 Xéooph. ^nab. VII, 2 et alibi ; Tit. Liv. XLII, 51, XLIV, 31, XX, 25, etc. « Apollod. II , 4 , S A ; Dionys. Halicarn. I, 38. s Homer. lliad, YI. 13. Cf. Il, 843.

« Âpoiiod. II, 7 ,S4. cr. m, 9, s 1-

« Iliad. V. 705.

< Callim. fr. 265. — Lycophron {Mex. v. 56 et 478) le qualifie de Scythe , peut-être parce que les Scythes passaient pour les meilleurs archers du monde. - Teutarès s'explique par Mars-Teuton ; de même que Teuker, nom du chef delà colonie teulErlenne, pourrait se décomposer en Deulscb-ber, Honneur des Teutons. Nous sommes persuadés que les anciennes langues gothiques ou tentoiiiques fourniraient pareillement rexpiicaUon étymologique des anciens noms pélasghes. Celui de Kodran , que Ton rencontre da|is \es vieilles sagas du Nord, rappelle le Kodros de ThistoUre athénienne^

%^ mW^ MHfMHMft^ {t3^ SIÈCLE AT. J.-C.

tbonios, épix^vMx; ov, ri liot» relrampboaft de ce BO»h 1er* mioai&on grecque , il nous reste EricbdKm , qai, dans legvee, doit se prononcer Erikhson. Ett-oe te hMaid seul qninei» amène ici un nom ri oomoran dans l'bistoflre des naiîoos da nord? On sut, en ootrey (ja'uB des preBiiers roia des Pélanglies de TAttique portail aussi ce nom d'Ericbâioiiios on ËrikfaaeB,

Si, même dans nos langues et dans nos habitudes modei&es, la présence de noms propres dérivés de aoms de peiqples ou de pays , emporte à cou|^ s4r , pour les famîttes où ces noms ex»h tent, une idée d'oviginc étrangère , combien à {rfns forte raisoi n'en devait-il pas être ainsi dws ces tempa reculés et dans ces formes de société encore à demi barbaces , où Texistenee da chaque individu s'identifiait , se confcH^ait en cfuelque sorte avec Texisfience même de sa peuplade , surtout s'il s'agissaildii chef de la tribu , dont il semble qu'une prérogative spéciale ait été d'en prendre le nomcamme pour lapersonniier en lui? Âces indices fournis par les noms propres de quelques anciennes familles pélasghes, nous pouvons d'rilleurs joindre un certain nombre de faits analogues qui parri tront peut être encore plus concluante*

Les noms purement géo^aphiques dans la composition des^ quels se montre le radical tmXh , ne sont pas rares dant ceQ[ii& nous connaissons de la nomenclature de la vieille géographie polasgique. L'Arcadie, un des sièges principaux de la race^ avait sa ville deTeutbisCO; d'autres parties du Pék^Qè8&, avaient en outre une ville de Tcuthronè et une rivière Teutbéaa Cette rivière arrosait un canton que Tantiqiuilé conaul soosle nom de Kaukonie C^); de même q^e le nord-ouest de l'Asie*Mineure avait aussi ses Kaukones , que connut Homère et que Strabon mentionne comme de même sang que les Mysiens d'origioe tbracique. Faut-il rappeler ici les Kauki de l'ancienae â^HWSnie , et la tribu du même nom que Ptolémée place en Hibemie) la moderne Irlande?

Ces analogies ne sont pas les seules que nous ayons à citer. Pergame, la citadelle célèbre d'ilion, portait un nom pui'ement teuton. Les villes de EwgjiMim abondent en AUema^e ; et^ teu^

» Steph. By2. t). TeuOiç.

» Strab. Hb. Vnf, p. 3iï2, 30. Cp. VU, 3^2 ,.et XII, 542.

INDICES BÇ iA PRÉSENCE DES TEUTONS AUTOUR DE l'ÉGÉE. S3&

tes, de même que la Pergame troyenne, sont assises sur une çmioence {berg). C'est ee qu'exprime leur nom. L'aatiquité a çonuu encore d'autres Pergames tant en Asie-Mineure que dans la Thrace et dans la Grèce ( avec de légères modifications d'ortbc^raphe ), umformément placées dans les mêmes conditions topographiques \ aussi le nom de Perg^ma était-il devenu une dénomination commune des anciennes citadelles C^). Un des noms que poirta autrefois la Thrace , celui de Perkè C^), s'explique natureliement par le teuton : c'est le pays des montagnes , appellatioa tout à fait caractéristique que les UeLlènea n'ont fait que traduire sous une autre forme dans leur mot de Thrace, qui emporte la même idée. La Tyrrhénie, que l'on sait avoir reçu de très-anciennes colonies pélasghes, avait aussi son mont Perghè(3). Une vieille tradition, consignée par Caton dans ses Origines, désignait souple nom de Teutons, chose remarquable, les plus anciens habitants de l'Étrurie, ajoutant que ce peuple parlait grec(^). Ajoutons à ces divers rapprochements, qui nous révèlent la présence de la langue teutone partout où pénétrèrent autrefois les Pélasghes, que l'île de Rhodes avait son mont Karpathe(^), comme plus tard la Sarmatie a eu aussi le sien dont le nom vit encore aujourd'hui ; et que ce même nom de Karpathos, déjà connu d'Homère (^), appartenait en outre à une ile élevée , la Scarpanto de la géographie moderne , située non loin de Rhodes , entre celte dernière île et la Crète. N'oublions pas de noter encore q«e les plus anciens habitants de la Lydie, les Méoniens, peuple d'origine tbvacique, et probablement de sang pélasghe , comme son nom semble l'indiquer , donnaient à leur premier roi le nom de Manès , et le disaient fils de Jupiter et de la Terre, de même que les anciens Cermains regardaient comme l'auteur de leur race Mann , fils de Tuiston, issu de la TerreC^). Déjà l'étude que nous avons faite

>• ScrvKf» , ad- JlneM. II , y. 556.

* Emtibat. snr le vess 323 de Deob le PériégèMK

* L^eophron , Casmndra , v. 805.

*•« Ciim antè reffionem eam i^E$funam) TetUones quidam grœeè lo-- I quenies possiderint. » Ce curieux passage nous a été conservé par Servius , sur »?v.l79, nv. X, de l'Enéide.

* Lycophron , v. 924.

* ' Iliad. n,v. 676.

' Dionys. Halle. 1,6; Gomp. Hérodote, I, T, 94. Taclt. Cermanial c. 2.

236 ISIE-MÏMBIIRI. [13« SIÈCLE ÀY. J.-€.

précédemment des antiquités de la race phrygienne ^0 nous a mis sur la trace de rapports analogues , qui concourent d'une manière frappante avec ceux auxquels nous sommes conduit ici par des recherches tout à fait indépendantes.

Nous ne voudrions pas trop presser les conclusions que l'on pourrait naturellement déduire de ces rapides aperçus^ ces cooclusions , pour être fermement établies — autant du moins que ce que nous connaissons aujourd'hui de ces âges reculés le comporte — demanderaient à êtreétayées de recherches nouvelles et entourées de développements qui ne sont pas de notre sujet actuel. Tout ce que nous voulons faire ressortir des rapprochements que nous avons présentés , c'est que des tribus teutones — teutones parle nom et la langue — ont autrefois pénétré par laThrace sur tout le pourtour de la mer Egée , là jusqu'au cœur du Péloponèse, ici le long des plages occidentales de l'Asie-Mineure jusque dans les parties sud-ouest de la Péninsule, mais plus particulièrement dans le pays montueux qui prit le nom de Troade. Isolés , chacun de ces rapports , chacune de ces analogies pourraient sembler vagues, incertains et sans signification; réunis , ils forment un faisceau d'inductions qu'il n'est plus permis de négliger.

Si l'on nous demandait quel sens nous attachons dans notre pensée à cette marche en quelque sorte parallèle que nous croyons découvrir sur beaucoup de points entre la difiusion des anciens Pélasghes et l'extension des tribus teutones dans le midi de l'Europe , nous répondrions simplement que nous ne nous croyons pas suffisamment éclairé encore pour nous être formé à cet égard une opinion définitive. Nous avons reconnu des faits et aperçu des coïncidences qui nous ont paru remarquables; ces faits et ces coïncidences nous les avons réunis, sans opinion préconçue , sans nulle préoccupation de système. Avant d'embrasser par la pensée et de reconstruire dans ses proportions — si une telle restitution est possible encore — l'édifice depuis si longtemps écroulé de l'histoire traditionnelle des plus anciens peuples , il faut qu'une investigation patiente et labo-

— Ajoutons qu'AtySf qnl figOre parmi les anciens rois méoniens , est un ooa thrace. C'est aussi un nom troyen.

1 Ci-dessus, p. 178*

t>OUAQUOI LES TROYENS SONT APPELÉS PHRYGIENS. 237

rieuse en recueille les débris confusément épars , qu'elle les étudie, qu'elle les compare pojir les éclaircir , qu'elle s'attache enfin à les classer selon leurs rapports, ou du moins selon leurs analogies apparentes. C'est au temps, aidé de l'étude , à reconstruire ce que le temps a détruit.

Si de ces lointaines régions de l'antiquité primitive nous redescendons à l'époque contemporaine du voyage des Argonautes, nous trouvons encore, dans les récits relatifs aux premiers temps du royaume de Priam, l'explication d'une difficulté que présente l'ancienne histoire ethnologique de ces parties de l'Asie-Mineure. Une confusion perpétuelle se montre dans toute l'antiquité entre le nom des Troyens et celui des Phrygiens (0 5 et cependant on n'aperçoit dans l'histoire de Dardanos et de ses successeurs jusqu'à Priam ni rapports d'origine , ni fusion de races entre les Teucriens ou les Dardaniens et la nation phrygienDC. Mais on y voit qu'à l'époque de l'arrivée de Teuker et de Dardanos les Bébryks occupaient les pays que baignent l'Hellespont el la Propontide ^ et nous savons que les Bébryks et les Phrygiens n'étaient que deux branches d'un seul et même peuple , les Brighès de la Thrace , venues à des époques différentes se fixer en Asie W. C'est dans un canton du pays phrygien qu'Ilos, fils de Tros, fonda la ville d'IlionW. L'Alexandrin Lycophron, qu'il faut citer non comme poète, mais comme érudit,

1 Dans Gallimaque ( Hymne à Pallas , y. 18) , Paris, le fils de Priam , n*est pas autrement désigné que par l'épi itiète de 4>pùÇ , le Piiryglen. Théocrite (JdiL XVI , V. Ih) donne la même épithète à Uos. Dans les anciens tragiques grecs, Phrygien est toujours synonyme de Troyen. Caton l*ancien , dans un fragment de ses Origines conservé par Servius, donne pareillement aux compagnons d'Énée , abordant en Italie après l'embrasement de Troie , le nom de Plirygieus. Denys d'flalicarnasse , laborieux investigateur des antiquités pélasgiques, dit des Troyens et des Phrygiens qu'ils avalent été réunis sous un seul et même nom. « Il faut pourtant avouer, ajoute l'historien, que plusieurs ont cru que ces deux peuples avalent la même origine , et qu'ils ne différaient que de nom (^ntiq. Rom, I, 6\ » H serait InuUIe d'accumuler ici d'autres citations empruntées à des autorités moins anciennes; nous rappellerons seulement encore qu'au rapport d'Etienne de Byzance {De Uràibtn^ v. Bplytç) les Macédoniens nommaient le pays de Troie Brigia.

* Ci dessus, p. 170.

^ Apollod. III, 12, S 3. — Conon {NarraU XII, ap. Photii Biblioth. p. W) nomme ici Bébryks le peuple que le my thographe d'Àlexattdne appelle phrygien»,

SâS À8iE-MINEURE. [13<^ SIÈCLE AV. J.-C.

appelle terre des Bébryks le pays où s'établirent les fondateurs du royaume de Troie (0- et dans ^n autre endroit, il met dans la bouche de sa Cassandra cette expression bien précise « Vantique héritage des Bébryks, » pour désigner Tempire dePriam^). Cet empire, en effet, ne s'était agrandi qu'aux dépens des Bébryks, frères des Phrygiens, que les successeurs de Dardanos soumirent à la domination troyenne ; d'où il suit clairement que. c'était par voie de conquête, et seulement parce que les rois de Troie régnaient sur laPhrygie hellespontique, comme laBomrae Strabon('), que le nom des Troyens et celui des Phrygiens vin- ' rent à se confondre.

Des faits d'une autre nature , intéressants aussi pour l'étude de l'Asie-Mineure dans les temps anté-homériques , se montrent confusément dans les traditions à demi fabuleuses qui se rapportent aux origines troyennes. Il semble que dès cette époque antérieure à la guerre de Troie , il ait existé des rapports directs entre les extrémités occidentales de la Péninsule et les contrées de l'Orient. Les rapides développements de la civilisation troyenne doivent sûrement tenir à quelque cause ignorée. Le nom d'Âssarak, l'un des trois ftls de Tros, est tout oriental (*\ L'histoire légendaire du roi Laomédon racontait que Tithon , l'un de ses fils , enlevé par l'Aurore qui s'était éprise d'amour pour lui, avait été transporté par elle en Ethiopie, d'où Memnon , son ûls , était venu au secours de Troie assiégée par les Gi*ecs<*). Cette Ethiopie homérique, située « sur les bords de l'Océan aux extrémités de la terre, » ne doit pas être cherchée en Afrique, mais dans les parties de l'Asie qu'arrose l'Euphrate et que baigne la mer Erythrée ; aussi la tradition poétique le fai-* fiait-il venir non du Midi , mais de l'OrientW. Quelles réalités historiques se cachent sous ces fictions de la poésie ionienne? Les

1 Alexandta^ v. 1305.

• lîa^aiàv Be6pùxwv ita-pt'XTfipCav. Id, v. ult.

» Lib. XI!, p. 571 C Cf. X , û73 D.

^ Quelques anciens auteurs disaient qu'il avait régné sur If s Bardaniens, conjointement avec son père (Conon. Narrât XÏI, apud l^iiot. suprà citai.).

» Homer. Hymn, ad p^ener. v. 219, sqq. ; lliad, XI, 1 ; Odyss. XI, 525. Apollod. III, 12 , S 4. Ce n'est pas à Diodore (lib. IV, c. 30) quMI faut dcmantler la solution de ce pioblème historique.

e YlrgiU^iield. I,v. 489,

MICMSS BAPPORft M TMfffi AVEC l'oRIENT. i39

àmjriegm^fmilxméè i'A«(e, paraissent avoir, à une très-ancieniio époque , ëteodu ieur domination jusqu'aux rivages de l'Egée (^^ : les vagues indices fournis par iliisloipe troyenne se lieraient-ils à cette eKienaioa de l'empire d'Assyrie? Il y a d'ailleurs dans Maton tto passage des plus curieux , qui affirme d'une manière pouiive qu*è l'époque de la guerre de Troie le royaume de Priam élait sooB la domination de l'empire assyrien <^).

Qudques lueurs isolées jaillissant çà et là du sein de l'obscurité c voilà l'image de nos eonnaissances sur l'Asie-Mineure aux époques dont nous venons d'étudier les faibles monuments. Le mouvement de populations , qui , dans le nord-ouest de la Péninsule, a versé sur les rives asiatiques de la Propontide et de ses deux détroits une partie des tribus teutones ou pélasghes , précédemment accumulées dans les vallées de la Tiirace, ce mouvement se continue encore , quoique plus faiblement; les grands débordements sont à leur terme, et le flot tend à se fixer. Mais des rapports habituels entre toutes ces populations de même sang et de même langue qui bordent le pourtour septentrional de l'Egée ont été le résultat de cette diffusion des tribus Ihraciques depuis le fond de la Grèce jusqu'à l'entrée du Pont- Euxifl ^ aussi est-^ce vers la Propontide et les contrées qui l'entourent que se montrent les plus anciens rapports entre la Grèce et l'Asie. Des courses d'aventuriers , dont le pillage était probablement le principal but (s), et que sans doute on ne peut mieux comparer qu'aux expéditions maritimes des pirates du Nord au Moyen-Age, occupent une grande place dans les chants traditiûouels des Pélasghes : Hercule , Thésée , Jason , sont les héros de ces âges encore à demi-baii>ares, qui n'estiment que la force physique et ne célèbrent que les entreprises audacieuses. Lds vieux chants pélasgiques , dans lesquels puisèrent largement les poètes moins anciens de l'Heliénie et ceui( de rÉcole alexandrine, nous ont transmis les plus anciennes notions qui nous soient parvenues sur la géographie primitive de rAsie-Mineurc.

* f^oy. Tex^elleot Précis de VHi$U Ane. de MM. Poisson et Gayx, ch. h. Les aulorités y sont citées.

■ Plate, De Leg. llb. III, p. 524, FJcIno Interpr. 1570, in-fol. Diodore répète la même assertion , llb. II , c. 22 , édit. Blpoat* Cf. Il , S.

^ roy. Hérodote, liv. V% ch, 2et 3; et surtout Thucydide, Uv. i«% ch. 5.

240 A^&HiUlBUBE* [IS* ^CLK AV. I.<

Ces premières notioDs , c'est aux côtes septentrionales de la Péninsule qu'elles se rapportent , et elles ne nous y montrent que des peuplades grossières, encore à peine fixées. Le cours inférieur du Halys est la limite à laquelle se sont arrêtées les tribus sorties de la Thrace; à l'orient du fleuve commence une longue chaîne de peuplades scythiques qui s'étendent jusque vers le Phase. Les hostilités probablement habituelles entre ces tribus scythiques et les Pélasghes sontaussi au nombredes plus anciens souvenirs transmis par la tradition , qui y rattacha la légende fabuleuse des Amazones.

Sur le reste du pourtour delà Péninsule, deux ou trois points sont à peine mentionnés. Le royaume fondé par Dardsoios sur l'Hellespont , et auquel Tros donna son nom , se distingua de bonne heure parmi les petits États qui s'étaient probablemestélevés le long de la côte occidentale que baigne la mer Egée. Nous y trouvons cité le royaume des Méoniens , la Lydie des temps bistoriques, où régnait cette Omphale dont Hercule fut l'esclave ('). Plusieurs colonies pélasghes, venues par mer de l'île de Crète, paraissent aussi s'être déjà fixées sur cette côte, dont la richesse et l'heureux climat devaient attirer de bonne heure les établissements étrangers : peut-être même les Cretois avaient*iis pénétré , à une époque antérieure aux Argonautes , jusque dans les parties les plus reculées du Pont-Ëuxin.

C'était aussi de la Méonie, ou du moins de quelque canton limitrophe, qu'était originaire ce Pélops, que des troubles intérieurs obligèrent de quitter son pays et de traverser la mer pour venir se réfugier dans la grande presqu'île qui a pris de lui son nom. Pélops était contemporain de Tros, aïeul du roi Laomédon. Les poètes postérieurs lui donnent fréquemment l'épitbète de Phrygiea^arce que les souverains de Phrygie régnèrent plus tard sur le pays où il était né ; mais Pindare, plus exact le qualifie de Lydien (2). La fable, en effet, le fait descendre de Tmolos, c'est-à-dire de la principale montagne de la Lydie. L'histoire de Pélops, telle qu'elle s'était conservée dans la tradition , semble annoncer que les côtes aegéennes de l'Asie-Mineure avaient déjà acquis un degré de civilisation et de richesses bien

1 Diodore, Ut. IV^ch. 9, > Olyuip. I et IX,

LA CIVILISATION DE VàSUrlim. A MUSCÉDÉ CELLE DE LA GRÈCE. 241

sapërieur à celai où étaient alors arrivés les Pélasghes occidentaux. « Ceux qui, d'après les anciens, ont le mieux connu les traditions dont les peuples du Péloponèse conservent le souve* nir, dit l'exact et judicieux Thucydide (0, rapportent que Pélops s'établit une puissance sur des hommes pauvres par les grandes richesses qu'il apporta de l'Asie , et que tout étranger qu'il était, il donna ainsi son nom au pays où il vint se fixer. » Cette antériorité de civilisation dans l'ouest de l'Âsie-Mineure , à quoique cause qu'il faille l'attribuer, est d'ailleurs attestée par tous les témoignages de l'histoire.

Les vieilles traditions des Pélasghes du Nord mentionnaient encore le royaume de Lycie, théâtre des exploits fantastiques de BeUéropbon; elles connaissaient aussi , vers la côte méridionale^ la nation IcHiilaine des Arimes, et ses montagnes embrasées qu'agitait le géant Typhon. L'intérieur de la Péninsule était abaolttœent ineonnu , ce qui montre assez que les premières notions en furent exdusivement données par les courses maritiflies»

• Mais les chefs de la Grèce se réuniss^t à la voix d' Agamemnon pour venger l'injure de Ménéfais. Déjà l'armée argienne a loiicbé les plages de l'Hellespont et assiège dans sa capitale le vieux Priam , père du ravisseur d'Hellène. C'est à Homère , qui cbanta cette goerre célèbre , que nous allons demander de nouveaux détails sur la géognphie et les peuples de l'Asie-Mineure, à cette époque encore antérieure de plusieurs siècles aux coramenomnents de la période historique.

H:*!*. I,cb. 9.

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