ASIE'MMBCBE. [12« SIÈCLE AT. I.-C
Nous avons parcouru, sur les pas d'Hkmëre, l«i oôles septentrionales de l'Asie Mineure depuis la Troade jusqu'au delà dn Halys; il nous faut maintenant revenir à la côte occidentale, depuis la Troade jusqu'à la Lycie. Dans la géographie homérique, cette partie du littoral de la Péninsule se partage entra trois peuples formant autant d'États , les Mêimès ou Méoiûeiis, les Karès ou Carions, et les Xtifat ou Lyciens. Un quatôèue peuple nominativement désigné par le poète (0, les PeUugh», occupaient probablement aussi sur cette côte, avec learviUe royale , « la fertile Larissa, » un territoire dont la détenninatk» est incertaine, quoiqu'il y ait toute probabilité à le placer sur le bas Hermos, où une Larissa fut connue de l'antiquité classique.
Les Méoniens, peuple d'origine thracique ou pélasgique, comme tous les occupants primitifs des côtes baignées par l'Egée, habitaient, au midi des Kêtéiens et probablement aoesi de ces Pélasghes, la contrée qui reçut plus tard , avec une aou* velle race d'immigrants, le nom plus célèbre de Lydie (^). Homère, né dans le pays mème^ indique les principaux traits qai en déterminent l'aspect physique. 11 nomme le mont TmôhsmL cimes neigeuses, et le riant Sipyle, dont les vallées solitaiiM servent de retraite aux nymphes C^). 11 connaît le Hermos aux gouffres tournoyants, et le poissonneux Hyllos, et le KaystreC^), qui arrose les prairies d'jàsios C^). Homère nomme encore le lac Gugaïè (le Gygée) , situé non loin du lieu où s'éleva plus tardb riche cité de Sardes, ville royale des monarques lydiens C^); il mentionne aussi le promontoire de Mimas, dont le front battu des vents regarde l'Ile de Khios (^). Le poète parle des « villes
1 Iliad. II, 8&0; XVII, 301. Cf. Sirab. lib. XIII, p. 620 c.
* Ci-dessus, p. 105.
» Iliad. 11,866; XX, 385. — XXIV, 615.
^ KaUTcpCo<:, KaOstrios. Ce nom, qui fut d'abord, probablement, celui delà fallée, signifie brûlé , aride. Ce pays , en effet , est en grande parUe de nature Volcanique.
> Ibid, XX, 302; II, 461. — Ce sont ces prairies d'Asios qui fureftt pour tes Hellènes la première origine du nom ûiAsie , étendu de proche en proche à tout le continent oriental. Ci-dessus, p. 160 (où il faut corriger ^n(M en Asios).
« Iliad. U, S65; XX, 301.
' Odyu. m, 172.
A8IE-MINEUBE D'hOMÈRE. 253
populeuses de la mnte MëonieCO;» mais il ne désigne nominalement que la ville opulente de Hydê^ au pied du neigeux Tfflélos (2).
« Nastès y poursuit Homère , conduit les Caiien» au langage b«rbare(3)-, — les Cariens qui habitent Mle^, le mont PhU^nn an front ombragé, les rives du Méandre {MoSianirùê) et les scmmets élevés du Mycale {MtfhaU). Àmphimaque et Nastès oommandent à ces guerriers : Amphimaque et Nastès, fils renommés de Nomion. Nastès marche au combat couvert comme une jeune fliie de vains ornements d'or(^).... » Ce passage ren* ferme tout ce que fournit l'Iliade sur la géographie de la région carienne et sur ses habitants.
La Lyde^ qui lui confine au levant, occupe moins de place encore dans la nomenclature homérique. Le Xanihe « au cours senaé de gouffres » arrose les campagnes fertiles de la « vaste Lycie W. >• C'est dans les montagnes escarpées qui couvrent le nord de la Lycie qu'habitait, nous Tavons vu, la nation belliqueuse des Solymes \ c'est aussi dans la Lycie qu'il faut évidem« ment placer les thampt Aléim$ du poète, où Bellérophon traîna les ennuis de sa triste vieillesse (*), et non en Gilicie où les ont transportés d'anciens commentateurs O. Mais les montagnes ignivomes de la GiHcie, région occupée dès les plus anciens temps par des tribus araméennes, revendiquent ces mystérieux ,^mt$ de la cosmogonie hellénique dont le nom se rencontre une fois dans les vers d'Homère, et chez lesquels était enseveli le géant Typhon foudroyé par le bras puissant de Jupiter (^). Il
< niad. ni,&oo.
* IbiéL XX, 385. — Hydé n'était plai connue dans les temps de la géograpille hlatoriqne. On sappoie qn^elle occupait renplacennnt ob todet fet bâtie pins tard. VId. Strab. lU». XIU, p. ttO*
> Sur cette épitliète, «oy. ctdennt,p. 109. ^ lliméL II , 907 et sulv.
> IML II, 870; V, 470; XVn, 17à.
" • /ML YI, SOI.
? flirab. Ubw XIV, p« 070 A.
• lUad. II , 7021; conp. Healod. Tk»o§mk. ▼. 304 à 3S0. D'aaU«s tradltloiit plaçaient kt antres de Typbon Yers le Caucase ou au mkU de la Pbéniclet ré* ghns qui présentent aussi de nombreux vestiges de Tactlon dso feus volcanl» qiws. Apolhm. lUiod. jirgonuut* II» ▼« iSlO à 1214*
SM ^jm-mimauL [12« siècle ât. j.-c.
ii'.estpai iiayrobfthle ^ «k Aurphis, mmms msm Vmma» moÊké fcécédmnimesil^ cyie iaam les sièdes ^i piéorfdipeDt «t «ëm ceux qui suivirent imoiédiatement la guerre de Ti^ie:^ mâÊb
i^..aaei^ia tteUèua» d^Ev»9fe et 4e la oéte «mttiipie , hn ««h
lréea> inconMiôs imaip eux '«fui s'iétandaieiiti à ]'«mMb dttiUjs^
£t'§iie Boua aaïAQi» amair éké peapléea ëèa Vm^am pacioa^aiÂ^ft^'AramCM).
Xûos eea |iâu|ila8 4)«e aai» iienaiift d'éaHMner d^peès tta* loàve^ de|MÛ8< les Hi^iaÔBea de la leiTr.d'Aljfi>è^Mp'aim MélaatadeilaLy^eie., ottS^i^oiaieiii'lfttQar^'ëea «of&Ûiaiiieaéa Baàiiê Troie contre rarmée des Grecs. Totttl'eiwat et ks jaotd 4a KÉai» Mkieuse fi^rme ainai, avec kapaietiaaidaia Ibmoe qai iioidfeiit le fond deTÉfée, uae ij^aer apposée à :1a li^iie ^•«aMBoaMBÉi JbgataecBnoa. SUl j»ufi> «était par^baau aur eetta ëpagiift mèhnai £abla<aatKe chose que dgiuL.adUaiBayeafiQewie8 ^at éea taidifant xwèérMimmiX iroaquées^^ si ^ llaiabaaa 4e: rbialoire fatoféuà aa xdarlé .sur ces temps qm rantîqyité JBéBse aegaidMtaaMBBtt aawûloppé» de tàaèbrea^ œs 4aaK gEsadas ^aaiifiiflnff ajimaii 4e peuplûSi, tons uma .eiUBe«eyaxipar lalnéûanîté i^ûsigiaa^ 'oeiÉS première luttd de rEurepe ciMOtoe rAab, et ka omBÊmi^fmim suseitèreut^ etJe&iaténèta <pû s'y trauvàiieBl aagagp&^diBiisraf^ par^tnûeatMreaiûiUlaatautJifia^^li^ ae a«iiai».««ttitBOft k iB«§mâqae .épopée dont ils^fiûiit4Bbvea«a Je ai^iât JLa -drièn i4afî pasaiûiiis 4u cflmr. .hiMnain dant vitia ipoéaie^ i-f GaA^BUm «aai doute, aa £aiid de.49eye..gQaade Jiutle^ daa makikftjptiis aMidw et plus puissants, dont la connaissance nous initi^mit compté* tement à Tétat ancien de la moitié occidentale de l'Asie Miiœure el jde ses populationa.
41 aatào^inoar^Mâr qu'à re&oeptÂoa (à^Ânbêê^ .(fia n|i;wiiiiaii à l'empire de Priam (^) , aucune dea i(es aambressee dânt%H3dle asiatique est bordée ne fait partie de la confédération Iroyenne. Aucune, du moins, n'y était nominativement compdsepar^e poète, et plusieurs 9 au contraire, étaient entréeadaaa la^Mg^e des Hellènes. La « populeuse et riche Lesboa » *ûA ^nVÊÊén ée
^ v^i^ 'fli-4aMM, ^ laa.
< lliad. XXIV, SAA; DU iSd«
A8IE-HINMinE «'««HÈâE. ILES. tSS
]»lib)o, OMUft p\mê prdwhtemeMt da Mm de ^fuelque tHbti pé»* Imgjnfp/t^ qm Vmatmti pmiithrcflMHl pinplëe; dar ee nottrdi^lMcaf ift f^nodttii pkmoÉ» foi» ûêm la ftomenelfftiBim géographiqtie dss p^8 (Hieapé» par l«s PétafigbMK Le&bos srufliîtMetfite'qtie te poétë^uftiifl» deiwi eoMMniite^.
e^fm par le» €f««s de» le début de te guerre; c'éMî ufie des nombreuses localités de fai eôte amUiqtte et de l'arehipel égéeti où le oïdte d'AfoUott était partîeoiièvetteiit en hoûMar (^0. Hdnèrê «iNMlit «i fiomna^ teoCe» \e9 He» répàndaes dans la mer Egée, depuis la moB tueuse «fttfWMftraM 'Concerte de forêts , et la fiarlâe /wirag aot âpiteii rocAMifBy et la ptqfMilease Zemnataux adIashpriYaffii de^ paiim<^) , jas^'à Modes et Knfpatbes , les plus oié^iiÛaiiahs dea îles aftiatiqaes. LMitie&, ainsi ^'Imbros , a^fteaB^Gboanaeinia tîite 4e mèm& nesi; et Homère nouaap* prend que le» pranim baMiante de LeimM avaient été \es Sbua»^ «au lanf^ge bariMn« OK » L'ite q«ie noms nominoms Sa- ■i#thi«ee Aasl appelée praprement la Sumoè Tkfaemim , ept;Yxci|..Saffioc^ p«# la diiiiiigaer de I« Samoff mëotrienne, et xjmU faeiaii aifii|daiMnt^aMloi denmie celle^H» <•).
Hottièfse mestiofliie i peiae , et eaeore ^'e9^<le p&s dmrsr FUiada, dem îlea cdnsidérabies de la côte méonienne, Kt^ et iiimio« (^> 9 la plumiers i4»4*^ia de la giaafde pénfnstile qtri^ abrile.te f^rifè^ Smynie^ la seoôiide mm foiin de rembomArartr do JÉMfidne^ MriÊy pelÂe Ke voieine de Rhios, est nromtrrée iàm MèàiÊénM d'&jme après la prise d'Hit)» (*).
LM^IleaJMyhw^ sair lacôie esrieniie, eelles ée M$ eitâe Mkffpmf Voiàines 4m préoédentes , reconnaissaient rauttrriré^ éte pmm Al ktlÉMMa^niëreiile; celtes de Ktaposlhw et tte»
1 JE^d. lo€. Add. HymkadAiMll v^ag»€fc|ltoi^a«Jhtte>Wi l^ Il
♦ Odyw. XVli, 133.
* iUad. XIII , 12 ; — fd. 33 , et XIV, Î81 ; - XXf , 40 ; XXIV » 753. flyma. od ApolL V. 34-36.
> //tVul. XII , 281 ; Odysi. VIII , 283 , 294. « Iliad. XIII ,12; XXIV , 78 , 753.
'f O%0i»III^ â70#i3a; B^wm* md j^psêU t» 99, m «% m.
• Odyu. m, 171.
2Së ASI»-W1IIIIUI« [ 12« «ICLE iT. J.*C.
KasoSj au milieu de la mer qoi B^Mure la côte earienoe de la pointe orientale de File de Grêle, obéiiaaieiit à ua aatre priàee de la même famille (0. Tous eea noms vivent encore dans les noms actuels de Kaso, de Karpantho, de Nisyro, de Ko» eA de Kalimno. Comme Homère ne fait nulle mention ëe Leres, de Lepsia et de Pattunos, iles assez remarquables qui se (nolongent dans le nord de K^lydna, on peut supposer que chez le poêle le nom de Kalydnœ, ainsi employé au plurîd , est une expression collective qui embrasse le groupe entier.
L'île d'ikare, à Touest de Samoa, n'est pas nommée, quoique l'expression de mer Ikarimne se renconire dans TBiade pour désigner cette portion de r%ée C').
La petite île de Symêy peu éloignée de Rhodea sur fat côte de la Carie, avait envoyé au secours dePriam (foia savives que commandait le roi INiréus:— '««Niréus, k plus bean des Da* naens, après Achille, qui vinrent devant lUon, amis dont les mœurs sont efiSénnnées et les guerriers peu nombreux (*>. »
C'est encore un Héradide qui eommande anx gnerriers de Rhodes. « Le grand et fort Tlépâléme, fils d'Iiercule, partie Rhodes avec neuf vaisseaux , m^aucombat les fiers Rhodiens. Divisés en trois tribus, les Bhodiens habitent Linâm, lélmm et la blanche Kamt^rm... Tlépoléme, lefited'Hereule^éUdtaitivé dans Rhodes après avoir longtemps erré et souffert de grands maux. Son peuple , partagé en trois tribus , était aimé du poisaant Jupiter, qui versait sur eux d'abondaïUes -richesses (^. »
Cypre (Kupros) , l'ile parfumée de Vénus , à Fextrâaité opposée de la côte méridionale de l'Asie^Hinen^ , n'a^vaic pas pris part à cette guerre qui partageait en deux camps tout lernoôde iiccidental^ mais elle était dès lors bien connue des HcAènes, soit par leurs propres navigations, soit par le rapport des fnarebands de Sidon. Kinyre, un dcsrc»s de Cypre, instruit par la renom» mée des grands préparatifs des Hellènes contre Tr(^e , avait fait présent à Agamennon d'une rk^e «rmuré comme souvenir
^ Iliad. II, 076 â 680.
• Ibid, U, 149.
> Jliad. II, 671 à 675.
* Jbid. 653 à 670. a. GoDon , XLVIl* Récit , daoa PboUus , p. 454» et SlralK>D,Uv. XIV,p. 655.
d'hospitalité (0 ; et lorsque Ulysse , de retour à Ithaque , raconte aux prétendants les aY^dtures supposées de sa vie , il feint d'arriver de Cypre dont il parle comme d'une contrée familièrement
connue (2).
Une dernière observation— et elle est essentielle — à laquelle peat donner lieu l'ensemble de la géographie homérique de l' Asie-Mineure, c'est qu'on n'y rencontre aucune de ces appellations génériques qui embrassent sous une commune dénomination, soit les peuples divers d'une même contrée, soit une grande contrée elle-même prise dans ses limites naturelles , soit enfin les mers qui en baignent les côtes. Ces grandes appellations géographiques, dans lesquelles viennent se fondre et se généraliser les notions de détail, les seules que connaisse la géographie primitive de tous les peuples , supposent à la fois et une cohésion politique , et une étendue de notions acquises , et un développement d'idées générales auxquels les Grecs de cette période n'étaient pas arrivés encore. Non-seulement Homère n'a f>as de nom commun pour les différents peuples de la ligue hellénique, non plus que pour la grande région qui ne fut connue que beaucoup plus tard sous la dénomination d'Asie- Hineure; mais il n'a pas même de nom distinctif pour les différentes mers qui entourent la Péninsule. Le nom d'Egée, qui , dans sa signification primitive ne veut dire autre chose que la grande eau^ la mer (3), n'avait pas encore reçu l'acception spéciale que nous lui trouvons dans la géographie des temps postérieurs ; les nomsdePropontide et de Pont Ëuxin n'existent pas non plus dans la nomenclature homérique. L'ïliade(*), de même que le poème orphique des Argonautes, paraît étendre le nom d'Hellespont [mer des Hellènes}^ qui désigne proprement ce que nous appelons aujourd'hui détroit des Dardanelles, à l'espace maritime plus ouvert qui reçut par la suite la dénomination de Propontide ou d' Avant-mer (par rapport à l'Euxin). Les expressions de Pontos , An Hais, de Thalassa^ dont les nuances sont effacées par notre
i Iliad. XI, 20 et suly.
* Odyss. X VII , 442 à kHS. — Ajoutez la Description des délices de Paphos , VIII, 362etsuiy.
* /^oy. ci-dessus, p. 188.
* Surtout au ch, XXIV, v. 545.