CHAPITRE VI
HISTOIRE GÉOGRAPHIQUE DE L'A9IE-MI?IBUBE DEPUIS LE SIÈCLE D'hÉRODOTE
jusqu'au temps de STRABOR.
Aperçu général de la période que ce chapitre embrasse. — Anabasls de Xénophon. Itinéraire des Dix-Mille en Asie-Mineure. — Éphore et sa Description de l'Asie-Mineure. — Tbéopompe. — Sur la détermination de la latitude de Byzance attribuée à Pytliéas.
Alexafidre le Grand et ses marches en Asie Mineure. Cette époque marque une ère importante dans l'histoire géographique de la Péninsule.
Période grecque. — A partir du siècle d'Alexandre , l'Asie-Mincure en deçà du Halys se fait toute grecque ; les pays ft l'est du Halys conserrent leur type oriental. Considérations à ce sujet. Persistance des divisions naturelles des races. — Établissement des Calâtes en Asie-Mineure. — Sur l'origine et la langue des Calâtes. — L'établissement galate est la dernière immigration des tribus du nord en Asie-Mineure. — Apollonius de Rhodes et la géographie de ses Argonautiques.
Période romaine. — Les Romains en Asie-Mineure. État de la Péninsule à leur arrivée. — Les guerres qu'ils y soutiennent ajoutent beaucoup aux connaissances positives sur la topographie du pays. — Campagne contre Antiochus. Nouvelle distribution des provinces de l'Asie-Mineure à l'ouest du Halys. — Campagne contre les Gallo^Grecs. Marches de Cn. Manlius.— liO royaume de Pergame, légué par son dernier prince au peuple romain, devient une province de la république romaine. — Guerres contre Mithridate ; longues campagnes des généraux romains dans le nord et l'est de l' Asie-Mineure.— Réduction successive de toutes les parties de l'Asie-Mlneure eu provinces romaines. Mysie et Phrygie. Bithynie. Pont. Cypre. Galatie. Cappadoce. Lycie. — Voyage de Cicéron en Asie-Mineure. Les Tiburani en mont Amanus. — L'Asie-Mineure dans les poètes du siècle d'Auguste.— Salluste et sa description des pays qui bordent le Pont-Euxln. — Sur la reconnaissance géographique des parties orientales de l'Empire Romain attribuée à Zénodoxe. — Description du Monde Romain par Agrippa. — Asie- Mineure de Scymnus de Khios et de Denys le Periégète.
( De^l'an 450 avant noire ère, à l'an 20 après J.-C.)
11 y a bien loin encore des notions qu'Hérodote et son siècle possédèrent sur l'Âsie-Mineure , à celles que cinq siècles plus tard Strabon va nous exposer, dans son admirable ouvrage ,
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sur toutes les parties de la Péninsule : nous nous proposons de suivre pas à pas, l'histoire à la main , les travaux, les études et les événements de toute nature, qui, dans ce long intervalle de cinq cents ans , ont préparé de siècle en siècle et lentemenl amassé les riches matériaux que les géographes de la période romaine devaient mettre en œuvre.
Les Grecs asiatiques , un moment affranchis à la suite des victoires de leurs frères d'Europe sur les armées du Grand-Roi , étaient bientôt retoml3és sous le joug de la Perse au milieu des funestes querelles d'ambition et de jalousie qui éclatèrent entre Athènes et Lacédémone. La vieille rivalité des races dorienne et ionienne s'était réveillée dans Tenivrement d'un triomphe commun, pour ne s'éteindre que dans le commun asservissement que leur préparait la fortune de Rome. Â la fin du cinqui^ibe siècle avant notre ère , toutes les colonies helléniques de la côte égéenne reconnaissaient de nouveau , comme aVant là guerre médiquc,l'autorîté des monarques persans, de même que fërèfete de l'Asie-Mineure. torsque tfarius Notjius riiôùrui^^en ^ftj4, toute l'Asie en deçà du Halys était sous le gouyernemept du second de ses fils , Gjtus , au nom duquel ^histoire a ajouté l'épithèté déjeune, pour le distinguer du grand €yrus, le fondateur de l'empire des Perses. Çyrus, mécotfteht du' partagé ^uillvâit appelé au trône son frère ^rt^ixerces, résolut , après ayoîr*employé vainement contre son frère de secrètes emj>ûches , 4e lui disputer l'empire les armes à la main. On saitquel fut lerésuhat de cette tentative désespérée : les champs â(^Ctiffâ^iâ,'§S^1es rives de TEuphrate, virent à'|a fois la dëfaît'eetla hiort'duïi^^ce rebelle (400).
Get événement nous a valu un des plus précieux monumeots d'histoire et de géographie que ticms att lai^ëéè l-aïitfquité hellénique. Cyrus avait'dans son armée tiiï' corps de tf^àfe mille Grecs soudoyés 5 après la déroute de Çunaxa", 'ce corps auxiliaire , échappé presque tout entier à la destruction du reste de l'armée vaincue ^ se vit dans ]a nécessité ou de poser les armes, ou de se frayer une retraite devant l'armée victorieuse , à travers des populaUous tiostU^s et 4e3 pays 4 peine conçiijs. Quelques périls que présentât ce dernier parti , ce (ut çeluj que les Grecs adoptèrent. Kou§ n'ayops p^ à racpn)^r les jncid^i^ ^e cetfe
RETRAITE DE$ DIX-MILLE. XÉNOPHON. 3l5
audacieuse retraite : nous devons nous borner à ce que le récit cjue nous en a laissé Xénophon, qui en avait été lui-même un des acteurs principaux, renferme des renseignements nouveaux sur la géographie de l'Asie-JJineure (0.
L'auteur de Y^nabasis commence sa narration à Sardes , d'où il conquit 1 armée de Cyrus jusqu'à Cunaxa à travers toute retendue de r^sie-lfineure, puis par le nord de la Syrie et le long des rives de l'Euphrate; et après avoir raconté la bataille qui mit fin à Texpédition, il trace pas à pas l'itinéraire de la retraite, en remontant le Tigre dans une grande partie de son cours, en francjiissant ensuite les âpres vallées et les montagnes neigeuses des Karduques, les Kourdes de la géographie actuelle, et en traversant l'Arménie pour atteindre Trébizonde, d'où les Dix- Mille longèrept, tantôt par mer, tantôt par terre, toute la côte septentrionale de la Péninsule jusqu'à la Propontide et à l'Hellespont. Si l'on songe combien étaient faibles, un demi-siècle seulement avant l'époque de cette retraite mémorable, les notions que possédaient les Grecs , même ceux de la côte asiatique, sur le§ parties ^e l'Asie-Mineure que l'expédition embrasse, ç'est-à-djre sur la région du Sud et sur celle du Nord-JCst, on comprendra combien l'excellente relation qui leur en fut donnée dut ajouter tout à coup à leurs connaissances sur l'ensemble de ïa I^énînsule, aussi bien que sur les contrées plus orientales qu'arrosent l'Euphrate, le Tigre et les parties supérieures de 1 Àrâxe.
De longues discussions de géographie comparée ne sauraient entrer dans notre cadre ; il nous suffît , dans les identifications deis noms anciens avec les localités actuelles , d'adopter les ré- Suïlats îès mieux établis, eh renvoyant aux ouvrages ou aux traités spjgmux sur lesquels nous nous appuyons, pour les discussions qu'un exposé général ne saurait admettre. Pour la géographie de l'Anabasis , les commentaires sont nombreux-, mais fl eti'est'un d'une date récente qui riovi» dispensera presque de recouru' à ceux qui l'avaient précédé : 6%si celui de M. Williarh
' V Expédition de Cyrus dan» la Haute- Asie (KO pou ÀvdSamç), par ^ Xénophon Nos ciUUoi/s dii 'teteé «e rapportent à''réd{tfoii qu'èti a donnée M. Didoi dans sa Bibliothèque Grecque. -^ • ' '^•- ' ' • *