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CHAPITRE VIII

RIGOLBOCHE AUX DELASSEMENTS.

Dans notre liste des pièces jouées aux; Délassements sous la direction Sari, nous avons omis à dessein déparier d'une de celles qui y eurent le plus de succès — un succès de 120 représentations, — Folicho'>s et Foli- (honnetles, de MM. Vernon et Maxence.

Ces deux noms sont les pseudonymes de Paul Delavigne (mort l'an dernier), et de

M. Arthur Delavigne, fils de Germain Dclavigne et neveux de l'auteur des Messéniennes. Le succès de Folichons et Folichonnettes se rattache si intimement aux débuts de Rigolboche au théûtre, que cette piùce méritait un chapitre spécial, aussi bien que la danseuse qui fit tant pour elle des pieds et des mains — mais surtout des pieds.

Dans ses Mémoires, Marguerite la Huguenote trace des coulisses des Délassements une peinture vive, colorée, exacte, mais elle est assez peu explicite sur son propre compte. Voici en quels termes elle annonce son entrée chez M. Sari :

■ « A partir du moment où je m'étais mise sérieusement à étudier mon art, je dansais au Casino et rue BufFault avec un entrain et

un succès sans égal. Mes admirateurs me conseillaient déjà d'enlror au théâtre. Ils m'y prédisaient des triomphes. J'étais assez de leur avis, mais l'occasion manquait.

» Elle se présenta sous les traits d'Henry Delaage, aussi savant dans toutes les sciences mystérieuses que le comte de Cagliostro lui-même.

» Tout le monde connaît Henry Delaage, comme Henry Delaage connaît tout le monde. C'est un charmant et spirituel garçon, qui doit avoir entre cent ou cent cinquante ans , et qui n'en paraît que trente.

» Je le rencontrai un soir aux Italiens (1) ; il me proposa d'entrer aux. Délassements.

(1] Aux italiens ?... Oh ! là là !

{Note de la réduction.}

» Un de SCS amis, — Arthur Delavigne, — y faisait répéter une pièce : Folichons et Fotichoimettcs, dans laquelle on voulait intercaler un quadrille de canotiers, lequel quadrille réclamait le concours d'une danseuse de qualité.

» J'acceptai avec empressement. Le lendemain, il me présenfaàM. Sari, qui m'engagea sur-le-champ. »

Voilà tout.

Serait-ce par modestie que M"^ Marguerite ne parle pas de son succès ? Nous n'osons le croire.

Toujours est-il que la danseuse du Casino, inventée par Manè, obtint un triomphe sans précédent dans les annales de la chorégraphie folichonne. Des dames de la haute — de trés-nobles dames — se hasardèrent aux Délassements pour y voir la merveille excentrique dont raft'olait tout

Pariai. Quant aiu hommes, il n'en est pas un qui ne soit venu l'applaudir au moment où, chaque soir, du bout de sa bottine, elle brisait une des bobèches du lustre.

Aujourd'hui, Marguerite est lancée, comme disait Hyacinthe. Mais ce n'est pas au comique du Palais-Royal qu'elle doit sa fortune. Non ! Elle ladoitaumystérieuxpersonnage qui signe du nom de Manè le feuilleton de Y Indépendance belge. Manè a été le véritable la-icexr de Rigolboche. C'est lui qui l'a dénichée dans la tourbe des pauvres cabriolcuses des bals publics; puis, lui donnant sa bénédiction, il a fait d'elle, par une suite de réclames bien tournées , d'anecdotes piquantes, une femme célèbre,

une reine, une gloire que M. Jules Janin seul n'a pas su appréciera sa juste valeur.

Pour en finir avec la protégée de Manè, disons que, quelque temps après Folichons et FoU cho miel tes j Marguerite voulut jouer la comédie. Elle parut dans je ne sais plus quelle pièce; elle parut, elle parla !!! Mais, hélas ! sa diction n'était pas aussi pure que le fond de son cœur, où se cachaient sans doute les meilleures intentions du monde ; son organe n'avait pas la fraîcheur de celui de Dressant : Marguerite, vouée à l'enrouement perpétuel, n'obtint qu'un succès médiocre.

Depuis lors, elle est rentrée dans le courant fiévreux delà vie parisienne. Ses in-

limes la voient chez elle. Quant aux pro- ^iIlciau\ qui désire raient repaître leurs yeux t'i' la vue de cette excellente fille, — la \oir et puis mourir! — ils n'ont qu'à se P !ster à l'entrée du bois de Boulogne: tous 1( s jours, de quatre à cinq heures, Marguerite passera dans un panier à salade.

.\. B. — Quand il pleut, elle se promène dans un élégant coupé bien fermé, de peur de s'enrhumer davantage.

M'^'^ Colomba, ou Colombat, a essayé de faire oublier Rigolboche aux Délassements. Franchement, ça n'a pas été possible. En revanche, Colomba n'est pas enrouée, et elle joue déjà très-gentiment de petits rôles.

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