‹ Histoire des délassements-comiquesChapitre 114 sur 118 · DE CHAQUE PERSONNAGE · texte numérisé non relu

DE CHAQUE PERSONNAGE

FRANCHET père , .riche Négociant , âgé de 60 ans , mais encore très-bien portant ; il doit avoir beaucoup de vivacité , de franchise et de gaieté. Son costume doit être simple et conforme à soa âge , sans être trop antitiue.

FRANCHET fils , jeune homme de 3o ans , beau caractère de marin : son costume doit être celui d'un capitaine de corsaire , à bord même.

ROSALIE , de l'ingénuité, maispointde simplicité j 17 ans; mise conforme à la fortune de son père.

PRUDENT PÈRE, vieillard un peu plus âgé que Franchet père ; de la finesse , mais de la bonhomie ; mise dans le genre de celle de Franchet père.

PRUDENT Fits , jeune homme de aS ans; du bon ton , un extérieur raisonnable , el cependant de l'aisance et des grâces ; habillé en noir, mais très - proprement.

VARLET , jeune Marin, de bonne tournure ; U doit être proprement mis , quoique l'on doive bicQ s'appercevoir qu'il sort du bord.

CQURVAL, ieune homme de 22 ans, étourdi, li'ger , un peu fat ; enfin je ;ne homme à la mode , mis comme le peint Prudent père, page 47-

WOVELMANN , homme de 40 ans , se disant banquier , mais ce n'est qu'un prêteur à la petite semaine ; il est très-lent dans tout ce qu'il fait et dans tout ce qu'il dit ; son caractère doit contraster, en tout, avec celui de Frakchet père. Son costume doit répondre à son âge, à son e'tat, et à son caractère lent , pesant, original et pédant.

Le matelot doit être mis selon son ët^t, et un peu en de'sordre , puisqu'il sort de faire une longue route à franc étrier.

Nota. — L'acteur nommé le premier doit être placé à la gauche des spectateurs , et ainsi de suite.

Cette petite pièce était destine'e à cti-e joue'e il y a environ tiois semaines j mais le renouvellement de l'année théâtrale, les débats, les pièces nouvelles à monter^ le retard de quelques sujets nouveaux dont deux ne sont pas encore arrivés , tout cela a mis M. Arnaud dans la nécessité de reculer jusqu'à ce jour la mise en scène de cette bluette j et , dépouillée de l'intérêt de la nouveauté , quel mérite pouvait-elle avoir ? que lui restait-il pour la soutenir ? quelques couplets j et le jeu des acteurs. Si elle a du succès j c'est donc principalement aux acteurs que j'en serai redevable.

Mais alors , nie dira-t-on , pourquoi l'imprimer? Quelques amis m'y ont engagé, et je me suis laissé séduire , par la facilité que j'ai de le faire. J'ai là mes ouvriers , tout prêts dans mon atelier ; j'ai le papier dans mes rayons : il semble qu'on ne débourse rien , et voilà comme on s'éblouit soi-même.

Au reste , les uns manifestent par de brillantes illuminations leur joie d'un événement qui fait cesser toul-à-coup les maux

de l'humanité , les antres par des fêtes ; quant à moi , je fais comme Novelmann^ je célèbre la paix, à ma manière.

Nantes^ ce i5 mal i8i4>

Vu et approuve' par l'Inspecteur de la Librairie ,

Nantes ^ le x4 mai i8i4'

LA

BONNE NOUVELLE

ou L'HEUREUSE JOURNÉE.

Baa^RBB<9n^K!is3a^nwa>>MHnas3nB

ceue pteiUie^oL^/

ROSALIE, PRUDENT fil$.

Rosalie.

Vous me suivez en vain , monsieur , je ne veux li&B voiis rt'pondie.

Prudent fils.

Depuis que je vous aime , depuis que }e vous le dis , je n'ai pu obtenir de vous aucun aveu j tcpcndant vous êtes cliaque jour rcniarfjue'e , redieichee même pat de nouveaux prelendanlf. Cek

n'est pas étonnant , vous embellissez tous les joui9>

et

Rosalie (l'interrompant.)

Et l'on sait que mon père est riche ; n'est - ce pas cela <jue vous voulez dire ?

Prudent fils.

Non assure'ment : je n'y ai jamais pens^. Mon c'tat ne sufEra-t-il pas à nos besoins ? Je me suis attaché au barreau 5 avec de l'étude, du travail, et aidé de votre économie , je suis toujours certain de A'ivre honoi-ablement j si je puis acquérir l'estime et la considération des juges.

L'estime publique ! ne l'avez - vous pas déjà ? r'entends tout le monde dire du biea de vous. Mais de l'étude, du travail ! tout cela ne suffit pasj il TOUS faut aussi du talent?

Prudent fils.

Vous m'embarrassez !

Rosalie.

Vous faites le modeste! Vous savez bien que totis en avez.

Prudent fils.

On ne peut pas ignorer tout-à-fait ces choses là... JVTais ( vl^e ment ) ne craignez-vous pas de dire trop de bien de moi? eo nia prcssnce»

Airdii rondeau de Maison A VENDRE: Fiez-vous , ^c,

Rosalie. Quel serait l'intérêt de cacher ce qu'un pauïiL ! Prudent. Pourquoi donc a Prudent le cacher eu ce jour ? Rosalie. Je le dis, vous avez et talents et prudence. Prudent. Vous ave» des attraits, et moi j'ai de l'a.ujur.

Rosalie M'allez vous donc encore

Parler de vos amours ?

Prudent Sans doute je vous adore,

Sans doute je vous adore.

Rosalie Vous le ripétez toujours ,

Vous le dites toujours ,

Toujours , toujours. {Bis.)

Prudent Ah ! plaise a Dieu que je le puisse.

Rosalie Mais vous rendre justice

M'était Lien doux :

Je le répète, on dit du Lieu de vou?.

Prudent. Quel est donc l'intérêt de cacher ce qu'on pense 1 Rosalie. Je l'ai dit , vous devez réussir au palais. Prudent. Mais aurai-je de vous le prix de ma constance î Rosalie. Je l'ai dit, vos talents méritent des succès.

Prudent fils.

{A pari). Charmante ingénuité I {A Rosalie. ) Si c'était le commencement d'un aveu ?

Rosalie,

Vous raV faites penser ! IVTais n'allez pas vous

axiser de le croire ! D'ailleurs quel est votre caraclèi c ?

Ce n'est point par là que vous briUcz [en

laissanl les yeux) , du moias aux yeux de monpère.

Prudent fils.

Oui , monsieur volrc ptre , vif encore à «on fige , autant qu'il soil possible de Ttlre à vingt ans, ne juge avec avantage , au premier coup d'cril , que ceux qu'il croit l'fUre autant que lui. Mais , Rosalie , ce n'est qu'avec vous que j'ose paraître tel que je suis. Par e'ial , je dois m'efl'orcer d'être grave , d« m'y accoutumer dans la société 5 et M.' Franchet lui-même , s'il me voyait habituellement l'air évapore , serait le premier à me dire , avec cette belle franchise que vous lui connaissez : tu ne seras jamais ^u'un mauvais avocat.

Air : HieHj fendre amour, ne résiste à tes chamtes.

Au gré du sort et de sa destinée Le sage doit diriger ses penchant»; Suivre Tliémis était ma destmée, A mes de-voirs je forme mes penchants»

Mais pour l'hymen , "a notre destinée L'amour devrait accorder nos penchants j Lors, votre main nie serait destinée, Tous oseriez approuver mss penchants.

Rosalie.

Dites tout ce qtie vous voudrez ,• mais quand j'aurais pour vous les mêmes sentiments que vous prétendez qui vous animent

Prudeht tihS^ Que je prétends !■,..«

HOSADIE.

Vous ne pourriez jamais m'obtenir. que de l'avea de mon père.

Air: L'amour ainsi qu'la nature (de Fanclion.)

Par lui seul j'agis, je pense;

Sans mère dès mon enfance,

Mon père ent seul tous mes vœuxj

Je ne vois que par ses yeux :

A lui soumettre empressée

Tous projeU et tout désir,'

Je n'ai pas lin» pensée

Qu'il n'en résulte un plaisir. ( Bis. )

Je déponds de lui , je suis heureuse dVn 3^pendve ; et , si vous voulez que je m'expUquC . efforcez-vous de lui plaire. {Elle veut ^orUr , Prudent la relient. )

Prtjdemt fils.

C'est tout mon désir.

Air : Cest un moment. ( Noté n." i , a la fin de cette brochure. )

A mon désir

Ne puis-je satisfaire?

H est tien pur cependant C3 désir :

Votre bonheur serait ma seule aÉfaire, Le sien serait mon unicjue plaisir; eonunentpeut donc s'oni'OS!^ votre père

A mon désir ? ( ^'^- )

C'est le Jesir Qui soutient l'espérance,' Et l'espérauce anime le désir :

Entre les deux, souvent, l'ame balance La vie entière, attendant le plaisir; 11 a beau fuir , je garde l'esfjcrauce

Et le désir. ( Bis. )

Mais au point oà en sont les choses

Rosalie.

Que voulez-vous dire ?

Prudent fils.

Vous savez qoe, depuis quelques jours , il a fle'clarë qu'il >oulait vous établir , parce qu'il commence à vieillir ; et qu'il veut vous rendre heureuse de son vivant.

3Ianque-t-il quelque chose à mon bonheur ?

Prudent fils.

Il y manqucrail quelque chose , si vous pensiez

comme moi.

Rosalie.

Ce n'est pas là ce que vous disiez.

Prudent fils.

Oui , je voulais vous rappeller qu'il a réservé voire mala pour celui qui lui apporterait la meilleure nouvelle dans la quinzaine : quelle idée bizarre I

Rosalie.

n a dit cela dnns un moment d'impatience , parce qu'il ne reçoit aucune nouvelle de ses trois fils. Vous le savez ; l'aîne' est en mer , il commande le corsaire de mon père VHeureiise-lVouuelle, et l'on n'a pas eucore entendu parler de lui. Le second est prisonnier à la Jamaïque : le troisième , Prosper , était à la mallieuseuse campagne de Russie.

Et votre père rie fait rien, ne dit vienj où

•st-il maintenant ?

Prudent fils.

Je l'ignore. Il est parti il y a quelque temps , sans n.-e dire où il allait 5 il n'a point écrit depuis son départ, mais je suis sans inquiétude ; car je sais que c'est ainsi qu'il agit , quand il me'dite quelque chose d'avantageux pour moi. Comme j'ai dcsseia de m'e'tablir à Rennes , peut - être est-il allé préparer les voies! yisiter les juges! m'arrêter un appartement! le meubler! Je suis assuré qu'il a

pris celte route Et vous ne savez absolument-

rien du sort de vos frères ?

Rosalie (tristement.) Hélas ! non.

Prudent fils.

Vous m'en voyez pénétré de douleur.

cùue deu^M/eii/ie.^.

«lOSALIE , FRANCHETpêre , PRUDENT fils,

Franchet pÈnE.

Monsieur , je vous trouve toujours avec ma fille ; que prétendez-vous?

Prudent ftls.

Faire son bonheur , njonsieur , si vous voulez bien y conseatir.

Frànchet père.

^on , monsieur , voms ^tes fraid comme marbre » vous m« feriez mourir d'impatience.

« Air : Clytirmanles feurS y Scc.

Je veuï avoir un bon vivant ponr geniJre, Que mes enfants soient tnes meilleurs amis ; Et l'homme tidstc en vain veuslrait prétendre A devenir niénje un de mes commis. ( Bis. )

Je reconnais un ami véritatle

A l'nir ouvert, au Ion franc «t joyeux; je le crois te!, s'il est gai, vif , aHahle, Et si son ânae est peiuie dans ses yem. (2»'jtf.)

La vérité, quaiiii 'W faut qu'il la Jise ,

De l'avocat sert peu les intérêts;

El s'il plaidait avec tcop de franchise,

Asseî souvent il perdrait son procès. ( Bis. )

Prudent fils.

Monsieur , jugez mon âme et non pas les apparences.

Franchet père.

Monsieur, je ne vois point votre .^me , je vous juge par vos dehors , et vous n'êtes , à mon gré, iii vif , ni franc.

Prudent fils.

Air: Charmantes Jlenrs , Sic.

Faudrait-il donc que j'allasse "a la ronde

A tout venant dire la vérité ?

Non, au palais ainsi que dans le monde,

Un peu d'art sied même a la probité. ( Bis. )

Mais avec vous, je crois être en famille ,

J'agis, je parle avec sincérité :

Et quand je dis : j'adore votre fille ,

Soyez en siu-, je dis la vérité. ( Bis. )

Franchet père ( lui tournant le dos. )

Rosalie , as - tu ouï dire qu'il soit arrivé des nouvelles ?

( Prud&it sort, en faisant par signe un triste adieu h Bosalie qui lui témoigne beaucoup d'intérêt; Prudent le .remurque, et fait eomuiilte combien il s'onféliailc j Rosalie -cltereJie à le eéler. ) '

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