SCÈNE
Les Mêmes, ÉDOUAJID.
EDOUARD , entrant.
(A part.) Encore cette choriste ! j'ai beau l'éviter , je
la trouve toujours sur mes pas. {Regardant Eugénie.)
Qu'elle est belle aiusi I surprenons-li!. [Il lui frappe sur
l'épaule.) Hé!
EtGÉME.
Oh ! [Edouard passe de l'autre côté de la scène.)
MARGlEllITE.
Qu'as-tu ma fille?
ECGÉME.
Rien... rien... je... je viens de me piquer au doigt.
MARGUERITE
C'est que tu as la tète aiileursqu'à ton ouvrage. (Apercevant Edouard.) Quoi , vous ici !.. et comment y êtes vous venu.?
EDOUARD
Eh bien , dam !.. par la porte.
MARGUERITE
Et pour quoi faire ?
EDOUARD
Tiens! la demande est belle. Bonsoir, madame Suzanne.
SUZANNE
Je suis charmée d'avoir le plaisir de vous voir. [A part.) Tâchons de nous venger.
EUGÉNIE . à part.
Tu vas de ce côté-là ? tu t'en repentiras.
SUZANNE
A quel heureux hasard devons nous sitôt le charme de votre présence.
EDOUARD
Ayant rempli ma tâche un peu plus tôt qu'à l'ordi-
18 MONSIEUR POt.MU
iiairc , je me disais que ce que j'avais do micii\ ;'i fair'' était de rendre visite a [H rerjarde Eugénie, puis ajoute) à CCS dames.
srzA>>r.
On vous est bien reconnaissant de votre empressement.
édoiaud.
Tenez , madame Suzanne, je suis contentd'unc chose, c'est que vous me recevez mieux aujourd'hui que de coutume; depuis certain temps, je croyais que vou" m'en vouliez.
ErGÉ>ME , à part.
Oui , traître , parce que tu étais rao'ins complaisant qu'aujourd'hui.
SrZAKXE.
"N'ous vous êtes trompé. ^
Je sni<^ toujoure la même, Çue j'clais autrcrois; Vous vniiU-z c|ii'on vous aime.
Je l'ai fait mainte fois ; JVIats votre cœur rebelle.
Jamais ne me cnmpiit.
Lue flamme fidèle , Pour vous seul me remplît.
ruGÉME , « part.
Des déclarations !.. Et je verrai qu'on me supplante en ma présence? non ce ne sera pas. {Elle se lève.) suzA?;>E , àpart.
Elle se tourmente, et j'en triomphe.
lAGKME.
Certainement monsieur , madame vous a , en tout temps, voulu beaucoup dïbfen, mais vonsavcz l'esprit te!lemeulde travers que vous ne vous en êtes pas fort soucié. EooiARD , embarrassé.
Huml Que dif-tu ? monsieur! (Il rencontre le regard courroucé d'Eugénie. A part.) Ne voila-t-il pas que ma maîtresse se lâche mainteiianî.
MARGiipKiTE , à part.
Prévoyons de nouvelles hostilités. (Haut.) Trêve de bagatelles. {A Edouard) Tu as habité Paris.
oc UN MENAGE FRANSQUILLON. 19
EDOUARD
Je le crois , si l'on peut oblenir ce titre après dix ans de séjour.
Y as-tu connu certain monsieur... monsieur... Comment s'appeile-t-il donc ?
SUZANNE
Poin... Pointyi , si je ne me trompe.
.AIAi;GLElUTr.
C'est cela même , madame , votre mémoire vaut le double de la mienne.
EDOUARD, pensif.
Pointu... Pointu... Je ne me rappelle pas d'avoir jamais entendu prononcer un nom pareil. !Mais peut-être si je le voyais le remettrais-jc , car on ne se connaît quelquefois que de vue. Poi^rquoi me faites-vous cette demande ? y
MARGUERITE
Parce qu'il vient de louer I9 chambre que nous avions vacante. \-
ÉDOU.VRD.
Que fait-il ?
MARGUERITE
Comment, que fait-il ? i
EDOUARD
Oui, quel métier exerce-l-il? Est-il tailleur , cordonnier , etc. ?
SUZANNE
Il est professeur.
EDOUARD
Professeur ! je ne connais pas de telles gens.
[On frappe à la porte du fond.)
MAUGUÎCIUTE.
On frappe, c'est probablement lui. {Elle va ouvrir.)
EDOUARD , bas à Eugénie.
Eugénie je...
EUGÉNIE , de même.
Va monstre 1
ÉDOCABD , à part.
Monstre ! Hein , que c'est doux pour un amant de recevoir de pareilles caresses.