ACTE I, SCÈNE
Qui, depuis fort longtemps, ose en être amoureux ; Mais, moi, je ne veux pas qu'une femme adorable Végète sous un toit obscur et misérable , Et consacre ses nuits aux plaisirs d'un pêcheur , Tandis qu'un souverain l'aime du fond du cœur. Pour vivre sous le chaume, elle est trop belle fille! Je veux qu'au premier rang, à ma cour, elle brille, Et que son nom aimé soit entouré d'honneurs , Et que vous tous , barons , marquis , ducs, grands
[seigneurs.
Veniez à son lever lui rendre vos hommages, Comme l'on fait partout, suivant les vieux usages, Pour la reine et le roi.
BUGiANO et ORALLA , s" inclinant .
Tout ce qu'il vous plaira.
LADISLAS
Tout est donc convenu. Sitôt qu'arrivera Le couple , messeigneurs , nous saisissons la belle Et nous nous éloignons par la mer avec elle ; C'est le plus sûr chemin , car il ne garde pas , Comme ceux de la terre , un long tracé de pas.
ORALLA.
Quand vous posséderez cette nouvelle amante , Et qu'au royal manoir brillera la charmante , Que ferez-vous, seigneur , de la Léonora?
Je ne veux plus la voir. — Pardieu ! la belle aura Des coavents à son choix. — Ou bien , si bon vous
[semble, Vous irez quelque part vous établir ensemble.
[D'un ton moqueur.) Je sais que vous l'aimez d'un ineffable amour Et que , depuis longtemps , vous lui faites la cour!
ORALLA, un peu déconcerlé.
Pour elle... je suis loin... d'avoir la moindre haine;
14 NJZZIDA.
Mais celle qui joua le rôle d'une reine
Et vécut si longtemps sous un royal manteau ,
Ne voudrait pas mourir dans mon humble château.
LADISLAS
Alors , dans un couvent, qu'elle aille en pénitence.
RUGIAXO.
Mieux vaut encor, je crois, qu'elle aille à la po- Elle se vengera... c'est un serpent maudit, [tence.
LADISLAS , vivement et sévèrement.
Comte Rugiano ! ce que vous avez dit Ne vous honore point. S'ous haïssez la dame , Mais ce n'est pas ainsi qu'on parle d'une femme. D'ailleurs , je ne veux point recevoir de conseils , Et vous trouve hardi d en donner de pareils ! Messeigneurs conseillers, lorsqu'un roi vous écoute El suit tous vos avis , je sais ce qu'il en coûte ! Souvent , pour satisfaire à vos ambitions , Vous lui poussez la main aux viles actions; Et quand s'est accompli voire projet sinistre , Le roi supporte seul la faute du ministre. (// se fait un moment de silence. Ruginno passe lentement derrière Ladislas et remonte quelques pas vers le fond, en faisant un geste de dépit.)
ORALLA.
Cependant, monseigneur , craignez Léonora ; C'est une femme Gère, elle se vengera.
LADISLAS
Messeigneurs, messeigneurs, vous pensez , sur
[mon âme , Que je suis au dessous d'une haine de femme !
ORALLA.
Elles sont quelquefois plus à craindre que nous. Je connais à la cour, les minois les plus doux A qui , pour se venger , tous les moyens convien -
[nenl...