‹ Histoire des délassements-comiquesChapitre 49 sur 118 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LADISLAS, ORALLA, RUGIANO.

ORALLA.

Nous attendions votre ordre.

LADISLAS

Or , écoutez ceci :

[Indiquant la maison de Vargiani.) Ce logis est celui qu'habite notre belle ; Dès ce soir , à tout prix , il faut s'emparer d'elle El l'emmener sans bruit , sur le premier bateau.

[A Oralla.) Nous la déposerons, comte, à votre château. C'est un lieu sûr , discret ; un mystérieux gîte.

— Surtout , que tout cela s'exécute au plus vite ; Le plus petit retard me serait douloureux :

On est impatient quand on est amoureux, Et j'aime cette entant. Ce que je sens pour elle, C'est de la passion , c'est une ardeur réelle ; Ce n'est pas seulement un caprice d'un jour , Mais un amour puissant comme un premier amour!

BDGIANO.

Eh ! quoi?... monseigneur, vous qui , dans votre

[jeune âge , Pour les dames de cour étiez presque sauvage ,

— Hors pour Léonora , — maintenant vous voici Subjugué par les yeux d'une vassale, ici?

LADISLAS

Je ne me connais plus. Depuis que je l'ai vue , D'idée et de raison ma tête est dépourvue... Jamais femme sur moi n'a produit tant d'effet.

— Le jour où j'aperçus cet ange si parfait ,

11 me sembla qu'un songe abusait ma paupière.

[Indiquant le banc.) Tenez, elle était là , sur ce siège de pierre ,

12 NIZZIDA.

Auprès de sa famille , — un jeune homme , un

[vieillard , — D'elle je ne pouvais détacher mon regard. Je me tenais caché, là, derrière un Ironc darbre, Immobile , muet , comme un homme de marbre , Absorbé tout entier par l'admiration, Prêt à m'agenouiller en adoration.

Je l'entendais parler , je la voyais sourire... Ce que je ressentais , je ne saurais le dire ; Elle avait dans la voix quelque charme puissant, Qui faisait dans mon cœur bouillonner tout mon

ORALLA. [sang.

Monseigneur, monseigneur, vous aimez comme

[on aime Quand on a dix-huit ans , — c'est, pardieu ! tout de

LADisLAS. [même.

Et comme à dix-huit ans , encor , je suis jaloux.

BCGIANO.

Vous , monseigneur , jaloux ?... de qui ?...

LADISLAS

De son époux.

RUGIANO.

Elle n'est donc plus libre?

LADISLAS

On vient de me l'apprendre ; C'est pour cela qu'il faut au plus vite la prendre ; 11 en est temps encor ; ce n'est que d'aujourd'hui Qu'elle a donné sa main.

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