ACTE II , SCÈNE IV
[Tomhanl à genoux.) [époux!
Monseigneur ! monseigneur ! rendez -moi mon Rendez-moi le seul homme à qui mes destinées , Par les liens du cœur , resteront enchaînées... Effacez aujourd hui le plus honteux forfait En réparant le mal qu'hier vous avez fait... Laissez-moi retourner vers ma mère adoptive, Qui pleure avec son fils, votre pauvre captive ; Laissez-moi retourner près de Léonardo, Vieillard qui de ma vie accepta le fardeau ; Laissez-moi revoler vers mon Vargiani , Ma mère , mes amis , et que tout soit fini !
L4DISLAS , se levant impatienté.
Lui !... toujours lui , toujours !... Il est heureux ,
[cet homme , Tu l'aimes comme Dieu... mais moi , rien , rien... Si j'étais le démon!... [c'est comme
{Aprèsune courte pause , separlant à lui-même.)
Ce devait être ainsi ; Le véritable amour ne vient jamais ici. Car du faite où je suis , tel est le privilège , On est grand , honoré ; l'on aime . l'on protège , Maison n'est point aimé. Nous sommes condamnés A vivre toujours seuls ainsi que des damnés. La royauté, — ce n'est qu'une roche escarpée D'où l'on commande à tous, par le sceptre et l'épée: Sur ce roc envié , l'amitié ne vient pas , Nous sommes seuls en haut, tout le reste est en bas. Jamais les senlimens d'amour et de tendresse Ne montent jusqu'à nous purs de toute bassesse ; Ce qui fait que Ion vient se mettre à nos genoux , Avec de grands sermens de dévouement pour nous. Ce n est point lamitié ni l'amour , c'est la fourbe, (Vest l'appât des grandeurs qui fait que Ion se cour- Tous ces hôtes des cours n'ont qu'une passion [be.
44 NIZZIDA.
Qui dévore leur cœur, — c'est leur nnibilion.
— Et c'est dans cet enfer que je passe ma vie ! — Bien souvent , j'ai porté des regards pleins d'envie Sur ces houimes brisés par le poids du fardeau , (^es manansau frontbruii, nourris de pain et d'eau. Malgré tous leurs labeurs et leurs peines sans nom-
[bre , Us me semblent heureux; dans le fond de leur om-
[bre , Jls ont de vrais amis , leur cœur libre s'ébat ; L'espérance et l'amour couchent sur leur grabat. Mais ici, rien! — Jamais un souffle de tendresse , S'échappanl d'un cœur pur, jusqu'à moi ne s'a-
[dresse...
Je suis haï de tous , oui , même de ma sœur ; Et le peuple se plaint et m'appelle oppresseur ! Le peuple qui , jadis , m'accueillit sur le faite ; Le peuple qui venait hier me faire fête , Ce n'est plus , aujourd'hui , qu'une houleuse mer, Rejetant contre moi son flot le plus amer !... — Uh! qui donc m''a tracé cette horrible existence ? Je ne sais si c'est Dieu qui dict.n la sentence Qui me condamne à boire , à boire jusqu'au fond , Le calice des maux , ce vase si profond !
— J'ai pris pour m'étourdir le noir chemin des vi-
[ces , Et j'ai lâché mon nom par de honteux sévices ; Ce nom de Glorieux que j'avais mérité, 11 va tomber terni dans la postérité !...
[Se penchant vers Nizsi'da.) Tiens, toi, si tu voulais, avec ton cœur de femme , Du crime et de l'enfer lu sauverais mon âme... Je me purifierais aux flammes de ton cœur ; De mon mauvais destin lu me rendrais vainqueur.
— Oh ! je l'adorerai comme un être céleste ,