ACTE III, SCÈNE III
Qui sont nos maîtres et nos rois ; Lt , sur noire tète ai)attue.
Forions leur sceptre qui nous lue.
Comme le Christ porta sa croix !
Allons! donnons, brebis esclaves, INotre lait au pasteur luiiss^nt; Laissons-nous mettre des entraves , Laissons-nous traire jus(|u'au sang!
Pour eux les biens, pour nous la glèbe, INous ne sommes que vile plèl)e, A nous les maux et les douleurs:
Pour eux la beauté de nos femmes , Des vins pour leurs banquets infâmes , Et nous , buvons , buvons nos pleurs !
Va donc , pauvre peuple! travaille, Pour ceux-là qui te font souffrir!
Il n'en est pas un (pii nous vaille.
Qu'importe ! il faut leur obéir.
Le ciel , quand il fit le partage , Wous jetla la part d'esclave, Eux, par l'or , ils sont triomphans.
La liberté, noble chimère.
Ne sera jamais notre mère , Elle a pris les grands pour enfans !
Passez , passez, torrens des âges !
Nos jours n'en seront pas plus beaux , lis ont aujourd'hui des orages , Demain ils auront des tombeaux !
Peuples, familles périssaiiles, Nous ne sommes que grains de sables, Sur qui la grandeur vient marcher; Mais espérons! Un jour, peut-être, Pour écraser l'orgueil du maître.
Les grains formeront un rocher.
Oh ! oui ; dans l'avenir, dans l'avenir, sans doute. Le ciel adoucira noire épiueuse route ;
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Les tyrans, ces soleils par l'enfer allumés, Seront , par leur feu même , en entier consumés. — Mais moi, pour aujourd'hui, que puis-jeà cette
[engeance?
Rien. — Nul nem'aideraitdansma juste vengeance, Il faut y renoncer... , et vivre et pleurer seul ; Pour essuyer mes yeux, attendre mon linceul !
{Une pause.) Ce que c'est que de nous , de notre destinée !... Hier , un jour heureux , durant la matinée , Et le soir , le malheur ! le soir , tout est détruit ! L'étoile du matin s'est éteinte à la nuit.
— Et celui qui m'a fait tout le mal qui m'accable , Penser que c'est un homme, un homme, mon sem-
[blable!
Et qu'il est entre nous comme un barreau de fer Quejenepuis franchir plus qu'un seuil de l'enfer !
— Oh ! c'est affreux , de voir ainsi fouler sa vie ! De voir sa mère morte et sa femme ravie ;
De voir , en un seul coup , l'édifice d'amour Elevé dans vingt ans , renversé dans un jour ; Et rester seul au monde avec un cœur qui saigne; Poursuivre son bourreau sans espoir qu'on l'at-
— Ah ! je voudrais mourir ! [teigne...
[Ilsanglolle.)
Seul .'... ne les voir jamais !...
Ma mère !... Nizzida !.. Oh ! tout ce que j'aimais ! (// se courbe sur la tombe de sa mère , cache sa (été dans ses mains et pleure.)