ACTE III, SCÈNE II
S'il existe ce Dieu jusle , comme on le dit , Moi, moi qui l'adorais, pourquoi suis-je maudit?
LÉONARDO
Le désespoir l'égaré et ta bouche blasphème : Enfant , ne cherche pas la justice suprême ! Pour nous conduire à lui le ciel a des chemins Qui semblent des écueils à nos regards humains. Les malheurs d'ici-bas ne sont que des épreuves Par où Dieu fait passer la foi des âmes neuves ; C'est à nous de savoir jusqu'au bout les porter Sans perdre l'espérance et surtout sans douter. Hélas ! au premier coup, faibles comme nous som-
[mes.
Nous renions d'abord le Dieu qui nous fil hommes; Mais, sitôt que le cœur a jeté tout son fiel . Nous ressentons en nous la présence du ciel. Va, mon enfant, espère . et la bonté céleste Te montrera plus beau l'avenir qui te reste. Regarde les tombeaux dispersés dans ce lieu, Ces couches de la mort te parleront de Dieu.
VARGIAXI.
Oh ! oui , vous dites vrai ; votre parole sainte A ranimé ma foi.
LÉONARDO
Tiens, quittons cette enceinte :
L'aspect de ces tombeaux, cet asile des pleurs , Alimentent encor tes profondes douleurs.
VAEGIAM.
Non , non ; laissez-m.oi seul à ma mélancolie , Mon âme , dans ce lieu , sera plus recueillie ; J'ai besoin de pleurer , j'ai besoin de prier.
LÉONARDO, s' éloignant.
Oh ! faites-lai^ mon Dieu, la grâce d'oublier.
56 MZZIDA.
SCKWE III.
VARGIANI,«eM/.
[Après un long silence.)
Toul perdre d'un seul coup! — Hier, oh ! quand
[j'y pense !
Hier, de tous mes mauxj'avais la récompense ; T')ul mon bonheur en moi ne pouvait plus tenir; J'élais ivre d'amour ; j'avais un avenir Serein comme un beau ciel , un avenir sans lar- Cel homme m'a tout pris !... [mes...
(// se lève avec impétuosilé.) Oh ! des armes ! des armes !
Que je me venge au moins du malheur qu'on m'a C'est à moi de punir un semblable forfait... [fait... [Apres tin moment de reflexion, sa Itle relombe
sur sapoilrine ; il reprend Irislemenl.) Insensé !... je ne puis me venger de cet homme : 11 est grand, moi petit ; il est puissant ; en somme. Il est le roi. ..Mais moi, pas même un hobereau !... Je suis si bas, comment alteindrais-je si haut?...
[Il relombe à genoux) Mon Dieu ! faudra-t-il donc que je traîne ma vie. Renfermant dans mon cœur ma haine inassouvie; Dévoré de chagrins, malheureux désormais , Cherchant à me venger sans le pouvoir jamais ?...
[Il pleure.)
Comme mes frères en misère.
Je ne suis rien, je ne puis rien ; L'autour nous étreint dans sa serre , INous avons le même lien.
Au bas (le l'échelle où nous sommes, Suons notre sang pour ces hommes