SCENE V
NIZZIDA , seule , assise près de la tab'e. Elle est triste et abattue. — La fenêtre est ouverte.
A ce soir, a-t-il dit ! — Il va bientôt venir , Cet homme de malheur ! — Que vais-je devenir?... Que ferai-je?... comment échapper au supplice?... Faut-il que mon malheur tout entier s'accomplisse!
— J'espère encore en vous , en vous seul , O mon
[Dieu !
Vous pouvez me tirer de cet horrible lieu...
— 11 ma fait plus de mal que je ne saurais dire, Cet homme ; cependant , je ne puis le maudire , Ma haine contre lui ne peut pas s'allumer... Hélas ! c'est que mon cœur n a jamais su qu'aimer !
[Longue pause.) Pauvre Vargiani ! que fail-il à cette heure?...
— Près de Léonardo, près de sa mère il pleure Et m'appelle, sans doute... — O mon Dieu ! ne Aller le consoler, l'embrasser, le revoir ! [pouvoir Oh 1 le revoir, voilà tout ce que je denumie ;
Je puis mourir après, si le ciel le commando. Si je pouvais sortir de ce cachot d'enfer!... Mais non. Un homme , en bas , tout habillé de fer ,
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Veille , la lance au poing , sur le seuil de la porte;
El cet homme au cœur dur ne veut pas que je
Il faut allendre , ici , sans pouvoir réviler, [sorte.
Le supplice... l'horreur... que l'on va m'apporter !
[Elle reste un moment plongée dans la consternalion , puis elle se lève et reprend avec force.)
Non , je n'attendrai pas qu'il vienne , l'homme hor-
Ma résolution est prise. Elle est terrible, [rible !
Puisque de cette tour je ne saurais sortir ,
Qu'elle soit mon tombeau. Je puis encor mourir
Pure de tout affront.
{Une pause.) Oh ! mourir... à mon âge !
Pourrais-je avoir jamais cet horrible courage?
Et puis, comment mourir, sans arme ni poison?
Il faudrait me briser au mur de ma prison.
[Elle laisse tomber sa tète sur sa poitrine et réfléchit un moment.)
Ma mère ! — Où donc est-elle?existc-t-elle encore?
La nuit qui me la cache est-elle sans aurore?
Ne pourrai-je donc pas l'embrasser une fois !...
{Elle tire de son sein la petite croix que Léonardo lui à donnée au premier acte.)
Pour me la rappeler , je n'ai que cette croix...
Et mon cœur désireux qui toujours rêve d'elle
Et lui conserve au fond un souvenir fidèle!...
— Mais faudra-t-il mourir sans connaître l'amour,
J-e nom , les traits de celle à qui je dois le jour !
{Elle passe la croix à son cou. — Sa tète retombe sur sa poitrine ; elle pleure.)
Que je souffre , mon Dieu !
{Elle porte la main à son front. — Après une longue pause , elle se relèce vivement agitée, et se dirige vers la fenêtre.)
Comme la nuit est sombre!