ACTE IV, SCÈNE IV
Le peuple , quelque jour se levant souverain , Peut s'écrouler sur vous comme un pilier d'airain. Pour fondre les anneaux de sa chaîne d'esclave ! Il peut sortir, bouillantcomme un torrent de lave ! S'il est faible aujourd'hui, s'il reste sans effort. Qui vous dit que demain il ne sera pas fort? Pensez-vous que , perdant à la fin patience, 11 ne trouvera pas la force , la puissance De renverser le joug qui lui meurtrit le dos ? Pensez-vous que les bras qui portent les fardeaux Ne sont pas assez forts pour renverser un trône. Malgré le fer puissant qui toujours l'environne ? Pensez-vous qu'on ne peut, démolissant vos tours. En arracher vos r)ids comme ceux des vautours ; Et que vous , ni les fils que le destin vous donne , N'aurez à redoutt^r ce peuple qui bourdonne. Et qu'il supportera vos mépris et sa faim ?... Le peuple, — Ladislas, apprends-le donc enfin, — C'est le chien qui se couche aux pieds de qui leflal- Maislorsqu'on le tourmente, il se fâche, il éclate, [te; Il devient un lion , un tigre quelquefois , Et lave son oulrage avec le sang des rois !
LADISLAS, froidement.
Quand donc finiras-tu la harangue insolente?
VARGIAM.
Oh! vous avez raison, ma vet)gcance est trop lente : Je ne veux plus parler, j'agirai maintenant : — Tout meurtrier , qu'il soit prince, noble, ou
[manant , Des hommes ou de Dieu recevra son supplice , Tôt ou tard doit venir le jour de la justice... Ce jour inévitable est le dernier qu'il voit, Ce jour , ô Ladislas , il est venu pour loi !
LADISLAS
Misérable !...
84 NIZZIDA.
vARGiANi , terrible.
Il csl temps (l'expier un grand crime, Et je viens le punir au nom de la victime. Ali ! mon noble seigneur , voire glaive assassin De ma mère impuissante à déchiré le sein ; Vous vîntes sous mon toil répandre la détresse ; Vous osiez convoiter ma femme pour maîtresse... El vous pouviez penser, monseigneur Ladislas , Qu'un pêcheur outragé ne se vengerait pas?... — Insensé ! — Tu croyais qu'une haine infernale Ne t'irait pas chercher sous la pourpre royale ; Tu croyais qu'à ton cœur mon bras n'atteindrait — Tu te sentais trop hautel me voyais trop bas. [pas. La dislance entre nous était grande, sans doute, Mais en venant à moi lu m'abrégeas la route ; Je ne l'ai pas cherché dans tes palais maudits, Je ne suis pas monté , c'est toi qui descendis. Ah ! puisque lu quitîas la dignilé du trône , Pour bais<-er dans ma nuit la royale couronne ; Puisque tu descendis jusqu'à moi. de si haut, Eh bien! descends encor , descends jusqu'au lom-
[beau !
LADISLAS , reculant épouvanté.
Misérable... oses-tu... moi, ton seigneur et maî-
VARGiAM. [tre...
En toi je ne vois plus qu'un meurlrier,qu'un traître!
Oseras-lu frapper sur le front de ton roi?
VAKGIAM.
N'as-lu donc pas osé frapper ma mère , foi !... A mon tour maintenant. — A l'aigle il faut sa proie , Au coupable son juge. — Il faut que je te broie , Comme on fait d'un aspic qu'on trouve sous ses pas.
LADISLAS
Un homme sans défense!...