‹ Histoire des délassements-comiquesChapitre 98 sur 118 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Vous fûtes un grand roi mais n'êtes plus qu'un là- LADiSLAs , bondissant. [clic.

Qu'as-tu dit , malheureux!...

VARGUM.

La vérité vous fâche ?

J'espère cependant la dire jusqu'au bout , Et vous m'écouterez , — ce n'est pas encor tout. J'ai parlé du passé, mais des présentes choses Je n'ai rien dit encor. Je ne sais point les causes De votre abaissement ; mais je sais que les grands , Les princes tels que vous , s'appellent des tyrans. Votre vie , à présent , n'est qu'un tissu de crimes, Et c'est nous, vos sujets, qui sommes les victimes. Et moi tout le premier! — Savez-vous, monseigneur De quel sang la nature a fait battre mon cœur? Moi que vous appelez insolent et canaille , Mon père est mort pour vous sur un champ de ba- Cefut un brave archer, pour vous sacrifié, [taille ! Et moi , son fds , par vous je suis crucifié ! Tous les maux , voire main sur mon front les dis- Du sang de mon aïeul voilà la récompense! [peiiSL'î — Je suis un insensé de dire (eut ceci. Ce n'est pas pour parler que je venais ici ; Mais mon cœur est si plein de fiel et d'aniertumc, Qu'il faut bien qu'il déborde et jette son écume Sur vouset vos pareils, auteurs de tou-; nos maux , Sur vous qui nous traitez pis que des animaux ! A vos yeux, nous, manans misérables, nous sommes Quelque chose de moins que les bêles de sommes 1 Vous marchez sur nos cœurs sans prendre garde au

[pas :

Nousavons beau nous plaindre, on ne nous entend Il vous iaiporle peu lorsque le vilain pleure : [pas. Pourvu que le plaisir soit dans voire demeure ,

82 NIZZIDA.

Pourvu qus vous soyiez enivrés de gaîlé , Que chacun de vos jours soit tout entier fêlé, Qu'à vos moindres désirs mille gens obéissent Et qu'à vos actions vos suppôts applaudissent ; Foule d'adulateurs , de courtisans rampans , Exercés tous les jours au métier de serpens.

— Malheur 1 malheur à vous , mauvais rois de ce

[monde.

Qui passez jours et nuits dans la débauche immonde Et laissez de coté mille devoirs sacrés ! Que vos fronts soient honnis et vos noms exécrés! — Vous, vous, qui devriez, flambeaux de la lumière, Sur le peuple aveuglé la verser tout entière, El, rendant la justice avec de sages lois , Vous faire aimer de tous en protégeant nos droits...

— Tel est votre devoir, malheureux que vous êtes! Mais ce devoir sacré , jamais vous ne le faites... Le ciel vous a donné les peuples pour troupeaux, Loin d'être nos pasteurs , vous êtes nos bourreaux! Vous ne penchez vers nous que des faces rougies Par l'aveugle colère ou le vin des orgies ;

Vous venez parmi nous prendre ce qui vous plaît, Et si nous nous plaignons, vous dressez le gibet. Vous répandez le deuil au sein de nos familles , Vous enlevez nos sœurs , vous séduisez nos filles ; Vous mêlez , tous les jours , le rouge des affronts A la noble sueur qui tombe de nos fronts ! Pour nos moindres délits vous n'avez pas de grâce; Par le sang et le mal vous marquez votre trace; Vous foulez en chassant nos champs et nos trou-

[peaux , Puis vous nous accablez des dîmes et d'impôts...

— Vous ne savez donc pas que , plus tard , sur vos

[têtes, rieloniberont à flots les crimes que vous faites?

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