‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 111 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L*EMPIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L*EMPIRE

comme flef, le comté de Saintois (1). Fier d'être arrivé à ses fins, Gérard avait choisi pour résidence le bourg de Vaudémont et s'y était construit une forteresse inexpugnable (2). De là, il infestait lés campagnes, attaquait les châteaux, dépouillait les églises et les monastères, et se conduisait en vrai chef de brigands. Toutefois, il respectait Pibon et quand, un jour, le seigneur de Commercy vint attaquer la ville de Toul, il accourut en toute hâte et le contraignit à battre en retraite (3). Vaincu plus tard et fait prisonnier par Eudes I, duc de Bourgogne, il ne recouvra la liberté qu'en 1089 et mena, dès lors, une vie plus pacifique.

D'autres seigneurs suivaient l'exemple de Gérard : ce n'étaient partout qu'embuscades, meurtres et pillages. Thierry parvint, à grand'peine, à mettre un frein à ces brigandages et, faute de mieux, il obtint au moins que l'on épargnerait les moissons, les vignes et les arbres fruitiers, les maisons et les personnes inoffensives (1089).

Pibon applaudissait à tous ces efforts qui devaient aboutir plus tard à la Trêve de Dieu. Il mit tous ses soins à réformer les abus qui désolaient alors l'Eglise. Nous avons conservé une lettre du pape Urbain II, écrite en réponseàune consultation de l'évoque de Toul sur la simonie, sur l'incontinence des clercs, sur l'ordination des fils de prêtres, sur la situation des clercs ordonnés sans titre canonique ou par des évoques excommuniés ; sur l'état des

(1) Calmet, II, 222 et sq.

(2) Pour rintelligence de beaucoup des événements qui suivront, je crois bon de donner la liste des comtes de Vaudémont.

Branche aînée. — Gérard /, fils cadet de Gérard d'Alsace, épouse Hadvide de Dagsbourg, nièce de saint Léon IX {1070-1120) . — Hugues /, son fils (1120-llfô?). — Gérard II, son fils, épouse Gertrude de Joinville (liGo-1188). — Hugues II, son fils (1188-1235). — Hugues III, son fils (12^-1246). — Henri /, son fils (1246- 1279). — Henri II, son fils (1279-1299). — Henri III, son fils (1299-vers IXfô), épouse Isabelle de Lorraine, fille du duc Ferry III. — Henri IV, son fils (1335- 1346?).— Henri \\ leur fils (1346?-1367). — Marguerite de Joinville, sa fille, épouse Ferry de Lorraine, frère de Charles II (1367-1393). — De là, sortit la Branche cadette. — Ferry I (1393-1415). — Antoine le Victorieux, son fils (1415-1457). — Ferry II, son fils, épouse Yolande d'Anjou (1457-1471).— René II (1471-1473), leur fils, devient duc de Lorraine et réunit au duché le comté de Vaudémont. — Cf. Hermerel. Recherches sur les monnaies des comtes de Vaudémont, dans Mém, Soc. Àrch. lorr., 1893.

(3) Jean de Bayon, c. 83, ap. Calmet, III, ccxxxi.

églises polluées par les prélats simoniaques ; sur radmissiou aux ordres d'hommes qui s'étaient mariés deux fois ou avaient épousé des veuves (1). Le souverain pontife répond à toutes ces questions d'après les règles qui ont prévalu depuis et il termine en encourageant notre prélat à ne pas faiblir dans la tâche qu'il avait entreprise, a Que ta vieillesse, lui dit-il, ne se laisse point effrayer par les aboiements des chiens. Celui qui est avec nous, est supérieur à celui qu'ils servent. » Le diocèse de Toul n'avait donc point totalement échappé à la contagion générale et nous entendrons dans la suite encore bien des plaintes et des lamentations.

Ardent et zélé comme il l'était, Pibon n'avait pas besoin d'être excité à combattre le bon combat du Christ: on le trouvait partout au premier rang, quand il s'agissait d'une œuvre à promouvoir ou d'une institution à soutenir. Il applaudit à ce magnifique mouvement des Croisades qui ranima la foi et la piété et poussa vers Jérusalem des foules pleines d'ardeur et de bravoure. Les forces vives qui se consumaient en des luttes intestines allaient y trouver leur emploi ; la chrétienté serait vengée ; le nom du Seigneur exalté et le pays pouvait espérer quelques années de paix et de sécurité (2). Il assista au concile de Clermont, en 1095 ; il prêcha la croisade dans son diocèse, racontant avec émotion toutes les vexations, tous les sacrilèges dont il avait été naguère le témoin indigné; il engagea la noblesse à prendre rang dans la sainte armée du Christ et, si son âge et ses infirmités le lui eussent permis, il eût repris le chemin de Jérusalem et se fût mis lui-même à la tète des croisés lorrains (3). Il eut du moins la consolation de confier ses diocésains à deux vaillants seigneurs, Renard IV, comte de Toul, et Pierre, son frère, qui firent des prodiges de valeur sous la conduite de Godefroy de Bouillon. Thierry de Lorraine avait pris la croix,

(1) Labbc, Concilia, X, 453. — Jalïé, n» 5409.

(2) Un autre résultat des Croisades fut d'augmenter la dotation des Églises. Ainsi, vers 1190, un seigneur, nommé Garisius, engage au chapitre de Toul, son flef de Monsteruel ; et René, son frère, son fief d'ArofTe, pour 40 francs, Si l'un d'eux meurt pendant la Croisade, le chapitre aura son domaine ; s'il revient, il pourra le racheter, mais pour le tenir en précaire, durant sa vie, sans que ses héritiers y puissent en rien prétendre (Lem., I, G6).

(3) Ben.-Pic, 398.

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