‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 110 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE l'eMPIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE l'eMPIRE

était toujours pendante et Pibon dut tout d'abord songer à se purger canoniquement des graves accusations formulées contre lui. Pour cela, il lui fallait produire six évoques qui se portassent garants de son innocence : les troubles de l'époque ne lui avaient permis jusque-là que d'en trouver quatre. Grégoire voulut bien, du moins pour l'instant, n'en pas exiger davantage ; il prescrivit à Hermann de Metz de faire l'enquête obligée ; puis, quels qu'en fussent les résultats, de tendre à son collègue une main fraternelle et de lui procurer tous les secours dont il aurait besoin. Cette lettre, datée de Sutri, est du 22 octobre 1078: elle montre ce qu'il faut penser de l'implacable rigueur du fougueux Hildebrand (1).

Nous ne savons quelle fut l'issue de cette affaire ; mais nous avons tout lieu de croire qu'elle dut se terminer à l'honneur du prélat.

Pourtant Pibon ne tarda point à retourner au schisme. L'empereur avait oublié les serments jurés àCanossa et encouru, dès 1080. une nouvelle excommunication. Outré contre le pape, il réunit une assemblée d'évôques à Utrecht et fit prononcer contre Grégoire Vil une contre -sentence d'excommunication. L'évoque de Toul eut la faiblesse de se rendre à ce conciliabule et il fut même désigné pour fulminer la sentence (2). Mais il se souvint à propos que « son autorité n'était pas au-dessus de celui qu'il prétendait flétrir (3) » et, n'osant résister en face, il se déroba par la fuite à cette commission peu honorable : ce fut Guillaume d'Utrecht qui le remplaça.

Revenu à Toul, il lit un sérieux retour sur sa conduite : il sollicita ouvertement son pardon et alla même, dit-on, jusqu'à Rome où Grégoire l'accueillit avec une paternelle bonté (4).

Il refusa de se trouver au sacre d'Engilbert que Henri IV s'obsli

^1) Jaffé, n« 5084. — Bouquet, XIV, 623.

(2) Hugues do Flavigny, SS., VIII, 458. — « Àderat in cotisessu illo iniqua gerentium Virdunetms Theodoricus et Pibo TuUensis et plures alii qui, etsi favebant régis negotiis, hoc tamen, quia Sanctorum Patrum obviabat decretis et sanctionibus repugnabat canonicis, aversati sunt. Et quidevi Tutlensi id offlcii impositum a rege fuit, eo quod esset mentis timidœ et multœ in^onstantiœ, ut negotium id exequeretur ; sed ille, dum pavet ad singula, nec audet reniti, noctu, cum Virdunensi, assumptis sociis, fugœ se crédit consilio. »'

(3) Ben.-Pic. 394.

(4) Ibid., 3îKi.

i'22 LIVRE III. — LES GRANDS ÉVÊQUES DE TOUL

naità maintenir sur le siège de Trêves, depuis la mort de l'arclievô(iue Udon (1; et, sans doute, pour céder à l'orage et éviter la sentence d'exil qu'avait encourue son confrère de Metz (2), il se résolut à faire le pèlerinage de Jérusalem. Conrad, comte de Luxembourg, partait pour les Saints Lieux ; il se joignit à sa caravane et quitta Toul, en 1083 (3). Il était de retour, deux ans plus tard (4), rapportant, entre autres reliques, un morceau de la vraie Croix qu'il tenait de l'empereur Alexis Comnène (o) ; mais il ne pensait plus rentrer en Lorraine. Durant le voyage, il avait fait le vœu d'embrasser la vie monastique ; il s'arrêta donc à Dijon et demanda l'habit religieux à l'abbé de Saint-Bénigne (6). A cette nouvelle, le diocèse s'émut (7) : Thierry, duc de Lorraine, Renard IV, comte de Toul, adressèrent à l'évêque de touchantes instances ; ils s'employèrent auprès de l'empereur pour aplanir toutes les difficultés; les bourgeois eux-mêmes rédigèrent une supplique. Henri avait trop d'intérêts à ménager pour repousser ces requêtes : Pibon dut donc se faire relever de son vœu et se rendre à son Eglise éplorée. Il s'employa dès lors à calmer les esprits et à guérir les plaies que les guerres privées et les discordes du schisme avaient faites à son diocèse. Les premières années du règne de Thierry en Lorraine avaient été fort agitées. Les seigneurs n'avaient d'abord pas voulu reconnaître son autorité, car la loi d'hérédité ne s'était pas encore établie ; puis Gérard, son frère, avait prétendu que sa part d'héritage n'était point suffisante, et il l'avait forcé à lui abandonner,

(1) Udon était mort en 1078 et Engilbert ne fut sacré qu'en 1084 (Calmet, II, 266) — Historia TrevirensiSy dans Spicileg. d'Achéry, II, 217.

(2) Hermann de Metz fut exile vers 1080 et ne rentra dans sa ville épiscopale que vers 1087 (Ibid., 280 et sq.). — Benolt-Picart (p. 396) dit que Pibon fut exilé par Henri IV. Dom Calmet ne semble pas partager ce sentiment (II, 322).

(3) Une difficulté, entre la comtesse Sopbie et l'abbesse de Ste-Glossinde de Metz, fut arrangée en 1085: « Hoc pacttim, dit le document, firmalum eut in illo anno quo Dominus prœsul Pibo Tullensis Ilierosolyinam perrexit, anno ab incarnatione Domini 4085. » ;Calm., III, xi )

(4) Ben. -Pic, p. 396, d'après une charte de Pibon pour St-Sauvour. H)) Geata, dans SS., VIII, 647.

(6) Ibid. — S'il faut en croire le Nècrologe de Dijon (Ben. -Pic, p. 400), Pibon fit môme sa profession religieuse « A'o/io Kalendas Decembris, depositio domini Pibonis, Tullensis episcopi et hujus ecciesiœ monachi »

(7) Gesta, SS., VIll, 648.

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