CHAPITRE V. — LA LL'TTI:: 1)1' SACKllDOCK KT I)K L KMPmK H'il
érigea un prieuré à Froville (i). Après (juehjues lirsitations, il Toffrit à Tabbé de Cluny, posant à son insu la cause d'un grave procès qui devait se juger sous répis(H)[)at suivant.
Deux frères, Hugues et Haymon, bâtirent, en 1094, prèsdeMéréville, sur une colline qui domine la Moselle, un prieuré (|u'ils consacrèrent à saint Thiébaut, i)ieux solitaire qui était mort depuis vingt ans à peine, mais dont la vie humble et mortifiée avait vivement frappé les foules et mérité les honneurs de la canonisation populaire (2). Cette maison fut annexée à Tabbaye Saint-Mansuy, comme aussi Termitage qu'un pauvre pèlerin, nommé Trsus, originaire de Bénévent, se construisit, vers 1097, sur le mont Sion, près de Sionne et de Neufchateau. Ursus avait déposé dans son oratoire des reliques de saint Jacques; plusieurs chrétiens, attirés par leur dévotion et par Texempie de ses vertus, vinrent dresser leurs cellules auprès de la sienne : ce fut Torigine du prieuré de Saint-Jacques, dont fut prieur Dom Remy (^Mllier (3).
L'abbaye Saint-Epvre n'était point oubliée par les fondateurs de ces pieuses retraites. Un seigneur de Gondrecourl lui contia le prieuré qu'il venait d'ériger en ce bourg (4) et un ami de Pibon, Bencelin, bâtit, à son retour de Terre Sainte, dans son domaine de Landécourt, non loin de Froville, le prieuré de Saint-Sigismond et de Saint-Nicolas où il appela des moines de Saint Epvre. 11 avait obtenu, pour scm monastère, du pape Pascal 11, l'exemption de la juridiction de l'évéque de Toul et Pibon, quoi qu'il dut i)enser de la confiance de son ami, confirma cette fondation (5).
{\i i'n)ViUt\ c. ih' liavuii, M. cl M. - I'ih* i-iiarlo de Pihon, Hat^T du \\ juin 1091 et ci)ns«TV(''(» aux areiiivos di" M.-ct-M., W. 1G4, attosh' quiî Frovillo fut donné à Cluny par Oduin, son fondatour. L»' pricun'' fui plus lard uni à relui de Uolanges.
(2; St-Thiébaut^ aujourd'hui écart d** Mérévillo >. de Nanoy-Ouosli. — Voir la charto d'érection dans Calmct. lïl, wix.
(,'J Saint- Jacque:i-(iu-M()nt, prit'uré sur un contrefort du plateau de Bourlémont, dominant Sionn« et la vallée de la Saonnetle r. de NeufchcUeau, Vosf^es . — Cf. Calmet, III, \ui. — Heuj^net, Etude sur Dom Rennj CciHivr, dans Mcm. Soc. liarle-Duc, 2' série, t. X. — L. (it>rmain, Du titre de prieur de St Jacques porté par Dom Remy CeilUer, dans Journ. Soc. .irch. torr., l81)o, p. (Ui.
(4; Gondrecourl, arr. de Commercy, Meuse Calmet, 111, lxvhi.
';)) Voir le diplôme dans Calmet, 111, xi.vi. Laudècourt, c. de IJayon,
M.-et-M.
Vers la fin de sa vie, notre prélat eut encore à encourager deux autres créations : celle du prieuré de Saint-Thiébaut, près de Bourmont;l), dû à la piété de Hugues, seigneur de Bourmont, et uni par lui à Tabbaye de Saint-Mihiel et celle du prieuré de Belval, près de Châtel-sur-Moselle. Ce dernier monastère, institué dans les premières années du xii^' siècle, fut affilié à Moyenraoutier ; il était l'œuvre de Gérard I de Vaudémont, et de son épouse Hadwide, et il attestait le désir que la branche cadette avait de ne point rester en retard sur son aînée (2) .
Ces maisons n'étaient point des communautés indépendantes, mais des succursales de grandes abbayes : elles étaient habitées par quelques religieux, détachés par leur abbé pour y faire Toffîce divin, en gérer les biens, en exploiter les terres. En signe de dépendance, elles payaient au monastère principal un cens en argent ou en nature : le prieuré Notre Dame de Nancy, par exemple, versait annuellement à Molesme une rente d'un marc d'argent.
Pibon ne vit donc point s'élever, sous son épiscopat, de nouvelles abbayes bénédictines ; mais, en revanche, il eut la consolation d'encourager l'établissement et la propagation, dans son diocèse, de l'ordre de Saint-Augustin. Comme autrefois Romaric et Amé, Anténor et plusieurs hommes, épris de perfection, s'établirent près de Remiremont, sur la montagne du Chàtelet, et, à l'exemple d'un grand nombre de solitaires de cette époque, ils adoptèrent la règle que le grand évoque d'Hippone passe pour avoir imposée aux clercs de son Église. Quand Anténor mourut, plein de jours et de mérites, ses confrères se donnèrent comme supérieur l'un d'entre eux, nommé Séhère (3).
(1) St-Thièbaut^ c. de Bourmont (Htc-Marne). — La charte d'érection est datée du 19 février 1122; mais elle atteste que cette fondation fut réalisée sous l'épiscopal de Pibon. Une copie de l'original m'a été communiquée, en l8î)o, par M. J. Marchai, le regretté lotharingiste de Bourmont.
(2) Belval, comm, de Portieux, c. de Châtel-sur-Moselle, Vosges. — Le prieuré fut transporté iï Nancy, au xvui' siècle, et prit le nom d'abbaye Saint- Léopold. Les bâtiments de Belval sont occupt's aujourd'hui par un hospice. — Sur Belval, voir Calmet, Notice de Lorraine. Belloval. — Derazey, L'Àbbayede Belval dans Ànn. Soc. Émtil., 1889. — Jérôme, Moycnmoulier, p. 252 et sq.
(3) Cf. dans Calmet, III, ccxlv et sq., et dans Pertz, Xll, 324 et sq., Fundatio abbatiœ calmociacensis^ par Séhère, et un fragment du cartulaire de cette abbaye.