CHAPITRE VI. — LA FIN DU XIF SIÈCLE
ce même Garin que les chanoines élurent comme évéquede Toul et les témoignages d'estime que lui décernent nos historiens, nous permettent de croire que tous les torts n'étaient point de son cAté (1).
Homme d'un rare mérite, ce vénérable septuagénaire gouvernait, depuis vingt-huit ans, cette importante abbaye; clergé et fidèles fondaient sur lui de grandes et légitimes espérances ; mais il était trop humble, trop défiant de lui-même. Il consentit avec peine à se faire sacrer et il n'eut point de repos qu'il n'eût amené le chapitre à recevoir sa démission. Il dut auparavant excommunier, à la prière du chapitre, les seigneurs de Vaucouleurs qui avaient pillé Ourches, village du temporel, et il ne consentit point k les relever de cette censure, avant qu'ils n'eussent versé cinquante livres et qu'ils ne se fussent engagés à offrir douze deniers chaque année, au jour de l'Invention de Saint-Etienne. Après quoi, il se retira dans son cloître de Saint-Epvre et il s'y endormit, le 11 mai 1230, dans la paix du Seigneur (2). Ainsi se termina doucement cette période si troublée, à laquelle allait succéder une période plus troublée, plus confuse encore. Sous l'épiscopat suivant commencera, dans la ville de Toul, l'agitation communale.
Une ère nouvelle s'ouvre donc pour l'histoire du diocèse de Toul : le pouvoir temporel des évéques est sur le point d'être entamé. Nos prélats auront désormais à compter, non plus seulement avec les princes, les seigneurs ; mais encore avec leurs bourgeois et, après trois siècles de luttes, ils verront le reste de leur souveraineté tomber entre les mains de la France.
(i.lAlbéric, SS., XXIII, 922: « 1228. Moritur episcnpm Odo Tnllensis, cui anrcessit abban Garinn^, seuex et emeriius. » — SrheduUv, ap. Calmet, I, rxxxvin. — Ben.-Pic, U2. — Calmel, III, 90. — Gall. Christ., XIII, 1013.
Garin dut être sacré entre le 17 avril et le 29 mai 1229 ; car, à la première de ces dates, il prend le nom d'electus iullenais, tandis qu'à la seconde, il sijîno episcopu» (chartes données par M. Pfister: Donation du prieuré Notre-Dawe de y'ancy, dans 31ém. Soc. d'Àrch. lorr,, 1896, pages 143 et lii).
(2) Albéric {SS., XXIII, 92G) place l'abdication de Garin en 1230. — Le Kècrologe de Saint-Epvre, cité par Benolt-Picarl (p. 442) etDom Calmot (111,90, nolexi fait mourir Garin, en celte même année 1^20, le qUiHto iàus JUaii |11 mai). — 1^8 Schedulœ donnent comme date les ides de Mai, c'est-à-dire le 15 ; mais le Nécrologe de Saint-Epvre semble ici plus officiel et il y a peut-être dans les Schedulœ, erreur de transcription. — Garin fut enterré à Saint-Epvre (Ben.- Pic, ibid.\