CHAPITRE V. — DIFFICULTÉS AVKC LE CUAPITUE 3o
occasion pour revendiquer, au nom de son Eglise, le village de Taillancourt (1) et le château de Montbras (2). Le bailli de Chaumont Taccusa d'avoir fait mettre le feu à cette maison ; il reçut l'ordre de Tarrèter, le saisit à Seraumont (3), le fit conduire à Chaumont et ne lui rendit la liberté que sur une caution de douze cents livres (4). Thomas se justifia dans la suite, mais il en fut pour son argent.
Ce fut, sans doute, dans ces circonstances qu'il fit une démarche bien téméraire : il offrit à Philippe de Valois de partager avec lui la vsouveraineté de sa ville épiscopale et de son temporel; le roi s'empressa d'accepter et le traité fut conclu (3). A cette nouvelle, les Toulois firent entendre de vives protestations ; le duc de Lorraine et le comte de Bar y joignirent les leurs ; les chanoines, gardiensnés des privilèges de leur Eglise, recoururent au Siège-Apostolique, firent agir leur ancien collègue, l'évèque de Tulle, Hugues Roger, cardinal de Saint-Laurent-in-/)ama.so, autrefois archidiacre de Port (6), et obtinrent une bulle qui annulait cette convention. Philippe s'inclina devant la décision pontificale ; il envoya l'ordre au bailli de Chaumont de dénoncer tout ce qui avait été arrangé et de remercier de sa part Thomas de Bourlémont. Toul avait failli être deux siècles plus tôt réuni à la couronne de France.
Le prélat avait cru se ménager par là un secours puissant contre ses bourgeois. Dès les premiers jours de son épiscopat, il avait refondu les statuts d'Othon de Granson, promulgué le règlement
Marne. — Arch. nat., JJ. 70, n" 372. — Delaborde, Hisi. des sirea de Joinville^ 183. — Ben.-Pic, 481.
(\) Taillancourt^ c. de Vaucoulcurs, Meuse.
(2) Montbras, écart de Taillancourt.
(31 Seraumont, c. de Coussey, Vosges.
(4; Sentence du bailli de Vitry et Chaumont, portant élargissement, sous caution, de Thomas de Bourlémont, évé(iue de Toul, accusé d'avoir participé à rincendie de Taillancourt (Bibl. nat., Coll. lorr., 332, !• 3).
(.">) Ben-Pic, 481. — Le récit de l'auteur est assez obscur; mais l'on peut soupçonner qu'il s'agissait ici de quelque chose de plus important qu'un simple droit de garde.
(6) Ben.-Pic, 482. — Si l'information de Bonolt-Picart est exacte, ce traite entre Thomas et le roi de France fut conclu après 1H42, puisque c'est à cette époque que Hugues Roger fut élu évéque de Tulle et promu cardinal [Gallia^ II, 668. — Eubel, 17 et 533).
3i>6 LIVRE IV. — l'agitation communale
qui servit longtemps de code municipal (1) et défendu aux eitains de conclure aucune alliance, sans son autorisation. Pendant dix ans, les Toulois s'étaient tenus tranquilles. On les croyait devenus enfin plus sages quand, le 16 novembre 1338, pour des causes qui nous sont inconnues, sans doute encore pour une question de droits d'entrée ou d'impôts communaux, ils sommèrent Messieurs du chapitre de sortir de la ville, jusqu'à ce (|ue la paix fût affermie (^), et ils emprisonnèrent le chanoine Pierre de Saint Mihiel et Gilles, vicaire du cloître (o). Le chapitre réclama contre cette double violation de l'immunité cléricale et des privilèges capitulaires et il jeta l'interdit sur la ville.
Surrexcités par cette sentence, les Toulois coururent aux armes et, suivant une tactique souvent observée dans des luîtes de ce genre, ils se liguèrent pour ne plus vendre aux chanoines, ni blé, ni vin, ni autres denrées nécessaires à la vie. Pris par la famine, les Vénérables durent quitter la ville. Ils revinrent bientôt dans leurs foyers, car les eitains, dès le 15 juillet de l'année suivante, signèrent un traité de paix, en présence de l'évèque, s'engagèrent à relAcher les prisonniers, à réparer les dommages et à ne plus attenter aux droits du chapitre, sous peine d'une amende de deux mille livres de petits tournois (i). Le 14 mai 1341, le pape Benoît Xll confirma cette convention et leva l'excommunication lancée contre le maître échevin (5). L'incident semblait terminé.
Mais, l'année suivante, le 11) novembre, avec leur mobilité ordinaire, les Toulois iutroduisircnt dans leurs murs le comte Sauvage de Dhaun, avec neuf centshommes d'armes, chassèrent les chanoines, logèrent leur garnison dans les maisons canoniales et la défrayèrent avec les biens de rKglise. Ils allèrent même jusqu'à brûler les hôtels du doyen, Gérard de Lenoncourt, et du grand archidiacre, Jourdain Golonna. Le chapitre revint en 1343 ; mais
(1) Tliiorry le ilonno dans son Histoire de Tout (I, 270) et Lepagc, dans ses Communes (II, iitîi-uGt)), d'après un registre des archives de Toul (JJ. 3, f" 5iK
(2) Arch. de Toul. JJ. 3, f 157.
(3) Lep., op. cil., ^ôiMj.
(4) Lcm., III, 0.
(5) Arch. Vatic, Beg. .4r., Benoît XII, t. VII, M : t. VIII, m et 215. — Lem., I, 11).