CHAPITRE IX. — LOUKAINS ET BOURGUIGNONS 'jr3o
Cependant Antoine faisait tous ses elïorls pour ne point éveiller les susceptibilités du duc ; suivant son désir, il ne nommait plus de l'iercs bourguignons aux bénéfices de Lorraine et de Bar ; il approuva la fondation qu'Yolande et son lils firent à Nancy, en 1482, d'un couvent de Cordeliers, en mémoire de la défaite de Charles le Téméraire (1) ; il n'opposa aucune objection au jugemenl de son officiai qui, en 1485, prononça la nullité du mariage de René avec Jeanne d'Harcourt ; il reconnut, comme duchesse de Lorraine, Philippe de (iueldres, la seconde femme du prince, et il ordonna la lecture, dans toutes les églises du diocèse appartenant aux deux duchés, des bulles d'Innocent VIII qui, le 30 janvier 1488, ratifièrent ces différents actes (2).
Eti)ourtant les préjugés restaient tenaces à la Cour de Nancy: un incident ralluma la querelle. Cédant à des désirs héréditaires dans sa famille, le petit-lils de René d'Anjou projeta, vers 1488, la conquête du royaume de Naples et, pour se procurer les ressources qui lui étaient nécessaires, il obtint du souverain pontife l'autorisation de lever une décime sur le clergé de ses Etats et des Trois-Evèchés. L'évoque crut devoir s'opposer à l'exécution de cette faveur pontificale : l'expédition n'était nullement nécessaire ; la Lorraine avait tout à y perdre et le diocèse, depuis tant d'années dévasté par la guerre, avait besoin de toutes ses ressources, pour se refaire et réparer ses maux. René vit là un acte d'hostilité ; il créa, dès lors, au prélat tant de désagréments; il lui suscita tant d'affaires qu'il le réduisit à quitter une secoude^fois [sa ville épiscopale et à se retirer à Paris.
Cette guerre d*Italie devait attirer aussi des ennuis aux Tou lois. En cette occasion, ils avaient offert bénévolement au prince un subside de mille francs et ils s'étaient crus affranchis par là, au moins pour un an, de la rente annuelle que leur cité payait au duc de Lorraine. René, toujours à court d'argent, n'accepta point
(1) Guillaume, Cordeliersi et chapelle ducale, dans /il///. Soc. Àrch, lorr., ^8;jl. — Plisler, Hist. de Nancy, 241 et sti. — La bulle de Sixte IV (i) aoiU 1482) qui autorisait l'érection de ce monastère, fut fulminée, le 0 avril 1484, par l'oflicial de Toul.
(2) Ben.-Pic, 58G.
VM\ LivuK IV. — l'achtation communalk
rt'ltp iiilerprélalioli ; il réclaïua le tribut ordinaire. I^es cilains refusèrent ; on en vint à une jçuerre ouverte et les bourgeois battus (lurent s'en remettre à la discrétion du vainqueur. Entre autres charj^es, ils eurent à faire célébrer cha<iue jour, à Tautel de saint Ciérard, une messe pour le repos de Vùme de Charles de Bourj^ogne. Celle clause, tout à l'honneur de René, lait pardonner un peu l'ingratitude de son procédé (1).
Quanta Antoine de Neufchàtel, il ne revit plus son diocèse. Retenu |)ar la maladie, il mourut à Paris, le 28 lévrier 1495, et il fut enterré dans l'église Ste-Croix de la Bretonnerie (2). 11 neman quait pas des qualités qui font le pasteur des àraes et nos Nécrologes le lélicitent d'avoir suivi les traces de son oncle, le cardinal Jean (3), et pourtant son épiscopat, long de trente-cinq ans, fut désastreux, puis stérile pour TEglise de Toul. Il est une preuve frappante que les calculs de Tambition humaine ne sont point toujours d'accord avec les desseins de la Providence.
(il Oltc clause cl le motif pour Ic(|url h's Toulois avaient accordé le subside, m'ont déterminé à ne pas remettre, comme Benolt-Picarl, cet incident sous l'épiscopat suivant ilien.-Pic., I)97i.
i2i Le prieuré bénédictin Ste-Croix de la Bretonnerie, au Marais, avait été fondé par saint Louis, en 12,'i8. L'éfflise (jui avait eu le môme architecte que la Sic-Chapelle, fut démolie en 17iK). — Voici l'épilaphe d'Antoine de Neufchàtel, telle «fu'elle nous a été conservée par Benolt-Picart (/. c), et De L'Aigle (Mém.), d'après Dom Du Breuil, Théâtre des Antiquités de Paris, 1612.
3(iitouiuc< ^c (5a«tronori\ cpiêcopud ZnllcnéU, m religioéiéêimué prociil patrie ^cputcro, j5c quoqnc mortuum inter reliijio^oô c^éc voluit et bic éepuftiiô cet, aiiiio îoinini 1491, bic ultima menôiô Scbruarii.
(li94 est la date de l'ancien style, alors que l'année commençait à Pâques.) L(» dessin de son tombeau se trouve dans un Recueil de pièces, dressé par
Ito-^er de (iaignières, pour sfrvir à l'histoire des archevêques et des érêques de
France (Bibl. Xat., Fonds latin, ms. 17,029, f« :»). i.'ii Schednlœ, dans Calmet, F, ccxxxvii.