CHAPITRE IX. — LUiUlAlNS ET BOLUGUIGXONS
destituer les magistrats et prendre provisoirement le gouvernement de la cité.
René avait, Tannée précédente (1484), à la mort de sa mère Yolande, réuni de nouveau la couronne de Bar à celle de Lorraine. Il avait senti la gène et'prévu le danger que causaient à si^s États les nombreuses et fortes enclaves du temporel des Trois-Kvtchés. L'occasion de s'emparer de Toul semblait s'oiïrir à lui : la tentation était bien séduisante; mais il eut la prudence de n'y point céder : il comptait arriver plus tard à son but avec l'assentiment de ses puissants voisins. Il se contenta pour l'instant de rétablir le corps des Dix. Le maître-échevin lit instruire le procès des coupables. Trois des meurtriers furent traînés sur des planches à travers les rues, puis décapités ; leurs têtes furent placées aux portes de la ville*et leurs corps, exposés au gibet : on voulait inspirer à tous une crainte salutaire. Enfin, par la médiation d'Antoine de Neuf chatel et de René de Lorraine, les bourgeois conclurent avec les chanoines, le il juillet 148o, dans le réfectoire des Frères-Précheurs, leur septième traité de paix.
L'agitation communale venait d'avoir sa dernière crise : les luttes étaient assoupies désormais. Les Toulois ne devaient plus avoir avec leurs adversaires deux fois séculaires que de légers dilTérends bien vite apaisés, et, en 1541, un huitième traité de paix devait régler définitivement toutes les questions pendantes (1). Il est donc temps de jeter un regard en arrière et de porter sur ces événements, si complexes et si considérables, un jugement impartial.
Certains auteurs se sont montrés très sévères pour les évéques et les chanoines de Toul. Exaltant systématiquement les bourgeois, ils se sont plu à représenter leurs antagonistes comme (Jes esprits étroits, tracassiers, autoritaires, inaccessibles aux plus légitimes revendications. Après l'exposé que nous avons fait, aussi impar tial, aussi impersonnel que possible, nous en appelons à l'équité du lecteur. Plus que tout autre, nous admirons l'entrain des
(1) Lom., m, 16.
iêj4 LiviiE IV. — l'agitation communale
Toulois, leur union, leur patriotisme. Plus sages que leurs voisins, ils ne se sont pas déchirés entre eux, comme les paraiges messins et les lignages verdunois (1); ils n'ont point, comme leurs frères de Verdun, obligé leurs évoques à franchir pieds nus, au jour de leur installation, la distance qui séparait la porte de la ville du palais épiscopal (2) ; mais pourtant, ont-ils toujours fait preuve de modération? N'ont-ils pas eu souvent la tôte chaude, la main prompte et la mémoire courte? Les prélats, eux aussi, n'ont pas tous compris leur époque. Plusieurs, Conrad Probus, Guillaume Fillàtre, entre autres, ont péché par trop de rigueur et de témérité ; le chapitre ne s'est pas toujours montré aussi conciliant qu'il aurait pu l'être.
Il y eut du mérite et des fautes de chaque côté; pourquoi ménager aux uns tous ses blâmes, aux autres toutes ses complaisances? L'histoire réclame plus de justice et repousse tout esprit de svstème.
Au moment où s'ouvrit la révolution communale, les évoques possédaient légitimement, de par les empereurs, la souveraineté temporelle sur la ville et sur le comté de Toul. Gilles de Sorcy crut devoir abandonner aux bourgeois une partie de ses pouvoirs : mesure prudente sans doute, urgente peut être, mais qui prouve du moins qu'il était au courant des besoins et des aspirations de ses contemporains. S'il ne leur octroya point une indépendance complète, c'est qu'il ne la jugea pas opportune, et vraiment nos bourgeois, à peine émancipés, n'étaient pas mûrs pour le plein exercice de la liberté. Les évè(|ues, en vrais pasteurs, vse réser vèrent une sorte de tutelle; ils voulurent veiller à l'élection des magistrats, à la bonne administration de la justice et des finances, à la défense de la cité : ce n'était pas de leur part étroitesse de vues, mais sollicitude pour les intérêts de tous. Si on les eût écoutés, si les citains ne les eussent point tant agacés par leur incons tance, bien des luttes, bien des embarras eussent été conjurés, et la viHe aurait goûté réellement celte paix chimérique que regrettera plus tard Jean du Pasquier.
(1) Labande et Prost, op. cit.^pnsaim
(2) Labande, ihid., LI.