VIII AVANT-PROPOS
se servit surtout du codejc de Cambron ; mais il put le collationner avec le Tullensis I. Onze ans plus tard, en 1728, Dom Calmet inséra ce dernier, sous le nom d'Historia episcoporum TuUensium^ dans les Preuves de son Histoire de Lorraine (1). Après lui, Dom Bouquet le donna au tome XI de son Recueil des Historiens des Gaules et de la France (2) ; mais l'édition vraiment critique est celle que Waitz a donnée, en 18tô, sous le titre de Gesta episcoporum Tullensium^ au tome VU! des Scriptores, dans les Monumenta Germaniœ /ti.sfortca(3). Le savant collaborateur de Pertz a pris comme base le texte de Cambron ; mais il l'a collatienne avec le Tnllensis II et avec VHistoria episcoporum Tullensium, telle du moins que la lui offrait Dom Calmet, et son œuvre a été reproduite intégralement par Migne, au tome CLVII de sa Patrologie latine (4).
Ces Gesta (c'est le nom qui a prévalu) forment une série de soixante-dix sept notices, de longueur inégale. Les Bollandistes (n) et Waitz en retardent la rédaction jusqu'au xii* siècle, après l'épiscopat de Pibon, mort en 1107. Des trois manuscrits que nous en connaissons, le Codex camberonensis et le Tullensis 11 ne se terminent qu'à cette date de 1107 ; seul, le Tullensis i, le moins original, s'arrête à Brunon de Dagsbourg (1026). Or, le style et la méthode de ces notices leur semblent identiques : ils en concluent qu'elles sont de la même main et par suite remontent, au plus tôt, à la première moitié du zii* siècle.
A mon avis, leurs raisons ne sont pas concluantes. De ce que le Camberonen^ sis et le Tullensis II contiennent la biographie de Pibon et de ses prédécesseurs, nous sommes simplement autorisés à conclure qu'ils ont été copiés sur un même manuscrit ou sur des codex collationnés ensemble et tenus au courant jusqu'en 1107, époque de l'arrêt définitif dans la rédaction des Gesta. La similitude de méthode et de style peut, j'en conviens, attester un seul et même auteur; mais elle peut aussi, surtout dans ces sortes d'écrits, révéler un attachement voulu et systématique des rédacteurs postérieurs aux traditions de leurs devanciers. Longtemps un argument de même genre a fait attribuer le Liber pontificalis ù Anastasc-le-Bibliothécairo, lequel vivait au ix* siècle; M. l'abbé Duchesne a démontré que cette chroni(iue pontificale s'est formée régulièrement, dans le cours de plusieurs siècles, comme une sorte de stratification historique (6). Il dut en être ainsi pour nos Gesta et les Toulois peuvent fort bien n'avoir point attendu le xii* siècle, pour adopter cet usage romain de consacrer quelques lignes au souvenir des pontifes qui gouvernèrent l'héritage du Seigneur : dès le iz*
(1) V* édition, I, Preuves, c. 83-166. — 2» édit., I, cxx.
(2) XI, p. 152.
(3) Pp. 631-ai8.
(4) Pp. 446-475.
(5) Àcta SS., /• sept., p. 618.
(6) Duchesne, le Liber Pontificalis, texte, introduction et commentaire. Paris, Thorin, 1884.