‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 214 sur 265 · CHAPITRE II. — L*ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — L*ÉVÊQUE

Quels étaient les types, le système, raloi,la valeur des monnaies touloises ? il est bien difficile de donner à toutes ces questions des réponses satisfaisantes. On voit cités des livres, des deniers, des sous toulois ; en 1268, la livre touloise répondait à deux livrestournois ; en 1349, trois sous toulois égalaient quatre sous tournois et demi (1). Les pièces étaient d'argent et de bronze ; elles portaient sur la face l'empreinte de Tévêque, parfois vêtu du surhuméral, ou un édifice plus ou moins informe (2) ; le revers était invariablement occupé par une croix pattée. Leur facture, assez peu soignée, dénote un art encore grossier. Au dire de Du Gange (3), leur aloi était fort suspect et les négociants les acceptaient difficilement. Philippe le Bel, par son édit de 1313, les proscrivit du royaume (4). La condamnation d'un monarque fauxmonnayeur et même l'assertion de Du Gange ne paraissent point des preuves péremptoires: il faudrait, pour porter une sentence équitable sur le monnayage de nos prélats, avoir en mains un grand nombre de pièces. Malheureusement les monnaies touloises sont excessivement rares (3) ; elles l'étaient même déjà au xvF siècle: l'évoque Toussaint d'Hocédy, ayant eu besoin de six mille francs, emprunta cette somme au chapitre; nous avons conservé le détail des espèces qui lui furent délivrées et, dans la liste, nous ne relevons pas une seule pièce touloise (6). Une réserve prudente s'impose donc sur un point aussi grave et aussi peu éclairci.

Quant aux revenus de l'évèché de Toul, il est difficile, pour ne pas dire impossible de les préciser : la valeur de l'argent a tant varié à cette époque; leur nature était si complexe et le rendement des biens-fonds et du ciisuel se trouve sujet à tant de fluctuations. Ils se composaient des recettes de la prévôté et des chatellenies ; du produit des terres, vignes, prés et forêts ; des amendes ; des droits de chancellerie ; des sommes versées pour les diverses

(1) Calm., III, cxxx.

(2) Robert, Monnaies. — Engel et Serrure, II, 546 et sq.

(3) Calmet, III, cxxviii.

(4) Ibid., cxxix.

(o) Voir Robert, Monnaies. — Engel et Serrure, loc. cit. (6) Ben.-Pic, 637.

dispenses ; des honoraires que devaient à Tévéque les abbés pour leur bénédiction, les difiérents officiers pour leur installation, etc. Recueillis par le clerc de chambre, le promoteur, les intendants ou les receveurs particuliers, ces produits, en argent ou en nature, étaient centralisés à Toul par le receveur ou trésorier de Tévôché, sous le contrôle d'une sorte de commission des finances (1).

Depuis au moins Jean XXII, tout évéque devait promettre, avant l'expédition de ses bulles, de verser au trésor pontifical, à titre de servitia communia et minuta, une somme équivalente au tiers du revenu annuel de son siège (2). Pour Toul, cette taxe était fixée à deux mille cinq cents florins d*or du Rhin: ce qui suppose un revenu égal à sept mille cinq cents florins (3). Mais cette taxe immuable, que nous retrouvons encore au xvii^ siècle (4), était certainement devenue, par la force des choses, une taxe fictive et conventionnelle.

Renoît-Picart pourrait nous être plus utile (5). Après nous avoir raconté le pacte conclu en 1497, entre Olry de Hlàmont et Jean Maradès, son compétiteur (6^, il nous dit que « les receveurs séquestres rendirent compte de Targent ou du revenu de la Chambre épiscopale, lequel montait à dix mille sept cent trente-quatre francs barrois, huit gros, un denier, après avoir payé, sur cette somme, cent florins d'or pour les frais du procès. Le fixe montait à quatre mille trois cents florins d'or du Rhin, outre une somme de cinq mille florins qui avait été donnée, tant pour les frais du procès que pour payer les cotisations faites par l'Empire ». Mais celte indication est vague et peu précise : elle ne nous dit pas quel fut le revenu fixe et le casuel de Tévéché pendant chacune des années que dura

(1) Hector d'AUly écrit de Nancy, le 10 mai 1528, aux vicaire, scclleur, clerc de chambre, maître d'hôtel, receveur épiscopal, d'ouïr les comptes des oCQciers des finances (Arch. de M.-etM., G. 1232, V 142).

(2) Kirsch^ Die Finanzverwaltung des KardinalcoUegiums im Xlll und XIV Jakrhundert. Munster, 1895, p. 9.

(3) Arch. Valic, Obligatioiies^ passim.

(4) Bibl. Angelica, Ms 112, Taxœ monasteriorum, f«423: a Diœcesis Tullensis, flor. 2.500. » Ce manuscrit est postérieur à 1673.

(6) Voir livre suivant, ch. I.

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