CHAPITRE II. — L'ÉVÊQUE
rempiétement : ce qui amenait parfois de longs et passionnants débats. Des décisions de rofficialité épiscopale, on appelait à rofiicialité métropolitaine de Trêves (1), ou bien aux tribunaux romains.
En face de rofficialité diocésaine, se dressa, dès les dernières années du xiir siècle, l'Inquisition de la Sainte Eglise JiomainCf chargée de rechercher et de condamner les hérétiques et confiée aux Frères Prêcheurs (2). A Toul, sauf quelques conflits inévitables, les deux tribunaux paraissent avoir vécu en bonne intelligence : plusieurs des inquisiteurs furent môme choisis par les évoques pour leurs suffragants (3).
§ V. — Pouvoir temporel de l'Évoque (4).
L'évoque de Toul était comte souverain de sa ville et de son temporel. Il délégua d'abord ses fonctions séculières à des sei gneurs laïcs^ comtes, vicomtes, avoués, et, durant plus d*un siècle, le comté de Toul fut la propriété, le fief héréditaire de la maison de Fontenoy-en-Vôge(5).
Gilles de Sorcy racheta ce titre et ces pouvoirs en 1261, et reprit le double glaive entre ses mains ; mais, dans le môme temps, il accorda aux habitants de Toul une administration autonome, un corps de justice particulier et il ne garda sur leur ville qu'un droit de haute surveillance.
(1) Les Archives de l'ofûcialité métropolitaine de Trêves ont disparu pendant la Révolution.
Je laisse de côté, pour le moment, les offîcialités de Bar et de Vaucouleurs qui ne furent créées que plus tai:d.
(2) Nous la voyons fonctionner, par exemple, dans l'afTaire des Templiers, p. 339.
(3) Voir plus loin la liste des suHragants.
(4) SouncEs. — Du Pasquier, Mémoires. — Robert, Sigillographie.
(.')) Voir plus haut, p. 146. — La bibliothèque publique de Metz possède un rarissime Wappenhuch^ imprimé en 1581, œuvre de Martin Schrot, d'Augsbourg, lequel donne ii l'évéché do Toul un écu timbré d'une mitre et d'une crosse et ainsi blasonné : a D'azur au massacre de cerf surmonté d'une croix d*or. » Comme pour les évéchés de Metz et de Verdun qui ont aussi leur blason dans ce livre, ce doit être une invention d'un héraldiste ingénieux (Cf. A Benoît, ^ote sur les armoiries des évêchés souverains de Metz, Toul et Vej'duHy dans Jahrbtkch der Gesellschaft fur Lothringische Geschichte^ 1897, p. 315).
Outre la cité épiscopale, nos prélats régnaient sur vingt-sept villages, répartis en une prévùté et trois chAtellenies.
La prévôté de Liverdnn comprenait Liverduu^ Jaillon, Bouvron, lioyaunieix et Ménil la-Tour. La chdlellenie de Blétwd comptait huit villages : Blénod, Gye, Pierre, Chaudeney, Bicqueley, Ecrouves et les deux Ménils. L-a châtellejue de Maizières était composée de Maizières, de Bainville et de Xeuillev. Enfin, la chdtellenie de /lrt,rcj/, la plus considérable, renfermait douze villages: Brixey, Sauvigny, Champougny, Sévigny, Harmonville, Autreville, Punerot, Mont FÉtroit, Barisey-au-Plain, Barisey la-Côte, Allamps et Seraumont.
Sur ce temporel assez restreint, il est vrai, Tévèque jouissait de tous les droits régaliens : il édictait des lois, rendait la justice, poursuivait et châtiait les coupables, ordonnait et percevait des impôts, battait monnaie, etc. ; il entretenait des ofïiciers, capitaines, prévôts, châtelains, maires, pour l'administration; sergents, pour la police ; receveurs, pour les finances ; gruyers, pour les forêts, etc. Sauf pour la justice et pour le monnayage, nous n'avons point de renseignements sur Texercice de ces fonctions multiples et complexes: faut-il nous en étonner? Toul était si petit et répoque est si lointaine !
Les causes peu considérables étaient jugées en première instance, à Toul, avant la commune, par le maire et les échevins ; à Liverdun, par le prévôt et le maitre-échevin ; dans les autres bourgs, par le maire. Les affaires plus importantes ressortissaienl, au moins dès le xv« siècle, du bailli de Tévêché, haut dignitaire choisi ordinairement parmi les puissants seigneurs du diocèse (1). l'n lieutenant du bailliage jugeait à sa place et avait son prétoire, sur le parvis, entre la cathédrale et le château épiscopal (2). 11 connaissait de toutes les actions personnelles, mixtes ou réelles.
(1) Nous voyons, sous Olry de BlAmont, Gasi)ar(i d'Haussonvillc, bailli de l'évôché ; en 1317, Henri Tillon, seigneur de Vauvillers, remplit les m(^mes fonctions ((ïulllaume, Ulènod, 202).
(2) « M. do Toul na pas droit à une clef de l'église; il peut passer par le bailliaj^e, pour aller de son hôtel à l'église. » (Rf*g. des Délib. cap 1 1. y Arcli. de M.et-M., G. iOt, 25 juillet 1657.)
CHAPITIIË II. — L'kVÉQUK Mi\
et décidait même, souverainement et sans appel, des causes cri mioelles, suivant l'usage d'Allemagne. Les appels de son tribunal venaient au Conseil de l'évéque, jusqu'à concurreace de cinq cents Horins ; pour les sommes plus fortes, on put, au xvi" siècle, se pourvoir en troisième instance à la Chambre impériale de Spire.
Quant au droit de battre monnaie {\], les évéques deToul, comme les seigneurs et les prélats de celle époque, le devaient moins à une concession explicite qu'à une usurpation favorisée par le morcellement de l'autorité publique. En U09, Louis L'Enfant accorda à Ludelme la « moneia » du comté de Toul, c'est-à-dire la direction de l'atelier monétaire établi dans la ville épiscopale et la jouissance des revenus qu'il produisait (2). Elienne de Lunévilie, le premier dont nous possédions des monnaies, el Berthold mirent tout d'abord leur effigie et leur nom sur l'un des cAtés de la pièce, laissant subsister sur l'autre C(>té le nom de l'empereur régnant. Mais Brunon de Dagsbourg et Udon firent disparaître la mention impériale el, dès lors, nos évéques monnayèrent en leur nom. Plus lard, des diplômes leur reconnurent ce droit : rappelons-nous celui de Frédéric Barberousse, accordé à Pierre de Brixey pour le monnayage à Liverdun (3).
(t| Cette question est eacore très obscure et l'absence de documents ne permettra peut-ftrc Jamais de l'âtucider d'une miiniôrc satlstaisanle. — Voir Benott-Picarl, Bist. de Toul, passtm. — Calmcl, Dissertation s«r les Monnaie:^, Monnaies de Tout (fltïC. de Lorraine, S" édit., III, cxxvu) ; Supplément à In dissertation sur les montiaies de lorraine (Ibid., V, p. Lxvjij ; Àddtlioii aux Uonnaies llbid., VII, cccclxxii). — Robert, Recherches sur le' monnaies des Évéques de Toul, Parts, RolUn, 1Si4. — L. Quintard, le Trésor de Thionville, dans Mein. Soc. Àrch. Lorr., 1888. — Serrure, Monnaies de fierthiilri, éviquede Toul. dans Ànn. Soc. fr. de Numismaliiiue, 1888. — M. de Vienne. De l'Usurpation dans le monnayage féodal, dans Méin. Aead. Stan., t89i. — Eagel el Sermre, Traité de Numismatique du Uoyen-.lge. Paris, Leroux, I>i9i. Il, 5W.
<2> Voir page IJI.n. 1.
<3) Voir page 363, n. 3.
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Les évoques de Toul jouissaient, du moins au temps de saint Gérard, de la dlme des mines d'argent, ouvertes dans le Val-de- Galilée; ils exploitaient eux-mêmes des mines à Eckerick, dans le Val-de-Lièvre, sur le versant alsacien des Vosges.
De préférence, leurs ateliers de frappe furent installés à Liverdun, à Brixey, forteresses solides qui les mettaient à Tabri d'un coup de main. Toutefois, pour contenter les bourgeois, Jean de Sierk loua, en 1296, le monnayage à Simonin Cujet, citain de T(»ul (1), et plus tard, en 1355, Bertrand de La Tour d'Auvergne prit rengagement de battre sa monnaie, en ville, pendant douze ans (2). Ces ateliers, affermés d'ordinaire pour une année à une sorte d'entrepreneur, toulois ou étranger (3), ne paraissent pas avoir fonctionné d'une façon permanente : l'étroitesse du temporel, les relations nombreuses avec les états voisins, plus puissants et plus riches, ne rendaient, ni urgentes, ni lucratives, les émissions fréquentes. S'il faut en croire Benoît-Picart (4), les prélats auraient quelquefois prêté leurcoin aux ducs de Lorraine; la chose me semblerait plus probable s'il s'agissait des monnayeurs. Thomas de Bourlémont trouva un autre expédient pour occuper ses ouvriers (5) : il autorisa son chef d'atelier, Xandrin, lils de Jenin Fulvel, à contrefaire « par l'espace d'un an continuel et accompli », à frapper « trabourgis, eschellins, et toutes autres monnaies de monnaie blanche ou non », émanées de princes étrangers, sauf toutefois les pièces du duc de Lorraine et du roi de France. J'aime à croire que Xandrin n'agissait, dans ses émissions, que sur les ordres des autorités compétentes ; pourtant l'évêque de Metz, Adhémar, fit entendre des réclamations ; il reçut des excuses et l'affaire n'eut pas de suites (6).
(2) Ben.-IMc, Cil.
(3) Nous connaissons Simonin Cujct, monnayeur de Jean de Sierk (1296). — Xandrin, do Tliomas de Bourlémont. — Mathieu Graidepain, de Dijon, employé par Bertrand de la Tour d'Auvergne. (Ben. -Pic, ibid.)
(4) Cal met, t. V, p. lxvii, citant la page 530 de l'Histoire de Lorraine, de Benoît-Picart. — Le gardien des Capucins prétend avoir eu sous les yeux les textes des traités: mais Calmet ne semble pas croire à la possibilité d*un pnH aussi singulier.
(5) Ben.-Pic, CIV.
(6) Ibid., CIL