CHAPITRE m. — LE CHAPITRE
chœur (1). Sept autres furent plus tard affectées aux travaux de la cathédrale, à Tentretien des orgues, au traitement des musiciens, etc. (2). Bref, en 1497, le chapitre comptait 39 membres (3) ; il en avait encore 37, au temps de Benoît-Picart (4).
Depuis saint Gérard, le chapitre se recrutait lui-même. Les chanoines étaient très fiers de ce privilège, et quand parfois ils cédaient leur droit, ils avaient bien soin de le faire constater. Ainsi, au mois d'août 1296, l'évéque Jean de Sierk « reconnut que c'était par grâce que le chapitre lui avait donné la faculté de nommer à la première prébende vacante en TEglise de Toul et que, ni lui, ni ses successeurs, n'avaient aucun droit dans la collation des canonicats (5) ». L'empereur, comme don de joyeux avènement, avait la disposition de la première place qui devenait libre après son élection (6).
La nomination aux prébendes vacantes ne se faisait pas en chapitre : chaque chanoine avait son jour marqué d'avance sur un tableau et prenait alors le nom de tournaire. Le droit de choisir appartenait à celui qui se trouvait être tournaire au moment môme de la vacance : ce qui n'était pas sans amener des conflits, surtout quand le titulaire d'une stalle venait à mourir aux environs de minuit.
Mais souvent, suivant l'abus de l'époque, le droit des chanoines fut contrarié par les bulles de réserve, d'expectative et de coadju torerie que des ambitieux extorquaient à la Cour romaine ou à ses légats, au grand détriment de la discipline et de l'assistance au chœur.
A partir du xv® siècle, la règle de Mensibus (7) ne laissa aux cha-
(1) Lem., 1, 12.
(2) Ben. -Pic, PouiUé, 1,57. — Une bulle de Martin V (1420) supprime une prébende et en attribue les revenus à l'entretien de quatre sous-diacres, de quatre enfants de chœur et de leur maître, parce que les revenus de la maîtrise étaient considérablement diminués par suite du malheur des temps. (Lem., I, 28.)
(3) Siatuta, 40.
(4) Hist. de Toul, 156.
(5) Lemoine, 1, 86.
(6) Ben.-Pic., Hist,, 609 et XU.
(7) Voir plus haut, p. 459. — Gérardln, Étude sur les bénéfices, 75 et 143.
noines que les quatre mois de mars, de juin, de septembre et de décembre, et cela jusqu'à ce que le Concordat de la nation germanique, étendu à Toul par Paul III, en juillet 1544, leur reconnut le libre exercice de leur droit d'élection aux dignités et aux prébendes, durant les mois de février, d'avril, de juin, d'août, d'octobre et de décembre : les six autres mois étaient réservés au pape et furent plus tard cédés au roi de France (1).
Pour appartenir au chapitre de Toul, il n'était nullement néces* saire d'être prêtre, ni même d'être engagé dans les ordres sacrés. Il y avait des chanoines de 15 ans, même de 10, même de 5, et ils signaient dans les actes publics, avec cette suscription « puer canonicus)) (2). C'était un abus, alors trop commun, contre lequel devait s'élever le Concile de Trente.
Le chapitre gémissait de voir tant de ses membres rester dans les degrés inférieurs de la cléricature et, ne pouvant mieux, il décida, le 10 août 1262, qu'à chaque vacance de stalle, les émoluments qui auraient été perçus par le titulaire seraient, pendant un an, répartis entre les chanoines /^nUres, à l'exclusion des autres (3). Ceux qui ne montaient pas au sous-diaconat n'avaient point part aux distributions faites pour l'assistance aux obits (4).
Nul ne pouvait être pourvu d'une prébende, s'il n'était de naissance légitime ; s'il ne portait l'habit ecclésiastique depuis un an, au minimum ; s'il n'était exempt de défauts corporels. Le chapitre de Toul ne voulait que de beaux hommes et les statuts de 1497 nous énumèrent, avec un grand luxe de détails, tous les cas d'empêchement : les boiteux, les bossus, les nains, les manchots, les borgnes, les lépreux, les gens au visage difforme n'avaient nul espoir d'être admis dans le vénérable collège (5).
Henri de Ville fut encore plus ambitieux pour ses chanoines : il obtint une bulle qui interdisait de nommer à une prébende un clerc qui n'eût point fait preuve de quatre quartiers de noblesse,
(1) Renard, Étude historique sur la législation des concordats^ 148 et sq.
(2) Bon. -Pic, 154— Voir plus haut, p. 268.
(3) Lena.,!, 15.
(4) Statuta, 43.
(5) Statuta, 96.