CHAPITRE ni. — LE CHAPITRE
OU qui ne fût docteur ou bachelier en théologie, ou bien licencié en Tun et Tautre droit, ou bien encore, et ceci est plus curieux, docteur en médecine (1^. Noblesse de la science ou noblesse du sang, belle prestance du corps et, le plus souvent aussi, je me plais à le proclamer, vertus sacerdotales, tout se réunissait alors pour faire de notre chapitre toulois une corporation fort honorable.
Après la suppression du primicier, par Riquin de Commercy (2), la première stalle fut occupée par le doyen (3). Ce dignitaire était le chef de l'église cathédrale et le curé du chapitre ; il entendait, ou faisait entendre en son nom, au moins une fois chaque année, la confession des chanoines, des vicaires, des chapelains et des autres habitants du cloître ; il administrait les sacrements à ses collègues et à leurs subordonnés. Il présidait le chœur et il entonnait toujours, quand il était présent, «rantienne du Benedictus et celle du Magnificat ; il convoquait et présidait les réunions ordinaires et extraordinaires. Il avait la juridiction ordinaire sur toute rétendue de l'ancien châtel (4). Il donnait l'investiture de toutes les terres du chapitre et veillait à la garde des propriétés capitulaires sur le mont Saint-Michel (5),
Après le doyen, prenaient rang le grand archidiacre et ses cinq collègues de Vittel, de Port, de Reynel, de Vôge et de Ligny (6). Le grand-archidiacre était, depuis Tépiscopat d'Udon (7), prévôt
(1) Ben.-Pic, Bist., 157.
(2) Voir plus haut, p. 237.
(3) N'ayant pu établir une liste exacte et complète des doyens de Toul, je renvoie aux listes données par Benolt-Picart (p. 1G1) et par Robert (SigiU,^ 144), sans en garanUr l'authenticité.
(4) C'est-à-dire dans l'enceinte des anciens murs qui furent détruits au xiii* siècle ptir l'évéque Roger de Marcey, lors de la réunion du bourg suburbain à l'ancien castrum gallo-romain.
(5) Statuta, 68. — Hugo, dans ses Sacrœ antiquitatis monumenta (II, 389, note 6), veut établir une différence entre le decanus claustri et le decanus cathedralis ecclesiœ. Je n'ai rien trouvé qui justiûAt cette opinion, à moins que l'on ne prenne pour decanus claustri^ l'un des ministériaux du chapitre (voir plus bas, p. 521).
(6) Statuta, 69 et sq.
(7) N'ayant pas été plus heureux pour le catalogue des grands archidiacres, je renvoie aux listes de Benolt-Picart (p. 164) et de Robert {Sigill.^ 175) sans en garantir l'exactitude. Je ferai les mômes réserves pour la liste conservée à la fin du ms. 314/678 de la bibliothèque d'Aix en Provence, et due sans doute à Claude de L'Aigle.
de la collégiale Saint-Gengoult et il avait la juridiction ordinaire :>ur le bourg et sur toute l'étendue du ban royal, accordé autrefois à TEglise de Toul. L'archidiacre de Port était prévôt du chapitre Saint-Euchaire, à Liverdun, et l'archidiacre de Vittel, prévôt du chapitre Saint-Nicolas, à Brixey.
Le décanat et les archidiaconats, conférant une juridiction, étaient des dignités, tandis que les fonctions de chantre, d'écolàtre et de trésorier n'étaient que des personnats : elles donnaient des prérogatives, des droits utiles et honorifiques, mais point de juridiction.
Le chantre avait la direction du chant et de la psalmodie : dans les grandes cérémonies^ il se tenait au milieu du chœur, en chape de soie, ganté de rouge et le bâton à la main. Son office l'obligeait à une résidence très étroite ; mais il avait un sous-chantre, pour le suppléer, entonner à sa place les psaumes, les hymnes, les mémoires, et reprendre ceux qui se trompaient (i).
Vécolâtre dirigeait l'école de la cathédrale: il en nommait les maîtres et en surveillait les élèves. C'était une charge importante, car de lui dépendait la formation intellectuelle et sacerdotaie d'un grand nombre de chanoines et de prêtres ; c'était aussi une fonction considérable, car nous l'avons constaté, l'école épiscopalede Toul jouit, durant le moyen-àge, d'une e.vcellente réputation (2).
L'écolâtre portait autrefois le nom de bibliothécaire; il avait soin des archives et de la bibliothèque. L'un et l'autre dépôt étaient très considérables : on peut juger du premier par l'inventaire que Lemoine, de Paris, archiviste et secrétaire de l'Église de Toul, dressa, en 1757, des titres du chapitre, en six volumes in-folio (3). (( C'est, après celui de Saint Denis, l'un des plus riches du royau
(1) Staluta, 71. Le sous-chantre avait, comme bcn^Jice, lu desserte de la chapelle Saint-Sébastien, située près du gros pilier, à gauche. 11 était pris parmi les vicaires du chapitre. (Lem., II, 89.)
(2) Sur les écoles de Toul (voir pages 1S3 et 230), lire Guillaume, Les f^coles épiscopales de Tout [Mém, Soc. Arch. Lorr.^ 1869). — Hist. litt, de la France, VI, 28.
(3) Les six volumes in-folio, superbement calligraphiés, sont aux Archives de Meurthe-et-Moselle, G. 13&i-1389.