CHAPITRE II. — HUGUES DES HAZARDS
part des seigneurs du diocèse y assistèrent et, à côté du prélat, chevauchait l'héritier présomptif de la couronne ducale, le prince Antoine de Lorraine, représentant son père qui était empêché par la maladie.
René ne fut pas longtemps sans chercher à tirer profit de cette promotion. Son fils Jean, alors âgé de neuf ans, était déjà évoque de Metz ; il entreprit de lui ménager la succession éventuelle de révêché de Toul et, dès la première année du nouvel épiscopat, il pria Hugues de le prendre pour coadjuteur. Les motifs qu'il invoquait étaient spécieux : c'était, à l'en croire, le moyen le plus efficace d'assurer la paix et de rendre impossibles, pour un temps, de fâcheuses compétitions. Il eut pu ajouter (ce qui était l'objet de ses rêves et de ses espérances), que par là les évêchés de Metz et de Toul commenceraient à devenir des fiefs de la Maison de Lorraine, en attendant qu'ils fussent absorbés par les duchés. Quelque bonnes que fussent les raisons alléguées par le père et le souverain, ce cumul sur une tète aussi jeune était un criant abus; mais tel était alors l'usage commun, tel était aussi l'ascendant exercé par René II, que Hugues des Hazards n'eût pas sans doute osé repousser une requête qui ressemblait fort à un ordre; mais le duc mourut le 10 décembre 1508, au château de Fains, près de Bar, et les négociations furent suspendues.
Le corps du prince bien-aimé fut exposé quatre jours dans la collégiale Saint-Maxe, à Bar ; puis transporté à Nancy, pour être inhumé dans son église des Gordeliers qui allait devenir dès lors le Saint-Denis des ducs et des princes lorrains. Le cortège arriva le 15 à Toul; il fut reçu par les abbés de Saint-Epvre et de Saint- Léon, accompagnés du clergé séculier et régulier, de la noblesse, de la magistrature et de la bourgeoisie. Sur tout le parcours, de la porte Malpertuis à la cathédrale, le char funèbre passa entre une haie de gens en deuil, portant à la main un cierge allumé : on sentait vraiment à la douleur générale que les Toulois, comme les Lorrains, perdaient celui qu'ils s'étaient habitués à regarder comme leur véritable souverain ; on eût dit qu'ils pressentaient déjà les tristesses d'une autre séparation. René, d'ailleurs, était un
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bienfaiteur du chapitre : il avait fondé le chaut quotidien de V(^ Salutaris à la grand'messe et la fêle de saint René, son patron, au 12 novembre (1). Les chanoines célébrèrent TofTice des morts; les religieux de saint François firent la veillée funèbre; le lende main, après la messe, le cercueil fut levé et porté jusqu'au corbillard par huit magistrats en vêlements de cérémonie ; le cortège se remit en marche; le clergé l'accompagna jusqu'à la porte La Place et le Corps de Ville, jusqu'à Nancy.
De tous les ducs de Lorraine, René fut celui qui laissa chez les Toulois le plus durable et le plus sympathique souvenir. N'était-il pas le sauveur, le vengeur de l'indépendance ? Quelque jugement que l'on ait à porter sur quelques-uns des procédés dont il usa visà-vis de notre Eglise, on est pourtant forcé de reconnaître que ses plans étaient sagement conçus et que la réunion de Toul à la Lorraine aurait pu, sinon empêcher, du moins relarder l'annexion à la France des Trois-Evêchés. Le diocèse y eût gagné en unité et l'on n'aurait point vu s'élever les regrettables conflits dont plus tard nous serons témoins.
Antoine, fils et successeur du feu prince, se rendit à Toul, le 31 janvier 1509, et là, devant le maître-autel de Saint-Etienne, en présence de Hugues des Hazards, des délégués du chapitre, du maître-échevin, Aubry Rriel, et des officiers de la cité, il fit serment sur le missel de conserver Toul et ses habitants « en toutes leurs franchises, libertés, droits, honneurs, prérogatives et juridictions, de les défendre et de les protéger envers et contre tous » et d'ob server tous les traités conclus entre la ville et ses prédécesseurs. Le maître-échevin lui répondit par les mêmes serments : c'était comme un pacte d'alliance qui venait d'être conclu entre les deux puissances voisines (2).
Le nouveau duc continua à l'évêque la confiance et l'affection que lui avait témoignées son père ; il le confirma dans ses fonctions de président des Comptes de Lorraine; lorsqu'en 1509, il
(i) Bibl. nal., Coll. lorr., 243 bis, n" 41 ol 42. (2) Ibid., n» 43.