CHAPITRE II. — HUGUES DES HAZARDS
accompagna Louis XII en Italie, il le pria de seconder sa mère, Philippe de Gueidres, dans l'administration de ses Etats, et plus tard il l'employa dans diverses afîaires. Aussi, Hugues des Hazards résidait-il habituellement dans la capitale du duché. Touteiois il ne se désintéressait nullement de son Eglise : à toutes les grandes fêtes, il revenait à Toul, présider les offices dans sa cathédrale ; de Nancy, tout en veillant aux intérêts de l'Etat, il était attentif aux détails complexes de l'administration de son vaste diocèse ; en 1506, il déclara que les chanoines et les prêtres habitués de Saint Etienne étaient exempts du droit de joyeux avènement ; en 1508, il retira les avoueries d'Autreville et d'Harmonville qui avaient été engagées pour douze cents florins du Rhin et il en fit présent à son Eglise.
Les commandeurs de l'ordre de Saint- Jean prétendaient que les curés qui étaient à leur collation, n'avaient nul besoin de demander à révèque leur juridiction : il leur intenta un procès et le gagna. Les Franciscains de Toul et de Neufchàteau étaient fort déchus de leur ferveur première : il entreprit de les réformer et il fut aidé puissamment dans cette œuvre par René et par Philippe de (iueldres. Le prince et la princesse se chargèrent de l'exécution du décret épiscopal à l'égard des Cordeliers de Neufchàteau. Ils se présentèrent devant le couvent et, comme les religieux, rétifs à toute idée de réforme, s'étaient barricadés dans leur maison, ils firent briser les portes, chassèrent les rebelles, installèrent à leur place des Frères-Mineurs de TObservance et ne leur permirent pas de se fixer ailleurs dans leurs Etats.
La Maison de Lorraine était du reste fort attachée à la famille franciscaine. En 1472, le duc Nicolas avait bâti le monastère de Raon l'Etape (1) ; René, dix ans plus tard, avait élevé celui de Nancy (2). Philippe de Gueidres avait encore pour saint François une dévotion plus grande. A la mort de son époux, elle déposa la couronne ducale, prit, dans la maison de Pont-à-Mousson, l'habit
i{) Bclhoinmc, Eût. ined. Mon,, 371.
(2) Voir plus haut, p. 4^35.
des pauvxes Clarisses, y vécut en sainte et y mourut en prédestinée, le 26 février 1547 (1).
Les expéditions de René d'Anjou et de ses successeurs en Italie, rinlluence des familles lombardes qui s'étaient attachées à leur fortune et les avaient suivis dans leur duché, les relations incessantes avec la Cour romaine et bien d'autres causes, éveillèrent de bonne heure en Lorraine le goût des arts, des sciences et des lettres. La cour de René II et celle du bon duc Antoine furent de brillants foyers de la Renaissance (2).
Architectes civils, « ymaigeurs » ou « menusiers », Jacquot de Vaucouleurs, Florent Drouin, Jean Crocq, Mansuy Gauvain, etc., s'inspirèrent des écoles italiennes, pour le vestibule et la porterie du palais ducal, pour les façades, les portes, les escaliers des hôtels de la ville vieille, pour les monuments de saint Euchaire, à Liverdun, et de saint Mansuy, à Toul, pour les tombeaux de Charles le Téméraire, à Saint-Georges, de René II, aux Cordeliers et de Hugues des Hazards, à Blénod ; et les peintres verriers qui fermèrent de magnifiques vitraux les baies flamboyantes des églises, puisèrent aux mêmes sources d'inspiration.
Et pendant que sculpteurs et verriers « illustraient » ainsi les froides murailles de pierre, les lettrés se pressaient nombreux sur les chemins de la poésie et surtout de la science : les Lorrains, gens trop pratiques, n'ont jamais brillé par l'imagination t3). C'étaient Didier de Bistrofï, chanoine et vicaire général de Toul, prévôt de Saint-Dié, précepteur de René II et fervent admirateur de saint Jérôme, Georges Chrétien et Jean Lud, historiographes
{!) Sur Philippe de Gueldres, voir Guillaume, Vie de Philippe de Gheldre». Nancy, Vagner, 1853. — Le tombeau de la princesse, chef-d'œuvre de Ligier Richier, se trouve dans l'égliso des Cordeliers, à Nancy.
(2) M. Gaston Save, dans son Jean Pèlerin (p. 1, n. 1), assure avoir relevé aux archives de la Meurthe, de la Meuse et des Vosges, les mentions de plus de cent cinquante artistes et ouvriers d'art, de 1478 à 1508.
Ne faisant pas une histoire de l'art en Lorraine, je me contente de renvoyer, pour plus amples renseignements, à la Bibliothèque lorraine de Dom Calmet et surtout aux monographies publiées dans les Mémoires des sociétés savantes de la région.
(3) Sur les noms qui vont suivre, voir la Bibliothèque lorraine, de Dom Calmet.