‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 261 sur 265 · X-âv f session par procureur le 4 juin de · texte numérisé non relu

X-âv f session par procureur le 4 juin de

la même année (2); mais il attendit jusqu'en mai de l'année suivante, ses lettres d'ÎDvestiture: n'étant encore que tonsuré, il dut profiter de ce long intervalle pour se faire conférer les difiéreots Ordres.

Charles-Quint était alors fort occupé de sa guerre avec François H. Le roi avait envoyé Charles, duc d'Orléans, dans le duché de Luxemboui^, et ses soldats, après avoir brûlé Arlon, pris Damvilier, Luxembourg, Ivoy et Virton, infestaient toute la contrée. Le chapitre et les boui^eois de Toul prièrent François de Guise, gouverneur de Champagne, de faire respecter leur neutralité ; le duc le promit, donna des ordres au.t généraux français, mais ne put empêcher les partisans de conti nuer leurs rapines. De leur côté, les mercenaires au service de l'Empire faisaient des incursions sur les terres du temporel, enlevaient les grains et incendiaient les fermes.

Pris entre les deux armées, les Toulois durent se résoudre à se protéger eux-mêmes : ils levèrent dans leur ville une nouvelle compagnie de soixante hommes; ils employèrent leurs milices à la garde des portes et k la défense des châteaux de Liverdun, de Void et de Vicherey. Ils Tirent même entrer dans leurs murs des paysans du temporel et les employèrent à remettre en état les remparts et les fossés.

(1) Arch. Vatlc. Cons., 108, p. 36t, d'après lm\ Garampi. — Benott-Picart ei donne le texte {Hisl.. p. 649).

(S) Arch. de M.-et-M.. G. 75. f 26.

GUAPlTilE IV. — RÉUNION DE TOUL A LA FRANCE 591

Toul se trouvait en proie à la disette, empêchée qu'elle était de se ravitailler, et c'est à ce moment que la Chambre de Spire exigea des membres du chapitre et des habitants de la cité une somme de quatre mille florins, pour participer à l'entretien de l'armée levée contre la France. Fort heureusement pour eux, ils purent faire accepter l'excuse de leur neutralité, alléguer la crainte fondée de sanglantes représailles de la part du duc de Guise, et ils furent dispensés de cette lourde contribution.

Ce fut à Spire que Toussaint d'Hocédy prêta l'hommage à l'empereur et reçut de lui l'investiture, le 19 mai 1544. Il se mit aussitôt en route pour sa ville épiscopale et fut à Toul le 4 juin. Mais chanoines et bourgeois, fiers d'avoir pour comte et pour évoque un prince de l'illustre maison de Lorraine, cardinal de la sainte Eglise, témoignèrent parleur froideur ou par leur absten tion, le mécontentement qu'ils éprouvaient de tomber sous la crosse d'un simple gentilhomme, homme d'affaires et secrétaire.

Ni le maître-échevin, ni les Dix ne se présentèrent à la porte de la cité pour faire prêter au prélat le serment d'usage; quelques chanoines seulement, délégués par leurs confrères, l'attendirent sous le porche de la cathédrale et assistèrent à son intronisation. La réception était peu encourageante ; mais Toussaint sut dissimuler.

Quelques jours plus tard, Ferdinand de Gonzague, vice-roi de Sicile, qui venait de reprendre Luxembourg sur les Français, arriva sous les murs de Toul, se dirigeant vers Ligny et, le 9 juillet, Charles-Quint qui suivait son armée, fit dans la cité leuquoise une entrée triomphale (1) qui contrasta singulièrement avec la piteuse installation de l'évêque. Il était accompagné de l'archiduc Maximilien, du prince d'Orange, d'un grand nombre de seigneurs. Les magistrats allèrent au-devant de lui jusqu'au delà de Libdeau et lui présentèrent les clefs de la ville. Toussaint d'Hocédy, à la tête du clergé, revêtu de chapes éblouissantes, le

(1) Cf. Arch. de M.-et-M., G. 76, i" 96, et Lepage, Entrée de l'empereur Charles- Qitint à Touly le 9 juillet 15Âi^ d'après les registres capitulaires, dans Journ. Soc. Arch. lorr., 1867, p. 123.

reçut sous un dais de taiïetas rouge, aux armes de l'Empire et de la Maison d'Autriche. Le cortège, traversant les rues .somptueusement ornées, fendant les flots d'un peuple innombrable, se rendit à la cathédrale et de là au château épiscopal, où Charles passa la nuit.

Le lendemain, l'empereur reçut en audience le maltre-échevin, Aubry de la Fosse, et plusieurs notables; il fut très aimable envers eux et leur promit de respecter les privilèges de leur cité. Aubry et ses compagnons, fort satisfaits de cet accueil, prêtèrent serment de fidélité à TEmpire, entre les mains de Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle et grand chancelier. Charles-Quint quitta Toul ce jour-là même et prit la route de Saint-Dizier.

Le pouvoir de l'Empire semblait fermement établi dans la ville pieuse, ancienne et fidèle, et pourtant c'était la dernière fois que son chef la visitait en souverain : moins de dix ans plus tard, Toul était occupée par les Français. J

Du reste, le mouvement séparatiste gagnait de plus en plus. Les réclamations d'Antoine à la diète de Ratisbonne (1) avaient abouti et, après dix ans de négociations, Charles-Quint, par un traité signé à Nuremberg, le 26 août 1542, avait reconnu l'indépendance des duchés de Lorraine et de Bar. Toul, Metz, Verdun et leur temporel restaient encore terres d'Empire ; mais ils étaient bien isolés, bien détachés, pour que cette situation pût durer longtemps.

Cet acte, si important pour l'avenir de notre contrée, fut l'un des derniers du règne d'Antoine: le Bon Duc s'endormit pieusement à Bar, le il juin 1544, et ses restes, ramenés à Nancy, furent inhumés dans l'église des Cordeliers, la nécropole des ducs de Lorraine (2).

François 1, son fils, régna 363 jours : il mourut le 9 juin 1543, laissant le duché à un enfant de deux ans, Charles IIL La régence fut exercée par la duchesse douairière, Christine de Danemark,

(1) Voir plus haut, p. 583.

(2) (( Ouy le corps de feu Mgr Antoine, duc de Lorraine et de Bar, va passer par icy, on le recevra le plus honorablement que faire se pourra » [Regist. des délib. capil., jeudi, 28 août 1544. Arch. de M.-el-M., G. 76, f 108).

Page 1