CHAPITRE IV. — RÉUNION DE TOLL A LA FRANGE
nièce de Charles Quint et par le prince Nicolas de Lorraine, frère du défunt, d*abord évô(iue de Metz et de Verdun, abbé de Moyenmoutier et autres lieux, et bientôt après comte de Vaudémont (1).
L*empereur ne sut point profiter, ou plutôt il abusa des avantages que lui procurait cette minorité: il indisposa contre lui évoque, chanoines et bourgeois par ses demandes incessantes de subsides et surtout par ses entreprises contre le château de Void.
Placée sur les frontières de la Champagne, cette forteresse capitulaire excitait les convoitises des deux partis. On était en paix depuis le traité de Crespy, conclu en 1344 ; mais n'avait-on pas à son service ces bandes d'aventuriers que Ton pouvait toujours désavouer à l'occasion ? Un corps d'Espagnols se présentii donc devant le château ; mais le chanoine prévôt opposa une vigoureuse résistance et les agresseurs durent rebrousser chemin.
François h^ fut plus habile et, s'il ne réussit pas mieux, du moins il ne s'aliéna point les chanoines. Charles de Guise, si connu sous le nom de cardinal de Lorraine, François, duc de Guise, et Claude, comte d'Aumale, offrirent au chapitre de lui fournir pour Void une garnison française ; mais nos Vénérables devinèrent le piège ; ils déclinèrent ce prétendu service, et les ambassadeurs se retirèrent, après avoir réglé les rations des lansquenets allemands ù la solde de la France qui devaient passer sur les terres du temporel. Ces soldats insultèrent néanmoins la ville qui dut, pour éviter le pillage, leur verser une somme de trois cents florins; mais personne alors ne songeait à rendre le roi responsable des excès de ses mer cenaires.
Le pouvoir temporel ne semblait plus connaître Toul que pour en exiger des contributions. Au printemps de 1545, la Chambre
(1) Nicolas, nis cadet du duc Antoine, ne à Bar en loii, fut d'abord desliné à rÉ«<lise, jwurvu, sans Otre engagé dans les Ordres, des évôchés de Metz, en 1544, de Verdun, en Io4i, de l'abbaye de Moyenmouticr. on 15ÎÎ8 : renonça à l'état ecclésiastique, en liiWî: prit los titres de comte de Vaudémont, de manjuis de Nomeny; exerça la régence avec Christine de Danemark, puis seul; se maria trois fois ol eut, entre autres enfants, Philippr-Kmmanuel, duc de Mercœur, Louise de Vaudémont, femme du roi Henri IIÏ, Charles, cardinal de Vaudémont, évéque de Toul (1580-i;)87i, et Antoine de Vaudémont, chanoine de Trêves.
394 LIVRE VI. — PREMIKIIE MOITIÉ DU XVl^ SIÈCLE
de Spire vota un nouveau laiidfrid, pour aider à repousser les Turcs qui menaçaient l'Allemagne : l'évêque fut taxé à mille cinq cents florins et la ville à deux mille ; ce premier subside, payable durant les mois de juillet, d'août et de septembre, devait être suivi d'un second, à verser pendant le trimestre suivant. Le pays, récemment pillé, soutirait encore de la disette ; trouver une aussi forte somme d'argent était vraiment impossible. Toussaint et ses bourgeois firent des remontrances et obtinrent une réduction de moitié. Les chanoines, plus heureux,^ n'avaient point été imposés; le prélat voulut leur persuader de payer leur part de son landfrid. 11 s'adressait mal: ils lui répondirent que, plusieurs fois déjà, le cardinal Jean leur avait fait la môme demande, et qu'ils avaient toujours refusé, pour maintenir leurs droits (1). Mais en cette occasion, ils n'étaient pas fAchés de faire sentir à (( Tévêque parvenu » leur froideur et leur peu d'attachement : ce ne devait pas être la dernière fois.
L'hiver de 1543 fut désastreux : la peste et la famine firent de nombreuses victimes ; et cependant les commissaires de l'Empire levaient par force les aides et les subsides, au grand froissement des populations.
Les régents de Lorraine, Christine de Danemark et Nicolas de Vaudémont, pour faire respecter efficacement la neutralité des duchés en cas d'une nouvelle guerre, entreprirent de réparer les
fortifications des places importantes; ils obtinrent des Etats une contribution extraordinaire ; mais, ne pouvant suffire à toutes les dépenses, ils essayèrent d'intéresser à leur cause l'évêque et le chapitre. Ayant essuyé un refus, ils passèrent outre et firent lever de force le subside dans les terres du temporel, par des commissaires lorrains.
C'était un affront sanglant. Toussaint d'Hocédy, quelque dévoué qu'il fût à la maison de Lorraine, cita la régente au tribunal de l'Empire et les chanoines unirent leurs plaintes aux siennes.
(1) Arch. de M.-el-M., (i. 7G, !"• 109 et 117. — L'excuse alléguée éteit véritable : cf. f" 99 et 183. — Même réponse fut faite aux bourgeois qui, eux aussi, avaient prié le chapitre de leur venir en aide (ibid.y f* 111).