CHAPITRE IV. — HÉUNION DE TOUL A LA FRANCE
et les bourgeois, montés sur leurs remparts, saluèrent de leurs acclamations les troupes qui défilaient. Le Mardi-Saint, 12 avril, Henri II fit son entrée à Toul, avec sept mille cinq cents hommes. Le maître-échevin, Jean Boileau, et Claude de Baillivi, bourgeois de la cité, étaient allés à sa rencontre jusqu'à Vaucouleurs et le chapitre l'avait hébergé magnifiquement dans son château de Void. La roi resta deux jours dans la ville impériale ; le Jeudi-Saint, il fit lui-même la cérémonie du lavement des pieds et donna à chacun des douze pauvres une robe de drap rouge avec sept écus-
sols.
Le jour môme, il partit pour Nancy, laissant à Toul une troupe de cinq cents hommes, sous la conduite du sieur d'Esclavolles : c'était, soi-disant, pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main. Les citains le crurent tout d'abord, mais quinze jours plus tard, le 29 avril, Escla voiles les convoqua et leur fit entendre que le roi, quoique très sûr de leur fidélité, les priait néanmoins de lui remettre les clefs de la ville et de porter toutes leurs armes dans le château épiscopal. Ce fut toute une révélation : les murmures éclatèrent si violents que le nouveau gouverneur, craignant une émeute, sursit au désarmement.
Mais, un mois plus tard, Henri II exigea un serment de fidélité et un subside considérable. Les Toulois lui représentèrent qu'ils ne pouvaient entièrement se soustraire à l'obéissance qu'ils devaient à l'empereur ; ils obtinrent un répit sur ce point, mais ils durent payer les 2,000 écus sols qu'on leur demandait. Leurs anciens rivaux, si c'était une consolation, n'étaient guère plus ménagés : l'évèque était taxé à 1,200 écus et le chapitre, à 1,000.
Ces sommes, énormes pour une commune déjà si obérée, étaient destinées, disait le Conseil royal, à la réparation des murailles; mais les bourgeois ne se firent plus illusion. On fortifiait leur ville, mais au profit d'un maître ! Déjà Esclavolles se conduisait en véritable gouverneur : il se faisait remettre les clefs des portes et rendre les honneurs dus au premier magistrat de la cité. Jean Boileau, le maître-échevin, en f ut si afiecté qu'il dit adieu à sa ville natale, quitta la maison de ses pères et vint se fixer à Pont-Saint- Vincent,
pleurant la ruine de la liberté. Qu'eussent pensé les justiciers qui, en 1300, avaient signé le premier traité de garde avec Philippe le Bel, s'ils avaient été témoins d'une aussi patriotique douleur ?
Ce n'était pourtant encore qu'un prélude. Le roi de France prétendait n'être que le vicaire du Saint-Empire et le protecteur de la cité; l'évoque et le chapitre conservaient leur souveraineté sur leurs chàtellenies et sur leurs prévôtés ; la ville gardait son organisation municipale; prélat, chanoines et bourgeois restaient les vassaux de l'Empire; mais, en réalité, la réunion de Toul à la France était virtuellement accomplie. Metz et Verdun eurent le môme sort. Les îlots du temporel de ces Trois-Evéchés, semés dans le diocèse, Toul, Void et Vicherey ; Dieulouard ; Moyen, Bac<îarat et Rambervillers, etc., devinrent bientôt des terres françaises. Ainsi naquit, dans l'Église de Toul, cette dualité de nations, cet antagonisme entre la Lorraine et la France qui, souvent déclaré et toujours existant, devait rendre si difficile l'administration du diocèse, à une époque où les évéques n'avaient point trop de toutes leurs forces pour lutter contre l'erreur et travailler à la réforme.
Au moment où Toul et son temporel étaient occupés par le roi de France, les prélats de l'univers catholique étaient assemblés à Trente pour aviser à la restauration de l'œuvre du Christ,, pour organiser le combat contre Luther et ses partisans. Au point de vue religieux, comme au point de vue politique, une nouvelle ère commençait.